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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 13:30

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L’écolle, vers 1770, eau-forte La sévérité du maître d’école est ici prétexte à une gravure libertine. Au-delà de la scène de genre, s’exprime un fantasme assez répandu pour que l’église réserve aux femmes l’enseignement des filles.

 

J’ai écrit le texte qui suit le 7 janvier 2010, j’étais donc à l’époque en poste au lycée Evariste Parny à Saint-Paul à la Réunion. Je viens seulement de le retrouver avec 34 photos dans les profondeurs d’un de mes ordinateurs. Etant donné la situation désastreuse faite aux professeurs stagiaires depuis septembre 2010, je ne peux que poster ces documents. Il ne s’agit évidemment ni de nostalgie ni de sourire gentiment condescendant. Peut-être aideront-ils mes collègues débutants à se situer dans l’histoire de leur profession ? Depuis septembre 2010, le ministère de l’éducation veut abandonner le musée national de l'éducation http://www.inrp.fr/musee/ et le centre de ressources qui lui est associé pour bien montrer sans doute que pour lui il est inutile de former les professeurs. Les électeurs apprécieront en 2012. Pour plus de précisions sur cette histoire de la profession, on peut lire un texte de septembre 2007 d’Antoine Prost ici : http://www.clionautes.org/spip.php?article1642

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En parlant des écoliers de Diego et de Ramena, j'ai oublié de dire à quel point un élève malgache d'aujourd'hui me fait penser à ce que j'ai vécu dans les années 50 et 60 : blouses identiques, enthousiasme pour aller à l'école, participation au cours, apprentissage par coeur des leçons, attention et concentration des 40 élèves etc. J'ai une amie malgache qui m'a écrit ceci il y a 2 semaines et c'est éloquent : « A Mada, voir tous ces enfants avec leurs jolies blouses de toutes les couleurs aller à l'école, c'est quelque chose. Je suis déjà allée dans des écoles de campagne aussi en blouse bleue quand j'étais petite. C'était quelque chose à la rentrée d'aller choisir le tissu de la blouse et de le faire coudre. Ma grand-mère paternelle était instit dans la cambrousse et j'étais élève dans sa petite école primaire pendant une demi-année. Puis j'ai fait un bout de ma sixième dans une classe de collège paumée dans la même jolie cambrousse avec entre cinquante et soixante élèves par classe. Pas longtemps mais ce sont vraiment des souvenirs très spéciaux, l'hymne national devant le drapeau tous les jours etc sous les temps de Ratsiraka dans les années 80. J'avais une amie très méritante de paysan qui n'avait pas pu aller au collège car les places étaient contingentées. Et elle avait eu de bons résultats au certificat d'études mais il n'y avait plus de place. On était tous dégoûtes. Je me souviendrai d'elle toute ma vie. Le jour du certificat d'études, on est montés ensemble du village à quelques kilomètres de là avec le tiers des villageois et tous les enfants qui passaient l'examen. Il faisait super glagla, juin ou juillet, je ne sais plus, on est partis à cinq heures du mat. C'était une joyeuse procession jusqu'au collège (entre une demi-heure et une heure de marche à pied) Et cette amie s'était tricoté un mouchoir. Elle n'avait pas de mouchoir en tissu et elle voulait en avoir un pour l'examen, au cas où, et elle s'en était tricoté un. » Le problème, c'est qu'elle ajoute au message qu’elle m’envoie : « C'est malheureux ce que tu soulignes concernant tous ceux qui resteront analphabètes... » car 30 ans après, rien n'a changé. En métropole, personne ne veut savoir. Et pour moi qui ai appris à lire aux CP de l'école d'application de l'Ecole Normale d'Instituteurs d'Angers en octobre 1967, c'est insupportable. Je me rends dans la Grande île dans 8 jours pour cette raison. J'ai visité le Musée National de l'Education à Rouen avant-hier et de nombreuses questions viennent forcément à l'esprit. 1/ Il y avait là une classe de CP et un animateur du musée faisait observer un tableau des Temps anciens. Je me demande ce que les enfants en ont retenu : autrefois c'était pas comme aujourd'hui ? J'aurais préféré voir là de futurs profs. Mais on sait depuis aujourd'hui que le nouveau capes ne contient pas d'épreuve professionnelle. Et pour les instits, aller dans le premier musée venu, ça fait des cours en moins à préparer. 2/ Doit-on être nostalgique ? J'ai trop reçu de coups de règle métallique sur les doigts à 6 ans par madame Bézier, ma maîtresse de CP (avant qu'on ne s'aperçoive de mes problèmes de vue, ceux-ci expliquant mes chutes à répétition et bientôt une intervention chirurgicale) pour vouloir rétablir les châtiments corporels. Mais que le ministre, des recteurs, des chefs d'établissement, des IPR estiment depuis une quinzaine d'années qu'un prof n'a pas le droit aujourd'hui de confisquer le téléphone portable d'un élève pendant un cours alors que son usage empêche la concentration de tous, voilà qui est le signe certain du profond mépris dans lequel l'administration tient les élèves. Récemment, une maman m'a reproché d'avoir puni un élève de la classe de sa fille (classe de 1ère). J'ai eu beau dire que l'élève concerné et sa maman avaient accepté cette punition méritée, j'étais coupable d'avoir puni un élève ! Que vont penser plus tard tous les élèves qui ont « bénéficié » de cette démagogie lorsqu'ils échoueront à leurs examens ? Et que penser de la Rectrice de Nantes qui a, en 2005 (ou 2004 je ne sais plus), contre l'avis des jurys, des IPR et des professeurs, et sans en informer qui que ce soit, déclaré admise au bac une de mes élèves qui avait fraudé au bac de façon avérée ? 3/ L'instruction et l'éducation ne sont pas des marchandises Alors non, pas de nostalgie, mais la nécessité de s'élever au-dessus d'une époque, de mettre en perspective, de se demander : à qui profite ce manichéisme qui sévit depuis des décennies entre ceux qui mettraient au-dessus de tout « le savoir » et ceux qui ne voient que « le pédagogique, la manière » ? Je ne connais aucun collègue qui pense selon ces catégories et pour cause : elles ont été inventées par des gens qui n'ont pas d'élèves devant eux (politiques, journalistes, essayistes, « chercheurs » en sciences de l'éduc). Cette omniprésence des discours sur les pratiques scolaires qui exclut les enseignants, c'est un 2è indice que les élèves sont un prétexte, qu'ils doivent subir. La curiosité, l'envie de comprendre, le désir de faire partager ce qu'on sait suffisent pourtant pour fonder la légitimité d'une école. Bien sûr, ce que le maître « sait », ce ne sont pas des savoirs qu'il aurait le mérite d'avoir trouvé. Mais il est reconnu comme capable de les faire partager. Donc digne d'être respecté pour cette raison. Difficile d'oublier 12 ans après ce qu'un certain Claude Allègre a dit et écrit : « l'école est une entreprise ». Intéressant aussi de voir que sur cette question, des collègues sont dans le déni alors qu'en entrant les mots-clés « allègre » « école » et « entreprise » dans Google on trouve tout de suite : « Je veux instiller l’esprit d’entreprise dans le système éducatif ». "Je veux" : un slogan qui reste dans l'esprit légendaire de ce monsieur : mépris, égocentrisme et haine des profs.  

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Le maître d’école endormi, 1831, huile sur toile de Joseph Beaume Le vieux maître s’est assoupi, donnant libre cours aux facéties des élèves. L’inefficacité des maîtres âgés, aux méthodes désuètes et que la pauvreté maintient en activité, est à cette date, de plus en plus souvent dénoncée. P1040160 (Large)

Le maître d’école, vers 1670, eau-forte de PQ Chedel Une simple grange abrite la classe. Les plus jeunes élèves, filles et garçons mêlés, apprennent à lire à proximité du maître. Au fond, une table et des modèles d’écriture sont à la disposition des plus avancés. P1040162 (Large)

Une classe, 1557, gravure de Merica La fantaisie brueghelienne transforme la classe en spectacle onirique. Sous l’estampe, le texte rappelle que d’un âne, on ne fera pas un cheval. P1040164 (Large)

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en regardant cette carte de la France ferroviaire du XIXè avec ses milliers de dessertes et de petites lignes les usagers actuels de la SNCF doivent être verts P1040172 (Large)

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La visite de l’inspecteur, planche murale, ed A Colin, 1908

Cette planche murale d’élocution montre une classe type, le jour de la visite de l’inspecteur. La perspective centrale, qui s’élève de l’écolier interrogé, au maître inspecté, puis à l’inspecteur, enfin au buste de Marianne et à la Carte de France, endeuillée par deux provinces perdues en 1870, illustre bien la chaîne hiérarchique par laquelle chacun est relié à l’Etat républicain et à son œuvre scolaire.

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Une révolution manquée, l’école mutuelle

Avec la fin des guerres napoléoniennes, en 1815, l’éducation populaire redevient une préoccupation collective. Quelques notables libéraux fondent la Société pour l’Instruction élémentaire. Par souci d’efficacité, ils préconisent une méthode mise au point en Angleterre par John Lancaster : le monitorial system. Les élèves les plus âgés ou les meilleurs, choisis comme moniteurs, relayent en permanence l’action du maître auprès de leurs condisciples. Dès lors, un seul maître peut enseigner à plusieurs centaines d’élèves. Un moyen providentiel pour pallier la pénurie d’enseignants !

Sous le nom d’enseignement mutuel, la méthode connaît un succès rapide. Dès 1820, elle compte en effet 1500 écoles, essentiellement urbaines. Soutenues par les libéraux, vilipendées par les milieux cléricaux, la méthode subit ensuite les aléas de la vie politique. La révolution libérale de 1830 lui ouvre de nouvelles perspectives. Elle connaît alors son apogée, avec près de 2000 écoles. Au fil des années, toutefois, elle révèle ses limites : sa moindre efficacité, au-delà des rudiments ; sa complexité et son coût, souvent prohibitif dans les villages. En 1834, le ministre François Guizot tranche en faveur de la méthode simultanée des Frères, qui lui paraît la plus aisément généralisable, y compris dans les campagnes. 

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Le grand maître d’école, 1780, gravure de JJ de Boissieu

Le régent, recruté par contrat, sous le contrôle de l’église, est également l’auxiliaire du curé. Le revenu qu’il en retire complète le maigre écolage versé par les familles.

 

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La maistresse d’école, gravure d’Abraham Bosse, vers 1635

« Les filles seront instruites par quelques filles ou femmes de piété » : telle la règle posée par l’Eglise et que respecte cette petite école urbaine. Au village, la rareté des écoles de filles impose une mixité de fait .

 

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