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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 21:24

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Libellule au bord de la Vienne (Bonneuil-Matours 23 juillet 2012)

 

Bison futé voyait rouge le week-end dernier, mais Hélène avait eu la bonne idée de m'inviter dès le vendredi dans un coin de paradis : à Bonneuil-Matours, loin des 4 voies, des péages, des portables, des tablettes androïd et du CAC 40.

Forêts, rivières, moulins, papillons, martin-pêcheurs, hérons, castors, roses trémières, citrouilles, mirabelles, figuiers, noyers. Cette simplicité fonde un temps immobile, comme une idée de sagesse. Parfois ce sont les choses les plus surannées qui apaisent.

 

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Comme à Bonneuil, Maurice Fombeure (1906-1981) est l'enfant du pays, nous avons commencé par une visite du musée qui lui est consacré. On peut ne pas aimer tout dans son oeuvre poétique qui a des accents proches de ceux de René-Guy Cadou, mais je m'accommode très bien de certains poèmes, comme celui que je recopie à la fin de cet article.

 

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ce modeste musée gratuit tire son attachement du fait qu'il est composé de ce que les gens de la commune ont apporté : photos, souvenirs, articles de presse, recueils de poèmes etc.

 

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Hector Malot, Anatole France, André Theuriet, Pierre Loti, Erckmann-Chatrian, Ernest Perochon. Je ne suis pas sûr que les jeunes d'aujourd'hui connaissent ces noms. Et pourtant, tous ceux de ma génération, ceux qui ont fait leur primaire dans les années 50, reconnaissent là les écrivains préférés des maîtres d'école pour y puiser des dictées ...

Maurice Carême, Maurice Rollinat, Albert Samain, Maurice Fombeure : idem mais pour les récitations.

 

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La Haumuche
(Le vin du poète)
"Le roulier suit cette route où
L'attend le pichet de vin frais"
Maurice Fombeure

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Un autre lieu qui ne vieillit pas : l'église
Guides et sites Internet disent tout sur cette église du XIIè siècle qui a gardé son chœur et son clocher romans, des chapiteaux, des voutes, des colonnes et des vitraux très beaux. Mais rien sur le Christ Pantocrator du chevet (entouré des 4 évangélistes).

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la porte du château est classée

(des acacias poussent dans le fronton pour souligner cette dignité)

 

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à l'intérieur du château, cette oeuvre de Jean Penot où l'on peut reconnaître des people (mais on n'est pas obligé)

 

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et aussi ces grandes africaines de tissus qui assument leurs métissages

le passé n'est le passé que s'il accueille le contemporain, et alors, on touche à la distinction, parfois au sublime

 

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ce paon dort dans l'un des grands arbres du château

nous l'appellerons Léon

 

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bergeronnette (dans le jardin d'Hélène)

 

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couple de rouge queue (idem)

 

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verdier

 

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le soleil tape, rien de tel que de pagayer sur la Gartempe (affluent de la Creuse depuis des temps immémoriaux)

 

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Sir Henry (4 ans) s'apprête à franchir l'un des obstacles du parcours

 

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lors d'une pause, on a le temps d'admirer des jeunesses qui tâtent du 5C, mais on n'a plus l'âge (j'ai dû passer du 5 + une ou 2 fois dans ma vie j'en avais bavé, c'était vers ... 1979 ? bon passons)

 

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après plusieurs châteaux de diverses époques, on sent que Angles sur l'Anglin se rapproche

 

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devant des lieux comme ça, presque millénaires, on reste coi, on se recueille, on sait que de grands chevaliers ont été adoubés là

Chinon et Loches ne sont pas loin (Louis XI, Charles VII)

 

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et puis on se rappelle que Yzeures sur Creuse (Indre-et-Loire) est à 9 kms à vol d'oiseau, et que c'est là qu'arrivèrent  d'Espagne, en 1932, mon père (11 ans) et mon grand-père qui ne savaient pas un mot de français.

 

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et ce moulin nous rappelle que la roue tourne

(merci Guy Lux)

 

Forêts

Les forêts ocellées constellées et chantantes
Aux sources vertes dans le grès
Ailées d’écureuils fous fusant en flammes rousses,
Parcourues de cerfs aux ramures persillées,
De biches aux yeux vagues évasés de velours
De sangliers rugueux fouisseurs et sanguinaires,
Les forêts éclatées crépitant de tonnerres
Les forêts dénudées, vibrantes, de l’hiver,
La forêt du printemps aux bourgeons frais vert tendre
Aérée et gracile en dessin japonais.
Forêts des faux saulniers, des braconniers terribles
Marchant à pas de loup au fond des années mortes,
Forêts des révoltés des bandits et des Jacques,
Les forêts où tintaient les colliers des chevaux
Grelottant de grelots chevaux de diligences,
Et les forêts aussi des porteurs d’escopette.
Les compagnons de la grand’route
Y fumaient leur pipe de plâtre
Près de la mare rousse envahie de roseaux
Au lieu dit « Sauvez-moi », « Les Ecuries du Roi »,
Ou « La Tombe à l’Enfant » ou « Le Chêne au Pendu »,
Forêts mugissantes, forêts du passé
Croassant de corneilles, éclairées des lumières pudiques
Adorables de primevères. O forêt
Dans ton mystère bruissant c’est là que je me sens à l’aise
Dans cette solitude mouvante vivant de bêtes délivrées
Lourde d’yeux peureux et de souffles secrets
Au son des sources délirantes au toc-toc du pic-vert léger
Au soleil glauque des clairières
Dans les sous-bois noirs épais dans cette humidité rampent les salamandres
A peine trouve-t-on le feu d’un bûcheron
Noir de soute et de vent, de sommeil et de poudre
Près de ses femmes aux dents blanches.
Apaise le délire ordonné des étoiles,
Des nuages ailés filant entre les cimes,
Forêt. Apaise-moi de ton silence amer
Et de tes grondements soupirs et tes rumeurs,
Forêt terrestre, maternelle,
Forêt de mes ancêtres et forêt de mes vœux
Qui ne t’auraient jamais imaginée plus belle.
Forêt de mes enfances, O forêt batracienne
O forêt palmipède, ô forêt de plumiers,
Toi, roucoulante de ramiers,
Déchirée de drames intimes
Je te porte en mes yeux, je t’écoute en mon cœur,
Forêt inapaisée, tourment qui n’a de cesse
Mélodieux martyre éternité du vent
Forêt sacrée mourant et renaissant
Sous ses caresses déchirantes…
Bloc d’ombre et de sommeil et de mélancolie,
Pèse sous un ciel lourd bousculé d’embellies.

Maurice Fombeure

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