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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 18:12

"le Barreau" carte postale vendue par le Musée Léon Dierx

L'amérique du nord a donc eu Jean-Jacques Audubon, l'amérique du sud Alcide d'Orbigny, l'océan indien Antoine Louis Roussin. Comptez le nombre de rues, de collèges et de lycées qui portent leur nom en France métropolitaine. Comparez avec la médiatisation de Johnny Halliday, Bigard, Doc Gynéco et Arthur par l'Elysée et vous aurez tout compris.

 

Le prof

« Pour un original, c'était un original que le peintre Roussin. La première fois que nous prîmes contact avec lui ce fut évidemment au lycée. Notre première leçon de dessin qu'enseignait en ce moment le vieil artiste - c'était vers les 1884, - restera gravée dans notre mémoire.

Il entrait dans la classe pleine de turbulence, de son pas ouaté de feutre, le chapeau un peu de côté, et tout de suite, après un « hum » sonore qu'il lançait, dès l'entrée, le silence se faisait.

Le verbe très haut, M. Roussin ne prétendait pas au langage des Précieuses. Il ponctuait ses conseils, ses admonestations de mots que la morale puérile et honnête réprouvait quand il ne les « illustrait » pas d'une bourrade bien appliquée. On ne s'en offusquait pas. Loin de là. C'était matière à plaisanterie. Une classe sans un juron du vieux professeur manquait de sel, de saveur.

Dans la classe, il faisait deux parts : ceux qui avaient le feu sacré, qui voulaient apprendre et pour qui la Vénus de Milo par exemple dont le plâtre dressait le torse impeccable au dessus de nos têtes folles disait quelque chose, et les cancres, ceux qui passaient des années à dessiner un petit rond dans un rond plus grand.

C'est aux premiers seuls qu'il s'intéressait, il fallait voir avec quelle tendresse, quelle passion même. Car il aimait son art, ce vieil artiste ; il nous aimait aussi tous, bons élèves et cancres, l'île enchanteresse qui l'avait captivé et pris tout entier, corps et âme. »

La Revue de l'île de la Réunion, 22 novembre 1913, n°28 (A.D. de la Réunion)

 

La presse lithographique

Au début de son séjour réunionnais, Roussin découvre une presse lithographique, en bien mauvais état, dans un coin du magasin général de la Marine, à Saint-Denis. « Tour à tour mécanicien, chimiste, imprimeur, dessinateur, il a dû reconstruire cette presse en entier, composer ses crayons, composer les matières qu'exige la préparation du papier et de la pierre, surprendre chacun des procédés de l'inventeur, deviner enfin un à un tous les moyens d'exécution » peut-on lire dans le Bulletin de la Société des Sciences et Arts du 21 juillet 1856 (Ed Bailly).

 

 

« Les Souvenirs qui permettent à Roussin de s'essayer à la lithographie sont le point de départ d'une plus vaste entreprise. Dès 1848, il travaille déjà à l'élaboration de l'Album de l'Ile de la Réunion. En 1856, il obtient du Conseil Général une souscription pour quarante exemplaires de chaque livraison. C'est une aide considérable apportée à cette publication, unique pour toutes les colonies françaises, et soutenue par le Ministère de la Marine.

En 1878, Roussin lance une souscription pour la réimpression de l'Album, en quatre volumes. Il propose une nouvelle édition revue et corrigée, projetant d'éliminer les articles qui ne sont plus d'actualité et de consacrer une large part bien méritée aux travaux du port de la Pointe des Galets et du chemin de fer. Les conditions ne sont plus les mêmes, il ne s'occupe plus de l'impression. Des problèmes financiers vont vite se poser ; la période faste de la colonie passée, l'abonnement du Conseil Général est supprimé. Les quatre tomes terminés, en 1886, Roussin se voit contraint d'arrêter sa publication avec le sentiment frustrant de laisser une œuvre inachevée. »

Antoine-Louis Roussin 1819-1894, Martine Engles-Akhoun et Valérie Pascaud, 1991, Océan éditions

Le journaliste

Avec La Malle, il obtient un brevet d'imprimeur (1859) et oublie cet hebdo 7 mois. En 1861, il publie La Semaine, une revue illustrée consacrée aux arts, au théâtre, à la littérature. Il s'occupe, en 1863 du Bulletin de la Société d'Acclimatation et d'Histoire Naturelle de l'Ile de la Réunion. Membre de la Société des Sciences et Arts, il est l'imprimeur de son Bulletin de 1861 à 1872.

 

Le photographe

Garder intactes son époque et son île, se faire leur fidèle témoin, le projet de Roussin  s'accordait parfaitement avec cette nouvelle technique : la photographie.  

 

 

 

Célimène : la muse créole de la Saline

http://pedagogie2.ac-reunion.fr/clglasaline/Celimene/celimene.htm

 

La vieille Célimène

Je suis cette vieille Célimène
Très laide mais non vilaine
Cette infortunée créole
qui n'a pu aller à l'école.
Légère en conversation
Mais très posée en actions,
j'ai la tête remplie de vers
Et je les fais à tors et à travers.

Froissée je satirise
Mais impoli qui me ridiculise
Mais jamais je ne me déguise
Quand je l'habille largement à ma guise
Si je bijotte, le chante et le bascule
Et fait connaître son ridicule
Il faut que celui qui avance, recule
Reste honteux et gobe la pilule.

Je respecte la vraie dévote
Et crains beaucoup la bigotte
Avec les sots je suis sotte.
Avec les fous, je fais la folle
Je ne perds jamais la boussole.
Pour éviter les avaries
Les gros, les grands et les petits
Blancs, noirs et gris sont mes amis.

J'aime et admire l'aristocratie
Respecte et plains la démocratie;
Mais j'appartiens à la dernière
Quoique je chéris la première
Car ma vie n'a pas été que fleurs
Et dans mes plus grandes douleurs
Les mains de toutes les couleurs
Sont venues essuyer mes pleurs.

 

Missiè L...

Missiè L... est Blanc malhonnête.

Na na figure comme bébête,
Na na le coeur galet,
Na na la langue comme zandouillette,
Na na li dents comme foursettes,
Na na tas de contes comme in gazette,
Toujours il est dans la goguette,
En goguette... et en Goguette,
Ah ! Ah ! Ah ! Eh ! Eh ! Eh !
Ah Ah Ah !
Cer ami, langaze qui causez.

Li na la tête comme in boulette,
Ca même tire pas son casquette,
Na na zié comme cevrette,
Na na les zambes comme roues charrettes,
Na na son nez comme baionnette,
Na na sa gueule sale comme serviette,
Na na sourcils comme garette,
Na na la barbe comme taquette,
Na na zoreilles comme tartelette.
Ah ! Ah ! Ah ! Eh ! Eh ! Eh !

Li na poitrine comme bavette,
Na na li bras comme queue de jaquette,
Na na li doigts comme cigarette,
Na na li ventre comme canivette,
Na na l'ombris comme gargoulette,
Li bas sa semise sert son serviette,

Li na la jambe comme baguette,
Na na pieds plats comme tablette,
Zamais ne lave son saucettes,
Na na le dos plate comme in banquette,
Enfin na tournire d'in grosse bête,
Ah ! Ah ! Ah ! Eh ! Eh ! Eh !

 

"De Saint-Denis à la Possession, Service Public"

 

 

Edmond Albius

l'inventeur de la fécondation artificielle du vanillier (1863)

 

Sarda Garriga : l'homme de l'abolition de l'esclavage

 

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