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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 17:09


Le créole réunionnais et la question orthographique

Colloque organisé par la Région, Lofis la lang

href="http://www.temoignages.re/le-vote-utile-pour-l-alliance-des,36955.html"jeudi 28 mai 2009

Éclairages pluridisciplinaires pour une orthographe fonctionnelle et consensuelle du créole réunionnais.

Hier, première journée pour ce colloque, le 4e organisé par Lofis la lang. A l'ouverture, le président de cette structure, Axel Gauvin expliquait que c'était un grand moment, parce que cela représente un pas de plus dans la longue marche du créole réunionnais dans sa quête de codes et de principes orthographiques. Un colloque dans lequel se retrouvent de nombreux partenaires : la Région, mais aussi le CHArt, laboratoire de recherches de l'université de Paris 8, l'Université de La Réunion et notamment le laboratoire de recherches et d'études créolophones et francophones, affilié au CNRS, le CCEE et de nombreuses associations comme Tikouti.

Axel Gauvin rappelait les missions de Lofis La lang : A LOFIS, nous pensons que le français et le créole doivent être partenaires. Il ne s'agit pas de remplacer l'une par l'autre, ni de dénigrer l'une au profit de l'autre. L'Office de La Langue Créole La Réunion est une association née des rencontres à l'issue des journées de la culture organisées par la Région en 2004. Dans l'atelier consacré à la Culture et la Langue, nous avons assisté à un affrontement d'idées. Certains étaient pour une revendication à tout craindre avec même l'application stricte des lois qui existent déjà. Et d'autres étaient pour une philosophie différente : changer les représentations. Le créole possède une place considérable dans notre société. Dire qu'il est complètement dévalorisé serait faux : on chante en créole, on écrit en créole, on compose en créole, on enseigne déjà en créole. En revanche, il y a malgré tout un déficit de représentation et notre travail consiste à valoriser la langue créole. De ces journées est née LOFIS avec l'aide de la Région. C'est d'ailleurs le 3 mars 2006 dans l'hémicycle de la Région que les choses se sont décidées. Ensuite, l'association a été créée. Notre philosophie peut se décliner en quelques mots : Valoriser, bien sûr, mais pour cela il faut comprendre. Pour comprendre c'est la discussion, nous faisons intervenir des experts. Il faut comprendre, il faut observer. Nous possédons un important programme de sondage et d'enquêtes. Observer, comprendre, convaincre, reste maintenant servir. Nous voulons par notre action et grâce aux partenariats, servir la langue. Ce qui veut dire, servir les gens qui parlent la langue.

Radjah Véloupoulé, président de la commission de l'épanouissement au conseil régional rappelait le partenariat privilégié existant entre la Région et Lofis. La Région soutient la langue créole par sa valorisation, sa promotion, la reconnaissance de ses expressions culturelles et le renforcement de son usage. Il s'agit dans ce cadre de promouvoir le bilinguisme, d'améliorer les conditions de transmission de la langue et de l'écriture, de développer leur usage et de soutenir les diverses formes d'expression culturelles via l'enseignement de cette langue dans les établissements scolaires. Par conséquent, la Région a toujours encouragé le travail entrepris par "Lofis la lang" dont la mission principale, (outre de permettre à la Région de conduire une politique régionale linguistique ambitieuse), est de proposer et de mettre en œuvre des actions destinées à promouvoir la langue créole dans le cadre d'un bilinguisme français /créole harmonieux. Il rappelait que la structuration de la langue française avait connu un parcours de 240 ans, et que cette langue continue d'évoluer. Il rendait hommage à tous ceux qui oeuvraient pour l'émergence de la langue réunionnaise, « nou tout met la main ansamn pou détak la lang et demay lo ker ».

 

Un sondage Ipsos sur la langue créole

Fabrice Georger, habilité à enseigner la Langue et Culture Réunionnaises (LCR), il a mis en place un enseignement bilingue en maternelle à La Réunion pendant 3 ans. Doctorant en sciences du langage, coauteur de "Oui au créole, oui au français" ; auteur de "Créole et français : deux langues pour un enseignement" et coordonnateur du Conseil scientifique de Lofis la Lang Kréol La Rénion), il a intitulé son intervention : "Analyses d'écritures spontanées du créole dans un corpus recueilli et catégorisé dans le cadre d'une enquête Ipsos-Lofis". En mars et avril 2007, Ipsos Réunion a donc réalisé pour le compte de Lofis la lang Kréol La Rénion un sondage auprès d'un échantillon de 505 personnes représentatives de la population réunionnaise. Ce sondage concernait en partie l'écriture de la langue créole. 71% des personnes interrogées ont déclaré écrire occasionnellement ou régulièrement en créole. 80% de ces scripteurs ont accepté de se soumettre à un test d'écriture après écoute d'une phrase pré-enregistrée d'une vingtaine de mots. Les 361 échantillons d'écriture récoltés, représentatifs des habitudes d'écriture spontanées des Réunionnais, sont riches d'enseignement. Il a ainsi présenté les statistiques réalisées à partir de ces écritures spontanées, les a analysées, tout en prenant garde aux conclusions hâtives sur ce que devrait être une orthographe du créole réunionnais, il a également tenu à ne pas faire dire aux chiffres ce qu'ils ne disent pas. Et de proposer des pistes de recherches complémentaires.

 

Les interventions du mercredi

• Charles Tijusest professeur de psychologie cognitive à l'Université Paris VIII, directeur du Laboratoire E.A. 4004 "Cognitions Humaine et Artificielle". (...) Il évoquait les liens entre le parler et penser créole et une sorte d'entrée en dissidence, on se distingue en parlant créole, mais aussi on se rassemble ; On se différencie mais on se regroupe. Différencier ce qui est créole de ce qui ne l'est pas. Et de conclure sur le fait que l'on peut aussi orthographier des concepts.

  • Daniel Wattin, directeur de LCF (laboratoire d'études et de recherches créolophones et francophones de l'Université de La Réunion), affilié au CNRS soulignait l'importance que revêt un tel colloque pour l'université. Il rappelait que vers 1970 étaient apparues les premières descriptions systémiques du créole. Et de conclure sur la volonté de l'université de continuer le partenariat avec Lofis.
  • Marie-Christine Hazaël-Massieux, professeur de linguistique à l'Université Aix-Marseille, a ouvert ce colloque sur ce thème: "De la transcription à l'orthographe".Pour elle, l'accès à l'écriture d'une langue se fait selon différentes étapes: bien avant de songer à une orthographe fonctionnelle, on commence par une transcription phonétique, qui fait d'ailleurs apparaître clairement le fait que tout le monde ne prononce pas de la même façon. Faut-il choisir dès lors une prononciation, faut-il tenir compte de toutes les prononciations (...). Des questions culturelles, sociales, politiques, voire historiques et anthropologiques se posent à ceux qui essayent de doter une langue (nouvelle) d'un système graphique cohérent et efficace pour la communication. (...) On ne parlera d'orthographe que beaucoup plus tard, quand après avoir trouvé un système graphique à peu près accepté par tous. (...)

    Teddy Gangama, poète, auteur de pièces de théâtre, de contes (Zamal Game, Dékolonant pa nou), a aussi écrit articles scientifiques traitant de la situation du réunionnais ou du thème du maloya, musique traditionnelle relevant du champ de la littérature orale. Responsable d'un magazine bilingue créole/français, il est intervenu sur le thème: "La graphie, l'agraphie du créole réunionnais: état des lieux". Il s'agissait de faire un état des lieux des quatre graphies les plus utilisées pour écrire le réunionnais, en regard de leur apparition chronologique et de leur utilisation dans le champ littéraire et artistique réunionnais. (...)
  • Philippe Fabing, directeur de recherche des sondages IPSOS-Lofis sur le créole, et aujourd'hui co-gérant associé de SAGIS sarl - Réunion, société spécialisée dans la collecte et le traitement d'informations et de données a évoqué la question des représentations des Réunionnais sur les écritures du créole. Car, à 'occasion de deux enquêtes réalisées auprès de la population Réunionnaise, il a été possible de collecter à la fois des avis, mais aussi des "extraits de pratiques" de lecture ou d'écriture en langue Créole (collectes "d'échantillons d'écriture" et enregistrement "d'échantillons de lecture"). érentes options de graphies ont ainsi été soumises à l'appréciation des personnes interrogées (1000 en tout, dont 500 sur les pratiques d'écriture et de lecture). (...)
  • Claire Lalevée-HUART est en thèse de sciences du langage sous la direction d'Anne Vilain au Département Parole et Cognition, laboratoire GIPSA-Lab (UMR 5216), Université Stendhal Grenoble. Elle a développé le thème: "Quelle graphie du créole réunionnais pour une facilité de lecture orale?" Ce travail a eu pour but d'évaluer la graphie la plus adaptée à la lecture du créole du réunionnais dans le cadre d'une réforme de l'orthographe de celui-ci. (...)
  • Mylène EYQUEM, formatrice à l'IUFM, puis maître de conférences en Sciences du langage à l'Université de La Réunion, elle poursuit ses travaux concernant la description des pratiques et usages de locuteurs réunionnais en particulier en milieu urbain. Son intervention portait sur le thème: "Graphies d'enseignes commerciales réunionnaises: efficacité pragmatique et communication créole moderne". Longtemps cantonné à la sphère privée, objet de minoration voire de stigmatisation dans les situations formelles, le créole réunionnais se risque à apparaître aujourd'hui dans des lieux où il n'était guère de mise auparavant, notamment dans les espaces publics convenus. (...) Plus inhabituel, il se montre parfois sous une version écrite. En effet, on voit à présent fleurir à La Réunion des publicités sous forme d'affiches, de tracts, de spots télévisuels. (...)

 

 

Deuxième journée du Colloque organisé par la Région, Lofis la lang

Le créole réunionnais et la question orthographique

Éclairages pluridisciplinaires pour une orthographe fonctionnelle et consensuelle du créole réunionnais

href="http://www.temoignages.re/rassemblement-autour-de-l-alliance,36991.html"samedi 30 mai 2009

 

http://www.temoignages.re/le-creole-reunionnais-et-la,36990.html

La deuxième journée de ce colloque s'est déroulée dans les locaux de l'Université de La Réunion. Comme lors de la première journée, les débats ont été riches et fructueux. Compte-rendu des interventions.

Arnaud Carpooran, docteur et associate professor linguistique à l'Université de Maurice, est membre de bon nombre de comités : Comité scientifique du Réseau Dynamique des Langues et Francophonie de l'Agence universitaire de la Francophonie ; du Comité International des Etudes créoles. Il a choisi de porter son intervention sur le thème "Grafi Larmoni" ou le compromis réalisé pour le créole mauricien ? 2004 est une date importante dans l'histoire de l'orthographe du créole mauricien car c'est à cette période qu'a été rendu public le rapport Grafi-Larmoni commandité par le gouvernement mauricien d'alors et qui contenait des propositions pour une orthographe dite harmonisée (d'où le nom du rapport) du créole mauricien. La portée historique du rapport ne tient pas tant au fait qu'il ait réussi à modifier le statut officiel du créole - cette langue demeure encore aujourd'hui une langue minorée - ni qu'il ait provoqué de bouleversements notables dans l'utilisation que les gens et des institutions en ont toujours faite, mais plutôt parce qu'il a mis symboliquement fin aux sempiternelles querelles entre praticiens de l'écriture en créole, source de bien de blocages jusqu'alors dans les débats visant à faire avancer la question. Arnaud Carpoouran est notamment revenu sur le climat et les événements sociopolitiques qui ont contribué à rendre possible la mise sur pied de ladite commission ; par ailleurs, il a présenté, rapidement, les faits techniques saillants contenus dans le rapport en question. Il a terminé sa contribution par une l'évocation de quelques aspects constitutifs de ce que l'on pourrait appeler « l'après Grafi-Larmoni »dans le domaine de l'enseignement, de la presse et de l'édition à Maurice.

Eric Robin,qui est responsable des Editions Epsilon depuis 1997, enseigne en Licence et Master au département InfoCom de la Faculté des lettres de l'Université de La Réunion. Il a été rédacteur en chef du magazine Plein Sud, et, à ce titre, a inscrit son propos sur le thème "Un éditeur face à la diversité graphique". Il expliquait que Epsilon éditions, éditeur implanté à Saint-Denis, a choisi de consacrer une partie de son catalogue à la production d'ouvrages populaires édités en créole réunionnais. Bandes dessinées, albums jeunesse ou romans sont publiés dans une liberté totale quant à la graphie adoptée. 'il s'agit d'une activité culturelle, l'édition de livres n'en est pas moins marchande et doit tenir compte de critères de rentabilité, du nombre minimal d'exemplaires à écouler... et des réticences de bon nombres de lecteurs à la lecture en créole. Résultat paradoxal s'il en est : les bandes dessinées "pays" sont publiées par Epsilon en français, alors que les franco-belges le sont en créole : c'est que dans chacun de ces deux cas, l'acte d'achat est de nature très différente... les chiffres de vente aussi ! Avec l'arrivée des nouveaux supports électroniques (i-phone) aux seuils de rentabilité d'une autre nature, l'édition en créole de BD locale devient possible. Quelles graphies pour quels ouvrages ? Chez Epsilon, il n'existe pas de système graphique unique, mais une graphie par contexte. Alors que pour les albums bilingues (français/créole), l'éditeur laisse à l'auteur l'entière liberté de sa graphie, il préfère que les BD franco-belges traduites en créole soient rédigées dans des graphies ouvertes, tenant compte des habitudes héritées de la pratique de la langue française. (...) D'autres systèmes sont parfois adoptés pour d'autres types d'ouvrages. Pour les textes longs (romans), si le narratif est en français et les dialogues peuvent figurer en créole, sans traduction dans le cas d'un créole éloigné du système de la langue créole, très proche du français. Ainsi, en l'absence de graphie officiellement reconnue par le monde de l'édition locale, l'éditeur a choisi de s'adapter au contexte lié à chaque publication. Son objectif est d'atteindre le plus grand nombre de lecteurs en fonction du type d'ouvrages et du public supposé. Ce souci d'une lisibilité maximale suppose sa part d'arbitraires et implique des compromis entre l'éditeur, l'auteur/traducteur et le lecteur.

Lambert-Félix Prudentest docteur en linguistique, professeur des Universités, membre du LCF et directeur du département de Créole à l'Université de La Réunion. Il est le président du jury du CAPES de créoles, rédacteur en chef de la revue internationale "Études créoles". Intitulé de son intervention : « La prise en compte des représentations de la variation dans l'élaboration d'une orthographe créole (Antilles, Guyane, Réunion) ».En milieux créoles, au moment de décider de la convention finale du tracé des lettres, la plupart des concepteurs d'orthographes se retrouvent devant la balance des usagers entre une volonté de représentation fidèle des sons prononcés et un ensemble de silhouettes graphiques héritées du français. Dans les propositions graphiques qui datent des décennies précédentes, le débat s'est instauré entre ce qu'on a appelé les pratiques "étymologisantes" qui font primer les habitudes graphiques venues du français, et les pratiques "phonétisantes" dominées par l'usage des lettres "rares" (k, w, z).
(...). Et dans ce que l'on a appelé en sociolinguistique un basilecte ou un acrolecte, un parler "kaf" ou un parler "yab", il y a une bonne part de positionnement affectif, psychologique ou idéologique, un "rapport" esthétique, sentimental et identitaire à la norme, qui conduit le locuteur à donner ou à refuser son adhésion au choix qu'il doit faire de telle nouvelle suites de graphèmes qui lui est plus ou moins habilement proposée. Sa communication est ainsi revenue sur cette dimension épilinguistique et sur le type de diplomatie et de pédagogie orthographiques à inventer au moment de retenir tel principe ou de proposer tel système. Pour "achever le travail" de conception graphique, il ne faut surtout pas négliger la dimension esthétique et instituante des lettres dans l'acte d'écriture et de lecture : il faut donc penser l'orthographe dans une compatibilité des autres systèmes de normes et de valeurs inhérents à la communauté. C'est aussi faute d'avoir ignoré ce champ-là que des tentatives précédentes ont échoué. Comme toutes les autres langues, les créoles varient dans l'espace, dans le temps et dans les "goûts" des locuteurs. Au moment du passage à l'écrit standard, un paramètre tentant d'intégrer y compris les sautes d'humeur des usagers doit être pris en compte.

Manuella Antoine est professeur de langue vivante régionale créole et de lettres, formateur à l'IUFM de la Martinique, auteur et traducteur en créole martiniquais, membre de l'association Sanblaj (promotion de la langue et de la culture créoles à l'école). Son intervention : "La graphie du créole martiniquais à l'épreuve des usagers : situations, perspectives". ès un bref rappel des systèmes graphiques utilisés en Martinique et Manuelle Antoine a procédé à une présentation de productions écrites individuelles en milieu scolaire et dans les médias, avec une mise en perspective des dysfonctionnements rencontrés et solutions envisageables.

Laurence Daleau, Professeur des écoles, maître formateur et itinérante LCR à La Réunion, co-auteur de "Oui au créole, oui au français" avec Yvette Duchemann, Axel Gauvin et Fabrice Georger a évoqué cette question : "Le créole à l'école de La Réunion : situations d'apprentissage et choix graphiques". Son écriture n'étant ni normée, ni standardisée, plusieurs solutions graphiques s'offrent à qui veut utiliser le créole réunionnais en classe. Cela pose des problèmes non seulement aux enseignants, mais aussi aux formateurs, aux parents, et bien entendu aux élèves. Aujourd'hui, différents dispositifs permettent en classe d'utiliser l'écrit du créole. Ces dispositifs correspondent à des situations d'apprentissage différentes avec des objectifs différents. Elle a souligné les caractéristiques que devrait posséder la graphie la mieux adaptée à chacune des situations d'apprentissage. Puis elle a esquissé une synthèse de ces caractéristiques qui pourrait permettre de tendre vers une graphie satisfaisant autant que faire se peut aux différents besoins de l'enseignement.

Carpanin Marimoutou est Professeur des Universités à l'Université de La Réunion, membre du LCF. Il a porté son intervention sur "Possibilité de jeu sur les rapports signifiant/signifié dans la création littéraire en créole". Pour lui, les écrivains ne se soucient pas de la graphie, mais ils écrivent et c'est cela qui est important : c'est de produire. S'il ne soucient-ils pas de la graphie, c'est parce que la littérature est ce qui permet un jeu à la fois des signifiants et des signifiés. L'écrivain joue pour produire du sens. De plus, la littérature créole, même si elle comporte des romans, est surtout constituée de poèmes ou de sirandanes : ces textes courts exigent moins que le roman une norme, puisque c'est le domaine du jeu de langue par excellence. Donc, s'il y a plusieurs systèmes graphiques, l'écrivain va en jouer, pour produire des effets intéressants, et s'il y a une seule graphie, de toutes façons, il essaiera de procéder à des glissements de son et des mises en résonance.

Charles Tijus est professeur de psychologie cognitive à l'Université Paris VIII. Son intervention : "Interactions et interférences dans les apprentissages". expliquait que la catégorisation est probablement le mécanisme central de la cognition sur lequel se basent les apprentissages. Il a montré comment le modèle de catégorisation contextuelle basé sur le treillis de Galois rend compte des trois modes d'apprentissage que sont l'incrémentation (accrétion ou l'accroissement) de connaissances dans les structures catégorielles existantes, la restructuration du réseau de catégories et la spécification des connaissances qui s'accompagne d'automatisation avec le réglage des performances aux situations courantes. L'intérêt du modèle est de représenter dans un même formalisme le savoir et le savoir-faire relatifs aux trois modes d'apprentissage, dont ceux qui sont relatifs à l'insight. Le fonctionnement du modèle a été présenté, accompagné de données sur la boucle perception/action et le problème du désengagement du mode automatique lorsque la situation connue interfère avec le but, de données sur l'effet de la position de la question sur la compréhension de texte lorsque le but donné par la question interfère avec la situation à comprendre. Enfin, il a évoqué la question de l'intérêt de faire appel aux catégories connues en L1 pour faciliter la compréhension (les travaux de l'équipe de D. Legros) tout en favorisant le réglage des performances et l'automatisation (le tuning) en L2.

Denis Legrosest un spécialiste de la compréhension de texte et travaille depuis plusieurs année sur l'effet de la culture de l'apprenant. Son intervention : « Itérations de l'information dans la compréhension de texte ». cours de la lecture d'un texte, le lecteur progresse dans la construction d'une représentation mentale de ce qui est décrit par le texte. (...) Il a exposé les facteurs qui influencent la capacité du lecteur à lier des mots entre eux (construction de la cohérence locale) ou des phrases entre elles (construction de la cohérence globale). (...) Sa communication a ainsi eu pour objectif de mettre en avant l'idée selon laquelle l'activité de compréhension ne repose pas sur le seul principe de l'économie mentale, mais qu'elle dépend de la ré-itération d'informations (lexicale, grammatique, syntaxique, sémantique) tout à long du texte. Il nous semble que ces éléments peuvent être pertinents pour éclairer les choix concernant le système orthographique pour le créole de La Réunion.

 

"Faites don de vos SMS à la science"

Gudrun Ledegen est docteur en sciences du langage et maître de conférence à l'Université de La Réunion et chercheure au CNRS. Elle est directrice du Département de Lettres Modernes. Son intervention s'intitulait : "L'écrit-SMS en créole réunionnais : description linguistique et lumières sociolinguistiques". L'analyse graphique des 20.000 SMS récoltés lors de l'opération "Faites don de vos SMS à la science" qui a eu lieu d'avril à juin 2008 a jeté une lumière sur les pratiques graphiques ordinaires en créole réunionnais. En effet, la comparaison avec les graphies du français, à La Réunion et en Belgique francophone - car le projet sms4science a été initié par le Laboratoire Central de l'Université de Louvain-la-Neuve, pratiqués dans cet écrit-sms - permet de décrire linguistiquement les graphies majoritairement utilisées : basilectales ou acrolectales ? Se présentent-elles par regroupement ou de façon mixte ? Y a-t-il des graphies constantes ?... L'intervenant a également abordé le rôle de l'écriture SMS dans la modification sociolinguistique récente devant la graphie phonologique.

 



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