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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 22:11

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Le beau temps revenu m'a incité à prendre ma bicyclette avant-hier et à rejoindre Le Pellerin, puis le canal de la Martinière, la tour de Buzay, prendre le bac jusqu'à Couëron et rentrer par Indre et le bac de La Montagne.
Ce petit périple de 30 kilomètres en pays de Retz est aussi un voyage dans le temps, un espace de quiétude sereine préservé. ça commence avec des canards qui se moquent silencieusement des pêcheurs bredouilles.

 

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Mais quelle est donc cette tour là-bas toute seule ? Cette tour carrée, c'est tout ce qui reste d'une ancienne abbaye cistercienne fondée en 1135. Elle connut la prospérité grâce au commerce du sel, aux octrois sur le trafic commercial sur la Loire et aux nombreux dons en terres et en biens.
Mais pendant la Révolution, lors des guerres de Vendée, l’abbaye de Buzay fut détruite par le feu. Les cloches, allez savoir pourquoi, ont été transférées dans la cathédrale de Chartres.
Mais ce qui en fait tout l'intérêt ce sont les corbeaux et les rapaces diurnes et nocturnes qui y ont élu domicile.
Une fois par minute, ils s'envolent, croassent et se reposent. Que disent-ils ? "Nevermore" comme le raven d'Edgar Poe ? traduit par Mallarmé. Peut-être. Ou bien les "chers corbeaux délicieux", "armée étrange aux cris sévères", "'saints du ciel" de Rimbaud ? Dans ce pays d'ogres et de fées, de polders, de canaux, d'étiers et d'écluses encore en activité, dans ces lieux inspirés, hantés, enchantés, où le temps s'est arrêté, je crois qu'ils sont la réincarnation de moines aux robes de bure noires et écrues.
Tous ces rapaces veillent. Témoins vigilants de tant de secrets. Au XIIè s. ils ont connu les moines assécheurs de marais. Au XVè, ils ont connu Gilles de Rais, seigneur de Retz, compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, maréchal de Charles VII, mais aussi tueur d'enfants genre Barbe Bleue. En 1793, ils ont vu les moines de ce pays de Retz se joindre à la Vendée militaire. Les villes portuaires comme Paimbœuf et Pornic étaient devenues bourgeoises et républicaines, alors que les villages étaient restés royalistes et catholiques. Ils ont vu ces guerres qui ont fait des milliers de morts. Comment la tour de Buzay et ses hôtes auraient-ils oublié leurs moines, leurs moinillons et leurs moniales ? comment oublier tant de matines, laudes, primes, tierces, sextes, nones, vêpres et complies ?

 

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"L'homme de l’album sort de chez lui et marche rapidement vers la tour de Buzay. Jeanne aime les buses, les busards des roseaux , et par-dessus tout, la tour de Buzay, noir essaim ! Ah ! que ne pouvez-vous contempler aussi souvent qu’elle l’oiseau de proie ! Oui, le corbeau, le faucon pélerin, le milan noir, tous ces rapaces qui croassent et qui dépècent la chair morte ! tous ces chronomètres, tous ces calendriers ! Ces oiseaux funèbres, ces charognards qui tournent inlassablement autour de la tour de Buzay nous rafraîchissent la mémoire, nous aident à recompter tous ces aïeuls et ancêtres qui jadis moururent pour nous sur le champ, nous rappellent au temps qui passe, avec son bruit de ferraille.
La nuit tombe doucement sur le canal de La Martinière et ses gargouillements. C’est l’heure des crapauds et des hiboux." (autocitation : 25 dec 2004 "L'Homme de l'album" in blog émoi des mots)

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  Les Corbeaux

Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand dans les hameaux abattus,
Les longs angélus se sont tus...
Sur la nature défleurie
Faites s'abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.

Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous,
Dispersez-vous, ralliez-vous !

Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment les morts d'avant-hier,
Tournoyez, n'est-ce pas, l'hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
0 notre funèbre oiseau noir !

Mais, saints du ciel, en haut du chêne,
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne,
Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir,
La défaite sans avenir.

Arthur Rimbaud

 

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pour rejoindre le bac de Couëron, je repasse devant l'écluse de Buzay

 

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puis devant ce moumoute qui ne perd pas le nord

 

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Pendant la traversée, j'admire cette Oldsmobile de 1955

 

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glouglou un V8 de 5,4l...

je vous avais prévenus : un voyage dans le passé

 

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Cette tour à plomb de 70 m située à Couëron, a fabriqué de 1878 à 1988 des plombs de chasse et de pêche.
Après avoir fait fondre du plomb pour le rendre liquide, l'avoir mélangé à de l'arsenic et de l'antimoine, on le faisait s'écouler du haut de la tour à travers des cribles afin d'obtenir des gouttes de plomb de différentes tailles devenues sphériques pendant leur chute. Un bassin rempli d'eau les refroidissait.

 

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nous sommes à Indre, 7 kms plus à l'est, nord Loire

qu'attend cette mouette ?

 

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la drague

la mouette surveille la drague

 

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enfin mon bac arrive

c'est le même que j'avais emprunté en 1968

patience, tout est patience

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commentaires

jorgensen jean-claude 24/04/2012 12:17

merci Guy ! heureusement, y en a qui suivent

FAUCHER 24/04/2012 12:01

ERREUR FATALE !

Les petites clochettes bleues annoncées comme campanules dans LA MANDINE sont en réalité des jacinthes sauvages.

voir ici : http://chlinfernal.centerblog.net/4743576-Jacinthe-des-Bois

Les sous-bois de La Garenne Lemot à Clisson en sont probablement couverts en ce moment...