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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 16:04

Mers et océans

Pourquoi le requin dérange

CLICANOO.COM | Publié le 7 juin 2009

En dépit des attaques qui émeuvent l'opinion à intervalles réguliers, les requins côtiers ne suscitent pas l'intérêt des pouvoirs publics réunionnais. La prise de conscience est pourtant grandissante à travers le monde. Mais ici, les intérêts du tourisme priment sur la recherche, la prévention et la sécurité. Le requin reste totalement tabou.

Espèce endémique de la Réunion : le requin tabou. Alors que chaque attaque remet sur le tapis les énormes lacunes en terme de connaissance et de prévention, aucune politique publique n'est mise en oeuvre. La période de calme que connaît l'île depuis 2007 n'y est certainement pas étrangère. Et si à l'échelle internationale, la prise de conscience émerge, la Réunion persiste, elle, à regarder ailleurs. Une visite sur le site internet de l'IRT s'avère à ce titre instructive. L'instante dirigeante du tourisme local y présente une liste exhaustive des espèces animales présentes à la Réunion. Exhaustive ou presque puisque le requin n'y est nulle part mentionné. "La vie foisonne sous la surface de l'océan et même à proximité des rivages (...) Au-delà du récif commence le royaume des grands poissons migrateurs : marlin bleu, daurade coryphène, espadon-voilier, thon, barracuda..." Un oubli volontaire. Faute de valorisation touristique comme en Afrique du sud ou à Maurice (voir par ailleurs), la présence des squales sur nos côtes est soigneusement passée sous silence. "Dès qu'on parle de requin, cela véhicule une image négative", confirme le directeur Axel Hoareau. "Je sais que des produits touristiques existent ailleurs. Alors si quelqu'un met au point un produit comme cela se fait avec les baleines, pourquoi pas mais en attendant non, nous ne communiquons pas.)" Jocelyne Lauret, l'ancienne présidente du CTR, va même un peu plus loin : "A l'époque, de toute façon, nous avions consigne de ne communiquer sur rien, que ce soit les requins, les moustiques etc... Beaucoup de gens disaient : il faut tout cacher". Beaucoup de gens ? "Des professionnels, des politiques... Mais nous n'étions pas d'accord. C'est quand le requin n'est pas pris en compte qu'il est dangereux". Alors quelles actions avaient été mises en place à l'époque ? "Honnêtement, je ne m'en souviens plus". Dans les communes même démarche. A Saint-Paul, par exemple, où la signalétique du littoral doit être complètement renouvelée d'ici les vacances d'hiver, aucun panneau ne mentionnera le risque requin aux côtés des avertissements sur les courants ou les coraux. Le responsable de la sécurité de la ville, Jean-François Lhemery s'étonne même que la question puisse être posée. Faute de prise en charge publique, il faut donc se tourner vers le milieu associatif pour trouver le début d'une mobilisation. Ce sont d'abord les deux spécialistes locaux, Fanch Landron et Gerry Van Grevelinghe, qui tentent d'amorcer le mouvement à travers leur structure Squal'idées. Ces deux médecins, qui ont longuement analysé les attaques de requins, se sentent isolés dans leur démarche d'étude et d'information du grand public. "Nous fonctionnons sans aucune subvention, avec nos moyens personnels", précise Fanch Landron. "Il n'y a pas assez d'attaques pour que le problème soit vraiment pris en charge", expliquait encore il y a peu Gery Van Grevelinghe. Pourtant, la Réunion se situe dans le haut des classements mondiaux en la matière. "La problématique réunionnaise, c'est qu'il y a beaucoup d'attaques, mais peu d'observations". Conséquence, entre deux drames, et passés quelques jours d'émotion collective, le sujet est éludé. Les deux bénévoles, passionnés, enchaînent donc conférences pédagogiques, exposés ou projections de films dans l'indifférence des pouvoirs publics. "Ils ne nous ont jamais contactés pour avoir la moindre information". Pourtant l'intérêt du public est croissant. "Il y a un changement de mentalité qui s'opère. Les gens ne veulent plus se boucher les yeux, ils veulent savoir". Déficit d'information donc mais également déficit de connaissance. Car c'est aussi faute d'étude précise que les meilleures volontés ne parviennent pas à sensibilier les décideurs. Parmi les organes publics de la recherche, seul l'Ifremer aurait à ce jour réalisé une étude il y a quelques années dans ce domaine, et plus précisément sur la baie de Saint-Paul. Le document que seule la mairie est habilitée à communiquer s'est apparement perdu... L'IRD, de son côté, s'intéresse bien au requin, mais ne travaille que sur les espèces pélagiques. Enfin, le laboratoire Ecomar de l'université ne l'a pas intégré à ses thématiques. Focalisée sur les coraux à sa création, la recherche s'est étendue aux ressources halieutiques et aux oiseaux marins. Alors faute d'étude "officielle", on bricole, chacun dans son coin, avec les moyens du bord. L'Observatoire marin de la Réunion, par exemple, travaille actuellement sur un programme de marquage. "L'idée, c'est de faire un état des lieux le plus vite possible pour avoir un suivi sur plusieurs années", détaille Mickael Rard. Seulement deux bouledogues ont été marqués jusque-là. La petite association tente également d'établir un classement des spots de surf en fonction de leur exposition au risque requin. "Toutes nos demandes de subventions ont été refusées par la Région. Sans explications. Au Département, ils ne travaillent qu'avec le Parc Marin dont ce n'est absolument pas la préoccupation". Sans soutien à la recherche ni volonté d'information, les autorités réunionnaises nagent à contre-courant d'un mouvement international. Car c'est la protection de ces espèces menacées qui est également en jeu. Mieux connaître pour mieux protéger. Requins comme populations.

Dossier : Romain Latournerie

REPèRES

Un atout touristique L'île Maurice, le Mozambique, l'Afrique du sud, l'Australie, la Polynésie, les Bahamas... De très nombreux pays ont choisi de transformer le risque requin en un véritable atout touristique. Les plongées en cage ou en eau libre attirent de très nombreux visiteurs en mal de sensations fortes. Certains commencent en revanche à faire machine arrière. Le "shark feeding" notamment est largement décrié. Le fait de nourrir à la main ou d'appâter les squales pourrait avoir des conséquences extrêmement néfastes. La Floride l'a ainsi interdit depuis 2004.

Le traumastisme Thalassa En juin 2005, France 3 diffuse un reportage intitulé "Escale à la Réunion". Et glisse au milieu de l'émission un sujet consacré aux requins. Conséquence : pour beaucoup, l'île est présentée comme une île dangereuse. Les professionnels du tourisme sont révoltés, et bon nombre de réunionnais avec eux. Quatre ans après, cet écueil est resté dans les mémoires, au risque de ne plus vouloir aborder du tout le sujet.

Sur internet Pour prolonger le débat et améliorer votre connaissance sur les requins dans l'océan Indien, plusieurs sites internet proposent des informations fiables et intéressantes. Citons notamment le site www.squalidees.com de Fanch Landron et Gery Van Grevelynghe ou celui de Mayshark, www.mayshark.org.

 

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