Zanahar et Niang ont fait le monde. O Zanahar ! nous ne t'adressons pas nos prières : à quoi servirait de prier un Dieu bon ? C'est Niang qu'il faut apaiser. (Chanson madécasse VIIè Evariste
Parny) J'ai eu la chance d'être invité à un ati-damba dimanche 13
décembre.
Se rendre à ce Ati-damba qui s'est déroulé au camp marron du Dimitile (2000 m), ça commence par l'ascension du Dimitile avec, comme récompense, le point de vue sur Cilaos.
Les 3 salazes à 13 kms à vol d'oiseau
l'équipe de télévision ZDF (Zwei Deusch Fernesehen) avec qui je suis monté
Présenter un Ati-damba (fête des ancêtres) dans un blog n'est pas facile car le voyeurisme n'y est pas de mise. Cette cérémonie est si intime, si intérieure, si spirituelle que des images sont
incapables de rendre compte de la charge émotionnelle que le ati-damba porte. Je suis d'autant plus gêné que j'ai ressenti un grand apaisement pendant ces moments fraternels, sincères, dignes,
généreux. Il s'agit de célébrer les ancêtres marrons et esclaves de nombreux rényonés et que l'histoire officielle a tendance oublier, de leur permettre de s'approprier une part (sombre) de
l'histoire de l'île. Certains sont malgaches, d'autres non. Pêle-mêle, quelques noms célèbres : Cimandef (= qui ne se plie pas), Rahariane (soleil et prière), Anchaine et Heva, Pitsana,
Dimitile, Simanandé (= sans direction précise) ...
Miko aide les participants à se concentrer
entrée dans le valamena
la stèle dédiée à Dimitile le guetteur, Sarlave la reine et Laverdure le roy ; elle porte les restes du lamba (prononcer [lãb]) déposé en 2008
la maîtresse des cérémonies appelle les participants à s'installer dans le valamena
les représentants des 3 associations Miaro, Capitaine Dimitile et Tradition Salegy disent leur discours, ainsi que le maître de cérémonies et la maîtresse de cérémonies
C'est le Mamàky itàny (préparation de l'espace cérémoniel et cultuel)
le dépôt des offrandes commence (Manangana fototra)
exemples de proverbes malgaches lus sur les lambas :
malagasy amperin'asa = les malgaches en plein effort
manao marina tahian' janahary = ceux qui font ce qui est juste sont bénis de Zanahar
ici c'est du café qui est offert (la culture du café a été florissante avant d'être supplantée par la canne)
Lorsqu'on a apporté du miel, il faut le remporter après en avoir versé un peu car il est béni. Mais il ne faut surtout pas remporter le rhum, ce rhum qui est ce pour quoi tant d'hommes ont été
réduits en esclavage. Enfin les représentants des associations et des guerriers procèdent au remplacement de l'ancien lamba par le nouveau. La Charte du Dimitile est lue (Dina du Dimitile)
Cyclones, volcanisme, vagues géantes, érosion phénoménale, sites grandioses, parfums violents, forêts de
tamarins aux troncs tourmentés, ravines d'une profondeur vertigineuse, La Réunion est l'île intense, l'île de tous les excès. Le Piton de la fournaise est le volcan le plus actif du globe et
depuis 1950, les éruptions sont de plus en plus fréquentes. Cette proximité des forces du cosmos et de la puissance tellurique est peut-être à mettre en rapport avec la multiplicité des rites et
des croyances sur l'île.
Hier, j'ai marché longtemps seul dans des champs de canne, en plein soleil, dans d'interminables déclivités,
car je voulais prendre en photo des paille-en-queue à Petite Ile, la seule île de la Réunion, inhabitée. Ils étaient insaisissables, dans cette îleinaccessibleoù
personne ne s'aventure jamais, et ma solitude s'est creusée.
Je suis retourné à Saint-Pierre et, passant devant le cimetière marin, j'ai rendu visite à
Sitarane.
J'ai déjà parlé (« tisserin et friandises ») le 20 septembre des padels, ces offrandes malbares
posées aux carrefours, à même la route. On y trouve tout ce que le défunt aimait : nourriture, rhum, cigarettes, poule noire décapitée, bougie allumée etc. Du riz, des fruits et des légumes si ce
sont des dieux (Ganesh ou Kali) à qui on fait l'offrande. Saint-Expédit a été évoqué le 31 août. J'ai dit aussi à la Toussaint ma gêne de voir des journalistes terroriser et se moquer de ceux qui
veulent se concilier les âmes errantes (esclaves morts sans sépulture, suicidés, accidentés etc). Mais le culte voué à Sitarane est si célèbre, si déroutant, qu'il faut bien que j'en dise aussi
un mot. Pourquoi un cambrioleur devenu meurtrier est-il devenu un mythe au point que de nombreux livres lui soient consacrés et que le Routard Réunion s'étende sur lui pendant une demi-page
?
Le caillou rényoné est un terrain propice à l'existence des movézams (fantômes), des bébèts (monstres), des
spectres se mouvant dans la brume laiteuse des forêts, des trésors maudits, des rites interdits.
De son vrai nom Simicoundza Simicourba, Sitarane était un engagé mozambicain de 40 ans, qui avait rompu son
contrat pour devenir journalier et gardien de nuit au Tampon. Sur sa tombe, figurent les noms de ses complices : Fontaine et Saint-Ange.
On lit dans la version d'Henri Négrel présentée dans sa conférence à Sciences et Arts (1964)
(La RéunionCatherine Lavaux Ed Cormorans 1998 page 131) : « Au début du siècle, en 1907,
une série de vols est commise dans la région de Saint-Pierre et du Tampon. Les voleurs s'introduisent toujours de la même manière dans les cours. Toutes les maisons sont fermées par des portes de
bois, bloquées à l'intérieur par une grande barre appelée bascule. A l'aide d'un vilbrequin et d'une mèche anglaise, les malfaiteurs percent dans les portes des trous très rapprochés au dessous
de la barre pour pouvoir découper un carré, introduire le bras et la faire pivoter. Les vols, d'abord effectués dans les lieux retirés, dans les « godons » au fond des cours, se
rapprochent des habitations et agglomérations. Curieusement, les gens, pourtant aux aguets, n'entendent rien et les chiens n'aboient jamais ». La superstition aidant, les bandits sont
crédités de pouvoirs surnaturels : chacun s'inquiète, se sentant menacé. Les vols se succèdent et, un matin de janvier 1909, deux habitantes de la Plaine des Cafres sont cambriolées et brûlées
vives. Le 20 mars, un jeune homme estimé est assassiné la veille de son mariage, sa maison est cambriolée. Toute le sud de l'île panique. On renforce portes et volets avec « des pointes à
bardeaux » et des plaques de fer. On dort dans la même chambre, on fait le guet à tour de rôle. Le 11 août 1909, un instituteur et son épouse sont sauvagement assasinés. La police est
renforcée et on est de plus en plus certain des pouvoirs surnaturels des bandits.
Dans la nuit du 30 septembre, ceux-ci s'attaquent au magasin à café de M. Roussel au Tampon. La porte résiste.
Des coups de feu sont échangés avec le gardien de nuit. Les 2 bertelles, les 2 gonis, et le chapeau retrouvés sur place vont permettre de retrouver les coupables. Les bertelles contenaient 1
pistolet, 2 couteaux de boucher, une barre de fer, des plombs de chasse, du poison (datura). Onze personnes sont arrêtées : 8 hommes, 2 femmes, un marmail de 14 ans.
Saint-Ange Calendrin était sorcier. Il fabriquait une poudre hypnotique qui était insufflée par le trou des
serrures. Les chiens étaient expédiés avec des boulettes qui ne contenaient pas que de la viande fraîche. Grâce à Saint-Ange, Sitarane se croyait immortel (il n'avait peut-être pas tort). Il fit
preuve d'une assurance extraordinaire pendant son procès.
Pendant 8 jours, une foule importante assiste aux débats de la Cour d'Assises de Saint-Pierre. On apprend que
les criminels avaient égorgé leurs victimes pour boire leur sang. C'est aux Asises de St-Denis que le verdict final est prononcé : Sitarane, Fontaine et St-Ange sont condamnés à mort, 5 complices
écopent des travaux forcés à perpétuité, les 2 femmes et le marmail font seulement un an de prison. St-Ange Calendrin est finalement grâcié car n'ayant jamais tué. Juste avant son exécution,
Sitarane demande à être baptisé. Devant la tombe est une grande croix noire sous laquelle sont les crânes des coupables.
J'ai pu constater que la tombe est très fleurie et ce ne sont pas des fleurs en plastique. Une bouteille de
rhum à peine entamée, un paquet de gauloises ouvert et plein, des bougies, plusieurs bouquets de fleurs fraîchement coupées. Pour m'approcher de la tombe, j'ai attendu un peu pour être seul et au
moment de partir, tout un groupe s'approchait : jour et nuit, c'est le défilé ! Plusieurs livres et revues expliquent qu'on y vient volontiers pour prélever de la terre afin de jeter un sort à un
ennemi. La conversion ultime de Sitarane au catholicisme en fait une sorte de saint. Pour d'autres, il vaut mieux rechercher ses bonnes grâces car il est un intercesseur puissant auprès des
forces du Mal.
Alors, j'ai repensé aux silhouettesinaccessibles,aux ombres
d'oiseauxde Petite Ile, oùpersonne ne s'aventure jamais.
Aujourd'hui, juste une série de petites infos en attendant des jours meilleurs.
1/ Hier matin, en allant au lycée, je monte un stoppeur parapentiste à la Chaloupe et j'apprends que la world cup series 2008 commence après-demain ! Pendant 5 jours, se succéderont donc sous nos yeux les exploits des meilleurs parapentistes
mondiaux. La veille au soir, j'avais mis en ligne justement toute une série de photos prises de ma fenêtre sans changer l'ordre des clichés (post « air bourbon du 2 novembre »), le
Grand Prix revenant à la dernière concurrente, vers 21h, avec sa lumière cendrée et sa voile à l'envers. Youtube vous permet de vous faire
une idée des figures des rois de la voltige mais coupez le son. Orange-réunion
est un des sponsors.
2/ Si vous faites les librairies les plus sérieuses de La Réunion à St-Denis, St-Paul, St-Louis, St-Pierre, vous ne trouverez aucun livre de Leconte de Lisle. Ni
d'Evariste de Parny ou de Léon Dierx non plus d'ailleurs. Bien sûr il y a les bibliothèques. Mais quand on voit qu'il n'y a pratiquement pas de rayon poésie non plus (Rimbaud et Baudelaire sont
dans le rayon scolaires-lycées), on se dit qu'il y a bien des efforts à réaliser de ce côté. Comme en plus j'enseigne dans la ville natale de Leconte de Lisle, à 2 pas de sa maison, de sa tombe,
et des deux ravines auxquelles se réfèrent 2 de ses poèmes_barbares_, après l'article « bernica » posté avant-hier, je me
considère en règle et passe volontiers le relais de l'acculturation du grand public à d'autres pour me retourner vers des écrivains rényonés ou mauriciens d'aujourd'hui, par exemple Natacha
Appanah Les rochers_de_Poudre_d'or_ : patience, l'arrêt des notes du 1er trimestre est le 17 novembre.. A suivre (je vous koz kréol très
bientôt)
3/ Je vous copie-colle un passage de la lettre que j'ai envoyée il y a 9 jours au maire de St-Leu (recommandé AR) pour l'instant sans réponse :
« Depuis le mois d'août, les 8 projecteurs de 2000 watts (environ) du stade de La Fontaine qui jouxte la maison que j'habite restent allumés, soit de jour,
soit de nuit, soit jour et nuit, sans qu'il y ait pour autant un match ou quelque raison que ce soit de les laisser allumés. Au début, j'ai cru à un oubli. En parlant autour de moi, j'ai compris
que vos services avaient reçu des coups de téléphone ou des lettres ce qui a augmenté ma perplexité. Le temps passe et le problème demeure. Outre que le coût pour la collectivité doit être élevé,
que l'électricité est faite avec du pétrole, il y a un autre inconvénient sur lequel je veux attirer votre attention : le danger d'accélérer la disparition d'un oiseau endémique : le Pétrel de
Barau
Chaque année depuis 1996, une grande opération de sauvetage des oiseaux marins est lancée par
la SEOR (Société dfEtudes Ornithologiques de la Réunion). Cette campagne concerne essentiellement les 4 espèces de Pétrels qui vivent à La Réunion : le Pétrel de Barau, le Puffin de Baillon, le
Puffin du Pacifique et le Pétrel Noir. Ces quatre espèces se reproduisent sur lfîle de la Réunion. Quand vient la période dfenvol des jeunes (Avril à début
mai, pour le Pétrel de Barau) ceux-ci quittent leur terrier de nuit. Dans leur trajet pour rejoindre lfocéan pour la première fois de leur vie, ils sont attirés par les lumières
artificielles qui forment une sorte de barrière tout autour de lfîle, et sféchouent souvent au sol. Ils sont alors incapables de reprendre leur envol tout seul, et risquent de mourir de faim ou
dfêtre dévorés par des chiens ou des chats.
Cette opération est d’une importance extrême, car, rappelons-le, le Pétrel de Barau ne se reproduit
qu’à la Réunion, et les lumières constituent une cause de mortalité
majeure : on estime que 40 à 60% des jeunes à l’envol
s’échouent à cause des éclairages. La DIREN (Direction Régionale de
l’Environnement), EDF (Electricité de France), la LPO (Ligue pour la
Protection des oiseaux), le GISOM (Groupe d’intérêt Scientifique pour
les oiseaux Marins) et le Muséum d’Histoire Naturelle de St
Denis. La situation actuelle, vous le voyez, nous conduirait directement à une procédure si la commune ne faisait rien. En espérant, monsieur le maire
etc »
Comme l'éclairage du stade vide se poursuit (depuis plus d'un an, me disent les voisins), j'ai écrit hier à la SEOR pour qu'on se
prépare à une action juridique : à suivre
4/ De temps en temps, j'essaie d'ajouter une photo par-ci par-là ou de corriger a posteriori les coquilles et petites erreurs des articles parus depuis fin août,
mais ce sont des modifications mineures, je n'en parle donc pas. Il en va ainsi des flamboyants par exemple. Fin août je voyais des poinsettias et non des flamboyants, lesquels commencent
seulement à fleurir. J'irai faire la correction dès que j'aurai 5'. C'est souvent grâce à vos commentaires que je repère mes boulettes. Certains sont déposés bien après la publication de
l'article (par exemple par les visiteurs qui découvrent le blog aujourd'hui) mais je suis averti par over-blog. Merci !
5/ Beaucoup de fleurs coupées, vendues, déposées dans les cimetières ; beaucoup d'oratoires et d'offrandes au bord des routes, le week-end dernier. Le Journal de la
Réunion (Clicanoo) n'a rien trouvé de mieux que de titrer sa Une ainsi : « Toussaint : quand les esprits rôdent ». Titre de l'article sur 2 pages : « Les esprits errants rôdent
surtout en période de la Toussaint ». Autrement dit, les morts-vivants sont avec nous 24/24, 7/7 et 365/365, c'est vrai puisque les journalistes le disent ! Une multitude d'exemples viennent
à l'appui : « Dans le cimetière de Bras-Panon, les employés communaux ont découvert, l’année dernière, à pareille époque, la photo d’un jeune garçon transpercé d’aiguilles », « La
nuit, les 4X4 et autres véhicules se croisent dans l'étroit chemin de terre, qui traverse les champs de cannes, et menant à ce cimetière », « on pactise avec les personnes mal
décédées » « en cette période de la Toussaint, les esprits des mal-morts qu’on appelle encore des esprits errants ou les mauvaises âmes rôdent. Ces esprits perturbés émanent des
personnes décédées de mort violente. Il s’agit des pendus, des suicidés, des accidentés de la route, des tués par balles ou à coups de couteaux ou de sabre. Et ces esprits, s’ils ne sont pas
récupérés par des sorciers peu scrupuleux, traînent partout ». Le journaliste se délecte : « ne pas sortir très tard, la nuit, durant la période précédant la Toussaint. Et parfois même,
de ne pas s’attarder devant la cour à la nuit tombée. De ne pas non plus se promener, la nuit, avec de la viande (bols de carri) ou des boissons ». Et de conclure : « Âmes sensibles,
Barricadez-vous et laissez passer la Toussaint. Les revenants sont parmi nous ! »
On peut certes, comme Flaubert et Maupassant, trouver sympathique la métempsycose ; à la Réunion, il est très facile d'acheter un livre de magie blanche en
librairie, mais de là à présenter en Une du quotidien le plus lu de la Réunion le danger des esprits errants et adopter un ton aussi comminatoire... Enfin, on a sans doute les journalistes qu'on
mérite. Pour ma part, je compte sur Skype pour bavarder à nouveau avec Mamie le 22 ou le 29 novembre : 83 ans et presque toutes ses dents !
6/ Lili la batailleuse gagne la mer(31 octobre)
Kélonia a donné rendez-vous hier matin à une classe de CM 2 pour un moment plein d’émotion. Ils sont ainsi venus assister au grand départ de Lili, une tortue verte
Chélonia mydas, né il y a vingt ans sur la plage de Tromelin.
7/ Saint-Pierre va s’équiper en drumlines contre les requins. Un drumline, c’est une ancre à laquelle on relie une grosse bouée de 50 litres. Puis, on attache à
cette grosse bouée une ligne de capture avec un hameçon et un leurre au bout pour prendre le requin qui chasse dans les parages. La ligne est suffisamment longue pour permettre au squale de
survivre jusqu’à sa capture. Il est prévu dans le projet que deux bateaux par jour passent relever la ligne pour décrocher le requin, le tagger puis le relâcher. Le système de drumlines protège
les usagers du littoral parce qu’il dissuade le requin de revenir dans un endroit où il a passé un mauvais moment, attaché à une ligne qui l’empêchait de sonder. En Afrique du Sud, les
scientifiques ont constaté que les squales ne retournaient plus sur le lieu où ils avaient été pris.
Quatre attaques au Pic du Diable :
20 août 2006, à 11 heures, attaque mortelle sur un surfeur.
6 octobre 2004, à 16h15, un bodyboarder a la jambe sectionnée à Ti’Paris (juste à côté du Pic du Diable).
8 septembre 2000, à 18h05, un surfeur est blessé au bras.
14 mars 1988, à 18h30, un surfeur est mordu à la main.
8/ Je me suis laissé dire qu'en Europe, vous êtes très mouillés et que vous devez prendre des mitaines pour taper sur vos claviers. Alors, pendant que vous
rechargez les nappes phréatiques, apprenez qu'ici, le thermomètre monte monte comme la bêbête de semaine en semaine. Alors je vous envoie volontiers un rayon de soleil à tous. Le week-end
du 15-16 nov, ascension du Dimitile : 1400 mètres de dénivellé ; le Routard dit : « déconseillé aux personnes sujettes aux vertiges » donc c'est pour moi. Et le 21 décembre : le Piton
des neiges (3071 m). Si.
Souvent, dans les virages de l'île Bourbon, le voyageur aperçoit un petit autel de tôle rouge sang et le coeur lui bat : qu'est-ce ? Le souvenir entretenu pieusement d'automobilistes ayant perdu la
vie parce que la fatalité les avait expédiés dans le précipice ? Que nenni.
Saint-Expédit est au contraire un ti dieu qu'il faut prier avec ferveur tant on peut avoir besoin de lui : il cumule 4 fonctions précieuses : - patron de la jeunesse - protecteur des voyageurs -
secours des causes pressantes (kat onoma) - médiateur des procès. Le petit livre que j'ai acquis hier explique qu'Expedit était un martyr arménien. Il fut martyrisé à Mélitène, près du confluent de
l'Euphrate et du Mélas le 19 avril 303 (date de sa fête). Engagé au service des romains dans un corps indigène, il commanda la XIIè légion (7000 hommes). Pris en haine par Galère et Dioclétien en
tant que chrétien, il fut flagellé jusqu'au sang, puis eut la tête tranchée, ce qui représente une mesure de clémence par rapport aux tortures de l'époque.
Expédit était l'ennemi de la procrastination. Lorsqu'on regarde les statuettes qui le représentent dans les vitrines et dans les autels du bord des routes, on voit qu'il tient une croix où on lit
« hodie » (aujourd'hui) et qu'il écrase un corbeau croassant (« cras » = demain). En effet, alors qu'il était sur le point de se convertir au christianisme, le diable, prenant
la forme d’un corbeau arriva en criant : Cras ! Cras ! Cras !. Ne voulant pas retarder sa conversion, Expédit l’écrasa en criant à son tour : Hodie ! Depuis
Saint-Expédit est efficace pour le succès d'un examen, la guérison d'un malade, le règlement d'un différend, etc
Une autre légende prétend que les soeurs d'un couvent de Saint-Denis reçurent un jour un colis de cierges en provenance de la métropole et qu'à l'emplacement de la mention de l'expéditeur, était
écrit « expédit ». Les soeurs, averties par des signes divins, réparèrent l'injure que les dockers avait infligée à l'emballage en rétablissant le préfixe « saint ».
Je vous laisse choisir vous-mêmes la bonne version.