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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 09:59
Paul et Virginie (1787), gouache de Guinet, musée d'Histoire nationale de Mahébourg (publication autorisée par le musée)

Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814), qui aura les honneurs d'un colloque à Saint-Denis fin novembre, n'était pas seulement écrivain et ingénieur des Ponts et Chaussées, il était aussi botaniste et fut Intendant du Jardin des Plantes de Paris en remplacement de Buffon. http://www.fabula.org/actualites/article22967.php
Son roman Paul et Virginie et ses Etudes de la Nature (1784) sont très lus à l'île Maurice.


photo prise au Jardin des Pamplemousses

buste de Bernardin de Saint-Pierre au Jardin des Pamplemousses

L'avenue Paul-et-Virginie au Jardin des Pamplemousses, bordée de genèvriers, de noyers de l'Inde et de palmiers-bambous, se termine par deux grands sièges en roche copiés par Pierre Poivre d'un modèle indien et un piédestal pour une statue de Flora. C'est là, dit la légende, que sont enterrés les tourtereaux imaginés par Bernardin de Saint-Pierre.

l'église de Pamplemousses
pourtant, le roman dit bien que " On l'enterra près de l'église des Pamplemousses, sur son côté occidental, au pied d'une touffe de bambous, où, en venant à la messe avec sa mère et Marguerite, elle aimait à se reposer assise à côté de celui qu'elle appelait alors son frère." (page 248 livre de poche 4166)


le monument qui leur est dédié sur le côté occidental de l'église

Autre personnage du roman, bien réel celui-là, Mahé de la Bourdonnais, arrivé à l'île de France en juin 1735 en a été le gouverneur jusqu'en 1746. Il a donné son nom à la première capitale de l'île : Mahébourg.

la cloche du Saint-Géran, bien réelle elle aussi, au musée d'Histoire nationale de Mahébourg (reproduction autorisée par le musée)
Le Saint-Géran, vaisseau de la Compagnie des Indes de 600 tonneaux et de 28 canons, avait été lancé à Lorient en 1736. Il arrive sous voile en vue de l'île de France, à 16 h 00, le 17 août 1744. A cause d'une erreur de navigation, après trois heures du matin, il talonne au niveau des brisants la barrière de corail. La coque est crevée et la cale se remplit d'eau. Le capitaine demande à l'équipage de mettre la chaloupe à l'eau avec des hommes à bord mais celle-ci se fracasse sur le pont. Le vaisseau prend alors de la gîte avec le vent, le capitaine donne l'ordre d'abattre le grand mat qui dans sa chute rompt le mat d'artimon. Le vaisseau se brisant de plus en plus, le capitaine voyant qu'il n'est plus possible de sauver le navire, appelle l'aumônier pour que ce dernier donne l'absolution générale et dit à tout le monde de faire son possible pour se sauver. Bien que le naufrage ait eu lieu près des côtes, il n'y eut que neuf rescapés. En effet, l'équipage était en bien mauvaise santé, plus de 100 personnes étaient couchées et ceux qui ne l'étaient pas, ne devaient pas être en très bonne condition physique. http://www.histoire-genealogie.com/article.php3?id_article=384

Incipit du roman :
Tous les toponymes se repèrent facilement sur une carte d'aujourd'hui et sur le terrain

Sur le côté oriental de la montagne qui s'élève derrière le Port-Louis de l'île de France, on voit, dans un terrain jadis cultivé, les ruines de deux petites cabanes. Elles sont situées presque au milieu d'un bassin formé par de grands rochers, qui n'a qu'une seule ouverture tournée au Nord. On aperçoit à gauche la montagne appelée le morne de la Découverte, d'où l'on signale les vaisseaux qui abordent dans l'île, et au bas de cette montagne la ville nommée le Port-Louis ; à droite, le chemin qui mène du Port-Louis au quartier des Pamplemousses ; ensuite l'église de ce nom, qui s'élève avec ses avenues de bambous au milieu d'une grande plaine ; et plus loin une forêt qui s'étend jusqu'aux extrémités de l'île. On distingue devant soi, sur les bords de la mer, la baie du Tombeau ; un peu sur la droite, le cap Malheureux ; et au-delà, la pleine mer, où paraissent à fleur d'eau quelques îlots inhabités, entre autres le coin de Mire, qui ressemble à un bastion au milieu des flots.

À l'entrée de ce bassin, d'où l'on découvre tant d'objets, les échos de la montagne répètent sans cesse le bruit des vents qui agitent les forêts voisines, et le fracas des vagues qui bisent au loin sur les récifs; mais au pied même des cabanes on n'entend plus aucun bruit, et on ne voit autour de soi que de grands rochers escarpés comme des murailles. Des bouquets d'arbres croissent à leurs bases, dans leurs fentes, et jusque sur leurs cimes, où s'arrêtent les nuages. Les pluies que leurs pitons attirent peignent souvent les couleurs de l'arc-en-ciel sur leurs flancs verts et bruns, et entretiennent à leurs pieds les sources dont se forme la petite rivière des Lataniers. Un grand silence règne dans leur enceinte, où tout est paisible, l'air, les eaux et la lumière. À peine l'écho y répète le murmure des palmistes qui croissent sur leurs plateaux élevés, et dont on voit les longues flèches toujours balancées par les vents. Un jour doux éclaire le fond de ce bassin, où le soleil ne luit qu'à midi ; mais dès l'aurore ses rayons en frappent le couronnement, dont les pics s'élevant au-dessus des ombres de la montagne paraissent d'or et de pourpre sur l'azur des cieux.

J'aimais à me rendre dans ce lieu où l'on jouit à la fois d'une vue immense et d'une solitude profonde. Un jour que j'étais assis au pied de ces cabanes, et que j'en considérais les ruines, un homme déjà sur l'âge vint à passer aux environs. Il était, suivant la coutume des anciens habitants, en petite veste et en long caleçon. Il marchait nu-pieds, et s'appuyait sur un bâton de bois d'ébène. Ses cheveux étaient tout blancs, et sa physionomie noble et simple. Je le saluai avec respect. Il me rendit mon salut, et m'ayant considéré un moment, il s'approcha de moi, et vint se reposer sur le tertre où j'étais assis. Excité par cette marque de confiance, je lui adressai la parole : " Mon père, lui dis-je, pourriez-vous m'apprendre à qui ont appartenu ces deux cabanes ?" Il me répondit: " Mon fils, ces masures et ce terrain inculte étaient habités, il y a environ vingt ans, par deux familles qui y avaient trouvé le bonheur.

Leur histoire est touchante : mais dans cette île, située sur la route des Indes, quel Européen peut s'intéresser au sort de quelques particuliers obscurs? Qui voudrait même y vivre heureux, mais pauvre et ignoré? Les hommes ne veulent connaître que l'histoire des grands et des rois, qui ne sert à personne. "

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