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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 22:57

La critique universitaire a longtemps dédaigné Jules Verne. Même à Nantes où il est né. Etroitement scientiste et positiviste dans ses thèmes, de quelle innovation pouvait-on créditer son écriture romanesque ? Ne s'agissait-il pas d'une simple littérature pour enfants ? De passage devant le musée Jules Verne de Nantes cette après-midi, je me suis arrêté un instant pour me détourner de ces simplismes.

L'année du centenaire de sa mort, 2005, a été en effet l'occasion de deux nouveautés à Nantes :

- la restauration, modeste mais réussie de ce petit musée

- la tenue d'un colloque international « Jules Verne, les machines et la science », organisé par l'Ecole Centrale de Nantes, plus exactement par mon ami Philippe Mustière (Directeur du département des langues et communication à l'Ecole Centrale) et par Michel Fabre (P.U. Sc de l'educ Nantes).

Le XXè siècle a admiré comment, une par une, les prévisions de Jules Verne se sont réalisées : invention du cinéma, mise au point d'aéronefs variés parcourant l'atmosphère, l'espace et le cosmos, sous-marin remontant à la surface au pôle même, trajet vers la lune à la minute près etc. Mais, à mes yeux, le regain d'intérêt actuel pour Jules Verne vient d'ailleurs :

1/ Le vieux projet « comment instruire la jeunesse de façon ludique » reste d'actualité : illustrations, canevas narratifs dynamiques, technologies de pointe, voyages extraordinaires (62 !), inventions et découvertes, héros admirables, paris chronométrés etc Qui ne voit que, plus que jamais, le succès et la liberté appartiennent à ceux qui sont cultivés ? Avec le Magasin d'éducation et de récréation, les boulimiques de culture sont à leur affaire

2/ Verne, comme Baudelaire, développe une poétique moderne : celle de l'acier, de la machine, des dangers et des merveilles scientifiques. Son œuvre n'est pas un apologue de la technologie mais de la puissance créatrice de l'homme. Elle annonce Huxley père et fils, Boris Vian, la science-fiction et les explorateurs d'aujourd'hui : Jean-Louis Etienne, Auguste Jacques et Bertrand Picard, Steve Fossett etc.

3/ Il nous aide à penser notre monde rétréci par internet, les satellites (TNT, GPS), les lignes aériennes, le TGV et les téléphones cellulaires : les vrais voyages ne sont pas des courses de vitesse (ses personnages de scientifiques échouent souvent) mais le déploiement d'un imaginaire, une course à l'inventivité. Verne s'insère dans une chaîne de grands démiurges qui part de Prométhée pour aller vers De Foe, Poe, Lautréamont, Rimbaud, Nietzsche, Gracq, Tournier. Les inventions humaines apparaissent dérisoires face aux éléments déchaînés : volcanisme, houle polaire, cyclone, tsunami, séisme, maelström, ce n'est pas aux rényonés que je l'apprendrai. Comme Pascal, Valéry, Vian, Roubaud, Calvino, Borges, Guillevic, Queneau, Perec, et tant d'autres, Jules Verne m'aide à refuser cette question entendue dans la plupart des conseils de classe : « il est littéraire ou scientifique ? ». Prochain voyage extraordinaire : Amiens !

 

 

 

maquette du nautilus


les deux Jules




"L'épouvante", orthoptère, amphibie, automobile, navire et aéroplane inventé pour Robur le conquérant







le monument de Georges Barreau consacré à Jules Verne au Jardin des Plantes de Nantes

on y trouve des allusions au Tour du monde en 80 jours, à De la Terre à la lune et à Cinq semaines en ballon


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