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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 21:46

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comme dimanche 11, il y a 9 jours, j'ai rêvé 5h durant, à bicyclette, au milieu des feuilles mortes
Le Canal de la Martinière, mais aussi Couëron, Saint-Mars de Coutais (pour porter des roses à Clémence 94 ans)
ce furent des peupliers, des chênes, des bouleaux, des hêtres, des aulnes
ocre, beige, rouge, roux, brun, citron, or, orange, marron, rouille, sepia, châtain, brique, ambre, acajou, terre de sienne brûlée (Lefranc ou Bourgeois ce sont les mêmes marques que dans les années 60)

 

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Sur la bruyère longue infiniment,
Voici le vent cornant Novembre,
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent
Qui se déchire et se démembre,
En souffles lourds, battant les bourgs,
Voici le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Aux puits des fermes,
Les seaux de fer et les poulies
Grincent ;
Aux citernes des fermes,
Les seaux et les poulies
Grincent et crient
Toute la mort, dans leurs mélancolies.

Le vent rafle, le long de l'eau,
Les feuilles mortes des bouleaux,
Le vent sauvage de Novembre ;
Le vent mord, dans les branches,
Des nids d'oiseaux ;
Le vent râpe du fer
Et peigne, au loin, les avalanches,
Rageusement, du vieil hiver,
Rageusement, le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Dans les étables lamentables,
Les lucarnes rapiécées
Ballottent leurs loques falotes
De vitres et de papier.
-- Le vent sauvage de Novembre ! --
Sur sa butte de gazon bistre,
De bas en haut, à travers airs,
De haut en bas, à coups d'éclairs,
Le moulin noir fauche, sinistre,
Le moulin noir fauche le vent,
Le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Les vieux chaumes, à cropetons,
Autour de leurs clochers d'église,
Sont ébranlés sur leurs bâtons ;
Les vieux chaumes et leurs auvents
Claquent au vent,
Au vent sauvage de Novembre.
Les croix du cimetière étroit,
Les bras des morts que sont ces croix,
Tombent, comme un grand vol,
Rabattu noir, contre le sol.

Le vent sauvage de Novembre,
Le vent,
L'avez-vous rencontré le vent,
Au carrefour des trois cents routes,
Criant de froid, soufflant d'ahan,
L'avez-vous rencontré le vent,
Au carrefour des trois cents routes,
Criant de froid, soufflant d'ahan,
L'avez-vous rencontré le vent,
Celui des peurs et des déroutes ;
L'avez-vous vu, cette nuit-là,
Quand il jeta la lune à bas,
Et que, n'en pouvant plus,
Tous les villages vermoulus
Criaient, comme des bêtes,
Sous la tempête ?

Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent hurlant,
Voici le vent cornant Novembre.

Emile Verhaeren

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A pas lents et suivis du chien de la maison
Nous refaisons la route à présent trop connue.
Un pâle automne saigne au fond de l'avenue,
Et des femmes en deuil passent à l'horizon.

Comme dans un préau d'hospice ou de prison,
L'air est calme et d'une tristesse contenue ;
Et chaque feuille d'or tombe, l'heure venue,
Ainsi qu'un souvenir, lente, sur le gazon.

Le Silence entre nous marche... Coeurs de mensonges,
Chacun, las du voyage, et mûr pour d'autres songes,
Rêve égoïstement de retourner au port.

Mais les bois ont, ce soir, tant de mélancolie
Que notre coeur s'émeut à son tour et s'oublie
A parler du passé, sous le ciel qui s'endort,

Doucement, à mi-voix, comme d'un enfant mort...

Albert Samain Au jardin de l'infante : Automne

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Et puis, à quelques kilomètres de Saint-Mars de Coutais, dans les prairies inondées par le Tenu : des cygnes

 

Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n'ont  pas fui !

Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n'avoir pas chanté  la région  où vivre
Quand du stérile hiver a  resplendi  l'ennui.

Tout son col secouera cette  blanche agonie
Par  l'espace  infligée à l'oiseau qui  le nie,
Mais  non l'horreur du sol  où  le  plumage est pris.

Fantôme qu'à ce  lieu son  pur éclat assigne,
Il s'immobilise au songe froid de  mépris
Que vêt  parmi  l'exil inutile  le Cygne.

Stéphane Mallarmé

 

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commentaires

Chantal Pouchet-Haudrechy 23/11/2012 05:09

Merci de m'avoir fait faire un retour en arrière. Ma mère, qui était mon institutrice, nous avait fait apprendre ce merveilleux poème de Verhaeren en classe de CM1. Je l'ai toujours gardé en
mémoire. Bien sûr, je ne le sais plus par coeur puisque 45 ans ont passé depuis. Ce poème illustre parfaitement ce que peuvent être les mois de novembre dans ma chère Normandie. Ici, à la Réunion,
nous ne connaissons plus cela.