flore

Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /Fév /2009 15:24


Le Jardin de l'Etat (nommé d'abord Jardin du Roy) à Saint-Denis est planté d'arbres et d'épices ramenés de l'extérieur de l'île par Pierre Poivre (1719-1786), administrateur colonial et agronome français. Intendant des Mascareignes, il a créé sur l'île de France (île Maurice) un des plus beaux jardins botaniques : le jardin de Pamplemousses.

Il s'est particulièrement passionné pour acclimater des muscadiers et des girofliers à l'île de France et à Bourbon. Il est à l'origine du développement et du peuplement des Seychelles. Dans les Mascareignes et jusqu'en Guyane française, il a acclimaté des épices : girofle, muscade, poivre, cannelle, quatre-épices, et des dizaines d'espèces végétales. Il y a favorisé la culture d'arbres fruitiers qu'il a introduits ou réintroduits : fruit à pain, letchi, manguier, badamier, mangoustan, cacaoyer, longanier. Il a aussi dénoncé l'esclavage.

Le lycée de Saint-Joseph porte son nom. Les élèves ont écrit une page consacrée au grand botaniste dans le site de leur lycée.




les noms des essences, des cactées et des plantes de ce jardin ont une grande puissance d'évocation, jugez plutôt : pin colonnaise, jacquier, carambolier, bambou, palmiste, queue de poisson, cocotier, teck d'indochine, tamarinier, arjunier, badamier, grain de bouchon, yucca pied d'éléphant, santal, cognassier de Chine, ficus-banyan, arbre caca, palmier royal, arbre papillon, sang dragon, vacoa, manguier, latanier de Chine, arbre à saucisses, acajou du Sénégal, arbre à miel, toto Margot, eucalyptus citronnelle, oreille cafre, bois rouge, palmier à huile, palmiste blanc, arbre à calebasses, boulet de canon etc








Malgré la fermeture du Museum et d'une partie du parc pour cause de travaux, le Jardin de l'Etat est un havre de paix et de fraîcheur dans la capitale administrative de l'île où il fait très chaud en été. On y trouve des bassins que Monet aurait adoré peindre.











Près du Jardin de l'Etat, les rues Evariste de Parny et Bertin se croisent pour mieux associer les deux amis dans les mémoires.





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Vendredi 24 octobre 2008 5 24 /10 /Oct /2008 18:20




J’ai longtemps observé aujourd’hui, dans les Hauts de Mafate, un tec-tec construisant son nid. Il faisait alterner des écheveaux de barbes de Saint-Antoine avec des brindilles rigides qu’il arrachait vigoureusement aux branches avec son bec et des bouts d’herbes sèches. Chaque fois qu’il voulait rejoindre son nid, il se dérobait à ma vue pour ne pas que je voie le berceau de ses futurs oisillons et pour cela, rejoignait une branche qui le dissimulait, toujours la même, à proximité du nid.

C’était un acacia mimosa qui servait de perchoir et de paravent. Comme toute cette forêt, entre 1600 et 2000 mètres, bruit d’insectes et sert de lieu de concert ininterrompu à des oiseaux de toutes sortes, on mesure le service rendu. Le tronc de la fougère arborescente a longtemps servi à fabriquer des pots nourriciers pour les plantes d’appartement. Enumérons : l’ombre, le filtrage de la lumière (des UV), la rétention d’humidité, le bois de chauffage, le bois de menuiserie, les marches de bois et petits ponts des sentiers forestiers, les charpentes, l’écorce, la résine, la sève, les chatons, les fruits, le pollen, les feuilles, la chlorophylle, la production d’oxygène….

Alors, le poème de Ronsard nous revient :

 « Écoute bûcheron, arrête un peu le bras ;
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;
Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force
Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?
Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts et de détresses
Mérites-tu, méchant, pour tuer nos déesses ?
Forêt, haute maison des oiseaux bocagers !
Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière
Plus du soleil d'été ne rompra la lumière.
Plus l'amoureux pasteur sur un tronc adossé,
Enflant son flageolet à quatre trous percé,
Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette,
Ne dira plus l'ardeur de sa belle Janette. »

Alors, on comprend mieux pourquoi essences, arbres, arbustes, souches, se concertent à tout moment sur les vilénies humaines.

Alors, on comprend mieux pourquoi de branche en branche, on aide les oiseaux à nicher, les fleurs à fleurir, les amoureux à s’aimer, les esclaves marrons à se cacher.

Alors, on comprend mieux pourquoi des troncs et des branches fondent des associations d’entraide, des compagnies d’étais, des ligues de défense contre la bûchonnerie, pourquoi ils créent de nouvelles danses, de nouvelles figures, de nouvelles implorations, pourquoi leurs bras noueux, leurs phalanges nouées et leurs squelettes secs prient jour et nuit pour le salut d’êtres humains qui n’ont plus grand-chose d’humain.



























































Par jorgensen - Publié dans : flore
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Mercredi 15 octobre 2008 3 15 /10 /Oct /2008 18:05
Aujourd'hui, j'ai rendu visite aux bayans de Saint-Pierre. Un par un. Quelle convivialité ! C'est impossible d'en prendre un en photo sans humain près de lui : gramoune, enfants en train de jouer, voyageurs attendant le bus, pêcheur avec sa place attitrée, le banyan a toujours un ou plusieurs compagnons . Chaque banyan s'est mis au service de certains d'entre nous. Ils se sont partagés le travail : ombre, terrain de jeu, spectacle mythologique ou cosmique, autel, réincarnation, être fabuleux.






Le banyan tire.
Ce géant ici, comme son frère de l'Inde, ne va pas ressaisir la terre avec ses mains, mais, se dressant d'un tour d'épaule, il emporte au ciel ses racines comme des paquets de chaînes. A peine le tronc s'est-il élevé de quelques pieds au-dessus du sol qu'il écarte laborieusement ses membres, comme un bras qui tire avant le faisceau de cordes qu'il a empoigné. D'un lent allongement le monstre qui hale se tend et travaille dans toutes les attitudes de l'effort, si dur que la rude écorce éclate et que les muscles lui sortent de la peau. Ce sont des poussées droites, des flexions et des arcs-boutements, des torsions de reins et d'épaules, des détentes de jarret, des jeux de cric et de levier, des bras qui, en se dressant et en s'abaissant, semblent enlever le corps de ses jointures élastiques. C'est un noeud de pythons, c'est une hydre qui de la terre tenace s'arrache avec acharnement. On dirait que le banyan lève un poids de la profondeur et le maintient de la machine de ses membres tendus. Honoré de l'humble tribu, il est, à la porte des villages, le patriarche revêtu d'un feuillage ténébreux. On a, à son pied, installé un fourneau à offrandes, et dans son coeur même et l'écartement de ses branches, un autel, une poupée de pierre. Lui, témoin de tout le lieu, possesseur du sol qu'il enserre du peuple de ses racines, demeure, et, où que son ombre se tourne, soit qu'il reste seul avec les enfants, soit qu'à l'heure où tout le village se réunit sous l'avancement tortueux de ses bois les rayons roses de la lune passant au travers des ouvertures de sa voûte illuminent d'un dos d'or le conciliabule, le colosse, selon la seconde à ses siècles ajoutée, persévère dans l'effort imperceptible. Quelque part la mythologie honora les héros qui ont distribué l'eau à la région, et, arrachant un grand roc, délivré la bouche obstruée de la fontaine. Je vois debout dans le Banyan un Hercule végétal, immobile dans le monument de son labeur avec majesté. Ne serait-ce pas lui, le monstre enchaîné, qui vainc l'avare résistance de la terre, par qui la source sourd et déborde, et l'herbe pousse au loin, et l'eau est maintenue à son niveau dans la rizière ? Il tire. Connaissance de l'Est (1895-1900) Paul Claudel






Par jorgensen - Publié dans : flore
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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /Sep /2008 14:05
C'est juste un petit tour au milieu des plantes et des fleurs les plus répandues à saint-leu et les environs. Je ne connais pas le nom de toutes mais leur charme n'attend pas.

Personne ne pouvait me dire depuis un mois le nom de cet arbre omniprésent entre Saint-Leu et La Fontaine avec ses belles gousses couleur crème. C'est en descendant ce matin un gramoune qui faisait du stop jusqu'à Saint-Leu que j'ai su : « c'est un bois noir » m'a-t-il dit.

Le secret de la plante jaune de mon jardin est percé aussi (grâce au bouquin de J-N Eric Rivière Arbres et arbustes exotiques de la Réunion édition Orphie) : c'est un arbuste qui s'appelle Tecoma. Il peut atteindre 2 ou 3 mètres

Hier à Saint-Denis, j'ai acheté des pépinos : goût de melon, excellent.

Une photo des bougainvillées. Dans presque tous les virages, roses, rouges, mauves, oranges, jaunes, blanches, elles vous jettent leurs couleurs vives au visage, le ravissement des peintres.

Autre plante omniprésente, même dans mon jardin, l'agave choca baïonnette qui donne du chanvre sisal

partout aussi, le datura, appelé trompettes du jugement dernier

ses fleurs sont dans une attitude d'humiliation consentie très frappante, mais les êtres humains n'y voient aucun exemple à suivre 

petit grévillaire

le bambou

et une balade dans les rues de saint-leu

Par jorgensen - Publié dans : flore
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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /Sep /2008 11:53
Non seulement Euphrasie m'a fait très plaisir en redoublant mon éloge des filaos, mais elle m'a indiqué un passage de La Quarantaine de JM Le Clézio (1995, folio, p169) où il les apprécie également. Pour la remercier, je recopie donc plus bas son beau poème déposé dans un commentaire et que tout le monde n'a peut-être pas lu. J'ai pris les photos ce matin sur la plage de Saint-Leu.

"21 juin
J'ai dormi la plus grande partie de ce jour, à l'orée du bois de filaos. J'aime le bruit que fait le vent dans leurs aiguilles. Je me souviens de l'histoire que me racontait Jacques, autrefois, à Paris, quand nous nous retrouvions chez mon père, et le nom des filaos résonnait pour moi comme un nom magique, un arbre qui n'existe que dans les légendes"
La Quarantaine Le Clézio



Filao (à l’Hermitage)
 Par la grâce du lagon le filao file de ses aiguilles fines une ombre discrète, voire indécise parfois même infidèle – aiguilles ? Rien ne pique rien n’agresse rien ne se coud à son contact. A peine la rugosité des fruits effraie-telle les pieds nus des naïades. Non sans tendresse il abrite les déjeuneurs en sieste ferme les yeux quand à ses pieds ils laissent canettes et fillettes packs et polystyrène. Au bruissement ténu de ses branches se lie la roucoule des tourterelles enluminées de bleu. Légères elles foulent son tapis puis font l’amour à trois sur une branche. Depuis longtemps l’océan de ses vagues lestées de corail mort lui lèche méchamment les jambes l’arrache au sable exhibe ses racines. S’offrent alors à l’œil griffon gris torse licorne pieuvre ou phénix : de son corps défendant voici l’artiste filao à l’œuvre figurative. Plein soleil vent de mer écoutez son murmure complice quand à ses racines tendues désinvolte la vacancière accroche son paréo et fait sècher son string.
Euphrasie


Par jorgensen - Publié dans : flore
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