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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 16:34

Colloque organisé par la Région Lofis La Lang La Rénion

Le créole réunionnais et la question orthographique

href="http://www.temoignages.re/les-reunionnais-fiers-du-travail,37016.html"mardi 2 juin 2009

 

Éclairages pluridisciplinaires pour une orthographe fonctionnelle et consensuelle du créole réunionnais.

La 3ème et dernière journée du Colloque organisé par la Région Lofis La Lang La Rénion s'est déroulée dans les locaux de l'Université de La Réunion. Les interventions ont permis de mieux cerner la question. A l'issue de cette intervention s'est organisée une table ronde animée par Axel Gauvin, Lambert Félix-Prudent ayant eu la lourde tâche d'assurer la synthèse du colloque.

Vigile Hoareau est doctorant en psychologie cognitive à l'Université de Paris 8. Il est lauréat de la Bourse Edouard Glissant 2007 et 2ème Prix du DEFT07 de l'Association Française d'Intelligence Artificielle. Il travaille sur la modélisation de la mémoire épisodique et sémantique, et notamment sur la modélisation de l'effet de la culture. Son intervention : "Evaluation des processus cognitifs impliqués dans la lecture de quatre graphies du créole réunionnais". La compréhension de texte implique la mise en œuvre d'un ensemble de processus cognitifs qui, pour certains, procèdent de la décision consciente et sont volontaires, alors que d'autres sont tout à fait en dehors de la conscience. Dans une première expérience, un protocole expérimental visant à contrarier les processus stratégiques est mis en œuvre afin de comparer les graphies appelées étymologisante, Oktob 77, Lékritir 83, Tangol (...). Une seconde s'intéresse aux mouvements oculaires (...). L'analyse des comportements oculaires permet de qualifier les graphies au regard des processus cognitifs qui leur sont sous-jacents.

Michel Fayol a été professeur des Universités à l'Université de Bourgogne puis à l'Université Blaise Pascal (Clermont). Il a fondé et dirigé LEAD CNRS, a dirigé le LAPSCO CNRS, a été chargé de mission à l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (AERES), il est chargé de Programmes à l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) depuis janvier 2008. Son intervention : "Choisir un système orthographique ?" Aperçu critique des caractéristiques des systèmes orthographiques. Dans la quasi-totalité des cas, les systèmes orthographiques se sont établis et (relativement) stabilisés au cours du temps sous le jeu d'influences diverses, sans que quiconque ait essayé de les créer de novo. Leurs caractéristiques reflètent les poids de ces influences. Ces caractéristiques contraignent fortement la manière dont ils sont traités, en lecture comme en production. (...)

Jean-Pierre Jaffré a été enseignant en collège et en école normale de 1970 à 1987, chercheur à l'Institut national de la recherche pédagogique puis au Centre national de la recherche scientifique jusqu'en 2008 ; spécialiste des systèmes orthographiques et de leur acquisition, auteur de plusieurs dizaines d'articles et d'ouvrages. Son intervention : "L'orthographe du français... et quelques autres". Si les orthographes du monde obéissent sensiblement aux mêmes principes de base - une phonographie au service d'une sémiographie, elles sont aussi tributaires de facteurs - politiques, géolinguistiques, sociologiques, etc... qui motivent bien des différences. (...) Je m'appuierai sur l'exemple, en l'occurrence typique, de l'orthographe française en montrant comment elle s'est constituée et comment, à travers des options qui lui furent particulières, elle est finalement devenue l'une des plus difficiles à apprendre et à maîtriser.


Entre phonétisme et orthographe

Axel Gauvin est ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud et agrégé de l'université. Il est romancier, essayiste et, entre autres, l'auteur de "Du créole opprimé au créole libéré" "Petit traité de traduction créole réunionnais-français", "Les indispensables compromis", "Oui au créole, oui au français" Son intervention : "Sémiographie et antisémiographie dans les écritures phonético-phonologiques du créole réunionnais". La notation des sons (phonographie) est, assez généralement, la préoccupation essentielle de ceux qui écrivent dans une des écritures phonético-phonologiques du réunionnais. Dans de nombreux cas, cette phonographie amène au sens. Alors la phonographie devient synonyme de sémiographie. Cet apport sémiographique par la phonographie, associé au découpage lexématique actuel, est-il suffisant, dans le cas du réunionnais pour permettre une lecture à la fois rapide et confortable ? Cela serait le cas s'il n'y avait pas tant d'homophones, conduisant à autant d'homographes dans notre créole. De plus ces homographes peuvent occuper plusieurs (voire de nombreuses) fonctions stratégiques. Ils se retrouvent quelques fois à la suite les uns des autres, dans le même segment de phrase. Dans d'autres cas, plus grave encore dans notre contexte, la seule notation des sons conduit à une confusion graphique avec des mots français de sens différents. Tout cela associé ne peut que ralentir la compréhension et peut même conduire dans un certain nombre de cas au faux-sens, voire au contresens. Il faut donc, si nous voulons que ces écritures phonético-phonologiques deviennent fonctionnelles, se résoudre à un apport sémiographique supplémentaire. Quels sont les moyens qui s'offrent alors à nous ? Sont-ils culturellement acceptables ?

 

Mes élèves participaient hier à un récital poétique dans leur lycée. Leur contribution : dire chacun une réécriture à la manière des Exercices de style de Queneau.

 

Certains élèves avaient choisi d'inventer et de réécrire le texte suivant :

Un matin, le facteur a laissé tomber son sac plein de lettres dans la rivière. Une partie du courrier a été retrouvée par un SDF qui vivait tout près. L'une des enveloppes contient un chèque de 5000€. Le SDF joue au casino et devient millionnaire.

 

Leurs choix furent les suivants : photographique, nightmare, hellénisme, arc-en-ciel, hésitation, souvenirs, conte de fées, vers libres, chiffres, désastreux, disparition (sans e) etc. et ... kréol.

 

Kréol

Gran matin, un faktèr la lès tombé son bértel plin lenvelope dan la ravin'. Un moune la poin le kaz la trouv un morso courié. Navé 5000 zeuros dan un lenvelope. Le moune la poin le kaz la joué casino et la dvni milionèr.


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commentaires

Le Fé 03/06/2009 20:23

Derrière les études pseudo-scientifiques, on se demande de quoi d'ailleurs, se cache une réalité purement politique, avec les graphies. Des origines "françaises" (?), aux graphies "populaires", aux graphies "intellectuelles".
Le choix d'une graphie est un choix politique, donc impossible en l'état. Il relève du sentiment identitaire,trop peu construit à la Réunion pour permettre ce choix.
La culture est un désir, disait André malraux.