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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 13:54

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Souvenirs d'un cours de fac "Atelier littéraire" en 1973 à Nantes. Ma livraison mensuelle (10 pages comme tout le monde) contenait un texte avec un trou de 2 cm de diamètre dans l'une des pages ; j'avais aussi dessiné en triple trait tricolore "le Grand Paranoïaque" tel que je l'avais rêvé ; j'avais également agrafé à l'une des pages un petit sac en plastique, il contenait un texte que j'avais déchiré en petits morceaux. Naturellement, les 10 pages ont été volées, et personne, dans le groupe d'étudiants de Jean Defoix, notre professeur, ne s'en est ému. Le voleur seul pourrait reconstituer aujourd'hui le texte entier (écrit sans majuscules, sans ponctuation et sans passage à la ligne) car personnellement j'ai oublié. Je pourrais faire des hypothèses mais sans certitude. Et pourtant j'avais lu Sophie Podolski, j'avais écrit mon texte tout bien tout seul jusqu'au bout sans me tromper et sans le recopier.
Je pense que déjà, c'était mal parti. Non seulement le prof avait dit que j'avais "jeté Eros dans le groupe" mais une étudiante qui avait remarqué mon ciré jaune et mon cady 49 cm3 rouge et avec qui je me suis marié ensuite avant de divorcer, avait elle aussi écrit 10 pages qui faisaient paraît-il la différence avec les autres.
Plus tard, vers 1986, Jean Defoix m'a téléphoné pour me consoler : je venais d'échouer lamentablement à l'oral du capes externe de lettres. Il est mort d'un cancer. Triste. J'étais à l'enterrement. J'ai été reçu l'année suivante, ainsi que celle avec qui, dans l'intervalle, j'avais eu le temps de me marier et de divorcer.
le puzzle n'est pas terminé. car 25 ans ont passé
parfois le texte de la vie reste déchiré en petits morceaux
recollage impossible
mort-vivant déambulation d'ombres
camaïeu de gris
les lumières s'éteignent
à tâtons
dans l'indicible l'impensable l'ineffable
le gluant la boue
le cendreux le friable
le déjointoyé le désagrégé
les doigts cherchent, suspendus à l'espoir de nouveaux soleils
se traîner sur les genoux puis quand même se relever
partir doucement sans tituber
mais boire, rêver d'oiseaux inlassables, d'inépuisables traversées, d'étendues détrempées asséchées où attendre le sourire d'un enfant

d'autres fois quand même caresses de brise tiède
envol vers éther avec vent favorable (favet Neptunus eunti)
mer calme ciel lumineux élongation élévation
érotisation émerveillement glissements d'étoiles sur
vagues douces alanguies épidermiques
avec souffles sableux chauds
sous clairs de lunes frôlés
enfin bref finie la désintégration en caractères d'imprimerie
pêle-mêle, phonèmes, graphèmes, syllabes, au contraire retour au liquide syntaxique, au cratylisme

mais non, ça dure pas, retour au fisc
entre les murs
entre les lignes
recto-verso
pile ou face
vice-versa
et inversement
le texte reste décollé déchiré en petits morceaux
le papier qui le soutient se souvient d'avoir été bois
coi sous la cognée
puis défibrillé toute sève bue tout feuillage séché
bois qui se souvient d'avoir été écorcé
passe encore que des tourtereaux y aient gravé leurs initiales
mais ce dépeçage qui laisse le liber à vif le livre ouvert
1969 comme si c'était hier

 

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Published by - dans impro
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