Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 20:56

"Aux îles Éparses, la France possède des territoires uniques au monde"

CLICANOO.COM | Publié le 19 juillet 2009

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=216136&page=article

Préfet et administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises depuis septembre 2008, Rollon Mouchel-Blaisot revient pour le Journal de l'Île sur la mission exceptionnelle du Marion-Dufresne dans les îles Éparses et livre les grandes lignes des projets les concernant : pêche, protection, prospection pétrolière, Grenelle de la mer, présence militaire... Entretien.

Le JIR : Monsieur le préfet, quel premier bilan tirez-vous de cette tournée exceptionnelle du Marion-Dufresne dans les îles Éparses ?

Rollon Mouchel-Blaisot : L'objectif était d'agir pour la protection des îles Éparses en retirant le maximum de déchets accumulés depuis plusieurs dizaines d'années et d'emmener des scientifiques afin d'évaluer le potentiel de recherche de ces îles. C'était un véritable défi. Au niveau de la dépollution, le travail a été réalisé en deux temps. Il a d'abord fallu envoyer pendant plusieurs mois des équipes techniques pour conditionner les déchets afin qu'ils puissent être évacués lors du passage du Marion-Dufresne. Le conditionnement de ces déchets en fardeaux de 700 kg pouvant être transportés par l'hélicoptère était un préalable au passage du Marion-Dufresne. Lors de la rotation exceptionnelle du Marion-Dufresne, l'ensemble des fardeaux ainsi préparés ont pu être évacués, soit plus de 600 tonnes de déchets. Je tiens à féliciter très sincèrement l'ensemble de l'équipe des Taaf qui a accompli un travail remarquable dans des conditions éprouvantes et ingrates, avec le concours apprécié des Fazsoi. Concernant les programmes scientifiques, nous avons en quelque sorte transformé le Marion-Dufresne en "plate-forme nautique de recherche". Au total, 16 programmes comprenant des thématiques des sciences de l'Univers ou des sciences de la vie ont pu être mis en place après une rigoureuse sélection. Par exemple, deux marégraphes permettant de mesurer le niveau de la mer ont été installés à Europa et Juan de Nova et des mesures de la chimie de l'atmosphère ont été enregistrées durant le transit. Concernant les programmes de biologie, quatre hydrophones permettant d'enregistrer les chants des baleines ont été mouillés dans le canal du Mozambique. Des centaines de prélèvements (sable, coraux) et d'échantillons de faune (notamment marine) ont été collectés (ils sont en cours d'analyse, pour certains au États-Unis) ainsi que des dizaines d'observations d'oiseaux, de mammifères marins, de requins, etc. Le bilan scientifique de cette expédition sera tiré prochainement par le CNRS par l'intermédiaire de ses deux éminents instituts (Institut national de l'écologie et de l'environnement, INEE, et Institut national des sciences de l'univers, INSU) particulièrement intéressés par ces îles.

L'expérience, notamment écotouristique, pourrait-elle être renouvelée ?

Il est trop tôt pour le dire car une telle expédition est, par définition, exceptionnelle. Nous avons voulu tester une forme d'écotourisme qui respecte totalement le milieu comme nous le faisons depuis plusieurs années dans les îles subantarctiques. C'est un tourisme à forte valeur ajoutée, qui doit conserver un caractère marginal et surtout ne rien abîmer. Avec un bon encadrement, et la présence "d'écogardes" que nous souhaitons développer, cela reste gérable. Nous étudions par exemple des demandes de la part de clubs de plongées responsables qui désirent faire connaître ces "spots" exceptionnels normalement interdits d'accès. Si une nouvelle expédition devait être renouvelée dans les années qui viennent, je suis ouvert, en fonction des places disponibles, à ce que des touristes soient acceptés à bord. Mais je souhaite les impliquer davantage à la conservation des milieux et à l'accompagnement des scientifiques pour les aider à mener à bien leurs opérations de terrain. Il faut passer d'un tourisme passif à un tourisme actif et engagé. Je suis d'ailleurs convaincu que cela répond à l'attente des citoyens qui souhaitent participer, même modestement, à la protection de la planète.

Quel est l'avenir envisagé par les Taaf pour les Éparses ?

L'intégration des îles Éparses au territoire des Taaf permet de donner un nouvel élan à la recherche scientifique tant dans le domaine de l'écologie que dans les sciences de l'univers. Fortes de leur expérience dans les îles subantarctiques et en Antarctique, les Taaf disposent du savoir faire nécessaire, notamment en terme de logistique, pour mener à bien ce projet ambitieux. En osmose avec le développement de la recherche scientifique, la biodiversité de ce territoire doit être absolument préservée, et nous agissons dans ce sens. J'ai, par exemple, signé une convention cadre avec le président de l'Agence des aires marines protégées afin que l'on réfléchisse ensemble à la mise en place d'un statut élevé de conservation de ce patrimoine naturel.

Ces îles présentent aussi un intérêt économique, avec 640 000 km2 de zones de pêche exclusives... Quels sont les projets dans ce domaine ?

Le Territoire des Taaf gère, pour notre pays, la 2e plus grande Zone Économique Exclusive (après la Polynésie), avec plus de 2, 3 millions de km2, ce qui est très peu connu. Sait-on, par exemple, que la pêcherie australe représente 250 emplois directs et près d'un millier d'emplois indirects à La Réunion ? Comme nous l'avons fait pour la légine dans les Australes, nous voulons développer une pêche durable pour le thon dans les Éparses. Les Taaf présentent déjà l'un des seuls exemples de pêche durable en introduisant les notions d'évaluation scientifique indépendante, de quota d'exploitation, de réglementation rigoureuse, de contrôle embarqué et de lutte sans merci contre la pêche illicite. On l'a bien vu avec l'exemple de la légine que, sans contrôle ou surveillance permanente, la ressource serait pillée comme cela a été le cas malheureusement dans certaines zones voisines. Pour la pêche au thon dans les Éparses, l'organisation est sensiblement différente, notamment pour les circuits de transformation et d'exportation. La pression de pêche dans cette région est néanmoins aussi forte. Il est donc important d'intervenir. En ce sens, les accords récemment signés avec la collectivité départementale de Mayotte sont stratégiques (jusqu'au 29 avril dernier, les Taaf percevaient la redevance des thoniers étrangers en campagne dans la ZEE de Mayotte, NDLR) car, non seulement, ils règlent un contentieux ancien mais, surtout, vont permettre une forte collaboration entre les deux collectivités pour un développement durable de toutes les pêches dans ce secteur. Nous sommes d'ailleurs très désireux de développer une véritable coopération avec Mayotte dans beaucoup de domaines.

Comment protéger ce précieux patrimoine environnemental que représentent les Éparses ? Y a-t-il de nouveaux classements envisagés ?

Leur classement en "zone protégée" par arrêté préfectoral en 1975 a favorisé la conservation de cette exceptionnelle biodiversité. La précieuse présence militaire permanente depuis 1973 a assuré le respect effectif de l'interdiction d'accès et a empêché toute atteinte à l'intégrité de ces îles. Les populations de poissons et de coraux sont importantes car la pêche est interdite dans les lagons et les eaux territoriales. De même, les colonies de sternes et de tortues sont parmi les plus importantes de l'océan Indien. Dans le cadre de la stratégie nationale du maintien de la biodiversité, les Taaf ont élaboré leur "plan d'action biodiversité" qui a été approuvé par le MEDADT (Ministère de l'écologie, du développement durable et de l'aménagement du territoire) et le SEOM (Secrétariat d'État à l'Outre-mer). Il vise à la mise en place d'actions concrètes pour conserver ce patrimoine : la lutte contre les espèces envahissantes, la gestion et le rapatriement des déchets, la protection d'espèces menacées ou la mise en place de bio-indicateurs permettant de suivre l'état de santé de ces îles sont parmi les actions phares de ce plan. Outre les actions de conservation, nous avons proposé, dans le cadre du Grenelle de la mer, le classement de l'île d'Europa en réserve naturelle nationale. Plus largement, le travail entrepris avec l'Agence des aires marines protégées devrait permettre dans les années à venir d'assurer la protection effective de ce patrimoine unique.

Quelles sont les prochaines échéances pour les Éparses ?

Nous avons beaucoup de dossiers ouverts sur tous les sujets souvent complexes dont nous avons parlé mais, à ce stade, je signalerai simplement deux événements à venir. Le premier, qui se tiendra au Sénat le 5 octobre prochain, sera un colloque pour tirer les enseignements de la rotation exceptionnelle du Marion-Dufresne et réfléchir sur les perspectives d'avenir de ces îles ; nous parlerons de leurs enjeux en termes de biodiversité, de recherche scientifique, de gestion durable de la mer, de coopération régionale sans oublier les histoires humaines qui ont marqué durablement l'histoire de ces îles comme celle des "esclaves oubliés de Tromelin" pour laquelle nous avons un grand projet d'exposition que nous présenterons prochainement. Le second concerne le carnet de voyages philatélique sur les Éparses, tourné pendant la rotation du Marion-Dufresne, que nous sortirons pour le salon du timbre de Paris en novembre prochain. Il sera préfacé par Mme Irène Frain dont le récent livre sur les "Naufragés de Tromelin" connaît un grand succès et qui nous honore de sa fidélité. Nous le dévoilerons d'ailleurs en avant-première à l'occasion d'une exposition sur les îles éparses au Palais du Luxembourg, en parallèle du colloque.

La présence militaire sur Europa, Juan de Nova et Glorieuses est-elle remise en question ? La France souhaite-t-elle maintenir sa présence dans ces îles ? Comment se portent les relations avec les pays voisins ?

L'intégration des îles Éparses à la collectivité d'outre-mer des Taaf par la loi du 21 février 2007 est la confirmation, si besoin était, de l'intérêt que notre pays accorde à ces îles. Même si la question de souveraineté a parfois été posée, cela ne nous a jamais empêché d'agir, pour le bien commun, avec les pays voisins et amis. Pour preuve, la négociation que j'ai eu l'honneur d'engager, en décembre 2008, avec les autorités mauriciennes pour mettre en place des outils de "cogestion" nous permettant de mener ensemble des actions ambitieuses sur Tromelin. Les détachements militaires, en provenance de La Réunion et de Mayotte, qui assurent une présence permanente sur les trois îles du canal de Mozambique, accomplissent une mission extraordinaire. Leur action exemplaire a permis, entre autres, de préserver les îles d'un pillage écologique et halieutique qui aurait été catastrophique et irréversible. Nous travaillons également avec les Fazsoi sur les questions incontournables de logistique. Les moyens militaires sont vraiment indispensables pour l'accès aux îles. Je n'oublie pas également les services rendus par les équipes de Météo France à Tromelin. Ils doivent tous être remerciés pour leur contribution importante à la conservation de ces îles. Connaissant les contraintes des forces armées, nous étudions actuellement avec le Ministère de la Défense et le SEOM comment nous pourrions mutualiser nos moyens, tant humains que logistiques, pour optimiser notre présence sur ces îles. Il s'agit d'une véritable mission interministérielle à laquelle les Taaf contribueront avec détermination, à la hauteur de leurs moyens. Nous travaillons aussi sur la question des énergies renouvelables ou de la production autonome d'eau, ce qui permettrait d'alléger les quantités de fret à transporter et de limiter ainsi encore plus l'impact de la présence humaine sur ces territoires fragiles.

Quelle est la position des Taaf vis-à-vis du Marion-Dufresne, dont les marins dénoncent leur remplacement par des marins étrangers ?

C'est un bateau auquel nous sommes très attachés et nous sommes aussi reconnaissants à l'équipage pour le concours précieux qu'il a toujours apporté à toutes nos missions. Mais ce navire hors normes nous coûte de plus en plus cher. Plus de la moitié de notre budget est consacrée à l'affrètement du Marion-Dufresne et de l'Astrolabe, ce qui n'est plus supportable. L'institut polaire Paul-Émile Victor (Ipev, dépendant du Ministère de la recherche, NDLR), qui co-affrète le Marion Dufresne, est dans la même situation que nous. C'est pourquoi nous avons demandé à la CMA-CGM, l'armateur du navire, de réduire significativement ses coûts de fonctionnement. En raison de nos difficultés financières, nous avons même été contraints de procéder au désarmement temporaire du navire et risquons d'y recourir à nouveau si une solution budgétairement supportable n'est pas rapidement trouvée. Les négociations sont bien engagées mais n'ont toujours pas été finalisées alors que nous avons accepté de nous conformer aux accords d'entreprise CMA-CGM actuellement en vigueur qui garantissent l'emploi d'un certain nombre d'officiers et de marins français. Il y a donc plus que jamais urgence de trouver un nouvel équilibre économique qui, seul, permettra la poursuite de la pleine exploitation du navire. Nous avons en parrallèle engagé une autre négociation avec les banques pour réduire le coût exorbitant de l'emprunt mis à la charge du Territoire pour la construction du navire en 1993.

Les Taaf connaissent donc des difficultés financières ?

Comme toutes les collectivités publiques, nous connaissons une stabilité, au mieux, des recettes et une progression continue des charges, notamment logistiques. Pour faire face à cette situation délicate, nous devons impérativement maîtriser les coûts logistiques et de fonctionnement tout en conservant une capacité d'investissement pour entretenir et rénover nos bases... Nous sommes très fortement aidés en cela par le plan de relance mis en oeuvre par le gouvernement, ce qui aura un impact à la Réunion en termes d'embauches ou d'activités pour les entreprises. Les Taaf s'efforcent également de développer leurs ressources propres à travers la philatélie, la pêche ou des partenariats avec des organismes publics (Météo France, CNES, CEA) ou privés. Ainsi, la société Véolia apporte une contribution significative pour le nettoyage de l'ex piste du Lion, en Terre Adélie. Les Taaf sont ouvertes à développer ce type de partenariat pour des véritables actions de long terme, au service exclusif de l'environnement et de la biodiversité. Que peuvent espérer les Éparses du Grenelle de la mer ? Des décisions ont-elles été prises les concernant ?

Les Taaf, de par leur immense zone maritime, se sont beaucoup impliquées dans le Grenelle de la mer, et cela concerne les éparses comme les australes. Nous avons été auditionnés au niveau national et avons également reçu, à Saint Pierre, la délégation du Grenelle qui est venue à la Réunion. S'appuyant sur leur expérience très spécifique, les Taaf ont fait 7 propositions dont voici les têtes de chapitre :

- faire des Taaf un espace d'expérimentation en matière de pratiques maritimes durables (pêche, logistique, technologies nouvelles...)

- valoriser les produits de la mer recueillis de manière soutenable dans nos ports de l'Océan Indien, c'est-à-dire à la Réunion et à Mayotte.

- favoriser les conditions d'un éco développement grâce à une coopération approfondie Taaf-Mayotte.

- valoriser les PTOM (pays et territoires d'Outre-mer) comme vecteurs de l'influence française dans les enceintes maritimes internationales.

- mettre en place une gestion intégrée des espaces maritimes

- certifier les pêcheries sous des labels écologiques internationaux. Ce sera le cas avec la pêcherie australe à la légine suite à la démarche engagée par les professionnels eux-mêmes, avec notre plein soutien. La première pêcherie française reconnue durable au niveau international sera donc dans les Taaf, pour le grand profit de la Réunion.

- classer les écosystèmes tropicaux, notamment l'île d'Europa comme je l'indiquais précédemment.

Elles ont été reprises, d'une manière ou d'une autre, par les différents groupes de travail nationaux du Grenelle de la mer. La synthèse des travaux est en cours et les plus hautes autorités de l'État en tireront les conclusions.

En conclusion, justement, quel intérêt y a-t-il pour la France à demeurer dans ces territoires ?

De l'antarctique aux îles Éparses, la France dispose d'un gradient de territoires unique au monde. Au moment où les recherches scientifiques s'intensifient pour mieux comprendre le changement global, les travaux menés dans les Taaf, pour certains depuis plusieurs décennies, participent à une meilleure connaissance des enjeux et défis de notre planète. En quelque sorte, nos îles, si lointaines, n'ont jamais été aussi proches de nos préoccupations...

Entretien : Sébastien Gignoux

Dimanche prochain, nouvelle escale aux Eparses sur l'île Juan de Nova.

A la recherche de l'or noir de Juan de Nova

Le 22 décembre 2008, le ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire ouvrait la porte à la prospection pétrolière dans la ZEE des Éparses. Un premier arrêté dit "Permis de Juan de Nova Profond" accorde aux sociétés Marex Petroleum Corporation et Roc Oil Company Ltd, conjointes et solidaires, un permis de recherches de mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux pour une durée de cinq ans, l'engagement financier souscrit s'élevant à près de 47 millions d'euros. Le périmètre défini est un polygone d'environ 50 000 km2 à la limite des ZEE des pays voisins (Mozambique et Madagascar), et dont son exclue la zone des 12 miles nautiques autour de Juan de Nova. Un second arrêté, dit "Permis de Juan de Nova Est" accorde aux sociétés Nighthawk Energy Plc, Jupiter Petroleum Juan de Nova Ltd et Osceola Hydrocarbons Ltd, conjointes et solidaires, un permis de recherche d'hydrocarbures liquides ou gazeux portant sur le sous-sol de la ZEE française au large des côtes de Juan de Nova. Ce permis également accordé pour cinq ans, l'engagement financier souscrit par les bénéficiaires s'élève à 28 millions d'euros environ. Il concerne une zone de 9 000 km en bordure de la ZEE malgache. "Un enjeu majeur", reconnaît le préfet des Taaf Rollon Mouchel Blaisot, bien que "nous ne sommes qu'au tout début du processus." Plusieurs demandes de permis de prospection avaient été formulées en 2006 et 2007 concernant la zone hauturière de Juan de Nova, aboutissant à ces deux autorisations concernant les cinq sociétés américaines, britanniques et australiennes mentionnées. "Nous entrons à présent dans une phase de recherche. L'objectif est d'obtenir une meilleure connaissance de la géomorphologie de la zone de Juan de Nova. Ces recherches seront d'abord sismiques (émission d'ondes à partir de sondeurs permettant de définir la nature du sous-sol) effectuées à partir de navires spécialement équipés. Plusieurs campagnes seront nécessaires. En fonction des résultats obtenus différents forages tests pourront être effectués la 4e ou 5e année", précise le préfet des Taaf. Une prospection qui devrait s'effectuer sous le contrôle strict des services de l'État : "Nous sommes, et serons, vigilants pour que tous les travaux qui seront menés dans ce secteur respectent les plus hautes exigences environnementales. Nous avons déjà tenu plusieurs réunions de travail sur ce sujet avec la société prospectrice pour que les modalités envisagées pour la recherche s'adaptent aux contraintes des milieux", assure Rollon Mouchel-Blaisot.

S. G.      

 

 

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=216134&page=article

Europa, le paradis perdu des oiseaux marins

CLICANOO.COM | Publié le 19 juillet 2009

Eparses. Régulièrement qualifiée de "sanctuaire écologique" du fait d'une occupation humaine très limitée dans le temps et l'espace, l'île d'Europa est restée l'un des sites les plus riches et les plus rares en terme de populations d'oiseaux marins de l'océan Indien. Une aubaine pour les ornithologues, qui défendent un site à préserver à tout prix.

photo aérienne Europa (Serge Gélabert/Taaf)

Europa. Ses plages de sable blanc, son lagon immense, sa mangrove foisonnante. Et surtout, ses oiseaux. Avec pas moins de huit espèces marines recensées, ce petit pentagone perdu au sud du canal du Mozambique reste une réserve ornithologique d'une valeur inestimable et un sujet d'étude passionnant pour les spécialistes du genre. Pas étonnant que Matthieu Le Corre s'y sente comme un poisson dans l'eau. Cet enseignant-chercheur du laboratoire d'écologie marine (ÉCOMAR) de l'université de la Réunion, récent lauréat de la prestigieuse bourse d'étude Pew pour la poursuite de ses travaux, en est à son 9ème voyage dans une île qui l'obsède depuis son premier séjour en 1993. Passionné et passionnant, il est sans doute le meilleur guide au monde dans ce refuge pour volatiles indo-océaniques. "Europa est le parfait exemple de ce que devaient être les autres îles de l'océan Indien avant les peuplement humains. Avec ces huit espèces dont certaines se raréfient, c'est un véritable bijou ornithologique", indique le scientifique. Pour le comprendre, il faut le suivre à travers les forêts d'euphorbes piquantes sous le regard curieux des fous à pieds rouges, ou dans les vastes steppes du sud recouvertes par le vacarme assourdissant d'une nuées de sternes fuligineuses, une vaste colonie d'un million de couples qui s'ébattent dans les airs.

Un tableau à plumes que complètent pailles-en-queue dorés ou à brins rouges, puffins d'Audubon, corbeaux-pie, sternes caspiennes ou encore frégates. Ce sont ces dernières, particulièrement menacées, qui font d'Europa un site rarissime. On ne compte plus que 1 300 couples de frégates Ariel et 700 couples de frégates du Pacifique sur Europa. Une des trois seules îles de l'ouest de l'océan Indien avec Aldabra et Cosmoledo (Seychelles) à héberger encore des colonies de cette dernière espèce. "La frégate du Pacifique est grandement menacée du fait de la raréfaction de son habitat. Très sensible à la présence humaine, elle a disparu progressivement d'îles comme les Glorieuses ou de Tromelin où elles étaient pourtant présentes il y a deux siècles", précise Matthieu Le Corre. Revenant à terre pour s'accoupler, couver et élever leurs oisillons, ces prédateurs très farouches nécessitent la plus grande tranquillité. La période des amours notamment, peut être facilement perturbée par une présence étrangère et faire se déplacer la colonie. Aussi, c'est dans la profondeur d'une dense forêt d'euphorbe au coeur de l'île que la colonie va élire domicile. Le mâle, qui gonfle la poche membraneuse rouge vif située sous son bec, est en concurrence avec ses collègues pour séduire les femelles qui planent au dessus du perchoir pour choisir l'heureux élu. D'une union, là aussi très rare, naîtra peut-être un seul poussin frégate, alors que l'adulte peut vivre plusieurs dizaines d'années sans produire d'autre rejeton. Spectacle saisissant que ces parades nuptiales, qui contrastent avec le caractère parfois « cruel » des frégates qui peuvent piller les nids d'autres oiseaux ou s'attaquent sans pitité aux petites tortues vertes à peine écloses sur la plage. Très friandes de ces proies sans défense, qu'elles ramèneront au nid, on peut les voir s'abattre en piqué sur les plages d'Europa au moment des émergences diurnes de tortues juvéniles. Scènes violentes, qui font presque oublier que la frégate est une espèce plus menacée que la tortue verte !

Quoi qu'il en soit, les rares voyages à Europa sont l'occasion pour les ornithologues de faire le point sur l'état de santé de ses populations d'oiseaux. Comptages, études comportementales, captures, mesures, pesages, baguages, autant de prises de données qui permettront de dresser un état des lieux plus précis sur l'évolution de ces drôles d'oiseaux. Certains, équipés de balises argos, vont être suivis dans leurs périgrinations depuis le laboratoire de la Réunion. C'est ainsi qu'on sait que les frégates sont capables de parcourir jusqu'à 600 km au-delà de leur colonie pour aller se nourrir, sur les côtes est-africaines ou malgaches. La dernière mission du Marion-Dufresne aura également permis de produire des transects d'observation en mer de ces oiseaux marin. Une possibilité beaucoup plus rare, l'essentiel des voyages de scientifiques à destination d'Europa se réalisant à bord d'un Transall des Fazsoi. "Suivre les oiseaux marins est aussi un bon indicateur de la ressource pêche. Les oiseaux, comme les poissons type thon, recherchent la même chose", conclut Matthieu Le Corre. L'écologie se défend mieux lorsqu'elle est aussi utile à l'économie.

De notre envoyé spécial, Sébastien Gignoux

Le 14 mai dernier, le navire logistique des Terres australes et antarctiques françaises (Taaf), le Marion-Dufresne, rentrait d'une rotation exceptionnelle dans quatre des cinq îles qui forment le district des Éparses. À son bord, les techniciens en charge de l'évacuation des déchets accumulés lors des rares épisodes de peuplement de ces îles aujourd'hui classées réserves naturelles. Pour la première fois dans les Éparses, cette mission a également pris une tournure d'expédition scientifique, avec pas moins de 17 programmes et une quarantaine de chercheurs représentés à bord. Trente éco-touristes ont enfin eu le privilège de participer à ce voyage unique. Première escale, Europa.

Europa

- Située à 550 km des côtes du Mozambique, 300 km au sud du cap de Saint-Vincent (Madagascar) et 600 km au sud de Juan de Nova.

- Zone économique exclusive (ZEE) : 127 300 km2.

- Atoll d'origine volcanique de 7 km de diamètre.

Un peu d'histoire...

- Découverte probable au XVIe siècle. Nommée en 1774 du nom du navire qui la reconnaît après plusieurs années de confusion avec Bassas da India.

- Courtes périodes de colonisation en 1860, 1903 et 1910. En 1923, l'île est déserte. Vestiges de l'occupation humaine, une plantation de sizal (chokas) utilisé pour la réalisation de cordages de marine. Quelques constructions, un petit cimetière.

- 1949, construction d'une première station météorologique. 1950, première piste d'atterrissage.

*                   1981, nouvelle station météo. Depuis la crise politique régionale de 1973, un détachement militaire d'une quinzaine de soldats du 2e RPIMa relevé tous les 45 jours assure la souveraineté de la France. Classée réserve naturelle depuis 1975

 

Espèces introduites, ces "Aliens" qui posent problème

CLICANOO.COM | Publié le 19 juillet 2009

Particulièrement préservées, les Éparses ont cependant fait l'objet de quelques introductions d'espèces au fil des rares épisodes de peuplement humain, bouleversant l'écosystème en place. Un casse-tête pour les scientifiques qui voudraient ramener ces îles au plus près de leur état originel. Chèvres à Europa, chats à Juan de Nova, poules à Glorieuses, rats et souris partout... Même si l'homme n'a peuplé qu'épisodiquement les îles Éparses, il a laissé derrière lui de bien encombrants témoins de son passage. À l'heure de la mise en valeur écologique de ces territoires, les scientifiques et les Taaf s'arrachent les cheveux pour trouver le moyen de rendre aux Éparses leur visage originel. Mais rien n'est moins simple. David Ringler, étudiant en master 2 Biodiversité des écosystèmes tropicaux à l'Université de la Réunion, vient de passer un mois entier sur Europa dans le cadre de son projet d'étude de l'impact des mammifères introduits dans les Éparses sur les populations d'oiseaux marins et autres espèces. Sa mission : compter et étudier les comportements de ces "aliens". Même si la plus australe des Éparses est aussi la mieux conservée, deux espèces introduites y font particulièrement désordre : un troupeau d'environ 300 têtes de chèvres noires revenues à l'état sauvage depuis le XIXe siècle, lorsque les navigateurs les déposaient là en vue d'assurer la pitance lors d'une prochaine escale. C'est à elles qu'on doit la taille, en forme de pommier, des forêts d'euphorbe qui poussent normalement en buisson. Autre indésirable, le rat noir, clandestin des cales de navire, dont la population fluctue entre 20 et 60 individus par hectare selon la saison. Ses proies de prédilection : les oiseaux qui nichent au sol comme les pailles-en-queue. "Notre travail consiste à évaluer l'impact de ces populations : jusqu'où peut-on parler de coexistence ? À quel moment parle-t-on de prédation ? Ces questions se posent, d'autant qu'on n'est pas à l'abri d'un basculement de comportement de certaines espèces. On a vu par exemple dans les îles subantarctiques des souris s'attaquer aux albatros, ce qui n'était pas le cas auparavant", note David Ringler. Le fait que les chèvres se nourrissent d'euphorbe par exemple menace-t-il la reproduction des frégates du Pacifique, dont cet arbre est le lieu préférentiel d'accouplement ? Mais l'erradication de la chèvre ne laisserait-elle pas champ libre à d'autres espèces végétales invasives ? Le calcul est subtil, et le débat fait rage entre diverses écoles scientifiques. Sans parler des questions d'éthique, quant à l'élimination d'une espèce animale introduite qui n'avait rien demandé à personne. Pour les rats, dont les relevés de contenus stomacaux montrent clairement la prédation sur certaines espèces rares d'oiseaux marins, c'est l'aspect technique qui pose problème : si les quelques zones dératisée montrent clairement un succès reproducteur plus important chez l'oiseau, une telle opération à l'échelle de l'île s'avèrerait complexe et onéreuse du fait de la présence de mangrove, refuge inextinguible pour le rat.

*                   Jeu du chat et de la souris...

*                   Autres îles, autres équations. À Juan de Nova, on a cru bien faire en voulant dératiser de manière "biologique". L'introduction, dans les années 50, de chats pour manger les rats s'est avéré être complètement à contre-emploi. "Les chats se sont vite rendus compte qu'il était plus facile pour eux de chasser les oiseaux que les rats. De plus, ils se comportent en vrai destructeurs : quand une demi-sterne suffit à le nourrir, le chat en tue six pour s'amuser..." explique l'étudiant dionysien. Du coup, depuis 2008, David Grangette, le "berger" des Taaf, s'est employé méthodiquement à éradiquer les chats : une cinquantaine ont été retirés, mais une dizaine subsisterait encore à Juan. Plus malins, ils se méfient désormais beaucoup plus de l'homme et sont de plus en plus difficile à capturer. À Glorieuses, le chantier est aussi vaste même s'il ne reste malheureusement plus beaucoup d'oiseaux à sauver. Une quinzaine de chats ont été retirés en 2008, mais bien malin qui connaît leur nombre. On constate également une prédation importante des tortues juvéniles, mais l'impact réelle sur cette population est encore à l'étude. Sur Tromelin enfin, une dératisation a été menée en 2005 avec succès. Ce que l'on étudie à présent, c'est l'impact de ces milliers de Bernards l'Hermite qui se régalent des bébés tortues... Bref, un chantier sans fin pour les scientifiques qui étudient et les Taaf qui décident et coordonnent les éventuelles actions à mener. "Si l'objectif est de restaurer l'écosystème original, il faut aussi bien mesurer les conséquences de cette restauration, que le remède ne soit pas pire que le mal. D'où l'intérêt d'accumuler un maximum de données", conclue David Ringler. Des études intégrées au programme "Ecosystèmes tropicaux" du Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable, et au bien nommé "Aliens" (Assessment and Limitation of the Impact of Exotic species in Nationwide insular Systems) de l'agence nationale de la recherche (ANR).

*                   S. G.

*                    

 

Partager cet article
Repost0
19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 18:30
Luz Casal

Piensa en mi

1991
Bande originale du film de Pedro Almodovar, "Talons aiguilles".

 

Si tienes un hondo penar, piensa en mi
Si tienes ganas de llorar, piensa en mi
Ya ves que venero tu imagen divina
Tu parvula boca, que siendo tan nina
Me enseno a pecar

 

Piensa en mi cuando sufras,
Cuando llores, tambien piensa en mi,
Quando quièras quitarme la vida
No la quiero, para nada
Para nada me sirve sin ti

 


Partager cet article
Repost0
17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 19:32

Ka.Ty Deslandes vit et travaille 6 mois par an aux Colimaçons, non loin de ma case, sur la commune de saint-leu, une chance pour moi de goûter à sa peinture doucement aquatique, sensuelle et sereine. Pour ce premier billet sur son oeuvre, je me contente de copier-coller le bel article que Kenneth White lui a consacré en 2004 et de déposer quelques photos que j'ai prises dans son atelier fin juin. Je vous invite à faire un tour dans son site www.katydeslandes.com et à vous rendre à son exposition

« Rives et rivages » Galerie l'Aquarelle Place de l'église, Grez-Neuville

Ka.Ty  invite Lucille Piquenot Frostin pour une « Escale aux confins du monde »

Atelier 18 18 rue du Grand Logis, Grez-Neuville 49220

VERNISSAGES  SAMEDI 4 juillet à 18h00.

Expositions ouvertes jusqu'au 26 juillet tous les week-ends et jours fériés de 15h à 19h et sur rendez vous : tél.  06 75 64 94 01 et 02 41 95 36 07

jute goni, bois flotté, métal rouillé, clous, carton, fibres de coco, sable, tissu, corail, écorce de papacagnaouli, coquillages, algues séchées, ficelle, cordage, lave, bambou, os de seiche

retour vers l'élémentaire, le premier, le primordial, l'avant, l'amniotique, le caressant

avec Ka.Ty, la frontière entre terre et mer s'efface un peu



L'art des rivages de Ka.Ty Deslandes, géopoétique de l'Océan Indien, par Kenneth White

Parmi les artistes dont les travaux font partie du grand courant géopoétique, Ka.Ty Deslandes occupe une place particulière. Occidentale (née près de Paris), blanche (mousoungou , comme on dit à Mayotte), elle connaît bien la spiritualité orientale en général et la spiritualité indienne en particulier. Elle n' ignore pas qu'en Inde, la poésie, et par la même occasion l'art plastique, est un yoga. C'est justement Art Yoga qu'elle intitule la première série de ses travaux (1971-1980), où s'exprime une conception de l'art sortie à la fois de la spiritualité indienne (cf. le livre d'Ajit Mookerjee, Art Yoga , avec ses diagrammes du shri-yantra et ses mandalas) et les théories d'artistes occidentaux modernes tels que Kandinsky (Du spirituel dans l'art ) ou Klee (Théorie de l'art moderne ). Ka.Ty Deslandes connaît aussi, physiquement, le Grand Océan. Mandatée  par le Ministère des Affaires Étrangères françaises pour « développer un art mélanésien contemporain », elle a vécu et travaillé à Vanuatu de 1984 à 1986, fréquentant les îles de Vaté, Tana, Mallicolo... À partir de 1987, elle passe six ans à Mayotte, où elle occupe un atelier qui domine la baie de Boueni, en pleine brousse, et navigue vers Anjouan, la Grande Comore, Mohéli, Madagascar. Depuis 1994 c'est à La Réunion qu'elle a installé son atelier. Au cours de toutes ces années océaniques Ka.Ty Deslandes a fait entrer dans son art toutes sortes d'éléments, et a traversé plusieurs phases. Si l' inspiration reste « yogique » (recherche d'unité et d' harmonie), elle n'a pas échappé à des vicissitudes, des turbulences et des perturbations. Les titres de ses séries de travaux en sont le reflet. Après Art Yoga , il y a eu Failles (1981-1983), les diaporamas « Fantasmes africains », « Chant des failles » et « Terres à rejoindre ». De 1984 à 1998, ce fut Noir-Ethno-Mythique. De 1984 à 1985, Terres d'Océanie. De 1987 à 1993, Métissage , de 1994 à 1999, D'Îles et d'amour . Dans toutes ces séries, sont plus ou moins évidents, outre un élan individuel et une inquiétude personnelle, des thèmes d'époque, ainsi que des références à tel ou tel contexte traditionnel (kanak, australien,africain) qui pouvaient aller jusqu'à des représentations anthropomorphes. Mais ce qui prime chez Ka.Ty Deslandes, ce sont les éléments : eau, terre, air, feu, avec tous les paramètres de l'espace sensible (lumière, couleur). Et sa source primordiale est l'océan même.

Dans Malaise dans la civilisation , Freud évoque ce qu' il appelle « le sentiment océanique » (das ozeanische Gefühl ). « À l'origine, écrit-il, le moi inclut tout. Plus tard, il exclut de lui le monde extérieur. Par conséquent, notre sentiment actuel du moi n'est rien de plus que le résidu rétréci d'un sentiment d'une étendue plus vaste, si vaste qu' il embrassait tout, et qui correspondait à une union plus intime du moi avec son milieu. » Cette notion, que Freud n'évoque qu'en passant, est développée par Sandor Ferenczi dans Thalassa . Dans cette étude, Ferenczi va de la psychanalyse à la biologie, du malaise dans la civilisation (pour Freud, irrémédiable) à un processus d'océanisation. En découvrant « l' inconscient biologique », une « biologie des profondeurs », Ferenczi a l' impression de « débarquer aux rivages d'une nouvelle science. » On pense aussi dans ce contexte à la théorie de l'être humain comme « système ouvert », théorie selon laquelle le langage profond de l'être humain n'est pas fondamentalement différent du langage des choses, du langage de l'univers.

Avec ces références bio-psycho-cosmiques nous sommes en plein dans la pratique artistique de Ka.Ty Deslandes. La jeune enfant qui, dans un jardin près de Paris, observait la nature (feuilles, fleurs, écorces, cailloux...) et se délectait de ses rythmes (nuit et jour, succession des saisons), qui augmentait ces premières sensations au bord de la Loire et de la Mayenne et sur les rivages atlantiques, n'a jamais rien perdu ni rien oublié de son élan et de son ouverture. Ses expériences ultérieures dans le Pacifique et dans l'océan Indien lui ont permis au contraire de leur donner plus d'ampleur et plus d'exactitude. Il y a eu évolution constante.

Si l'espace général de l'art de Ka.Ty Deslandes est océanique, il existe pourtant dans cet espace un lieu spécifique qui l'attire plus particulièrement : c'est le rivage. Sur nos terres construites, souvent surconstruites, voici, enfin, en bout de territoire, un espace en principe sans constructions. L'être peut s'y espacer. Et puis, il se trouve là face à l'ouvert, avec un pied encore dans le contexte humain, mais l'autre dans le contexte non-humain, plus qu' humain. Le rivage est donc un lieu spécialement propice à la méditation. C'est pour cela qu'un vieux texte celte parle du rivage comme d'« un lieu de prédilection pour les poètes. »

Sur les rivages du monde qu'elle a fréquentés, que ce soit ceux de l'Atlantique, ceux du Pacifique ou ceux de l'océan Indien, Ka.Ty Deslandes a toujours accompli cet acte premier qu'est la cueillette : cueillette de galets, d'algues, de coraux, de pierres ponces, de morceaux de lave. Et ce sont les éléments de cette cueillette, alliés à la couleur (huile, acrylique, pastel), sur des supports tels que le bois ou la toile de jute, qui forment la matière de son art.

« Art brut », diront certains, plus soucieux d' insérer des oeuvres dans une catégorie établie que de les voir dans leur espace ouvert, plus soucieux de classifier que de contempler. Non, art géopoétique. Ce qui fait qu'un art est géopoétique, et pas seulement « brut », c'est une dimension - une dimension de l'esprit. Ce qui compte en peinture, disait Klee, c'est la poésie. Et la poésie en question est une poétique du monde.

Dès ses débuts en art, à l'âge de onze ans, Ka.Ty Deslandes voulait, disait-elle, « fabriquer des mondes ». Si de sa mère elle a hérité la capacité d'observer la nature, de voir le monde à l'oeuvre, de son père, artisan menuisier, elle a hérité une habileté manuelle et inventive.

Avec la série Entre vagues et rivages (2000-2004), qui comporte des grands formats sur toiles de jute, des petits et moyens formats réalisés avec des matériaux cueillis sur le rivage, ainsi que des oeuvres en volume et des installations, cet art atteint une plénitude.

Il s'est à la fois épuré et amplifié. Plus de messages thématiques, plus de figures mythiques, plus de symbolisme. Mais des choses, une disposition - et une dimension que je ne veux appeler ni « spirituelle », ni « cosmique » (ces mots, avec d'autres, faisant entrer dans l'espace méditatif trop de connotations), mais, comme je l'ai dit plus haut, géopoétique .

Je regarde « M' Tsanga Baharini » , « Mariage sacré », « Cap Lahoussay » , « Kavadi » « Le souffleur », « Fenêtre bleue », « Tonga soa », « Rivages », « La mer la nuit », « Par 30 noeuds », « Banc de sable », « Le récif », « Enedsa » et je me dis que, malgré le bruit et la fureur, malgré les invasions du pouvoir borné et les colonisations de la bêtise, il est encore possible de vivre géopoétiquement, et de créer un art qui soit à la hauteur du monde, qui réponde aux houles de l'océan, qui suive les étendues du désir d'être.

 

mer d'enfance

 

jeanne brezé (poète)

 

bush hunters

 

goré

 

série des mahaba

 

au-dessus : peinture sans nom ; au-dessous : la pointe des châteaux

 

trébeurdun

 

outre loire

 

outre-loire : gros plan

 

récif

 

récif : détail

 

par 30 noeuds

 

enedsa

 

mandala

 

sculpture de jean-claude barbier

 

namasté

 

bruno scaco

Partager cet article
Repost0
14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 22:29
28 juin, @ bientôt caillou

au-dessus des Comores

la Somalie

en Somalie

l'Ethiopie

en éthiopie

en éthiopie (l'ombre des nuages)

en éthiopie

en éthiopie : moins 56° :-(

le lac Tana en Ethiopie

le Nil au Soudan

le Nil au Soudan

le Nil en Egypte au bout de 6h : Abou Simbel et Louxor

derniers regards sur la vallée du Nil

irrigation en Egypte

l'ombre des nuages en Lybie

l'interminable tôle ondulée du désert de Lybie

la côte lybienne

la botte italienne

survol de la Sicile

les îles Lipari (Eoliennes) et Vulcano

Lipari

Salina

bateau au large de Capri


entre Naples et Rome

Gênes

Gênes

le Piémont vers Turin

les Alpes

le massif du Mont-Blanc

le lac Léman

vers Auxerre

vers Melun

Brie Comte-Robert

Orly

just a shadow

débarquement des 550 passengers


Partager cet article
Repost0
12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 22:11
les neiges d'antan

le recul de la calotte glaciaire antarctique

les moutons de panurge

icebergs

le trou dans la couche d'ozone

avalanche

ressac par gros temps

glaçons : le dégel

houle de grande marée

40è rugissants

50è hurlants

c'est la ouate qu'elle préfère

houle de grande marée

chute de séracs

un nuage de lait

janvier mois du blanc

la terre est bleue comme une orange

la mariée était en blanc

bave d'escargot grossie 10 000 fois

à fleurets mouchetés

caillebotte

la gamme diversifiée de nos produits laitiers sources de calcium

molletonnage

avis de tempête

cotonnades

dieu prend un bain, racontez

bleu de cobalt

bleu de méthylène

bleu outremer

bleu de prusse

bleu d'auvergne

Partager cet article
Repost0
24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 19:43

Vous remontez des rues encombrées et grouillantes de monde, bordées de boutiques remplies de produits orientaux, de restos rouge et or, de vendeurs à la sauvette, de vendeurs de pacotille, de vendeurs de fins de séries, et forcément vous tombez sur le Grand Bazar et le Grand marché. Ils accueillent dit-on, 30 000 personnes par jour. Au temps de la Bourdonnais, les marins des navires de la route des épices y faisaient halte.

A profusion : vêtements, tissus, soiries, saris, chaussures, produits artisanaux, vannerie, cédés, épices, ourites séchées, fleurs, légumes et fruits secs et frais, tisanes, pâtisseries, friandises créoles ou indiennes, sucreries, élixirs, potions aphrodisiaques, remèdes miracles, lotions capillaires etc. Les paniers en vacoas aux couleurs naturelles viennent de Rodrigues

Dans le marché couvert, le rez-de-chaussée vend principalement les fruits et légumes tropicaux, le 1er étage les souvenirs et étoffes. Explosion de couleurs, de senteurs, de goûts, de textures, d'éclats de voix dans toutes les langues.

 

 

à gauche : des ourites

songe

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 18:41

Je colle à la fin de ce billet le programme du colloque Entre mots et images dont je vous ai parlé et qui a lieu de jeudi 25 à dimanche 28 à Tamarin, Rose-Hill, Moka, Réduit et Port-Louis

http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/colloque2009maurice.html

 

Port-Louis tire son nom du roi Louis XV, au nom duquel le capitaine Dufresne d'Arsel prit possession de l'île début XVIIIè. Port important pour la Compagnie des Indes, pour les corsaires, pour les militaires, pour l'économie de l'île.

Port-Louis est composite : plusieurs vagues d'immigration, plusieurs civilisations y ont déposé leurs visages, leurs traces. De là, la cohabitation décomplexée de belles villas créoles en bois, de cases délabrées, de bâtiments coloniaux, d'un front de mer ultra-moderne et d'un quartier chinois, d'églises catholiques et anglicanes, de temples hindous, de pagodes et de mosquées, de marchands ambulants et de banquiers impeccables, de bistrots proches du boui-boui et d'hôtels-restaurants 5 étoiles.

Au XVIIIè siècle et jusqu'en 1869, Port-Louis est un port important de la route des Indes. Mais l'ouverture du canal de Suez a causé le déclin irrémédiable du port. Il reste cependant actif aujourd'hui grâce au port franc qui draine le fret le plus important de l'océan indien.

 

 

 

 

Le Théâtre municipal 

C'est le plus ancien théâtre de l'océan indien : il date de 1822. Il fut construit par les Anglais, nouveaux maîtres de l'île, afin d'amadouer les Mauriciens. Mais voyez comme le colon est ingrat ou plutôt lucide, ce théâtre fut l'un des premiers lieux de résistance culturelle antibritannique ! C'est là que furent projetés les premiers films en noir et blanc en 1909.

 

 

La cathédrale Saint-Louis

Elle abrite les restes de Mme Mahé de la Bourdonnais. Le bâtiment actuel fut édifié en 1933, sur un site qui accueillit plusieurs églises successives depuis 1752. L'Assemblée révolutionnaire de l'île s'y tint en 1790. Devant l'église, est dressée une croix au pied de laquelle les corps des esclaves noirs recevaient l'absolution car ils n'avaient pas droit à la cathédrale.

 

statue de Saint-Louis devant l'église du même nom

 

La Citadelle

Etablie sur les hauteurs, La Citadelle domine toute la ville et la rade. Construite entre 1834 et 1840 par les Anglais, cette forteresse massive en pierre volcanique, appelée aussi Fort Adélaïde, n'a jamais rempli de fonction militaire. Elle servait à dissuader toute velléité de révolte parmi la population lors de l'abolition de l'esclavage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Culture de l'île Maurice : entre mots et images

Colloque international

Tamarin, Rose-Hill, Moka, Réduit et Port-Louis

Île Maurice

25-28 juin 2009

conférence organisée par Françoise Lionnet (UCLA) et Thomas C. Spear (CUNY)
avec l'aide précieuse de Robert Furlong,
de Kumari Issur (U. of Mauritius) et avec la participation de nombreux créateurs mauriciens

bleu

programme

Veuillez noter que la salle de cinéma de l'hôtel Tamarin où auront lieu les sessions de jeudi et de dimanche ne peut accommoder qu'une trentaine de personnes. Nous avons mis en place une liste pour réserver la dizaine de places qui seront disponibles pour les personnes qui ne sont pas sur le programme des intervenants, puisqu'il nous faut donner cette liste pour la sécurité à la réception de l'hôtel.
La salle réservée de 13h à 18h à l'University of Mauritius vendredi pourra siéger une quarantaine de personnes.
À Port-Louis, samedi, la salle du Conseil à la Mairie de Port-Louis est plus grande et le public y est invité.
Le programme ci-dessous est plus ou moins définitif, sujet à quelques dernières modifications.

** informations pour les personnes résidant à l'hôtel et/ou faisant partie de la navette organisée pour les transports)

mercredi 24 juin 2009
soirée - cocktail informel de bienvenue

bleu

jeudi 25 juin 2009
matinée à l'hôtel Tamarin, salle de cinéma

9h00-10h15
1. Écriture, genre et nouvelles générations

modératrice : Françoise Lionnet

« L'expérience de la violence dans les romans francophones mauriciens de la nouvelle génération »
Bruno JEAN-FRANÇOIS, University of Mauritius

« Discours et représentation des groupes diasporiques dans quelques romans mauriciens post-1968 »
Rishy BUKOREE

« Représentations du féminin dans les récits de Shenaz Patel »
Guillemette de GRISSAC, IUFM la Réunion

10h15-10h30 Pause café

10h30-12h15
2. Littérature et cinéma

modératrice : Françoise Lionnet

« Bénarès de Barlen Pyamootoo, du roman mauricien vers un cinéma universel ? »
Srilata RAVI, University of Western Australia

« Des mots en images: La Cathédrale de Harrikrisna Anenden »
Maya BOUTAGHOU, University of California, Los Angeles (UCLA)

« Le silence des Chagos de Shenaz Patel et le film documentaire Diego l'interdite »
Anjanita MAHADOO, Rutgers University

Répondant : Harrikrisna ANENDEN, réalisateur de La Cathédrale, en train de tourner (juin 2009) Ève de ses décombres à Maurice

12h15-13h45 Déjeuner

13h45-15h00
3. Entre mots et images : de Malcolm de Chazal au contemporain

modérateur : Thomas Spear

« Malcolm de Chazal et Jean Paulhan : recevoir et décevoir »
Adelaide RUSSO, Louisiana State University (LSU)

« Générations Chazal »
Robert FURLONG, chercheur indépendant, Maurice

« Faire de la bande dessinée à Maurice, une profession qui se cherche »
Christophe CASSIAU-HAURIE, Centre Culturel Français de l'Île Maurice

(pause)

soirée à Rose-Hill (** départ de l'hôtel, 16h30)

17h30 : Lancement du premier numéro de la revue L'Atelier d'écriture au Centre Charles Baudelaire (Rose-Hill), avec l'écrivain Barlen PYAMOOTOO, directeur du numéro, avec des auteurs qui y ont participé, dont Bruno JEAN-FRANÇOIS, Yusuf KADEL, Umar TIMOL et Jean-André VIALA (directeur du Centre Charles Baudelaire), et d'autres personnes de l'Atelier d'écriture.

20h-22h30 : dîner à Beau-Bassin ? à Tamarin ?

bleu

vendredi 26 juin 2009

** départ de l'hôtel : 8h30

10h00-12h00  The Centre for Mauritian Studies of the Mahatma Gandhi Institute à Moka

Creation in 21st Century Mauritius: Opportunities and Prospects
Roundtable chaired by Amenah JAHANGEER-CHOJOO (Head of the Centre for Mauritian Studies). Confirmed writers/artists: Abhimanyu ANNUTH, Sedley ASSONNE, Mala CHUMMUN-RAMYEAD (sculptor and Head of School of Fine Arts, MGI), Lindsay COLLEN and Shenaz PATEL.

déjeuner à Eurêka ?

après-midi : Salle G2, University of Mauritius (Réduit)

14h00-15h45
4. Les études mauriciennes et leurs contextes : édition, critique journalistique et enseignement

modératrice : Françoise Lionnet

« Lettres mauriciennes aux Éditions de l'Olivier »
Thomas C. SPEAR, Lehman College & The Graduate Center, City University of New York (CUNY)

« La page culturelle dans la presse mauricienne de 2000 à nos jours »
Shakuntala BOOLELL, University of Mauritius

« La littérature mauricienne et la critique : enjeux et limites »
Evelyn KEE MEW, University of Mauritius

« So you must be Mauritian : L'enseignement universitaire des études mauriciennes au Canada »
Rohini BANNERJEE, Saint Mary's University

15h45-16h00 pause café

16h-16h45 : séance plénière / table ronde : ressources et archives mauriciennes
modératrice : Kumari Issur

Yves CHAN KAM LON (Directeur de la Bibliothèque Nationale de Maurice), Evelyn KEE MEW (doctorante, U. Mauritius) et Belinda RAMNAUTH (directrice, Bibliothèque Carnegie)

soirée libre (dîner à l'hôtel)

bleu

samedi 27 juin 2009

journée à Port-Louis
événements ouverts au public

** depart de l'hôtel : 9h00

matinée ;
10h00 - projection de films dans la salle du Conseil à la Mairie de Port-Louis :
     Extraits de films documentaires de Robert Furlong sur Malcolm de Chazal (15 minutes).
     Sensitive : « une expérience de littérature à l'école » (enfants de l'école primaire qui s'approprient la lecture de Sensitive de Shenaz Patel) du CALE (centre d'aide à la lecture et à l'écriture) de Saint Leu, la Réunion (avec la participation de Nikola Raghoonauth). Réalisation : Guillemette de Grissac, Christian Leunens (14 minutes).
     Le film Bénarès de Barlen Pyamootoo (75 minutes).

après-midi
salle du Conseil à la Mairie de Port-Louis

13h30-14h45
lectures de textes par des auteurs mauriciens : Daniella BASTIEN, Richard BEAUGENDRE, Christophe CASSIAU-HAURIE (qui dira un texte de Raymond Chasle), Michel DUCASSE, Alex JACQUIN-NG, Yusuf KADEL, Barlen PYAMOOTOO, Vinod RUGHOONUNDEN, Umar TIMOL

pause

15h00-16h30
Dernie Vol, pièce courte (30 min.) de Dev VIRAHSAWMY, lecture de Rajoo RAMANA et Anon PYNEEANDEE, suivie par une discussion avec l'auteur

** dîner prévu à l'hôtel au retour

bleu

dimanche 28 juin 2009
matinée à l'hôtel Tamarin, salle de cinéma

9h00-10h45
5. Images de la fiction contemporaine

modérateur : Thomas Spear

« Écriture et Coolitude dans Cale d'étoiles Coolitude et Chair corail fragments coolies de Khal Torabully »
Manisha GOODARY, chercheuse indépendante (Maurice)

« Poetics of the Belly: Images of Food and (Not)-eating in Ananda Devi's Works »
Njeri GITHIRE, University of Minnesota, Twin Cities

« Paradise, Parody or Paradox? - The Beach in Contemporary Mauritian Fiction »
Namrata PODDAR, University of Pennsylvania

« Narrations de l'altérité dans la littérature mauricienne »
Julie PEGHINI, Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et Université de Paris-8

10h45-11h00 Pause café

11h00-12h15
6. Creole Cosmopolitics

modérateur : Thomas Spear

« Matière à photographie : Marie-Thérèse Humbert, Nathacha Appanah et Yves Pitchen »
Françoise LIONNET, University of California, Los Angeles (UCLA)

« Mauritius and UNESCO's 2003 Convention »
Lee HARING, Brooklyn College, City University of New York (CUNY)

« Écrivains mauriciens, ou la volonté de dire le monde »
Kumari ISSUR, University of Mauritius

12h30   Déjeuner

(pause dans le programme)

18h00-19h30
Table ronde d'écrivains
Édouard J. MAUNICK, Shenaz PATEL, Barlen PYAMOOTOO et Carl de SOUZA et d'autres auteurs mauriciens.

table ronde/cocktail/clôture/dîner

à Tamarin ?? (au Cabanon créole?)

 

bleu

 

Intervenants

  • Rohini BANNERJEE
  • Shakuntala BOOLELL
  • Maya BOUTAGHOU
  • Rishy BUKOREE
  • Christophe CASSIAU-HAURIE
  • Robert FURLONG
  • Njeri GITHIRE
  • Manisha GOODARY
  • Guillemette de GRISSAC
  • Lee HARING
  • Kumari ISSUR
  • Bruno JEAN-FRANÇOIS
  • Evelyn KEE MEW
  • Françoise LIONNET
  • Anjanita MAHADOO
  • Julie PEGHINI
  • Namrata PODDAR
  • Srilata RAVI
  • Adelaide RUSSO
  • Thomas C. SPEAR

Lectures / présence d'auteurs

  • Daniella BASTIEN
  • Richard BEAUGENDRE
  • Rishy BUKOREE
  • Michel DUCASSE
  • Alex JACQUIN-NG
  • Yusuf KADEL
  • Édouard J. MAUNICK
  • Shenaz PATEL
  • Barlen PYAMOOTOO
  • Vinod RUGHOONUNDUN
  • Carl de SOUZA
  • Umar TIMOL
  • Dev VIRAHSAWMY

cinéaste

  • Harrikrisna ANENDEN

diseurs

  • Anon PYNEEANDEE
  • Rajoo RAMANA

 

The Centre for Mauritian Studies

  • Abhimanyu ANNUTH
  • Sedley ASSONNE
  • Mala CHUMMUN-RAMYEAD
  • Lindsay COLLEN
  • Amenah JAHANGEER-CHOJOO

autres participants

  • Yves CHAN KAM LON
  • Belinda RAMNAUTH
  • Jean-Yves VIOLETTE
Partager cet article
Repost0
24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 08:49






merci aux cyclones Jade, Eric et Gaël !
Partager cet article
Repost0
24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 07:54

source : liste Sémantique des textes

http://www.revue-texto.net/
http://listes.cru.fr/sympa/info/sdt

COMMENT ÉCRIRE UN BON LIVRE À L'UNIVERSITÉ
Jies J. Sterne

        Comment écrire un bon livre à l'université
    Exposition des vrais principes qui norment la production
    universitaire en France, à destination des plus jeunes afin
    qu'ils apprennent à se diriger en cette science et des moins
    jeunes afin qu'ils les conservent en leur esprit


            Axiomes
I. Moins je suis compris, plus je suis intelligent.
Cela est évident par soi.
II. L'influence est le critère de la valeur intellectuelle.
Cela est encore évident par soi : de fait, nous sommes intelligents et
un amas de gens intelligents est plus intelligent qu'un seul
intelligent.


            Première Partie
        De ce que nous ne devons pas dire ce
        que nous pensons (comment être admis)

PROPOSITION I - Ne jamais critiquer un ponte tant qu'il est vivant.
Scolie : On risquerait sinon de ne plus faire partie des gens
intelligents.

PROPOSITION II - User du vocabulaire de la secte, et envoyer des fleurs
  à ses collègues. Rédiger des hommages.
Démonstration : Cela est évident à partir du scolie de la proposition I.
Scolie : Parmi les gens qui pensent, envoyer des fleurs se dit aussi
  "citer". Il faut veiller à citer tous les gens intelligents de votre
  domaine.

PROPOSITION III - Entre spécialistes, la répétition est de rigueur. On
  n'hésitera donc pas à parler de ce dont tout le monde a déjà parlé.
Démonstration : Cela est évident à partir de la prop. II. L'importance
  d'un domaine du savoir se mesurant au poids et au volume des
  publications, on veillera ainsi à agrandir l'importance de son
  domaine. On sera alors bien accueilli.

PROPOSITION IV - Procéder par allusions (notre savoir est de
  connivence).
Scolie : Cela va de soi à partir de ce qui précède. Respecter les
  prop. I à III, c'est en effet avoir l'assurance d'être admis et
  accepté par ses pairs. Une fois entre soi, il est inutile voire
  nuisible que quiconque venu du monde extérieur s'immisce là où à
  l'évidence il ne devrait pas (d'abord se trouver une niche. Il s'agit
  ensuite d'y rester et de la défendre, puis de l'agrandir).

Fin de la première partie

            Deuxième partie
        Ne pas penser (comment monter)

PROPOSITION I - Fausse nouveauté (la mode, ou, comme cela se dit aussi
  parfois dans un langage plus soutenu, la "modernité") : avec un peu
  d'art, on pourra fort bien reprendre sous une forme différente ce qui
  a été dit ailleurs.
Scolie : On peut ainsi rejouer l'histoire de la métaphysique à
  l'infini. On nomme "avant-garde" ceux qui parviennent à faire de
  grands bonds en avant tout en restant sur place. On pourra ainsi en
  proclamant opérer des ruptures radicales, recycler la tradition (le
  cloisonnement des écoles peut faciliter la reprise sous une forme
  différente de ce qui a été dit ailleurs). On peut appeler
  "déconstruction" l'acte qui consiste à ne pas détruire sans
  construire non plus, et "post-modernisme" l'art du recyclage des
  cadavres (mais on peut aussi leur trouver d'autres noms). Concilier
  la prétention à la rupture et le respect du passé peut prendre la
  forme de "retours" : il sera bon par exemple d'expliquer que la
  biologie contemporaine est aristotélicienne. "Je suis tout neuf, donc
  je suis tout nouveau, ce qui ne m'empêche pas de m'inscrire dans une
  longue tradition".
Corollaire I : Si on applique ce qui précède, on sera parvenu à être
  d'une originalité attendue (la "distinction"). On sera ainsi certifié
  conforme et on obtiendra les premières places partout.
Corollaire II : Par contre, il s'agit de faire attention : quand on a
  réinventé l'eau tiède, bien dire que les autres ne l'ont pas fait.
  Mais sur ces choses (les moyens de faire la guerre), plus tard.

PROPOSITION II - Capital : lorsqu'on écrit sur un auteur, ne pas
  distinguer ses écrits propres d'avec les siens (paraphrase pieuse).
Scolie : On aura ainsi respecté toutes les propositions qui précèdent.
  Cela permet à la fois de s'auréoler de la gloire de Leibniz ou de
  Kant, et de se rétracter si on a repris à son compte une énormité de
  l'auteur.

PROPOSITION III - Le positif (l'exactitude des faits) n'a pas
  d'importance ; il est bon néanmoins, sans que ceci soit
  contradictoire avec cela, de se parer de l'aura de scientificité et
  donc d'autorité que les références aux sciences positives, à
  l'histoire ou autres peuvent apporter.
Démonstration : Au niveau de hauteur où la pensée doit se situer, le
 contact avec ce qu'on nommera l'empirie n'est pas digne de nous (d'une
  manière générale, nous sommes trop dignes pour être curieux). Le
  philosophe en particulier, fonde toutes les autres sciences. Il n'a
  donc pas besoin de les connaître.
Scolie : En histoire des sciences, l'exactitude étant une notion
  dépassée, on pourra consacrer plus de temps aux thèses réfutées
  qu'aux thèses plus fécondes.

PROPOSITION IV - D'une manière générale, la brutalité et la souffrance
  humaine ne sont pas des objets dignes d'être pensés.
Démonstration : Cela est évident à partir de la considération de notre
  dignité.

PROPOSITION V - Il convient de choisir un sujet suffisamment neutre
  pour ne gêner personne.
Démonstration : Cela est évident à partir de la prop. I partie I et de
  son scolie.
Scolie : Fort heureusement, être plat et lisse dans ses écrits
  n'empêche pas de ne pas l'être dans ses actions. On pourra ainsi
  valoriser la voie moyenne tout en réintroduisant les fascistes dans
  l'université. Mais il faudra alors attendre d'être installé.

PROPOSITION VI  - Évacuer ce qui devrait poser problème. Faire passer
  les échecs de son auteur pour des victoires ; lisser sa biographie,
  en particulier s'il a participé à un massacre ou s'il l'a justifié (a
  fortiori, ne pas dire que l'on s'intéresse à cet auteur à cause de
  cette dimension de son "oeuvre").
Démonstration : On a vu en effet que les hommes de lettres doivent
  garantir la propreté et le bon ton (ce qu'on nomme "subtilité" et
  "finesse"). Il faut néanmoins acquérir un art de la dénégation
  absolument consommé pour parvenir à nier certaines évidences. Être
  sans cesse lénifiant et neutre n'est de fait pas accessible à
  n'importe qui et en permanence, mais aux plus grands maîtres en notre
  art.
Scolie : On pourra commencer par le dépolitiser en affirmant que sa
  pensée n'a rien à voir avec son action. Une fois qu'on l'aura ainsi
  désincarnée, on pourra par contre affirmer que cette pensée a la clé
  du monde contemporain (Heidegger, Tocqueville, etc.).

PROPOSITION VII - Mon auteur et ma chapelle ont toutes les réponses.
Démonstration : Cela se déduit très bien des propositions I à III,
  partie I.

PROPOSITION VIII - Les réponses apportées ne font pas surgir de
  nouveaux problèmes.
Démonstration : Voir la démonstration de la proposition VII.

PROPOSITION IX - Ne pas dire quand on ne sait pas (il y a assurément
  une conception du savoir comme totalité bornée et autosatisfaite.
  Elle se montre, c'est la Mystique).
Démonstration I : Cela est encore une fois évident à partir des
  propositions I à III, partie I.
Démonstration II : Cela est aussi évident à partir de la définition de
  la nature humaine. Si l'homme en effet désire naturellement savoir et
  que notre profession et notre justification est de savoir, nous
  serons vénérés et aurons satisfait nos besoins et ceux de notre
  public en lui fournissant des réponses. CQFD.

PROPOSITION X - Ne jamais revenir sur ce que l'on sait.
Démonstration : On a vu dans ce qui précède que nous avons déjà toutes
  les réponses. Il serait donc grotesque d'y revenir.
Scolie : Que nous sachions déjà tout explique que certains avancent que
  rien n'a été fait depuis Aristote, et que c'est très bien comme ça.
  Qui plus est, les livres et la tradition sont un capital (et pas
  seulement symbolique...). Tout est donc bon dans la boutique. Quand
  on a lu un pavé de 800 pages, ne jamais dire qu'il était franchement
  sans intérêt (c'est déjà suffisamment dur pour soi).

PROPOSITION XI - Dans la mesure où les questions des autres disciplines
  trouvent leurs réponses dans la sienne, veiller à bien dépasser les
  limites de son propre savoir.
Démonstration : Cela est évident à partir de ce qui précède.
Scolie : On peut notamment jouer sur la double compétence et utiliser
  les sciences pour impressionner les philosophes, ou la philosophie
  pour impressionner les scientifiques (M. Serres).

J'en ai fini avec ce que je m'étais proposé de faire dans cette
deuxième partie, où je pense avoir expliqué assez longuement et autant
que le permet la difficulté de la chose, comment ne pas penser, et
avoir livré des choses telles qu'on en peut conclure bien des choses
remarquables, extrêmement utiles à connaître, comme on l'a établi et
l'établira encore. Mais il faut maintenant examiner l'attitude à
adopter quand on a atteint un certain niveau.

[...à suivre...]

Biographie de l'auteur :
            Jies J. Sterne
Né le 20 avril 1972 à Austin (Texas, USA). Dans les années 90,
Jies J. Sterne est venu faire ses études de philosophie à Paris, où il
a notamment rédigé une thèse en Sorbonne sur "Dieu et l'âme chez
Husserl et Heidegger : des précurseurs scolastiques aux sciences
contemporaines de l'esprit". Jugeant trop lent le train des réformes en
France, il est rentré aux Etats-Unis en 2001 et y a dirigé un centre
d'applications des études cognitives sur la manipulation des bovins et
la rationalisation des prisons. Il est néanmoins revenu il y a peu sous
nos latitudes pour apporter un peu d'air frais à la recherche
française, dont il a aidé à repenser l'ouverture ; d'aucuns disent
même que par sa conceptualisation néo-rhizomique du "retour de la
répétition" il nous aide à penser l'Ouvert-à-ce-qui-vient, et le
Encore-plus-du-toujours-déjà-là.
Président d'honneur de l'ADRDFD (Amicale Dallas-Riyad pour les Droits
des Femmes et la Démocratie) ;
Trésorier de l'ARCPE (Association Rénovante pour une Culture
Philosophique d'Entreprise)

Partager cet article
Repost0
24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 05:44











champs de canne au-dessus de Trois-bassins lundi 22 juin
Partager cet article
Repost0