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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 10:53
Pour les babas et les zanfans, j'ai trouvé un conte de noël dans le site île en île

c'est un conte comorien de Salim Hatubou
Fourmi et vache


Autrefois, au pays des animaux, le roi Lion décida de marier sa fille. Rhinocéros, grand serviteur du palais, tapa sur le tam-tam ancestral pour annoncer la nouvelle à toute la forêt. Le message finissait par ces propos :

- Vous êtes tous invités et, quiconque n’assistera pas au mariage de la princesse, sera décapité !

Tout le monde se prépara pour ce grand événement : les oiseaux, les singes, les caïmans, les éléphants… Ils se réjouissaient tous du bonheur de leur roi, Sa Majesté Lion. Vraiment tous ? Non, car Vache regardait tous les autres animaux et restait indifférente à tout ce remue-ménage.

- Ecoutez-moi, dit Tigre. Nous devons tous nous réunir demain, à l’aube, sous le baobab centenaire. Ensemble, nous formerons un cortège digne de notre roi !


Tous les animaux applaudirent.

- On va bien s’amuser ! s’écria Chat, toujours prêt à faire la fête.

Le royaume était très loin et il fallait marcher durant trois jours et trois nuits pour y parvenir. Fourmi était, en ce temps-là, la meilleure amie de Vache.

- Es-tu prête pour la longue marche ? demanda Fourmi.
- De quelle longue marche veux-tu parler ? Moi, je ne vais nulle part ! Je reste ici ! J’ai mieux à faire que d’aller voir un vieux roi qui marie sa fille, une petite insolente !

Fourmi ouvrit grand les yeux.

- Aurais-tu donc perdu la tête ! dit-elle. N’as-tu pas entendu le son du tam-tam ? Quiconque n’assistera pas au mariage, sera décapité !
- J’ai bien entendu, Fourmi, mais je resterai ici !

Fourmi tenta de convaincre son amie pour qu’elle se rende au château. En vain. Elle réfléchit longuement, puis trouva une idée.

- Vache, échangeons nos formes !
- Echanger nos formes ? ! s’étonna Vache.
- Oui, deviens moi et je deviendrai toi !

Vache ne comprenait toujours pas. Fourmi expliqua :

- C’est simple : tu me donnes ton enveloppe de vache et tu prends la mienne de fourmi.

Vache se mit à rire et dit :

- Voilà des propos idiots, Fourmi ! Admettons que tu prennes ma forme et que tu te rendes au mariage. C’est toi que le roi ne verra pas et c’est encore toi qui seras décapitée !
- Ce sont tes propos qui sont idiots, Vache. Je pourrai toujours dire au roi que j’ai assisté au mariage de la princesse, cachée dans ton oreille. Comme j’aurai tout vu, je pourrai décrire tout l’événement dans les détails. Qu’en penses-tu ?

Vache réfléchit longuement puis finit par accepter. Les deux animaux échangèrent, par conséquent, leur forme. Fourmi devint très grosse et Vache minuscule.

A l’aube, tous les animaux s’attroupèrent au pied du baobab centenaire et tout ce beau monde fit branle-bas en direction de palais royal. En chemin, Vache -enfin Fourmi- resta silencieuse.

- Vache, pourquoi ne dis-tu mot ? interrogea Singe, qui sautillait, tellement il était heureux.

Fourmi -enfin Vache, il faut suivre ! - répondit :

- Laisse-la tranquille, Singe !
- Fourmi, je ne t’avais pas vue ! Où es-tu ?
- Je suis dans la bouche de Vache !
- Tu as vraiment de la chance, dit Eléphant. Tandis que nous autres marchons, toi, tu es tranquillement couchée dans la bouche de ton amie !

Les animaux marchèrent durant trois jours et trois nuits. Ils finirent par arriver au château et firent allégeance au roi et à la princesse. La fête battit son plein une semaine entière, pendant laquelle les invités burent, chantèrent, dansèrent…

Zébu, le vizir du roi, trouva Vache -enfin Fourmi ! vous suivez toujours ?- fort belle mais bien silencieuse.

- Vache, le prochain mariage sera le nôtre ! Je t’épouserai et nous vivrons tous deux heureux dans ce château !

Fourmi -qui avait la forme de Vache, vous vous souvenez de cela, n’est-ce pas ?- accepta et épousa Zébu le grand vizir.

Vache -qui avait la forme de Fourmi, vous ne l’avez pas oublié ?- attendit longtemps son amie, qui ne revint jamais. Elle ne récupéra donc pas plus sa forme initiale.

Depuis de jour-là, les fourmis -qui sont en réalité des vaches- pénètrent dans les oreilles des vaches, qui sont en réalité des fourmis, les piquent et leur disent :

- Je veux mon enveloppe ! Je veux ma forme !

Et le temps passe, passe…



Salim Hatubou, Contes et légendes des Comores ©
Flies France, 2004

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