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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 18:09

 

accordéon la bouche = harmonica

allumer = aguicher ; ti fill la i allume mé i étin pa

amusoir = sexe de l'homme

anciennement = autrefois

anin = frère aîné ; aka = soeur aînée

argent braguette = les allocations familiales

assise = s'asseoir ; assise a zot ! = asseyez-vous

avale maïs en grains = avoir des relations sexuelles (pour une femme)

avaleuse l'hostie = grenouille de bénitier

avoir cassé l'armoire = être bien habillé

baguettes jazz = jambes maigres

baise un patt cochon = poser un lapin

bas = chaussettes

bâtard = métis

batt la main = applaudir

batt su son lestoma = se réjouir

bifteck terre-neuve = morue

boug la lé com carapate dans fess tortu = il est collant

caf bleu = très noir

caf na set po = très résistant, on peut l'employer à tout

caloubadia dan tente couverte = marché noir

cancrela la march avec béquilles dan soutien-gorge son momon = quelqu'un de très laid

cass ti boi = dire du mal de quelqu'un

causeman la bouch i pu = paroles injurieuses

chapo plastique =préservatif

chavire le grain d'papaye = atteindre le 7è ciel

dehors = importé

dent la chaux = dent décalcifiée, friable

dentel = frimeur ; boug la lé un dentel

déporté = exilé

devineur = sorcier, devin

dix = disque

docteur marron = guérisseur

dominos lestoma = muscles abdominaux

donneur d'cul = traître, vendu

dor su cric = pour un homme, s'endormir en érection sans que le désir ait été assouvi

dragées cabri = crottes des chèvres

encens = baie rose

faire domino = le jeu de l'amour à deux couleurs, un noi avec une blanche, un blanc avec une noi

faire l'entracte = faire des manières, faire traîner les choses

gagne la couleur = être né blanc

mett out cuiller sale dan cari lé zot = se mêler des affaires des autres

moin lé creu = j'ai envie de faire l'amour

mon blanc = monsieur

na 2 coeurs = il hésite

passer la douane = avoir des douleurs anales après avoir absorbé des plats pimentés

s'emmancher = se mettre avec quelqu'un

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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 01:48


Mon amie Rosario aime les roses et m'envoie un poème que tous les enfants d'Amérique Latine apprennent.  Il est de José Marti, un "américaniste", poète et philosophe, qui a organisé la guerre d'indépendance de Cuba. 


Cultivo una rosa blanca

Cultivo una rosa blanca
En julio como en enero
Para el amigo sincero
Que me da su mano franca

Y para el cruel que me arranca
El corazón con que vivo
Cardo ni ortiga cultivo
cultivo una rosa blanca

 

A propos de ce qu'écrit Harold Bloom sur JMG Le Clézio et que relaie Pierre Assouline le 21 avril dans son blog (après avoir affirmé il y a quelques semaines que Le Clézio n'est pas un écrivain voyageur !), elle me donne des infos très intéressantes :

http://passouline.blog.lemonde.fr/

Le Clézio au Mexique a fait naître un affrontement de deux champs : celui des écrivains qui se trouvent dans des institutions solides (notamment Jean Meyer, d'origine française, ami de LC dans le Colegio de Mexico, la plus haute institution dans son genre et qui a offert une place à LC pendant plusieurs années ; Meyer est du groupe qui formait aussi Octavio Paz et ses amis)  contre celui qui se considère de gauche où se trouvent, à part quelques bonnes plumes, une cour de contestataires peu sérieux prêts à tout pour discréditer ce qui vient du groupe adverse.  Les arguments faciles, les adjectifs non justifiés, et d'autres choses finissent par tout rejeter au nom d'un nationalisme offensé du plus bas niveau. C'est dommage que nos écrivains et intellectuels qui se placent eux-mêmes à gauche se permettent un manque de rigueur et de qualité qu'ils veulent justifier avec une idéologie. C'est vrai aussi qu'une partie de ceux de "droite" viennent des familles en meilleure situation socio-économique et cela, au Mexique, leur donne des opportunités de formation infiniment meilleures.  Injustices du tiers monde?  Oui. 

Enfin, dommage, très dommage pour Le Clézio.  Je crois que les intentions de LC ont été extrêmement généreuses envers notre pays, son regard plein de compassion pour ses souffrances et d'admiration pour ses trésors humains.  Je pense aussi que l'intensité des écrits dits mexicains de LC est sans égale dans toute son oeuvre. Rien que d'avoir consacré douze ans entiers de sa vie à sa connaissance approfondie où il a vécu dans des conditions pas chics du tout (alors que la plus haute bourgoisie l'aurait accueilli les bras ouverts) comporte du mérite et pourrait provoquer, au delà de la critique positive ou négative de son oeuvre, un geste de gratitude. C'est triste que les passions d'intellos déclenchent ce tourbillon de bêtise.

Dans un dernier roman avec un thème et une géographie mexicains, LC fait le portrait des intellectuels mexicains comme des individus pleins d'arrogance, obsédés par leurs petits privilèges économiques, leurs échelons académiques ou intellectuels, absolument à l'écart de la souffrance et de l'injustice que vivent le peuple, le peuple qui meurt dans la misère la plus extrême et, évidemment, la population indienne.  Cette insouciance est décrite avec une forte réprobation morale: ils font d'une pauvre indienne le sujet de leurs moqueries et jeux sans le moindre respect de sa dignité humaine. Sa critique est très dure mais, moi qui ai bien connu tout ce monde, ne peux qu'y souscrire.  LC donne même le nom d'un capo des intellectuels de gauche à un personnage qu'il ridiculise par une énorme vanité, qui le rend même aveugle et sourd à ce qui se passe dans le reste de l'Amérique Latine. Ce personnage conclut une scène en disant quelque chose comme :  « nous, les mexicains, en matière de révolution sommes à des années lumière devant tout ce que les autres "petits révolutionnaires" latinoaméricains ont fait.  (le roman Ourania a été traduit en Argentine en 2007.  Il est fort probable qu'il soit lu au Mexique et que cela ait échauffé encore plus les esprits. ).

Merci Rosario !

roses du cirque de Mafate

 

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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 19:27

stèle inaugurée à St-Paul le 8 décembre 2005 pour commémorer l'origine du métissage avec la route de l'esclavage entre Fort-Dauphin et Saint-Paul

Madagascar : une manifestation en faveur de l'ancien président réprimée
LEMONDE.FR avec AFP | 20.04.09
Un partisan du président évincé de Madagascar, Marc Ravalomanana, a été tué, lundi 20 avril à Antananarivo, et au moins treize autres blessés, dont cinq grièvement, à l'issue d'une manifestation violemment réprimée par les forces de l'ordre.
Le cadavre du manifestant tué a été déposé à la morgue du principal hôpital de la ville, où une autopsie doit être pratiquée pour déterminer si la victime, touchée à la tête, a été tuée par une balle ou un éclat métallique. A l'extérieur du service des urgences, une liste de douze blessés était affichée.
AFFRONTEMENTS
Plusieurs milliers de manifestants pro-Ravalomanana s'étaient à nouveau rassemblés "place de la Démocratie", lundi en milieu de journée , un parc du centre de la capitale malgache où ils réclament quasi quotidiennement le retour au pouvoir de M. Ravalomanana. Le cortège s'est ensuite déplacé vers la Haute Cour constitutionnelle, puis vers le tribunal de grande instance.
Les forces de l'ordre sont alors intervenues pour disperser les manifestants à coups de grenades lacrymogènes et assourdissantes. Des affrontements, qui se poursuivaient en début de soirée, ont ensuite opposé pendant plusieurs heures les forces de l'ordre à des groupes de manifestants mobiles qui leur lançaient des cailloux, dans le quartier du lac Anosy, regroupant de nombreux ministères.
Lâché par l'armée et confronté à la pire crise qu'il ait connue depuis son arrivée à la tête du pays en 2002, M. Ravalomanana avait remis ses pouvoirs à un directoire militaire le 17 mars. Ce directoire les avait immédiatement transférés à Andry Rajoelina, alors chef de l'opposition, et désormais à la tête d'une Haute Autorité de transition.

AFP : Violente repression militaire
16H45 : Violente repression militaire : Un manifestant légaliste tué par l'armée et au moins 13 blessés, Vos avis
AFP / Un partisan du président évincé de Madagascar Marc Ravalomanana a été tué lundi et au moins 13 autres blessés, dont cinq grièvement, à l'issue d'une manifestation violemment réprimée par les forces de l'ordre à Antananarivo, a constaté un journaliste de l'AFP. Le cadavre d'un manifestant était entreposé lundi après-midi dans la morgue du principal hôpital de la ville, HJRA, a constaté un journaliste de l'AFP.
Interrogé par l'AFP, un médecin urgentiste de l'hôpital, Lary Tiana Rabary, a indiqué que l'autopsie déterminerait si la victime, touchée à la tête, a été tuée par une balle ou un éclat métallique. A l'extérieur du service des urgences, une liste de 12 blessés était affichée, dont cinq en réanimation et deux en neurologie. Plusieurs sources hospitalières ont précisé à l'AFP que 13 blessés, dont une grande majorité par balle, avaient été admis à l'hôpital. Les forces de l'ordre ont dispersé à plusieurs reprises lundi après-midi des groupes de partisans de M. Ravalomanana, à coups de grenades lacrymogènes et de tirs de sommation. Plusieurs milliers de manifestants pro-Ravalomanana s'étaient une nouvelle fois rassemblés lundi midi "Place de la démocratie", un parc du centre de la capitale malgache où ils réclament quasi-quotidiennement le retour de M. Ravalomanana au pouvoir.
Le cortège s'est ensuite déplacé vers la Haute cour constitutionnelle où une délégation a demandé à l'institution des "explications sur la mise en place de la Haute autorité de transition" au regard de la Constitution. Les partisans de M. Ravalomanana se sont ensuite dirigés vers le tribunal de grande instance, qui était fermé, pour y déposer une lettre au procureur de la République protestant contre la saisie, dimanche soir par des militaires, d'équipements de transmission de Radio Mada, Radio Fahazavana et Télé Mada, trois médias proche de l'ex-président. Les forces de l'ordre sont alors intervenues pour disperser les manifestants à coups de grenades lacrymogènes et assourdissantes.
Des affrontements, qui se poursuivaient lundi à 17H30 (14H30 GMT), ont ensuite opposé pendant plusieurs heures les forces de l'ordre à des groupes de manifestants mobiles qui leur lançaient des cailloux, dans le quartier du lac Anosy, regroupant de nombreux ministères.

 

Une manifestation en faveur de Marc Ravalomanana, l'ancien président malgache, le 15 avril (photo AFP)

 

FIL SOBIKA à 20h heure malgache
Selon des sources concordantes, l'homme tué par balle à Anosy serait un policier en civile. Le nombre de blessés recensé est de 17
by mpilaza vaovao @ 20 Apr 2009 07:20 pm
20:00 - Des riverains du quartier de Betongolo nous signalent des coups de feu continus depuis 30 minutes, émanant de la base militaire du Génie

19H35 : Après vérification, le cercle franco-malgache a été incendié, le restaurant Roots et à la devanture du sénat un pneu a été brûlé
18H45 : Lors du meeting d'ambohijatovo, Marc Ravalomanana a réaffirmé qu'il serait de retour d'ici quelques semaines à Madagascar.
18H40 : Radio Fahazavana annonce deux morts dont un enfant.
17H10 : Une majorité des blessés sont des blessés par balles. 5 sont en réanimation.
17H00 : Après plusieurs heures d'affrontements entre les forces de l'ordres et les légalistes, les forces de l'ordres ont capitulé et battu en retraite. Les legalistes ont pu déposer la plainte contre la fermeture de la radio mada au tribunal anosy
16H45 : Cet après midi Anosy : des étudiants universitaires ont fait un barrage à coté du sénat. Une voiture militaire a été brulée anosy
16H45 : 1 mort et 13 blessés parmis les manifestants pro légalistes dans des affrontements avec l'armée..
15H00 : Coups de feu a Anosy
14H55 : Les leaders ont prévu une marche pacifique. Raharinaivo Randrianatoandro a pris la parole en étalant la philosophie de la marche et les lieux prévus pour être visité sont la HCC et le tribunal Anosy, par la suite à Ambohijatovo. Les députés sont prévus pour être en tête de file
13H30 : Le meeting prend cours comme toute les semaines, le lycée Jules Ferry et les universitaires ont reçu un accueil triomphal ce jour à Ambohijatovo.
13H25 : Monja Roindefo présentera le dossier Madagascar demain à l'Union européenne, le dossier sera traité à Bruxelles mercredi
13H20 : La RNM-TVM sera rétabli dans 8 jours, une nouvelle chaîne s'ajoute à cette liste, la Green TV
13H15 : Monja Roindefo sera "à l'écoute des militants d'Ambohijatovo" à partir de cette semaine
13H10 : Les chefs fokontany membres du FIFAR 192 se sont convenus de bloquer l'administration des fokontany
12H10 : Le Collectif Malgache pour la Légalité (CML) ou Gasy Manohana ny Ara-dalàna (GMA), regroupant les légalistes de Strasbourg et environ a rencontré Catherine Trautmann (Député Européen) .
12H05 : Pendant son Discours à Tamatave, la HAT assure une baisse de frais de taxi brousse entre Tamatave et les villes de la région + Formation professionnelle aux jeunes,et sans diplômes. LA hat a octroyé une enveloppe de 1 milliard pour la ville.
12H00 : A Tamatave, des banderolles pour exprimer l'amnisitie de tous les éxilés au lieu de la grace présidentielle.
01H00 : Jets de cocktail molotov au domicile du maire d'Ivato firaisana Yves Rasoloarisata.
01H00 : Radio Fahazavana et Radio mada, provravalomanana, ont été privés de leurs emetteurs par les militaires hier
01H00 : Rappel évènement du week end : Les forces de l'ordre sont entrés dans la Carlton samedi ou se tenaient une réunion légaliste. Ils ont demandé la liste des clients
01H00 : 8 chefs de régions ont été nommés. Les 14 suivants devraient suivre cette semaine
17/04 : 23 nomination: Le gouvernement complet de la HAT

Pendant que les pro ravalomanana contestent la légalité de la HAT, cette dernière montre qu'à défaut d'une légalité reconnue de tous, elle détient l'exercice du pouvoir. Hier, elle a réquisitionné via ses militaires a titrés, les émetteurs de Radio Mada et Radio Fahazavana, des radios pro Ravalomanana. Les légalistes sont donc privés de moyens de communication de masse. Il est curieux de voir de voir que la HAT utilise les mêmes méthodes que celles qu'elles contestaient !
Après la non venue de Marc Ravalomanana ce week end , c'est un second coup dur pour ces derniers. De plus, des membres de la société civile ont déja affirmé qu'ils ne participeraient pas à un éventuel gouvernement d'ouverture souhaité par Marc Ravalomanana. Le problème pour les pro ravalomanana est de montrer qu'ils sont une force de contre proposition plutot qu'une force de contestation mais la marge de manoeuvre est très limitée.
Les partisans s'en remettent à une très hypothétique intervention étrangère. De son coté, la HAT installe ses hommes aux postes clefs des chefs de région et d'ici le 26 juin, certaines s ambassades devraient aussi changer de staff. La stratégie de la HAT est simple : être reconnue comme l'institution qui exerce la gestion du pays "de facto" comme le dit la Banque Mondiale.
Il faut rappeller que la HAT n'est prévue que pour 19 mois, elle n'a donc pas forcément besoin d'une reconnaissance internationale dans l'immédiat, d'ailleurs elle n'en fait pas un objectif. De plus, les institutions internationales ne voudront pas être coupables de couper les crédits et donc d'appauvrir encore plus le pays.
A un moment ou un autre, ils se retrouveront autour d'une table et finiront pas lacher du lest au moins pour la période de transition.

 

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 07:53
j'ai déjà parlé du ronm arrangé (6 septembre 2008) mais j'ai pu constater l'extrême variété des recettes depuis : ruhm goyave à la Caverne Dufour (Piton des neiges), rhum géranium au Dimitile, rhum Faham à la Nouvelle (Marie-Hélène Bègue) etc les grecs ont l'Ouzo, les alsaciens le schnapps, les bretons le cid, les marseillais le pastis de contrebande, les martiniquais le Saint-James et les rényonés le Charrette arrangé.


Les 400 routes du rhum de Monsieur Lauret
CLICANOO.COM | Publié le 19 avril 2009
A la Réunion, le rhum arrangé, c'est une histoire de famille et chaque Réunionnais garde pour soi ses précieuses recettes. L'un d'entre eux est toutefois allé plus loin que tout le monde en fabriquant 400 rhums arrangés, tous différents. Visite d'un restaurant pas comme les autres
 
Son nom aurait pu en faire le parfait PMU du coin, un repaire d'amoureux de la boisson, un abri où enchaîner verre d'alcool sur verre d'alcool sans s'interroger sur la qualité du liquide ingurgité. Le restaurant Saint-Bernard, à la Montagne, n'est rien de tout ça. Il dispose pourtant de certaines prédispositions pour réchauffer le cœur de sa clientèle. Chaque jour, il sert jusqu'à 70 personnes. Dans leur assiette, d'excellentes spécialités créoles et dans leur verre...le meilleur du rhum arrangé péi. Plusieurs dizaines de bocaux sont exposés derrière le comptoir. "Au total, j'en ai 400 variétés différentes. Il y en a même dans l'arrière-boutique", s''empresse de préciser Philippe Lauret. Cet ancien maître d'hôtel a installé son restaurant dans l'ancienne léproserie à la fin des années 80. Son idée de départ continue de faire les beaux jours de sa petite entreprise. "Je proposais déjà des rhums arrangés aux clients de l'hôtel. Les touristes ont tout de suite accroché. J'ai compris que ce qu'ils aiment, ce sont les produits typiques. Je me suis donc lancé dans cette aventure."
Un rhum vieux comme du whisky
Ses premiers rhums sont des classiques du genre. Aux fruits, aux plantes... Rien de très original mais de quoi perfectionner son savoir-faire. Il s'améliore à l'ouverture du restaurant et crée ou reprend une cinquantaine de spécialités. "J'ai commencé par le rhum la paille qui est un mélange de romarin, de cannelle... enfin, un mélange de tout. J'ai enchaîné avec des spécialités aux fruits et ensuite c'est parti tout seul". Philippe Lauret se prend donc au jeu du rhum arrangé en multipliant les recettes, quitte à sortir des sentiers battus. Sur ses étals, on trouve aussi bien un rhum coco banane, un rhum tamarin, citron ou cannelle qu'un très rare rhum mambolo. "C'est fait avec un fruit en voie de disparition, explique, fier de lui, Philippe Lauret. Il y a un arbre à Saint-Denis mais les gens ne le connaissent pas. Sinon, il n'y aurait déjà plus de fruits !" Sur une autre étagère, une orange criblée de graines pend au-dessus du rhum. Plusieurs bocaux hébergent ce curieux mélange : "C'est du rhum 44 : une orange piquée avec des graines de café. En se condensant, le rhum fait transpirer l'orange dont le jus se mélange à l'arôme du café et tombe en goutte à goutte dans l'alcool . Cela donne un rhum très aromatisé et légèrement sucré. Sur ce même principe, j'en ai fait à l'orange piment, à l'orange cannelle, à l'orange anis étoilé...Il y en a un paquet à faire. Je peux en fabriquer pour remplir deux ou trois étagères." Lister tous les rhums du Saint-Bernard est une mission presque impossible. En plus des classiques, on y trouve un curieux rhum camaron "dont l'odeur est forte, il sent la mer et les crustacés", un autre au pamplemousse rosé... Dans sa propre cave, le patron du Saint-Bernard héberge une perle. Un rhum goyavier vieux de... 14 ans. "J'ai changé les fruits et remis des nouveaux pendant six ans. Aujourd'hui, il ressemble à un cognac ou pire !"
Secrets de fabrication
Ce maître es-rhum arrangé est toutefois doté d'un sixième sens. Il teste ses créations uniquement à l'odorat. "Je ne goûte jamais mes rhums. Ce n'est pas en le buvant qu'on le trouve bon. C'est en le sentant. Si vous le buvez, c'est votre palais qui va vous donner le goût alors que tout est dans le parfum. Et puis, vous imaginez si je devais boire à chaque fois ! C'est pareil pour le punch. Je le fais au "pif". Je ne peux pas ajuster en fonction du goût." Au fil des années, Philippe Lauret a de toute façon appris à faire les bons gestes. Ses rhums arrangés suivent tous la même recette qui pourrait se faire sur le thème des "dix commandements". Parmi ceux-ci : "Pas de sucre ni de vanille tu n'ajouteras" ou bien "Macérer pendant un an au moins tu laisseras". "Il ne faut pas non plus hésiter à changer les fruits. Il faut le faire délicatement. Par exemple, pour le rhum banane, le fruit devient noir une fois qu'il a libéré tout son jus. A ce moment-là, il faut les remplacer". Dernière étape à respecter avant dégustation : le filtrage. Grâce à ça, Lauret peut présenter ses rhums sans aucune impureté et les exposer fièrement dans son restaurant. Ce petit secret de fabrication éveille les papilles de la clientèle qui ne se prive pas, en fin de repas, de goûter chacune des spécialités. De quoi prolonger jusqu'au dîner...
Jean-Philippe Lutton

 Une tradition parfois payante Le rhum arrangé fait parti des traditions touristiques locales. Restaurants et gîtes en font leur marque de fabrique et offrent volontier un petit verre à leur hôte à chaque fin de repas. mais certains ont flairé une source de revenus supplémentaires et n'hésitent plus à faire payer le verre à leurs clients. Un Réunionnais en a afait l'amère expérience lors d'une randonnée à Mafate. "Nous avions réservé une nuit dans un gîte à Roche-Plate. A la fin du repas, j'ai demandé à boire un petit verre de rhum arrangé puisque je sais que les gîtes ont l'habitude d'offrir la dégustation. Mais quand j'ai vu la note, j'ai bondi ! Le patron nous a facturé le verre 2 ou 3 euros en nous expliquant qu'il fallait bien compenser la hausse des prix."
 Faut-il sucrer le rhum ? C'est le grand débat qui agite chaque producteur de rhum arrangé. Faut-il sucrer le précieux mélange ? A chacun sa réponse. Philippe Lauret, du restaurant Saint-Bernard, adopte la ligne dure des puristes et refuse d'ajouter quoi que ce soit à son rhum. Ni sucre, ni miel et encore moins de vanille. Pourtant, de nombreux réunionnais adoucissent leur rhum avec ces artifices. Y compris les petits commerçants habitués à servir un "ti'rhum" à leurs clients assoiffés. Alors, sucre ou pas sucre ? Le débat devrait agiter encore longtemps les amateurs de cette spécialité. Une méthode fait toutefois l'unanimité contre elle. Il s'agit de booster la macération des fruits en ajoutant du sirop aromatisé. La recette fait les beaux jours de plusieurs restaurants dont les besoins en rhums arrangés sont très importants.
Bientôt, un musée du rhum arrangé ?
Fou il était, fou il restera. Traité d'illuminé lorsqu'il décida d'ouvrir son restaurant dans l'ancienne léproserie, Philippe Lauret envisage d'ouvrir le premier musée du rhum arrangé de la Réunion. "Nous avons déjà certaines autorisations. La mairie n'a plus qu'à donner son accord pour la surface d'extension du restaurant. Nous avons un projet d'agrandissement qui nous permettrait de monter à 80 couverts. Pour ça, on souhaite mettre une partie du restaurant dehors. A la place, j'espère créer un musée du rhum arrangé. J'aimerai pouvoir exposer 800 recettes, toutes différentes." Philippe Lauret a les moyens de ses ambitions. En plus de son savoir faire, il a déjà écrit des livres sur cette spécialité. De quoi agrémenter un musée qui saurait faire grimper les Réunionnais comme les touristes dans ce superbe coin de Saint-Bernard et de l'ancienne léproserie.
 

 

Jules Bénard, l'homme aux 99 recettes

CLICANOO.COM | Publié le 19 avril 2009

S'il est un connaisseur de la vie en général et du rhum en particulier, c'est bien Jules Bénard. L'homme multifacettes (enseignant à Madagascar et Mafate, journaliste, historien, romancier, chargé de communication à la mairie de Saint-Pierre) s'est fendu il y a une dizaine d'années d'un petit livre qui compile "99 recettes" de "Punchs, rhums et cocktails de l'île de la Réunion". A l'époque, une demande du photographe et éditeur Noor Akhoun, un ouvrage chic et informé mais aussi et surtout l'occasion pour l'auteur de s'amuser à maintes reprises. Car Jules Bénard est allé pêcher quelques recettes de derrière les fourrés qui invitent autant à la dégustation qu'à la... gaudriole. Comme ce terrible "rhum camaron" que Jules Bénard nous décrit comme "le plus aphrodisiaque qui soit". A côté, ajoute-t-il doctement, "le Viagra est un aimable remède de bonne femme". Et après ce rhum-là, "il vaut mieux que vous ayez trois jours devant vous". Pour le réaliser, c'est simple : "Vous remplissez un verre de rhum et vous prenez un camaron de rivière vivant [crustacé], ce qui n'est plus facile à trouver de nos jours. Vous trempez le camaron dans le verre tête en bas. Il va dégager une sécrétion, qui va se mélanger au rhum. Vous ressortez le camaron, vous buvez... et vous ne tarderez pas à en ressentir les conséquences". Beaucoup plus romantique, le rhum préféré de Jules Bénard est une création d'un certain Lucien Aouchèche, "qui était venu à Miel Vert au milieu des années 80. Il avait remporté le titre de meilleur barman du monde et avait composé un rhum qui se résume facilement en termes de dosages : c'est 4+3+2+1, ce qui fait exactement 10 doses. Vous prenez donc quatre mesures de nectar de mangue et fruit de la passion, trois mesures de rhum charrette, deux mesures de Cointreau et une mesure de liqueur d'abricot". Le résultat est "si délicieux", selon Jules Bénard, qu'il lui a donné le prénom de sa fille, Mikala. Reste que Jules Bénard n'est pas un "intégriste" du rhum arrangé. Selon lui, "toutes les recettes sont permises, avec sucre, avec miel, avec rien du tout. Ou encore, avec un peu de citronnelle. Certains adorent".

D.C.

 

"Le rhum-charrette est une construction artificielle"

CLICANOO.COM | Publié le 19 avril 2009

Pour Jules Bénard, le rhum-charrette ne représente pas exactement la véritable histoire du rhum réunionnais. "C'est une construction artificielle, un mélange de plusieurs rhums dans le but d'obtenir une qualité constante et satisfaire ainsi l'exportation. Mais par le passé, chaque usine fabriquait son propre rhum, avec des goûts différents, des saveurs bien distinctes". Il raconte ainsi l'époque des "dépôts de rhum" qui se trouvaient dans toutes les villes de l'île. "Ces commerces, tenus par des fonctionnaires d'Etat, en l'occurrence du service des contributions, proposaient des rhums de toute l'île conditionnés en fûts. Vous arriviez avec vos bouteilles et vous demandiez trois litres de ceci ou un lire de celà". Sachant que les rhums étaient plus ou moins cotés, selon leur valeur gustative. Selon Jules Bénard, "le plus couru était le rhum de Grands-Bois, devant celui de la Rivière-du-Mât". En revanche, Jules Bénard reconnaît que le rhum du Gol, pourtant produit par son grand-oncle Léonus Bénard (également sénateur-maire de Saint-Louis) n'avait pas si bonne réputation. "C'est pourquoi l'essentiel de cette production était vieilli en fûts pour devenir l'un des meilleurs rhums vieux de la planète. Les meilleurs producteurs d'Armagnac de métropole ne tarissaient pas d'éloge sur ce rhum du Gol".

 

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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 17:45

 

Pour accompagner la photo de rose qu'Euphrasie a prise avant que ne tombent les premiers pétales (voir post du 9 mars « elle a dessus la place, Las ! las ses beautéz laissé cheoir »), je ne ferai pas appel cette fois à Ronsard. Vous aurez droit à quelques bouffées de rose, inaltérables, quelque part entre le rouge et l'ivoire.

 

D'abord, le célèbre poème de Du Bellay

 

Sur un chapelet de roses du Bembe

 

Tu m'as fait un chapeau de roses
Qui semblent tes deux lèvres closes,
Et de lis fraîchement cueillis
Qui semblent tes beaux doigts polis,
Les liant d'un fil d'or ensemble,
Qui à tes blonds cheveux ressemble.
Mais si, jeune, tu entendais
L'ouvrage qu'ont tissu tes doigts,
Tu ferais, peut être, plus sage
A prévoir, ton futur dommage.
Ces roses plus ne rougiront,
Et ces lis plus ne blanchiront
La fleur des ans, qui peu séjourne,
S'en fuit, et jamais ne retourne,
Et le fil te montre combien
La vie est un fragile bien.
Pourquoi donc m'es tu si rebelle ?
Mais pourquoi t'es tu si cruelle ?
Si tu n'as point pitié de moi,
Aie au moins pitié de toi.

 

La phrase bien connue de Malherbe dans sa Consolation à Monsieur du Périer sur la mort de sa fille : « Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l'espace d'un matin »

 

Le quatrième et avant-dernier sizain de Stances I 29 de Théophile de Viau

« La rose en rendant son odeur,
Le Soleil donnant son ardeur,
Diane et le char qui la traine,
Une Naïade deans l'eau,
Et les Grâces dans un tableau,
Font plus de bruits que ton haleine. »

 

 

Un madrigal de Habert de Cerisy dans La Guirlande Julie (1634)

Alors que je me vois si belle et si brillante
Dans ce teint dont l'éclat fait naître tant de voeux,
L'excès de ma beauté moi-même me tourmente ;
Je languis pour moi-même, et brûle de mes feux,
Et je crains qu'aujourd'hui la Rose ne finisse
Par ce qui fit jadis commencer le Narcisse.
et enfin le sonnet « La Belle Matineuse » de Vincent Voiture

Des portes du matin l'Amante de Céphale,
Ses roses épandait dans le milieu des airs,
Et jetait sur les cieux nouvellement ouverts
Ces traits d'or et d'azur qu'en naissant elle étale,

Quand la Nymphe divine, à mon repos fatale,
Apparut, et brilla de tant d'attraits divers,
Qu'il semblait qu'elle seule éclairait l'Univers
Et remplissait de feux la rive Orientale.

Le Soleil se hâtant pour la gloire des Cieux
Vint opposer sa flamme à l'éclat de ses yeux,
Et prit tous les rayons dont l'Olympe se dore.

L'Onde, la terre et l'air s'allumaient alentour
Mais auprès de Philis on le prit pour l'Aurore,
Et l'on crut que Philis était l'astre du jour.

 

Vers 1635, ce type de joute entre le lever du soleil et le rayonnement de la jeune femme aimée était monnaie courante. A chaque fois, le soleil avait perdu d'avance. Les familiers de la marquise de Rambouillet se disputèrent des mois durant pour savoir si c'était le sonnet de Voiture ou celui de Claude de Malleville ci-dessous qui l'emportait. Elle en avait de la chance la jeune Philis.

 

Le silence régnait sur la terre et sur l'onde,
L'air devenait serein et l'Olympe vermeil,
Et l'amoureux Zéphir affranchi du sommeil
Ressuscitait les fleurs d'une haleine féconde.

L'Aurore déployait l'or de sa tresse blonde
Et semait de rubis le chemin du Soleil ;
Enfin ce dieu venait au plus grand appareil
Qu'il soit jamais venu pour éclairer le monde,

Quand la jeune Philis au visage riant,
Sortant de son palais plus clair que l'Orient,
Fit voir une lumière et plus vive et plus belle.

Sacré flambeau du jour, n'en soyez point jaloux !
Vous parûtes alors aussi peu devant elle
Que les feux de la nuit avaient fait devant vous.

 

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 17:22
avril mois des poissons

photo : édouard boubat (ghana)

le joli mois de mai se rapproche, les examens aussi, les colles, les copies
bien besoin de vagues, de bains, de grands espaces
comme la houle reste forte, je préfère user des photos de Dom2, les miennes demain à l'Hermitage risquent d'être ratées




Mission difficile pour le Grenelle de la mer
LE MONDE | 13.04.09 |
Le Grenelle de la mer a débuté ses travaux. Près de 200 experts - représentants de l'Etat, des élus, des syndicats, des fédérations professionnelles et des écologistes - vont plancher pendant deux mois afin de formuler ce que pourrait être la future politique française de la mer. L'Hexagone détient le deuxième espace maritime au monde grâce à ses territoires d'outre-mer.

Une table ronde finale début juillet
Organisation. Les 200 experts sont issus de cinq collèges : Etat, élus, ONG, syndicats salariés et entreprises.
Groupes de travail. Au nombre de quatre, ils compteront chacun une cinquantaine de membres. Les thèmes sont : "La délicate rencontre entre la terre et la mer" ; "Entre menaces et potentiels, une mer fragile et promesse d'avenir" ; "Partager la passion de la mer" ; "Planète mer : inventer de nouvelles régulations".
Propositions retenues. Elles seront examinées début juillet lors de la table ronde finale, qui devrait se traduire par un accord.

Editorial du "Monde" Enjeux marins
Le ministre de l'écologie Jean-Louis Borloo a demandé aux participants d'être "ambitieux et innovants". Le processus suivra ensuite les autres étapes déjà initiées par le Grenelle de l'environnement : consultation en ligne des Français et organisation de réunions publiques en région. Une table ronde finale est prévue au début de l'été.
Mais, entre une corporation des pêcheurs en crise et des organisations non gouvernementales (ONG) qui appellent à "un véritable changement de cap", le dialogue ne sera pas facile. L'exercice risque aussi de buter rapidement sur un obstacle de taille : la politique de la pêche se décide au niveau européen, à Bruxelles. La navigatrice Isabelle Autissier qui, avec d'autres personnalités, tel l'écrivain Erik Orsenna, pilotera les débats, pressentait le 10 avril, au lendemain des premières réunions de travail, que "ce Grenelle serait peut-être plus compliqué".
Le Grenelle de l'environnement était largement passé à côté des enjeux que représentent les milieux marins. Les océans et les zones côtières fournissent plus de 60 % des services rendus à l'homme par l'ensemble des écosystèmes. Plus d'un milliard de personnes dépendent des ressources halieutiques pour leur alimentation en protéines animales. Et les océans assurent un quart du stockage des gaz à effet de serre.
Le Monde a demandé à quatre experts d'éclairer quelques-uns des enjeux majeurs de la négociation.

 

Philippe Cury, chercheur à l'Institut de recherche pour le développement (IRD)
Il faut enrayer l'effondrement des stocks de poissons. Les principales espèces consommées sont dans une situation critique en Méditerranée, et 80 % des stocks de la mer du Nord sont surexploités. Certes, le thon rouge est le symbole de cette surexploitation, mais la lotte, le grenadier, le mérou sont aussi menacés. On exploite partout, à n'importe quelle profondeur.
Il faut stopper cette course folle pour reconstituer les stocks et, pour cela, il faudra restreindre les prises. La pêche actuelle n'est viable ni écologiquement ni économiquement. Les subventions accordées depuis trente ans n'ont fait qu'aggraver les choses. J'espère que le Grenelle va permettre de renouer un dialogue aujourd'hui rompu entre pêcheurs, politiques et scientifiques, et que nous pourrons nous entendre pour tester de nouveaux modèles de pêche.

 

Sébastien Moncorps
Il est plus que nécessaire d'étendre les espaces protégés. La mer est la grande oubliée des politiques de protection de la nature. Les objectifs internationaux auxquels nous avons souscrit prévoient de placer d'ici à 2012 au moins 10 % des écosystèmes en aires marines protégées. Or, moins de 0,1 % des eaux marines françaises bénéficient d'un statut de protection, alors que la France, avec ses territoires d'outre-mer, a sous sa responsabilité 10 % des écosystèmes lagunaires et 20 % des atolls mondiaux.
La richesse des milieux marins est très liée à la qualité des massifs coralliens, qui sont un maillon essentiel de la chaîne écologique. Toutes les études confirment leur état de dégradation. Le Grenelle devra acter une politique ambitieuse de protection de ces milieux, qui sont de surcroît particulièrement sensibles au réchauffement climatique.
 
Jean-Claude Bonnafé
L'un des objectifs est de lutter contre la pollution et le mitage du littoral. Les côtes sont sous pression : urbanisation, développement d'activités en tout genre, mitage résidentiel et industriel. On a longtemps géré la mer et les espaces côtiers comme deux mondes séparés. Or les activités terrestres sont à l'origine de 80 % des pollutions en mer. Le Conservatoire du littoral s'est fixé pour objectif de racheter 220 000 hectares de rivages d'ici à 2050, afin de préserver ce "tiers sauvage" qui doit garantir la préservation de nos écosystèmes côtiers dans leur diversité.
Nous avons fait la moitié du chemin. Mais cela devient de plus en plus difficile de continuer. L'aménagement du littoral ne doit plus dépendre de logiques communales, mais être pensé à une échelle géographique plus large.
 
Julien Rochette
Le Grenelle doit être l'occasion de nous interroger sur notre politique extérieure et de redéfinir les règles du jeu international. On ne peut pas tenir un discours sur la pêche durable dans nos eaux territoriales et continuer à envoyer nos chalutiers piller les ressources des côtes africaines contre des compensations très insuffisantes pour les pays concernés.
Certes, cette problématique relève de choix européens, mais la France, compte tenu de l'étendue de son espace maritime, serait légitime à proposer une autre politique. La faiblesse des règles encadrant l'exploitation de la haute mer demeure un problème majeur. Les industriels s'y livrent à une véritable bataille pour s'approprier de nouvelles ressources génétiques. La négociation internationale sur ce sujet est bloquée, mais là encore, cela n'interdit pas à la France de se montrer plus active.
Laurence Caramel

 

 


17 avril 2009
L'éternel débat des quotas

C'est presque devenu une tradition, fin avril, les pêcheurs manifestent car ils ont épuisé leurs quotas de pêche. Ceux de la Côte d'Opale en ont assez de cette image qui leur colle à la peau. "On passe pour des gens qui ne savent pas gérer la ressource et qui la mettent en péril", explique Franck Ramet, patron d'un petit chalutier. Dans cette discussion sans fin entre pêcheurs, scientifiques et politiques, les premiers ne se sentent pas écoutés.
Difficile de savoir qui croire, entre les marins qui observent la ressource depuis des centaines d'années et les scientifiques qui tirent la sonnette d'alarme. Les chiffres toujours en baisse des quotas montrent en tous cas la pression qui s'exerce sur les pêcheurs. En quinze ans pour le cabillaud et pour la France, ils sont passés de 190 000 tonnes à 9 000 tonnes, explique Franck Ramet :
Bien sûr, il faut protéger la ressource. Les scientifiques font bien valoir que les stocks, si importants qu'il paraissent, dissimulent une grande faiblesse : pour le moment les individus sont très jeunes et ne peuvent pas renouveler le stock avant d'être pêchés.
Mais ne regarder que les quotas français cache un autre chiffre clé : celui du TAC, le total admissible de capture, qui lui est très élevé et peut en effet menacer la ressource : pour 2009 il est de plus de 500 000 tonnes en Europe. Sur ce total, le quota français apparaît bien léger aux pêcheurs. Les Norvégiens, hors Union européenne, se sont vus allouer 80% du TAC. "Dans ces conditions, nous permettre de pêcher un peu plus ne changerait pas grand chose au stock", font valoir les Français.
Antonin Sabot
http://crise.blog.lemonde.fr/2009/04/17/leternel-debat-des-quotas/

 

 

photo : françois collard


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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 17:50

ce matin à 6h

Tout le monde connaît les premières phrases de Jacques le Fataliste : Comment s'étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s'appelaient-ils ? Que vous importe ? D'où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l'on sait où l'on va ?
Ces questions demeurent et demeureront.
Pas pour ceux qui ont imaginé le honteux ministère de l'identité nationale bien sûr. Mais pour ceux qui voyagent et pour lesquels la terre n'est qu'un seul pays, on est bien obligé de revenir à cette fin du XVIIIè siècle qui a rédigé la Constitution américaine et la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen, qui a aussi inventé le romantisme et l'Histoire moderne de Michelet et les voyages transatlantiques pour tous. 

 

alors qu'aucun bateau ne passe jamais au sud de l'île (hormis quelques bateaux de plongeurs), le 6 avril, à 3kms de la côte, ce bateau fantôme glisse silencieusement vers l'est : d'où venait-il ? où allait-il ?

 

Qu'est-ce que l'identité (quand nous ne sommes faits que de différences) ? l'origine existe-t-elle ? y a-t-il un centre ?
Ces questions, on se les pose vraiment mieux dans l'Océan Indien.
Du moins, je constate que certains de mes amis se les posent :
la webmestre de Ardoise magique http://ardoise-magique.over-blog.com : voir son passionnant billet d'hier 12 avril
Laurent M qui travaille sur Jules Hermann
Rosario G qui étudie l'oeuvre J-M-G Le Clézio
Nicolas G (Passage des Lémures)
et tant d'autres
pour faire avancer le schimilimili, je copie-colle deux passages de Mémoires du Grand Océan de Jean-Michel Racault (PU Paris-Sorbonne 2007)

D'abord un passage sur la poésie d'Evariste Parny : "Nous ne vivons point où nous sommes"

Lacan n'a pas dit autre chose : je pense où je ne suis pas, je suis là où je ne pense pas.

 

 

 

puis une page synthétique où JM Racault formule un rapport doublement problématique : avec l'Europe des ancêtres et avec l'île excentrée.

 

Département de l'être, IUFM, Université de Saint-Denis

 

ce matin 6h30

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 14:54

eh oui, Grisou, que vous avez connu en convalescence,est devenu ce gros moumoute avec collier et clochettes. Mais il y a un mystère. Grisou enlève, remet et change souvent de collier... à suivre


et revoilà Tao le bonchien sympa, en compagnie d'une amie d'enfance : Zia
j'ignorais jusqu'à présent que Zia vivait avec Tao si bien que j'avais baptisé ce moumoute Noiro et je le voyais peu car Moumie Filipon et Grisou font bonne garde
Tao et Zia tirent bien sûr leur nom du dessin animé télévisé Les Mystérieuses cités d'Or des années 80

mais qui est ce bonchien pelé ?
c'est Carri, un bonchien qui se gratte tout le temps car il a la gale. Il est en pension pour 2 semaines chez Milie

ce Royal bourbon efflanqué, sale, malade, agressif, rencontré hier entre Piton St-Leu et L'étang St-Leu, fait partie hélas du quotidien sur les routes rényonnaises
Il introduit trop bien la nouvelle suivante, écrite par Euphrasie :


Les chiens

 

La nuit, mon compagnon ne réussit plus à dormir. A cause des chiens. Naguère ils aboyaient en chœur au moment où la nuit tombe puis nous laissaient en paix jusqu'à l'aube. Mais peu à peu ils se sont mis à hurler la nuit, à n'importe quelle heure : l'un commence, un autre répond, puis un autre encore, une meute prend le relais et c'en est fini du sommeil. Même la cire dans les oreilles ne parvient pas à rétablir un peu de silence. Moi, j'arrive à les oublier en me racontant des histoires, puis je plonge dans des rêves incohérents, interrompus, recousus, pleins de bruits et d'aboiements inquiétants. Au matin, les coqs font entendre leur chant, mais, depuis peu, ils ont commencé à se faire entendre aussi la nuit, un chant rauque et comme contrarié. Les coqs me rassurent un peu, même s'ils me réveillent, mais les chiens me font peur.

J'ai cessé depuis longtemps les promenades sur les chemins de campagne car les chiens poursuivent les piétons jusqu'à leur saisir les mollets pour y planter leurs canines. La sécurité, disent mes voisins, la sécurité. Sans chien, on ne serait pas en sécurité. Mais alors, fermez vos portails, attachez les bêtes ! Ils ne m'entendent pas.

Marcher n'est plus désormais un loisir hygiénique, c'est une nécessité, depuis qu'il y a des restrictions de carburant. Pour aller au village, j'emprunte la route cimentée avec mon sac à dos, et, au retour, j'évite la plage, à cause des meutes, de plus en plus nombreuses. Mon sac est rarement plein : le ravitaillement est limité aussi. Je ramène quelques boîtes de conserve, des pâtes, du riz, des ampoules et des piles, quand le bateau a pu accoster.

Dans ces conditions, inutile de préciser que notre moral est au gris. Comme l'atmosphère. La pluie accable souvent l'hémisphère austral depuis que la plate-forme Wilkins a fondu, et si vous imaginez le bleu du lagon et les palmiers s'agitant doucement au bord du rivage, imaginez aussi, sur la plage, des meutes de chiens errants, retournant les déchets, noix de coco, graines de filaos, débris de corail mort, cherchant quelque chose à manger. Certains sont maigres et malades, efflanqués, le poil à moitié arraché.

Les autorités régionales ont lancé plusieurs campagnes d'information : Gardez vos chiens à la maison. Ne les abandonnez pas, amenez-les dans les centres vétérinaires. Préférez l'euthanasie à l'abandon.

Mais les chiens sans maître continuent à proliférer, car les gens ne peuvent plus leur acheter de nourriture, surtout pour les gros chiens, ceux qui sont dressés pour la garde et l'attaque et qui ont un énorme appétit.

Les chiens abandonnés se regroupent en meutes, sous la direction d'un animal dominant, et, la nuit, ils hurlent à la lune. Officiellement, on fustige les maîtres irresponsables mais la police n'a pas encore constaté un flagrant délit d'abandon.

A cause de la crise, se nourrir risque de devenir un vrai problème, alors, les animaux ...

Tout le monde devient insomniaque et l'agressivité est palpable.

Des villageois s'organisent pour réclamer le ramassage des chiens et le rétablissement du sommeil. On manifeste sur les routes et sur les plages.

Une nuit, c'est une femme qui est défigurée par la morsure d'un dobermann. A la tombée du jour, deux dogues blessent gravement un jeune homme qui voulait les capturer. Une autre fois, un homme sort de chez lui en pleine nuit avec sa carabine, un autre poignarde son voisin qui cherche à le calmer. Chaque jour un nouvel accident, une nouvelle folie nocturne

Nos concitoyens ont-ils perdu tout sens commun ? demande le quotidien (devenu hebdomadaire, à cause des restrictions) Comment retrouver la sérénité ? Halte aux nuisances nocturnes, etc.

Rares sont les gens qui ont encore du travail. Beaucoup de garages sont fermés. Et les magasins sont à moitié vides. Seuls les maraîchers et les agriculteurs continuent de s'activer, mais avec ce carburant rare et cher, le travail est ralenti et la pluie qui inonde les terres pourrit les récoltes. On commence à redouter la famine autant que l'insécurité. Voilà pourquoi mon compagnon ne se rendort plus la nuit quand les aboiements le réveillent. Et il est loin d'être le seul.

Finalement, le Conseil Administratif a trouvé une solution provisoire : entre 6h du matin et la tombée du jour, à l'exclusion des abords des écoles, on sera autorisé à tirer sur les chiens.

Distribution de fusils. Ainsi, on éradiquera le danger et l'on retrouvera des nuits paisibles. Est-ce un bon plan ? C'est une façon d'occuper les oisifs. Ils pourront se défouler et se rendre utiles. Les slogans fusent. Prenons les armes. Défendons-nous contre l'abomination canine. Restaurons le sommeil.

On fera feu sur tout ce qui nous empêche de dormir.

Mon compagnon dit que le Conseil et tous ces gens se trompent de cible, mais il est devenu tellement irritable, lui aussi...

Dans la journée, les chasseurs tirent sur tout ce qui aboie. L'odeur est épouvantable car les justiciers oublient parfois de ramasser les cadavres. Ou bien emploient-ils des chiens de chasse qui répugnent à ramener les dépouilles de leurs congénères ?

Pas question pour moi d'aller vérifier. Je ne sors presque plus.

Il faut se débarrasser de tout ce qui trouble notre sommeil, disent mes voisins. De tout.

En tout cas, le nombre de chiens errants décroît et les nuits deviennent plus calmes. Sans doute les gens qui peuvent encore nourrir un chien le gardent-ils à l'intérieur de leur maison. Tous les gros chiens ont disparu. C'est curieux : les coqs se sont tus également. Je me demande s'ils ont déjà été mangés.

Voici enfin une nuit silencieuse. Réparatrice. On pourra s'abandonner quelques heures, récupérer pour mieux affronter les problèmes. Plus d'aboiements. Plus de coqs au chant enroué. Plus un son.

Le silence est profond, épais. Il fait peur. Sans doute ce que l'on appelle un silence de mort. La lune est absente et l'atmosphère est comme figée.

Mon compagnon et moi, troublés par l'absence de tout bruit, nous ne dormons pas.

 

Soudain, peu avant l'aube, des cris déchirent la nuit, suivis à nouveau du silence. Des pleurs.

Ceux d'un enfant.

 

 


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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 17:12
avec Lacriz, on achète davantage au marché
faisons donc un petit tour au marché de Saint-Leu ce matin

fruit à pain 1,5€

brèdes chouchou 1€

avocats 3 pour 2€, fruits de la passion 4€ le kg, citrons bien juteux 5 pour 1€

ananas : souvent 1€ pièce

kaki : 3€ le kg

baba fig : 1€ le kg
Le bananier est une plante providentielle aux multiples usages : elle donne des fruits, des feuilles (assiettes ou emballages alimentaires), des fleurs appelées baba fig et le coeur du "tronc", haché, est aussi comestible (goût proche du coeur de palmier). Le bananier a même des vertus médicinales.

On peut aussi comme moi, avoir la chance d'avoir des babas figs dans son jardin. Dans ce cas, on file dans sa cuisine et on prépare un carri de baba fig.

Pour faire un bon carri de baba fig, il faut :

du porc boucané (du lard fumé en métropole)

8 belles fleurs de bananier non amères
4 oignons
2 grosses tomates
2 gousses d'ail
1 branche de thym
1 cm de racine de gingembre
1/2 c. à café de curcuma
2 C. à soupe de vinaigre blanc
huile et sel

1/ Faire bouillir dans deux eaux différentes le boucané puis le couper en dés

2/ Enlever les pétales violets des fleurs jusqu'à la partie centrale, jaune. Emincer ce coeur en lanières et les laisser tremper dans de l'eau où l'on aura ajouté les deux cuillerées de vinaigre. Ce trempage, d'au moins deux heures, a pour but d'éviter l'oxydation. Rincer soigneusement. Placer les fleurs émincées dans une casserole d'eau froide légèrement salée. Porter à ébullition et l'y maintenir 3 minutes. Bien égoutter.
3/ Emincer finement l'oignon et couper les tomates en petits dés. Piler les gousses d'ail et la racine de gingembre pour obtenir une pâte.
4/ Dans une cocotte à fond épais, faire chauffer une cuillerée à soupe d'huile, y faire blondir l'oignon. Baisser le feu, ajouter la pâte d'ail, le gingembre et les dés de boucané, remuer. Ajouter ensuite la tomate et la poudre de curcuma, remuer. Ajouter enfin les fleurs de bananier émincées et la branche de thym. Allonger le jus d'un verre d'eau. Saler.
5/ Couvrir et porter à ébullition, puis laisser mijoter à feu doux 20 à 25 minutes en remuant assez fréquemment. L'eau doit s'évaporer.

Ce cari baba fig se servira avec du riz blanc, mais elle pourra aussi servir de légume d'accompagnement auprès de bien d'autres caris (viande, poisson..) ou même d'un rougail saucisses ou d'un massalé cabri

(recette inspirée de :) http://www.indereunion.net/utile/recet/babafig.htm

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 12:38

Plus fort qu'Alexander Selkirk (4 ans 1/2 seul sur une île au large du Chili dans les années 1700, modèle de Daniel Defoe pour écrire Robinson Crusoe), plus fort que le radeau de La Méduse : les 60 esclaves abandonnés 15 ans sur une île de sable de 1 km² : Tromelin




le Quotidien de la Réunion du 9 décembre 2008

Pour rappeler les faits, je me sers de l'article Tromelin de wikipedia et du dossier de presse du GRAN. Comme l'un des archéologues de la campagne de fouilles 2008 du GRAN rencontre les élèves d'une des classes de seconde de mon lycée bientôt, on en saura sans doute davantage à ce moment-là. L'émoi suscité en France par le sauvetage de 1776 n'a sans doute pas été étranger (entre autres) à l'abolition de l'esclavage décrétée en 1793 (esclavage rétabli par Napoléon en 1802).
Le 31 juillet 1761, L'Utile, une flûte, navire négrier de la Compagnie française des Indes orientales commandée par le capitaine La Fargue fait naufrage sur les récifs de l'îlot (450 km à l'est de Madagascar et à 535 km au nord de la Réunion NDLR). Le bateau parti de l'île de France (actuelle île Maurice) avec 120 hommes d'équipage était allé chercher un nombre inconnu de Malgaches à Foulpointe sur la côte orientale de Madagascar pour les emmener en esclavage à Maurice. Une erreur de navigation fit échouer le navire sur les récifs de Tromelin.
Lors du naufrage, l'équipage et une soixantaine de Malgaches arrivent à rejoindre l'île mais les autres Malgaches, enfermés dans les cales, périrent noyés. L'équipage récupère différents équipements, vivres ainsi que du bois de l'épave. Ils creusent alors un puits, permettant d'obtenir de l'eau juste potable et se nourrissent des vivres récupérées, de tortues et d'oiseaux de mer. Le capitaine du navire fait construire 2 campements sommaires, un pour l'équipage et un autre pour les esclaves, une forge et avec le bois de l'épave, débute la construction d'une embarcation (par les esclaves ! NDLR). Deux mois après le naufrage, l'équipage de 122 hommes y prend place difficilement mais laisse les Malgaches sur l'île avec quelques vivres, le capitaine promettant de revenir les chercher. Promesse qui ne sera jamais tenue.
Les marins atteignent rapidement Madagascar puis embarquent sur un navire pour l'île de France et signalent les naufragés. Mais le gouverneur, furieux que La Fargue ait désobéi à ses ordres de ne pas importer des esclaves à Maurice (il craignait un blocus de l'île par les Anglais et donc d'avoir des bouches à nourrir supplémentaires), refuse de secourir les naufragés encore sur l'îlot. La nouvelle de cet abandon arrivera à Paris et agitera un temps le milieu intellectuel de la capitale avant que les naufragés ne soient oubliés avec le début de la guerre de Sept Ans et la faillite de la Compagnie des Indes.
En 1773, un navire passant à proximité de l'île les repère et les signale de nouveau aux autorités de l'île de France. Un bateau est envoyé mais ce premier sauvetage échoue, le navire n'arrivant pas à s'approcher de l'île. Un second navire, La Sauterelle un an plus tard ne connaît pas plus de réussite. Il met une chaloupe à la mer, un marin réussit à rejoindre les naufragés à la nage mais il doit être abandonné par ses camarades qui ne peuvent accoster à cause de l'état de la mer et le navire doit quitter les parages de l'île. Ce marin fait alors construire un radeau sur lequel il embarque avec les 3 seuls hommes et 3 femmes rescapés mais le radeau disparaîtra en mer. Ce n'est que le 29 novembre 1776, quinze ans après le naufrage, que le chevalier de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine récupérera les 8 esclaves survivants : 7 femmes et un enfant de huit mois. En arrivant sur place le chevalier de Tromelin avait découvert que les survivants étaient vêtus d'habits en plumes tressées et qu'ils avaient réussi pendant toutes ces années à maintenir un feu allumé alors que l'île ne possédait pas d'arbre. Les survivants ont été recueillis par le gouverneur Français de l'île Maurice qui les affranchit et décida de baptiser l'enfant... Moïse. Le chevalier de Tromelin fut le premier à décrire cet îlot qui porte désormais son nom.
Irène Frain vient de publier Les Naufragés de l'Ile Tromelin (Michel Lafon, 2009). Succès commercial garanti.



Archéologie : sur les traces des Robinson noirs
LE MONDE | 30.04.09 |

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/04/30/archeologie-sur-les-traces-des-robinson-noirs_1187426_3244.html

Valparaiso, un jour de 2003, Max Guérout recueillit "une bouteille à la mer". Le message était envoyé sur Internet, lancé au hasard des vents et des courants de ce monde infini. En plein océan Indien, un météorologue français suppliait quiconque lirait ces lignes de s'intéresser aux naufragés de l'île Tromelin.

A 450 km de Madagascar et 550 km de La Réunion, cette possession française revendiquée par l'Etat mauricien, stérile ovale de sable de 1 500 mètres sur 750, huit mètres d'altitude à son plus haut, fut le théâtre de poche d'un extraordinaire fait divers. En 1761, un navire négrier, l'Utile, s'était fracassé sur ce récif battu par la houle et frangé d'écume. Abandonnés par l'équipage, les esclaves avaient vécu là quinze ans, avant que les rescapés, sept femmes et un bébé de huit mois, ne soient secourus.
Dans le port chilien, Max Guérout est ferré. Sitôt rentré en France, le spécialiste en archéologie navale se lance dans le sillage de l'Utile. De Paris à Aix, de Lorient à Genève, avec une poignée de passionnés, il exhume des archives plusieurs témoignages dont l'un est attribué à l'écrivain du bord, ainsi que des comptes rendus de la Compagnie des Indes. Se reconstitue alors par lambeaux une aventure humaine hors normes.
Le 23 juillet 1761, l'Utile quitte le port malgache de Foulpointe pour l'île de France (l'actuelle île Maurice). Sur le pont, 140 hommes d'équipage. A fond de cale, 160 esclaves embarqués en contrebande. Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, le navire heurte un bout de terre mal consigné sur les cartes, qui hante les histoires de marin. L'équipage gagne la terre ferme à la nage. Vingt marins périssent. Nul ne songe à déclouer les panneaux de cale. Les esclaves sont promis à la noyade. Mais une lame éventre la coque et 88 hommes et femmes atteignent la plage. Une vingtaine d'entre eux mourra encore d'épuisement, de soif ou de blessures dans les heures qui suivront.
 
COMBLER LE VIDE
 
L'équipage est parvenu à récupérer des vivres, des armes et du matériel de première nécessité. Il creuse un puits et touche une nappe d'eau saumâtre, gage de survie. Deux campements s'improvisent sous les voiles récupérées : celui des Blancs et celui des Noirs. L'île étant à l'écart des grandes routes, nul salut n'est à espérer d'un navire de passage. Les marins construisent un esquif avec les débris de l'Utile. Ils improvisent une forge, un atelier de charpente, les esclaves les aident. Le chantier dure deux mois. "Dès le début, les officiers savaient que l'embarcation serait trop petite pour emmener tout le monde." Le grand jour, les marins abandonnent les Malgaches, avec la vague promesse de revenir. Ils arriveront sains et saufs à Foulpointe.
A Tromelin, les naufragés s'installent dans une terrible attente. On sait bien peu de chose sur leur séjour, hormis les témoignages très parcellaires des rescapées. En 2006 puis 2008, Max Guérout et une équipe de bénévoles ont entrepris deux campagnes de fouilles pour combler ce vide. Sous le patronage de l'Unesco, l'opération a été baptisée "Esclaves oubliés". "Il fallait savoir quel type de société avait bien pu s'organiser durant ces années, explique le responsable du projet. C'est là une forme d'archéologie de la détresse."
Une véritable expédition, également. Tromelin est difficilement accessible. Elle abrite depuis 1954 une station météo où cohabitent trois ou quatre employés en de longues vacations. Elle possède une piste d'urgence mais est approvisionnée par bateau, quand la mer l'autorise. Chaque déchargement est un exploit.
Les campagnes durent un mois chaque fois, par une chaleur écrasante, dans un confort spartiate. Les fouilles ont mis au jour les fondations d'un habitat très organisé, taillé dans le corail. Ont été retrouvés 400 objets dont "une cinquantaine particulièrement intéressants parce qu'ils sont la preuve de l'imagination et de l'industrie de ceux qui ont vécu là". Les habitants se nourrissaient d'oiseaux, des tortues et de leurs oeufs. Avec le bois échoué, ils ont couvé contre les intempéries le feu laissé par les marins. Des gamelles en cuivre ont été forgées, des vêtements confectionnés en plumes d'oiseaux. Les archéologues ont découvert des amulettes en coquillage et deux bracelets en cuivre, fabriqués sur place. "Ces gens avaient dépassé les nécessités de la survie, construit une micro-société", constate Max Guérout.
"Nous avons retrouvé seize cuillères et seize récipients en cuivre", poursuit-il. Baissant rapidement les premières années, la population semble s'être stabilisée à une quinzaine d'individus, cinq ans après le naufrage et être restée à ce niveau pendant la décennie suivante. Les femmes, "plus rustiques", ont mieux enduré la vie extrême.
Cette démographie s'ajustait-elle aux ressources de l'île ou faut-il trouver d'autres raisons ? On sait seulement qu'après deux ans de vains espoirs, dix-huit personnes ont tenté leur chance sur un radeau de fortune. Pour les autres, mystère. "Sont-ils morts de désespoir, de maladie ou dans des luttes fratricides ?" Y a-t-il eu combat pour la survie ou solidarité ? L'expédition a recherché en vain jusqu'à présent le cimetière signalé en 1851 par un navigateur anglais. "Les ossements, un crâne fracassé par exemple, nous donneraient de précieuses indications." Max Guérout aimerait monter une nouvelle campagne en ce sens.
Le calvaire des Robinson malgaches dure quinze ans. Leur histoire est pourtant connue des contemporains, jusqu'en France. Des feuilles à grand tirage racontent le destin de l'Utile. Condorcet et d'autres s'émeuvent. Mais les autorités se désintéressent du sort des infortunés.
En 1775 enfin, un navire de passage tente de secourir les naufragés. Un homme est débarqué mais doit être abandonné sur place, tant la mer est hostile. Le marin construit un radeau de fortune, embarque avec lui trois femmes et les trois derniers hommes. Ils disparaissent. En 1776, le chevalier de Tromelin parvient finalement à récupérer les huit derniers rescapés et donne son nom à cette terre maudite. Débarquées sur l'île de France, les femmes sont déclarées libres et baptisées. L'enfant est prénommé Moïse.
Benoît Hopquin
Article paru dans l'édition du 02.05.09.

 


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