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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 19:10

Dimanche 15 mars

Aujourd'hui, excursion au lac Antanavo à 75 kms au sud de Diego sur la RN6, à quelques kms du village d'Anivorano nord. Inutile de songer aux Tsingy rouges, ils sont inaccessibles tant il a plu. Je recopie le Petit Futé.

Un jour, un voyageur égaré, épuisé par la marche et assoiffé, arriva dans un village où il demanda de l'eau. Les habitants refusèrent (chose impensable à Madagascar). Dépité, le visiteur, qui avait de grands pouvoirs secrets, engloutit le village sous les eaux et changea ses habitants en crocodiles.

Autre légende. Un grand village Sakalava existait auparavant à l'emplacement du lac. Un couple menait une vie tranquille avec leur nourrisson d'à peine six mois. Une nuit, celui-ci se mit à pleurer sans raison. Aucune caresse, aucun mot tendre ne parvenait à le calmer. La mère décida alors d'emmener son enfant sous un grand tamarinier, à la sortie du village, où les femmes avaient pour habitude de piler le riz : là, le poupon s'apaisa brusquement et s'endormit. De fait, la mère crut bon de revenir dans la case, mais dès qu'elle y pénétra, son enfant dans les bras, celui-ci se mit à hurler de plus belle. Par trois fois, elle fut obligée de retourner sous le tamarinier, pour que le petit s'endorme, par trois fois elle essaya de regagner la case tout doucement, et par trois fois le même manège recommença. Enfin, épuisée, elle se détermina à passer la nuit sous le grand arbre. Dès qu'elle fut assise, le village s'effondra tout à coup sur lui-même, creusant un trou gigantesque qui se remplit d'eau aussitôt. La femme fut avec son enfant la seule survivante de cette horrible catastrophe. Ainsi, aujourd'hui, on vient au lac Anivorano pour demander amour, santé, fortune et descendance : en contre partie, on y sacrifie poulets et zébus quand un couple est menacé de stérilité, ou quand quelqu'un tombe malade. Les Sakalava croient aussi que les crocodiles abritent les âmes des villageois disparus.

Version du Routard

Un jour, un Antemoro à bout de forces s'égara par ici. Une vieille femme, par pitié, lui donna de l'eau. L'homme lui conseilla de s'éloigner pour éviter le sort jeté par lui sur le village, qui devait transformer les habitants en ... crocodiles ! Depuis, les descendants de la vieille femme règlent les festivités du lac. Car celui-ci est vraiment infesté de crocodiles, que l'on nourrit comme des hôtes sacrés.

J'ai entendu d'autres légendes comme celle de ce pêcheur qui ramena un poisson vivant en Europe. Comme l'animal ne s'alimentait plus, il comprit qu'il devait le rapporter dans le lac, ce qu'il fit au bout de quelques mois.

Le mardi, c'est fady (interdit) mais le samedi, un prêtre sacrifie au moins un zébu dans un abri de feuillages. Il appelle alors les crocos un par un par leur nom. Chaque animal s'exécute docilement et vient chercher sa part de viande saignante, accompagné de sa famille. En général, le sacrifice a lieu si un voeu que les villageois ont prononcé aux abords du lac se réalise. C'est magique.


tamarinier près du lac d'Antanavo



Mon chauffeur s'appelle Naly, natif de Diego et il est aidé de Papy, un guide local qui seul connaît les passages. Naly a créé une société de services de location de 4X4 avec chauffeur et guide qui s'appelle Activ location : 0320454991 (orange) (+261)330472296 (zain) nalyjordy@yahoo.fr

Il est souvent amené à travailler avec Evasion sans frontières.

Il y a d'autres amateurs de crocos dans le Ford Ranger, nous sommes 6 ou 7 avec le guide.

Conduire jusqu'à Anivorano, rien de difficile du moment qu'on se contente de 40 à 60 km/h en restant aux aguets : des nids de poule partout, des charrettes arrêtées sur la chaussée, des zébus, des bonchiens, des poules, des canards et surtout... des malgaches. Comme très peu d'entre eux ont les moyens de voyager en taxi-brousse ou de posséder un véhicule, ils font tout à pied et 10, 20, 30 kms par jour ne leur font pas peur. Les femmes portent souvent 15kgs de riz ou de linge mouillé sur la tête.




Pendant des kilomètres, sur le côté de la route, des étals : achards de piments et de citrons, achards de mangues, thon grillé, beignets, mandarines vertes, citrons verts, avocats (énormes), cocos, bananes, maïs grillé.


achards


hérons


A quelques dizaines ou centaines de mètres, des cabanes à 50 cms du sol (pour tenir à distance l'humidité, les insectes et les reptiles), puis, plus loin, les rizières : deux ou trois récoltes par an. Repiquage en ce moment. Des zébus paissent : noirs, bruns, roux, blancs. L'animal est emblématique de la Grande île rouge : labour, transport, sacrifices religieux, viande, lait, cuir, corne. Il est multi-cartes. Je vous rappelle qu'en dépit de l'humour dévastateur de son créateur, l'association ZOB (Zébu Overseas Board) est très sérieuse et recommandable




Sur la route, la plupart des véhicules sont des taxi-brousses 404 diesel plateau bâché (12 places). Nous croisons un cycliste qui porte d'une main deux oies par les pattes, des femmes au visage badigeonné d'une crème jaune à base de plantes, des enfants jouant avec des riens. Dans une rivière un grand nombre de femmes font la lessive.


arrivée à Anivorano nord


A partir d'Anivorano, c'est une piste boueuse, creusée d'ornières et de fondrières dans laquelle seuls les 4X4 et les charrettes s'aventurent. D'ailleurs les zébus passent toujours mora mora, tandis que les 4X4 parfois s'enlisent et c'est notre cas. Heureusement, un Nissan Patrol passait par là et va nous treuiller avant de se trouver en difficulté à son tour. On range les véhicules et on continue à pied (2 kms).







A peine sommes-nous arrivés qu'un premier croco se hisse sur la berge et se rapproche, suivi rapidement d'un deuxième et d'un troisième. Quelqu'un a apporté de la viande et la vitesse d'engloutissement du kilo de viande de zébu est impressionnante.



Nous n'avons pas le droit de dépasser un muret à cause du caractère sacré des animaux. Papy m'explique que j'ai de la chance : il est arrivé que des touristes venus de loin avec un sac de viande soient repartis bredouilles sans avoir vu le moindre croco sacré.

 




l'abri où ont lieu les sacrifices


dernier regard au lac sacré


Si l'on excepte les chants des oiseaux et les bruits de mastication des gros lézards, c'est un silence recueilli, un calme mystérieux, quasi-religieux qui règne autour de ce lac difficile d'accès, objet de fadys : interdiction de s'approcher de l'eau, de se baigner, de toucher aux crocos, de cracher, de pêcher.

A nouveau, retour dans la boue jusqu'aux moyeux.


Papy et Naly


Repas à l'hôtel du lac : poulet bio élevé en plein air, au bord de la route, 100% écologique, garanti sans OGM. J'ai mangé le lendemain une salade de crocodile (6000 ariarys) en face de l'Alliance française et c'est très très bon : petits cubes au goût d'espadon mais il faut bien mastiquer.


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