enseignement-éducation

Samedi 21 février 2009 6 21 /02 /Fév /2009 04:19


Il y a 3 semaines exactement, Guillemette a animé un atelier d'écriture (ramette, bouteilles d'eau, dictionnaire) dans la maison bleue sur un nouveau thème que je n'ai pas le droit de dévoiler déjà. La phrase 4 m'est échue ! Ceux qui voudraient nous rejoindre ont les explics ci-dessous. Ou me les demandent. J'ai ajouté dans la rubrique "Liens" colonne de droite un lien .html pour accéder au recueil de nouvelles _zistoir_la_fontaine réalisé lors de l'atelier d'écriture maison bleue précédent. Depuis 3 jours, il y avait un lien zistoir_la_fontaine.odt vers le même recueil mais pesant 20M° donc très lourd. Avec les corrections de copies, je n'avais pas le temps de faire la conversion en htm. C'est fait ! En cas de problème, je peux ajouter en pdf.



ATELIER LA FONTAINE   FEVRIER 2009


Consigne : écrire un texte (maxi une feuille A4 RV) qui commence par l'une des phrases tirées au sort ( ça c'est la « contrainte »).

Il n'y a pas d'obligation de « genre ». Chacun adopte le type d'écriture qui lui convient.On donne un titre à son texte.


Voici les phrases :


1 - « Quand il se réveillait dans les bois dans l'obscurité et le froid de la nuit il tendait la main ... »

2- Au commencement, il y eut  ce cri dans la nuit ...


3- Deux hommes accablés roulaient en voiture ...


4- Comme j'entrais dans ce village, je fus conduit par un bruit étrange vers une place pleine de monde ...


5- Il tenait une lettre à la main


6- Suave, l'air est plus chaud dehors que dans le salon -

(Balmy, hotter outside than in the lving room -)



7 -Vert émeraude sur bleu nuit PERIPHERIQUE INTERIEUR FLUIDE  PERIPHERIQUE EXTERIEUR FLUIDE.



8- 27 avril 1992

Je t'écris de F. ! Ce sont les dernières nouvelles que tu recevras de moi.



ð  Les phrases 1 à 6 ont déjà donné lieu à des textes (merci à ceux qui les ont prises de nous envoyer leur texte après éventuelles relectures)

ð  Les phrases 7 et 8 n'ont pas été attribuées : elles sont à votre disposition, que vous ayez ou non déjà écrit.

ð  Ceux qui voudraient écrire sur une des phrases 1à 6 le peuvent aussi, bien sûr

ð  Les participants à l'atelier du 7 ont une nouvelle consigne, ceux qui nous rejoindrons par mail la découvriront dès que j'aurai reçu leur texte ...




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Vendredi 20 février 2009 5 20 /02 /Fév /2009 01:38
Plus de mille étudiants dans les rues de Saint-Denis
CLICANOO.COM | Publié le 19 février 2009
C'est au son des kayambs et des djembés que les étudiants ont manifesté dans la rue de Paris. Un nouveau blocage de l'université est prévu demain.

Ils étaient plus de 900 étudiants, selon les syndicats, ce matin à manifester dans la rue de Paris contre les réformes de l'éducation nationale. Dans une ambiance festive, les grévistes équipés de kayambs et de sifflets ont défilé dans la rue de Paris en scandant le slogan "Une seule solution, la manifestation !". Rejoins par leurs camarades du Tampon, les manifestants ont pris position devant l'Institut Administration et Entreprise (IAE). " Camarades, nous sommes tous concernés par les réformes des universités. Vous pensez y échapper parce que vous êtes mieux préparé à l'accès au monde professionnel mais on est tous concernés. Alors rejoignez nous dans le mouvement.", a lancé Guillaume Arribau, un porte-parole. Les étudiants de l'IAE resteront sourds à cet appel. Sans plus insister, les manifestants se sont dirigés à la préfecture. Un signe fort renvoyé au préfet qu'ils n'ont cependant pas souhaité rencontrer.
"Une minutes de silence en mémoire du syndicaliste tué en Guadeloupe"
"Nous ne sommes pas là pour rencontrer le préfet. C'est une action symbolique. Le gouvernement ne veut pas entendre nos revendications. Un syndicaliste est mort hier en Guadeloupe parce qu'il voulait avoir une meilleure condition de vie. Nous sommes solidaires avec eux dans ce combat. Nous allons marquer une minute de silence en la mémoire du syndicaliste mort hier.", a invité Gilles Leperlier, vice-président des étudiants. Accompagnés des professeurs et chercheurs de l'université, les étudiants ont siégé tout autour de la préfecture, surveillée par des policiers venus massivement sur les lieux. "Pour nous, cette manifestation relayée au niveau national est une grande réussite. Nous sommes 1000 étudiants aujourd'hui. Nous avons montrer notre motivation. Nous tiendrons ferme. Nous verrons bien qui lâchera le premier ",a déclaré Gilles Leperlier. Les étudiants espèrent maintenant que le gouvernement ne laissera pas pourrir la situation et qu'il réagira vite. Une nouvelle action "fac sans voiture" est prévue pour la journée de demain. "Nous allons bloquer les deux entrées de l'université. Une action "suicide collectif" sera également organisée. Nous n'avons pas encore décidé si ça sera à la fac ou devant le rectorat.", a confié Guillaume Arribau, membre de l'UNEF.
Maïmouna CAMARA
Dans les rangs des manifestants
Juan Prosper, vice-président des étudiants
"Nous manifestons contre les réformes mais également pour une revalorisation du statut des étudiants. Il faut savoir que 50% des étudiants réunionnais sont boursiers. 90% de ces boursiers le sont à l'échelon 6 (soit 400 euros par mois), c'est pour dire à quel point nous sommes touchés par la précarité. Nous voulons que ça change !".
Gilles Leperlier, vice-président de étudiants au CROUS.
"C'est une manifestation nationale. Nous parlons aujourd'hui d'une même voix en espérant qu'on soit entendu. Une assemblée générale sera organisée aujourd'hui à 15 heures. Nous déciderons alors de la suite des opérations à suivre dans les jours à venir."
Lionel Luduc, syndicaliste/ FSU.
"L'université de la Réunion est en danger. Ces réformes ne sont pas un progrès mais une véritable régression. On a des choses à proposer mais le gouvernement ne veut pas nous écouter. Nous n'avons pas d'autres solutions que de descendre dans la rue."
Brigitte Malet, mère et membre de l'UFR.
"Quand on a des enfants on ne peut pas rester insensible à ce mouvement. Ces étudiants sont de futurs salariés. Si on ne leur accorde pas la chance d'y arriver c'est la société qui va le payer. Par ailleurs, nous sommes tous concernés par la hausse du coût de la vie. Nous sommes solidaires avec eux dans ce combat."
Le reportage de clicanoo.tv
Même si le gouvernement, à travers le report de certaines réformes Pécresse, a fait en partie marche-arrière, les étudiants se sont une nouvelle fois mobilisés pour défendre leur université mais aussi, et c'est nouveau, leur pouvoir d'achat. Une délégation de plus qui ira gonfler le flot de mécontents le 5 mars à la Réunion

 

isle-bourbon.com soutient la juste lutte des étudiants et des enseignants-chercheurs

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Dimanche 15 février 2009 7 15 /02 /Fév /2009 18:08

Dans son billet d'aujourd'hui, Pierre Assouline invite la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche à renoncer à ne voir la Recherche que sous le seul angle du profit et de l'entreprise, et à méditer ces paroles de Pierre Joliot, professeur honoraire au Collège de France et ancien titulaire de la chaire de Bioénergétique cellulaire. Etant donné la surdité ministérielle, les recopier ici ne peut pas nuire.

Extrait de L'avenir de la recherche, la recherche pour l'avenir (CD A voix haute, Gallimard/Collège de France) :

 "[...] Il est bien évident que la recherche appliquée se nourrit des découvertes de la recherche fondamentale, et que la recherche fondamentale ne pourrait pas progresser s'il n'y avait pas les progrès de la recherche appliquée. Donc, ces deux activités sont indissociables, mais sur le plan de la méthode de travail, ce sont deux activités radicalement différentes. Et ceci est très difficile à expliquer, tout particulièrement aux politiques. C'est une notion qui est totalement refusée par les politiques, qui veulent savoir pourquoi ils donnent de l'argent à un certain domaine de recherche. Et néanmoins, si l'on regarde l'histoire des civilisations, on s'aperçoit que les découvertes qui ont eu le plus de conséquences sur le plan des applications sont les découvertes de recherche fondamentale dont les auteurs n'avaient pas la moindre idée des conséquences que pouvaient avoir leurs découvertes [...]

  "Il faut savoir qu'il faut maintenir un effort de recherche dans toutes les directions. On ne sait pas quelles sont les disciplines qui portent en elles des espoirs d'application et, parallèlement, il faut pratiquer une recherche appliquée et là, la démarche est totalement différente dans la mesure où on s'appuie sur des connaissances bien établies, sur des concepts bien établies, sur des concepts bien connus, et là, la notion de programmation est tout à fait défendable et justifiable. Je terminerai en disant que j'oppose totalement la pratique de la recherche fondamentale et la pratique de la recherche appliquée, mais je pense qu'il est bon, dans la mesure du possible, que les mêmes chercheurs pratiquent les deux types de recherche. J'ai pratiqué dans ma vie ces deux types de recherche, eh bien, c'était, sur le plan de mon équilibre mental, un facteur de stabilisation [...]

   "L'alternance de ces deux formes d'activité m'ont été à la fois très utiles sur le plan de l'efficacité de ma recherche [...] et un facteur de stabilité mentale. Parce que, l'on recherche la créativité, on doit accepter l'échec. On doit accepter de faire beaucoup d'erreurs, et ces erreurs, ces échecs, sont souvent très difficiles à supporter. Donc, d'avoir parallèlement des programmes de recherche appliquée qui sont menés d'une manière plus continue, d'une manière plus contrôlée, m'ont beaucoup aidé, même pour ma recherche fondamentale".

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Mardi 10 février 2009 2 10 /02 /Fév /2009 18:45
ce blog fuit la polémique, mais parfois je ferai exception
avec ce billet, je ne vais pas me faire des amis, mais j'assume
la curiosité et le plaisir intellectuels ayant incontestablement joué un grand rôle dans mon parcours, j'ai été assez tôt, disons dès 1977, alerté par une représentation qu'on me pressait d'adopter : l'universitaire, ce paresseux cantonné à des recherches inutiles (comprendre : "pendant que Louvrier est exploité")
Comme il se trouve que je ne suis pas universitaire, mais que j'ai été chargé de cours à l'Université de Nantes 10 ans (ça va continuer dès le mois prochain à l'Université de St-Denis), j'ai eu l'occasion de vérifier que les universitaires qui glandent sont une infime minorité. Le genre de déclaration qui provoque un tollé en lycée, et encore plus en collège. Comme j'ai lu Voltaire, je sais ce que cache la haine des intellectuels et je sais la nécessité de les défendre.
Je suis d'accord avec Pierre Jourde (dont j'ai lu la plupart des bouquins) lorsqu'il écrit : "Rien de plus facile que de dénoncer les intellectuels comme des privilégiés et de les livrer à la vindicte des braves travailleurs, indignés qu'on puisse n'enseigner que 7 heures par semaine". Il ne faut pas se tromper de combat.

http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/pierre-jourde/20090210/10490/universite-les-faineants-et-les-mauvais-chercheurs-au-travail
Par Pierre Jourde (Écrivain)

Une poignée de mandarins nantis qui ne fichent rien de leurs journées et refusent d'être évalués sur leur travail, manifeste contre la réforme Pécresse pour défendre des privilèges corporatistes et une conception rétrograde de l'université. Au travail, fainéants!


L'ignorance et les préjugés sont tels que c'est à peu près l'image que certains journalistes donnent du mouvement des chercheurs, des universitaires et des étudiants qui se développe dans toute la France. Au Monde, Catherine Rollot se contente de faire du décalque de la communication ministérielle, en toute méconnaissance de cause. Le lundi 9 février, Sylvie Pierre-Brossolette, sur l'antenne de France Info, défendait l'idée brillante selon laquelle, comme un chercheur ne produit plus grand-chose d'intéressant après quarante ans («c'est génétique»!), on pourrait lui coller beaucoup plus d'heures d'enseignement, histoire qu'il se rende utile.


Il aurait fallu mettre Pasteur un peu plus souvent devant les étudiants, ça lui aurait évité de nous casser les pieds, à 63 ans, avec sa découverte du virus de la rage. Planck, les quantas à 41 ans, un peu juste, mon garçon! Darwin a publié L'Evolution des espèces à 50 ans, et Foucault La Volonté de savoir au même âge. Ce sont des livres génétiquement nuls. Aujourd'hui, on enverrait leurs auteurs alphabétiser les étudiants de première année, avec de grosses potées d'heures de cours, pour cause de rythme de publication insuffisant. Au charbon, papy Einstein! Et puis comme ça, on économise sur les heures supplémentaires, il n'y a pas de petits profits.

Mais que Sylvie Pierre-Brossolette se rassure: le déluge de réformes et de tâches administratives est tel que son vœu est déjà presque réalisé. On fait tout ce qu'il faut pour étouffer la recherche. Les chercheurs et les enseignants-chercheurs passent plus de temps dans la paperasse que dans la recherche et l'enseignement. Ils rédigent les projets de recherche qu'ils auraient le temps de réaliser s'ils n'étaient pas si occupés à rédiger leurs projets de recherche. La réforme Pécresse ne fera qu'accroître cela.


Les journalistes sont-ils suffisamment évalués au regard de leurs compétences et de leur sérieux? Est-ce que c'est génétique, de dire des bêtises sur les antennes du service public?

On enrage de cette ignorance persistante que l'on entretient sciemment, dans le public, sur ce que sont réellement la vie et le travail d'un universitaire. Rien de plus facile que de dénoncer les intellectuels comme des privilégiés et de les livrer à la vindicte des braves travailleurs, indignés qu'on puisse n'enseigner que 7 heures par semaine. Finissons-en avec ce ramassis de légendes populistes. Un pays qui méprise et maltraite à ce point ses intellectuels est mal parti.

La réforme Pécresse est fondée là-dessus: il y a des universitaires qui ne travaillent pas assez, il faut trouver le moyen de les rendre plus performants, par exemple en augmentant leurs heures d'enseignement s'ils ne publient pas assez. Il est temps de mettre les choses au point, l'entassement de stupidités finit par ne plus être tolérable.

a) l'universitaire ne travaille pas assez

En fait, un universitaire moyen travaille beaucoup trop. Il exerce trois métiers, enseignant, administrateur et chercheur. Autant dire qu'il n'est pas aux 35 heures, ni aux 40, ni aux 50. Donnons une idée rapide de la variété de ses tâches: cours. Préparation des cours. Examens. Correction des copies (par centaines). Direction de mémoires ou de thèses. Lectures de ces mémoires (en sciences humaines, une thèse, c'est entre 300 et 1000 pages). Rapports. Soutenances. Jurys d'examens. Réception et suivi des étudiants. Elaboration des maquettes d'enseignement. Cooptation et évaluation des collègues (dossiers, rapports, réunions). Direction d'année, de département, d'UFR le cas échéant. Réunions de toutes ces instances. Conseils d'UFR, conseils scientifiques, réunions de CEVU, rapports et réunions du CNU et du CNRS, animations et réunions de centres et de laboratoires de recherche, et d'une quantité de conseils, d'instituts et de machins divers.


Et puis, la recherche. Pendant les loisirs, s'il en reste. Là, c'est virtuellement infini: lectures innombrables, rédaction d'articles, de livres, de comptes rendus, direction de revues, de collections, conférences, colloques en France et à l'étranger. Quelle bande de fainéants, en effet. Certains cherchent un peu moins que les autres, et on s'étonne? Contrôlons mieux ces tire-au-flanc, c'est une excellente idée. Il y a une autre hypothèse: et si, pour changer, on fichait la paix aux chercheurs, est-ce qu'ils ne chercheraient pas plus? Depuis des lustres, la cadence infernale des réformes multiplie leurs tâches. Après quoi, on les accuse de ne pas chercher assez. C'est plutôt le fait qu'ils continuent à le faire, malgré les ministres successifs et leurs bonnes idées, malgré les humiliations et les obstacles en tous genres, qui devrait nous paraître étonnant.

Nicolas Sarkozy, dans son discours du 22 janvier, parle de recherche «médiocre» en France. Elle est tellement médiocre que les publications scientifiques françaises sont classées au 5e rang mondial, alors que la France se situe au 18e rang pour le financement de la recherche. Dans ces conditions, les chercheurs français sont des héros. Les voilà évalués, merci. Accessoirement, condamnons le président de la république à vingt ans de travaux forcés dans des campus pisseux, des locaux répugnants et sous-équipés, des facs, comme la Sorbonne, sans bureaux pour les professeurs, même pas équipées de toilettes dignes de ce nom.

b) l'universitaire n'est pas évalué

Pour mieux comprendre à quel point un universitaire n'est pas évalué, prenons le cas exemplaire (quoique fictif) de Mme B. Elle représente le parcours courant d'un professeur des universités aujourd'hui. L'auteur de cet article sait de quoi il parle. Elle est née en 1960. Elle habite Montpellier. Après plusieurs années d'études, mettons d'histoire, elle passe l'agrégation. Travail énorme, pour un très faible pourcentage d'admis. Elle s'y reprend à deux fois, elle est enfin reçue, elle a 25 ans. Elle est nommée dans un collège «sensible» du Havre. Comme elle est mariée à J, informaticien à Montpellier, elle fait le chemin toutes les semaines. Elle prépare sa thèse. Gros travail, elle s'y consacre la nuit et les week-ends. J. trouve enfin un poste au Havre, ils déménagent.


A 32 ans, elle soutient sa thèse. Il lui faut la mention maximale pour espérer entrer à l'université. Elle l'obtient. Elle doit ensuite se faire qualifier par le Conseil National des Universités. Une fois cette évaluation effectuée, elle présente son dossier dans les universités où un poste est disponible dans sa spécialité. Soit il n'y en a pas (les facs ne recrutent presque plus), soit il y a quarante candidats par poste. Quatre années de suite, rien. Elle doit se faire requalifier. Enfin, à 37 ans, sur son dossier et ses publications, elle est élue maître de conférences à l'université de Clermont-Ferrand, contre 34 candidats. C'est une évaluation, et terrible, 33 restent sur le carreau, avec leur agrégation et leur thèse sur les bras. Elle est heureuse, même si elle gagne un peu moins qu'avant. Environ 2000 Euros. Elle reprend le train toutes les semaines, ce qui est peu pratique pour l'éducation de ses enfants, et engloutit une partie de son salaire. Son mari trouve enfin un poste à Clermont, ils peuvent s'y installer et acheter un appartement. Mme B développe ses recherches sur l'histoire de la paysannerie française au XIXe siècle. Elle publie, donne des conférences, tout en assumant diverses responsabilités administratives qui l'occupent beaucoup.

Enfin, elle se décide, pour devenir professeur, à soutenir une habilitation à diriger des recherches, c'est-à-dire une deuxième thèse, plus une présentation générale de ses travaux de recherche. Elle y consacre ses loisirs, pendant des années. Heureusement, elle obtient six mois de congé pour recherches (sur évaluation, là encore). A 44 ans (génétiquement has been, donc) elle soutient son habilitation. Elle est à nouveau évaluée, et qualifiée, par le CNU. Elle se remet à chercher des postes, de professeur cette fois. N'en trouve pas. Est finalement élue (évaluation sur dossier), à 47 ans, à l'université de Créteil. A ce stade de sa carrière, elle gagne 3500 euros par mois.

Accaparée par les cours d'agrégation, l'élaboration des plans quadriennaux et la direction de thèses, et, il faut le dire, un peu épuisée, elle publie moins d'articles. Elle écrit, tout doucement, un gros ouvrage qu'il lui faudra des années pour achever. Mais ça n'est pas de la recherche visible. Pour obtenir une promotion, elle devra se soumettre à une nouvelle évaluation, qui risque d'être négative, surtout si le président de son université, à qui la réforme donne tous pouvoirs sur elle, veut favoriser d'autres chercheurs, pour des raisons de politique interne. Sa carrière va stagner.

Dans la réforme Pécresse, elle n'est plus une bonne chercheuse, il faut encore augmenter sa dose de cours, alors que son mari et ses enfants la voient à peine. (Par comparaison, un professeur italien donne deux fois moins d'heures de cours). Ou alors, il faudrait qu'elle publie à tour de bras des articles vides. Dans les repas de famille, son beau-frère, cadre commercial, qui gagne deux fois plus qu'elle avec dix fois moins d'études, se moque de ses sept heures d'enseignement hebdomadaires. Les profs, quels fainéants.

***

Personnellement, j'aurais une suggestion à l'adresse de Mme Pécresse de M. Sarkozy et accessoirement des journalistes qui parlent si légèrement de la recherche. Et si on fichait la paix à Mme B? Elle a énormément travaillé, et elle travaille encore. Elle forme des instituteurs, des professeurs, des journalistes, des fonctionnaires. Son travail de recherche permet de mieux comprendre l'évolution de la société française. Elle assure une certaine continuité intellectuelle et culturelle dans ce pays. Elle a été sans cesse évaluée. Elle gagne un salaire qui n'a aucun rapport avec ses hautes qualifications. Elle travaille dans des lieux sordides. Quand elle va faire une conférence, on met six mois à lui rembourser 100 euros de train. Et elle doit en outre subir les insultes du président de la république et le mépris d'une certaine presse. En bien, ça suffit. Voilà pourquoi les enseignants-chercheurs manifestent aujourd'hui.

P.J.

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