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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 15:34
Situation toujours aussi tendue, surtout à Antananarivo. Voici quelques articles de la presse malgache glanés ce soir. Photos : sobika.com


L'Express Madagascar :

Meeting interdit

Un mort par balle

La Place du 13-Mai a été investie hier par les forces de l'ordre. Des courses-poursuites ont eu lieu dans les rues de Tana. Un homme a été tué par balle à Isotry.
 

Le sang a coulé hier dans la capitale. L'intervention des éléments de l'Etat-major mixte opérationnel pour empêcher les partisans de l'ancien maire de la ville d'Antananarivo de tenir un sit-in sur la Place du 13-Mai a dégénéré hier en affrontement mortel. Vers 17 heures, les militaires ont ouvert le feu pour disperser des manifestations dans le quartier d'Isotry.
Un homme a été tué sur le coup. Il s'agit d'un marchand de pistaches de la localité. L'homme était sur le bord de la rue quand une balle a traversé son avant-bras gauche avant de pénétrer dans son abdomen. « Cette fois, les militaires n'ont pas hésité à se servir de balles réelles alors qu'auparavant, ils se contentaient de lancer du gaz lacrymogène et de tirer en l'air », déclare un témoin.
Panique générale
La capitale était en effervescence hier. Dès 8 heures du matin, toutes les rues menant vers Analakely ont été barricadées par les forces de l'ordre. Malgré tout, des partisants de Andry Rajoelina ont tenté d'investir les lieux. Pour les empêcher, les militaires se sont servi de leurs armes.
La foule paniquée a pris la fuite, ce qui a provoqué des bousculades comme celle qui s'est produite à Ambohijatovo. Blessé au ventre, un homme a dû subir une intervention chirurgicale dès son admission à l'hôpital Joseph Ravoahangy-Andrianavalona d'Ampefiloha.
A Analakely, deux autres individus ont été blessés au visage. Plus au sud, une autre personne a également subi le même sort dans une chute. L'entrée en scène des étudiants et des jeunes en provenance d'Ankatso et d'Ambohipo a aggravé la situation.
Vers 11 heures, ils ont débarqué au barrage monté par les forces de l'ordre au niveau du camp du Régiment militaire n°1 à Andohanalakely. Pour les faire évacuer les lieux, les militaires ont intensifié leur action.
Les forces de l'ordre les ont pourchassés jusqu'à Antanimbarinandriana où un homme a été blessé par un éclat de grenade. Il a été aussitôt évacué à l'Hopital Joseph Ravoahangy Andrianavalona, à quelques mètres du lieu.
Ce n'est pas le cas d'un colonel de l'armée de l'air à Ambatonakanga. Une foule rendue furieuse par l'intervention des militaires s'en est pris à cet officier supérieur qui ne faisait pas partie de l'Emmo-nat en mission. La foule l'a attaqué alors qu'il passait par hasard dans le quartier avec sa voiture. Des individus lui ont lancé des pierres. Blessé à la tête, il a été évacué à l'hôpital.
La sixième blessée est une femme qui a reçu une balle dans le bras à Anosibe-Angarangarana. Selon son mari, elle se trouvait dans la cour de sa maison quand elle a été touchée par le projectile. Pour le moment, l'origine du tir reste inconnue, étant donné qu'aucun élément de l'Emmo-nat n'est intervenu dans le quartier.
  Teholy Martin
Date : 05-03-2009



Ambositra

Deux morts dans les manifestations

Les tirs des forces de l'ordre ont fait tomber deux manifestants hier à Ambositra. L'un d'entre eux, un garçon de 12 ans, est mort sur le coup tandis que l'autre a rendu l'âme au Centre hospitalier de Volafotsy, toujours dans la ville d'Ambositra. Six blessés sont aussi enregistrés. L'affrontement n'était plus évitable à la troisième journée de la manifestation menée par le Comité de soutien pour la démocratie d'Amoron'i Mania (KMDA).
L'incident était survenu hier après-midi, au moment où les partisans du mouvement de contestation ont effectué une marche vers la résidence à Antamponivinany. Les manifestants qui revendiquent la démission du chef de région, René Rasolofoarimanana, ont cherché d'autres voies menant à la même destination, suite à l'interdiction faite par les forces de l'ordre.
Certains d'entre eux ont intensifié les jets de pierres sur les forces de l'ordre qui ont, par la suite, ouvert le feu afin de les empêcher d'avancer.
Des témoins oculaires ont évoqué la présence de militaires venant de Fianarantsoa dans le rang des tireurs hier, lors de l'affrontement. Les têtes pensantes du KMDA n'ont pas tardé à réagir sur la situation après une brève réunion d'urgence. Elles ont condamné la tuerie tout en ordonnant de nouvelles mesures de sécurité dont la mise en place des barrages tous les 100 mètres à Ambositra depuis hier soir.
  Fano Rakotondrazaka
Date : 05-03-2009



Le Fil du 5 mars sur SOBIKA

16H17 : l'Etat met en vente du riz à 700 ar le kilo pour les plus démunis.
16H16 : La course aux casseurs continuent à Ampefiloha, alarobia, mascotte ankadivato, isotry, tsiadana, ankatso.
14H58 : Les lieux chauds de la capital en ce moment sont: Soarano, Escalier Ambondrona, Ankazomanga, Ambohimananara, Andravohangy
14H30 : Alain Rajaonarivony a rencontré Jean Faure, le président du groupe France Madagascar au l'assemblée nationale sénat en France, au nom de la société civile malgache en france.
12H45 : controle général dans les rues des passants "défavorisés" : personnes sans chaussures, 4mis...
12H30 : L'Emnonat est sorti du tunnel, encore quelques grenades , du tunnel à mascotte tout est vide, rassemblement des manifestants 100 m plus haut que l'ex alliance francaise
12H15 : nouvel attroupement à Antsahabe, la foule sort du tunnel en courant, bombe lacrimogène, barrage de fortune devant l'ex alliance francaise.
09H15 : barrage de cette nuit enlevé a Ambohipo .
09H02 : Force de l'ordre présentes Place du 13 mai
08H50 : Analakely est dégagé de circulation. Avenue vide ( photos a venir )
09H00 : Barrages à 7H30 aux 67ha

° Radio Antsiva a reçu une lettre de mise en demeurre du Ministère des Télécommunications
° Couvre feu depuis mardi à Mahajanga. Les forces de l'ordre ont procédé à 31 arrestations pour pillages depuis lundi ( source express )
° 1 mort et plusieurs blessés dans les confrontations hier avec les forces de l'ordre à Tana
° Des négociations ont toujours lieu entre les deux camps malgré les évènements.
° Le Premier Ministre a annoncé 17 000 bénéficiaires du plan HIMO à Madagascar. Himo est un programme de travail pour les couches sociales les plus défavorisées



Gros coup de massue

Beaucoup se demandaient " mais que fait Marc Ravalomanana ". Son inaction a jeté beaucoup d'interrogation, mais en une journée elles ont été balayées. La journée d'action entreprise par l'Etat hier, à savoir le quadrillage d' Analakely et la poursuite des manifestants / casseurs dans les rues de Tana, est un coup dur pour Andry Rajoelina ( voir fil infos du 4 mars ).

Cela le coupe de ses partisants qui faisaient sa légitimité d'opposant, et cela lui coupe toute action populaire sur le terrain. Marc Ravalomanana qui avait annoncé le matin même qu'il n'y aurait pas de place pour l'anarchie, a frappé fort et à pris l'initiative pour la première fois depuis le début de la crise. La venue des émissaires de l'Union Africaine n'est sans doute pas étrangère à cette réaction. Dorénavant tous les yeux se tournent vers Andry Rajoelina. Que va t il faire...ou plutôt que peut il faire et où est il ?

Son mouvement qui s'enlisait déjà depuis quelques jours semble maintenant à l'arrêt . Il sera très difficile pour lui de remettre le train en marche surtout que l'armée à définitivement choisi son camp : la fidélité au président élu. L'action du président a été plus qu'un coup dur pour Andry Rajoelina. Dans l'opinion publique et internationale, il a réaffirmé son autorité, ce qui va être difficilement contestable pour les Tgvistes.

L'avenir du mouvement et de son leader semblent plus qu'incertain. Peut être qu'une page s'est définitivement tournée hier dans cette crise.




LE  PARI  DIFFICILE  DE LA VICTOIRE DU  « FIHAVANANA »

Par Pascal Razafindramboa Membre de la Société Civile de Fianarantso

Scénario A : Le Président  Marc Ravalomanana continue de diriger le pays avec son équipe et sa manière habituelles, sans avoir accordé aucune concession à l'opposition


Scenario B : Mr Andry Rajoelina  accède au pouvoir, et gouverne avec son équipe, éventuellement avec l'appui des partis de l'opposition

Scenario C : Président Marc Ravalomanana et Mr Andry Rajoelina  se partagent le pouvoir, et acceptent de diriger ensemble le pays

Si on est déjà dans le scénario A, on risque d'y rester, faute d'évolution vers le scénario B ou C. Le scénario B semble cependant le moins plausible. Le scénario C semble être par contre le plus probable, le plus judicieux, le plus apte à répondre au fameux « fihavanana » malgache. Sa réussite va beaucoup dépendre des humeurs et des fortes personnalités des deux leaders actuels. Mais ce scénario C est sans doute aussi le plus explosif, et le plus fragile. Il est donc important que tout le monde se mobilise, contribue à la reflexion et aux débats en cours. Il est tout aussi fondamental que toutes les régions manifestent leur identité et leur sensibilité respectives. Pour que le « fihavanana » réussisse à la fois au sommet, et à la base.


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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 12:43
La dernière page de la revue mensuelle Le Magazine Littéraire est un pastiche. Je n'avais pas été ébloui par le pastiche du Horla du n° de février. En revanche, je trouve que celui de Bouvard et Pécuchet par François Taillandier dans le n° de mars est réussi. Pour aider les victimes de la crise financière qui ont des sous à planquer, une idée : le poisson coffre. Photos Dom2.











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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 07:57

Je publie ce texte parce que depuis 1967 (instituteur stagiaire chargé d'un CP), j'ai ressenti et pensé ceci qu'on peut lire en conclusion : "On entre en pédagogie quand on abandonne toute attitude de mépris envers l'élève qu'on crédite de toute l'intelligence possible, malgré les erreurs qu'il peut faire. Et aussi toujours par une grande colère contre la condition qui est faite aux élèves, aux formés, aux étudiants, aux stagiaires...  du fait des pesanteurs du système et des réformes de gribouille qui prétendent l'améliorer. Or nos réformateurs pratiquent volontiers le mépris." 


Sarkozy pédagogue ?

Michel Fabre (CREN) Université de Nantes

A l'évidence, les réformes actuelles de la formation des maîtres ont une cohérence globale libérale mais sont traversées de tensions multiples. Si le souci de réaliser des économies n'échappe à personne, les composantes proprement idéologiques qui les animent sont plus délicates à démêler. Il semble y avoir quelque tension entre deux courants au moins. Il y a ceux qui veulent liquider les derniers effets de la loi Jospin (l'esprit de 1989 !), comme en témoigne la volonté de dissolution des IUFM. Et ceux qui - malgré tout - ne peuvent se résoudre à évacuer toute formation professionnelle des nouvelles maquettes, comme en témoigne la lettre de cadrage du ministère de l'enseignement supérieur ainsi que les recommandations de l'AERES.

Toutefois, il est plus que probable que - malgré certaines bonnes volontés affichées - les conditions d'organisation des futures Masters de la formation de maîtres ne rendent extrêmement difficile (en particulier pour le second degré) une initiation à la pédagogie, qui me semble pourtant constituer le coeur de la professionnalisation. Il est à craindre que les futurs professeurs aillent au charbon « les mains nues », ce qui est d'autant plus inquiétant que le métier devient de plus en plus difficile.

Ce qui est paradoxal, c'est que l'indifférence pour la pédagogie dans l'enseignement se double d'une inflation de la pédagogie partout ailleurs qu'à l'école. Mr Sarkozy nous dit : vous êtes contre les réformes ? Mais elles ne sont pas mauvaises ! C'est seulement que vous les avez mal comprises ! On va vous les réexpliquer ! D'ailleurs, ce sont les seules possibles. Il n'y a pas d'alternative politique, il y a ceux qui comprennent et ceux qui ne comprennent pas. Le discours politique réduit la pédagogie à la « com » en infantilisant les citoyens, tout en ignorant cette pédagogie qui fait le propre du métier d'enseignant. La pédagogie a droit de cité partout sauf à l'école : les médecins préfèrent prévenir que guérir, les policiers et les juges (mais c'est en train de changer) avertissent avant de sanctionner. Bref, la société pédagogique infantilise les adultes mais prétend que les enseignants n'ont pas besoin de pédagogie pour instruire les enfants.


I. La liquidation des IUFM, face obscure de la masterisation

Il faut lire la dissolution des IUFM dans l'entreprise de liquidation de la loi Jospin de 89, loi éminemment « pédagogique ». Pour les antipédagogues, cette loi recelait (entre autres) trois défauts majeurs :

a) elle prétendait placer « l'élève au centre du système éducatif ».

En convoquant maladroitement l'image du cercle, elle ravivait les vieux débats de l'histoire de la pédagogie (ceux des années 1920 en Europe et aux USA,) entre une école centrée sur l'enfant et une école centrée sur le savoir, comme s'il y avait quelque chose à gagner à apposer ainsi les deux termes ! Ce dualisme paralysant que dénonçait déjà le philosophe John Dewey au début du XXème siècle, se doublait d'une méfiance envers le culte expressionniste d'un enfant roi. C'était oublier que le slogan de « l'école centré sur l'enfant », aussi maladroit fût-il, émanait d'un pédagogue allemand des plus austères, Adolf Diesterweg (1790-1866) et qu'Octave Gréard, collaborateur de Jules Ferry, l'avait repris à son compte en 1892. Ces pédagogues sourcilleux ne militaient pas au nom d'une doctrine permissive et laxiste mais bien dans un souci humaniste d'amélioration de l'enseignement. C'est pourtant cette idolâtrie de l'enfance que bien des intellectuels médiatiques croient combattre en dénonçant la démagogie de la loi de 1989.

b) La loi Jospin recélait un autre défaut majeur, celui de vouloir former, dans une même institution, des instituteurs et des professeurs du secondaire et de promouvoir dans les faits l'unification du corps enseignant.

Qui connaît quelque peu l'histoire de ces corps professionnels appréciera ce qu'avait d'utopique cette résolution. Si l'unification administrative du corps enseignant a été réalisée, on est loin de l'unification idéologique. C'est important pour notre propos : la pédagogie c'est à la rigueur bon pour les instituteurs « ces incapables prétentieux » (d'après le titre de d'un article célèbre de la sociologue Vivianne Isambert-Jamati qui fait une analyse critique du discours méprisant à l'égard des instituteurs (Cf Revue Française de pédagogie, n°73 oct-nov-dec 1985), mais le professeur de lycée, l'homme vraiment cultivé, qui possède le savoir n'en a pas besoin.

c) Le troisième défaut, le plus grave, de la loi Jospin est l'instauration des IUFM, parce que ce geste confère une forme institutionnelle à la formation professionnelle et consacre d'une certaine manière, et sous des formes nouvelles (en particulier l'analyse des pratiques, les didactiques) l'idée de pédagogie. Les IUFM furent accusés, depuis leur mise en place, de vouloir généraliser à l'ensemble du corps professionnel, les pratiques douteuses des Ecole normales d'autrefois et d'infantiliser les futurs maîtres en leur inculquant des recettes pédagogiques en lieu et place d'un véritable savoir académique. La réforme actuelle (la mastérisation) n'impliquait aucunement la dissolution des IUFM. Leur liquidation s'inscrit pourtant dans une stratégie politique assez perverse : 1) premier acte : intégration des IUFM dans l'Université : qui pourrait être contre ? 2) deuxième acte : élévation de la formation des maîtres au niveau Master : qui pourrait être contre ? 3) troisième acte (sans être trop pessimiste !) : l'IUFM Ecole interne de l'université ne conserve que les formations inassimilables par l'université : en gros, les Professeurs d'Ecoles, les Conseillers d'Education et l'enseignement spécialisé. La stratégie est perverse car elle évite toute attaque frontale, entraîne l'adhésion à chacune des étapes, tout en occultant sa finalité : rendre impossible dans les faits, une véritable formation professionnelle des enseignants du secondaire.


II. La pédagogie : pourquoi tant de haine ?

La pédagogie, en France, n'a aucune légitimité. Elle ne fait pas partie de la culture. Elle fait l'objet d'un profond mépris de la part de l'intelligentsia. Il faut entreprendre - le plus scientifiquement possible - la généalogie de cette passion française : la haine de la pédagogie. Parce que mon propos risque d'être pris pour un plaidoyer pro domo, je m'abriterai sous l'autorité d'Emile Durkheim sociologue certes mais aussi historien de l'éducation.

Nous sommes en 1904, autre époque de réforme, celle qui voit se recomposer les curricula des Lycées avec notamment l'introduction d'un enseignent moderne de sciences à côte des humanités. Emile Durkheim fait un cours en Sorbonne aux futurs professeurs de Lycée. Ce n'est donc pas d'aujourd'hui que l'on envisage une formation des enseignants à l'université. Ce qui est plus original, c'est qu'il leur fait un cours de pédagogie (ou plutôt d'histoire de la pédagogie), cours qui sera publié par Maurice Halbwachs, en 1936, sous le titre de L'Evolution pédagogique en France (publié désormais aux PUF). Je vous propose quelques extraits du chapitre liminaire, lesquels ont à peine besoin d'être commentés, tant ils s'avèrent actuels.

Durkheim commence par justifier l'idée d'un cours de pédagogie qui ne semble pas aller de soi :

« Il y a tout d'abord un vieux préjugé français qui frappe d'une sorte de discrédit la pédagogie d'une manière générale. Elle apparaît comme un mode très inférieur de spéculation. Par suite de je ne sais quelle contradiction, alors que les systèmes politiques nous intéressent, que nous les discutons avec passion, les systèmes d'éducation nous laissent assez indifférents, ou même nous inspirent un éloignement instinctif. Il y a là une bizarrerie de notre humeur nationale que je ne me charge pas d'expliquer. Je me borne à la constater ».

Pourtant, continue Durkheim, aujourd'hui il n'y a aucune activité humaine qui puisse s'opérer sans réflexion. Le général réfléchit à ses plans de bataille, c'est la stratégie, le médecin réfléchit à la manière dont il porte ses diagnostics et délivre ses prescriptions, c'est la clinique ; l'homme d'état réfléchit (du moins on l'espérerait aux réformes qu'il entreprend) et c'est la politique. L'enseignant serait-il le seul à ne pas réfléchir à ses pratiques et sur ses pratiques ?

« La pédagogie - dit Durkheim - n'est autre chose que la réflexion appliquée aussi méthodiquement que possible aux choses de l'éducation... La question est de savoir non s'il faut s'en servir, mais s'il faut s'en servir au hasard ou avec méthode ; or, s'en servir méthodiquement, c'est faire de la pédagogie ».

Pour Durkheim, la pédagogie n'est ni un don, ni un art, ni une science. Ce n'est pas un don qu'on recevrait ou non à la naissance ! Pour Durkheim, on ne naît pas pédagogue, on le devient. Et on le devient par l'exercice méthodique de la réflexion sur ce que l'on fait, sur ce que l'on va faire et sur ce que l'on a fait. La pédagogie n'est donc pas un art et ne consiste pas simplement en recettes empiriques apprises sur le tas par compagnonnage, comme le voudrait le ministre Darcos.

La pédagogie n'est pas non plus une science. Elle ne se confond pas avec la ou les sciences de l'éducation. Les sciences de l'éducation éclairent l'acte pédagogique mais les problèmes pédagogiques ne sont pas réductibles aux problèmes scientifiques : ce sont des problèmes de la pratique, ici et maintenant dans ce contexte singulier et le plus souvent dans l'urgence, qui engagent des décisions à la fois techniques et éthiques ! Dans d'autres textes, Durkheim fera de la pédagogie une discipline « praxéologique » comme on dirait aujourd'hui, à l'instar de la médecine ou de la stratégie. Cela signifie que la pédagogie est pour lui de l'ordre de la théorie non de la pratique, mais d'une théorie de la pratique ou comme l'écrira Durkheim relève d'une théorie-pratique ! La pédagogie est donc pour Durkheim une réflexion de l'acteur sur sa pratique en vue de l'améliorer. Il ajoute qu'il faut donner aux enseignants une culture professionnelle à base de sciences humaines, pour éclairer cette réflexion : d'où les sciences de l'éducation.

On écoutera la différence avec le discours du Ministre Darcos surRMC, le 12 février 2009 :

«Aujourd'hui (...) les professeurs passent un concours, ils sont mis dans l'Institut de formation des maîtres, où on leur apprend des théories générales sur l'éducation et de temps à autre, ils vont remplacer un professeur absent. C'est pas comme ça qu'on forme des gens. Autrement dit, ils sont sans arrêt devant un simulateur de vol. Alors que dans le système que je propose, ils ne seront pas dans un simulateur de vol».

On se demande bien ce que serait une formation moderne de pilotes de ligne qui n'utiliserait pas de simulateur de vol et qui enverrait directement les futurs pilotes aux commandes d'un Air Bus ou d'un Boeing, sans même avoir d'instructeur avec eux. Précisément, ce que demande Durkheim, c'est bien quelque chose comme un simulateur de vol. Non pas pour remplacer l'expérience elle-même mais pour l'accompagner, l'analyser et réfléchir sur elle. Ce ne serait pas un mal, ce serait même sans doute un grand progrès si la nouvelle formation des maîtres s'inspirait de celle des pilotes ! Il est vrai qu'elle risquerait de coûter plus cher !


III. La pédagogie c'est bon pour les instituteurs.

Durkheim poursuit sa réflexion sur cette passion française qu'est le mépris de la pédagogie. Même ceux qui sont les plus hostiles à l'idée de pédagogie la réserve à l'école primaire :

« On dit couramment - dit Durkheim - qu'une préparation pédagogique est nécessaire à l'instituteur, mais que, par une grâce d'état, le professeur de lycée n'en a pas besoin. »

Le futur professeur - dit on - est doté d'une large culture acquise à l'université, il a observé comment enseignaient ses maîtres. Sa culture et ses souvenirs lui suffisent donc comme bagage pédagogique. La réponse de Durkheim pourrait paraître banale si elle n'était pas plus que jamais aujourd'hui intempestive. D'abord, répéter demain les gestes de son professeur d'hier alors que le contexte même de l'enseignement aura changé, c'est de la routine. Or la réflexion pédagogique, c'est précisément l'antithèse à la routine. Oui, mais la culture, le savoir ? Conditions nécessaires mais non suffisantes pour enseigner répond Durkheim : « En vérité, on se demande comment, par cela seul que le jeune étudiant sait critiquer les textes anciens, ou parce qu'il est rompu aux finesses des langues mortes ou vivantes, ou parce qu'il possède une érudition d'historien, il se trouverait, par cela seul, au courant des opérations nécessaires pour transmettre aux enfants l'enseignement qu'il a reçu. Il y a là deux sortes de pratiques très différentes et qui ne peuvent être apprises par les mêmes procédés. Acquérir la science, ce n'est pas acquérir l'art de la communiquer ; ce n'est même pas acquérir les notions fondamentales sur lesquelles cet art repose».

On ne fera pas dire à Durkheim que le savoir est inutile pour enseigner. Au moment où le lycée est en recherche de nouvelles humanités scientifiques, il faudra de bons mathématiciens, de bons physiciens pour enseigner. Simplement, Durkheim affirme tranquillement et avec force cette évidence que l'on aurait crue accessible à un ministre de l'éducation, lui-même ancien professeur et ancien inspecteur de l'éducation nationale : la pratique scientifique et la pratique pédagogique sont d'ordres différents. Et elles s'acquièrent par des moyens différents. On dira que Durkheim fait ici un cours magistral d'histoire de la pédagogie. Mais - comme il le souligne lui-même, il ne s'agit pas ici d'érudition. Il s'agit de donner une culture pédagogique c'est-à-dire d'éclairer la réflexion des futurs enseignants.

Durkheim enfonce donc le clou ! Loin que l'on doive réserver la pédagogie à l'école primaire, c'est le secondaire qui en a le plus besoin. Parce c'est un système plus complexe que l'enseignement primaire. Pourquoi ? pour deux raisons dit Durkheim. D'abord parce qu'il y existe une division du travail pédagogique (plusieurs maîtres pour une même classe), ce qui menace l'unité d'esprit de l'enseignement. Comment l'élève va-t-il s'y retrouver dans cette profusion de matières enseignées ? Comment va-t-il pouvoir en faire une synthèse. Deuxième raison, l'enseignement secondaire est fait par des spécialistes, mais n'est pas fait pour former des spécialistes.

Chacun enseigne sa discipline comme si elle était la seule alors qu'il faut se demander quel est le but à atteindre : former un honnête homme, un citoyen. « Très souvent, conclut Durkheim, on raisonne comme si tout le monde savait ce que c'est que former un esprit ».

En fait, dit Durkheim, c'est l'enseignement secondaire qui a le plus besoin de pédagogie, parce qu'il est en crise, parce qu'il faut repenser ce qui est à enseigner et comment l'enseigner. Nous sommes en 1904, la vieille foi dans les humanités s'estompe et le nouvel humanisme fondé sur une culture scientifique n'est pas encore là. Durkheim voit dans la crise de l'enseignement secondaire quelque chose qui touche aux schèmes les plus profonds de l'idéal éducatif de l'école telle que la chrétienté du haut moyen âge nous la légué. Pour lui, l'école moderne (notre école) nait à l'ombre des cathédrales du VIIIème siècle. Alors les chrétiens se posent la question de l'unité de l'enseignement : unité de lieu (une même classe), une même équipe de maîtres soumettant les élèves pendant un temps long à un même influence. Ils de posent aussi la question de l'initiation à l'encyclopédie :

comment initier l'élève aux différentes branches du savoir, sans prétendre tout lui enseigner ni sans en faire un spécialiste ? Ils se posent enfin la question de savoir ce que veut dire former un esprit et pour eux cela ne se résume pas à enseigner des connaissances mais à initier une véritable éducation intellectuelle qui fait que l'esprit en est tout changé, ce qu'ils pensent sous l'idée de conversion. La crise des lycées du début du XXème siècle questionne donc les trois schèmes de l'idéal éducatif de l'école moderne : quelle nouvelle unité d'enseignement proposer ? Comment penser un nouveau curriculum ? Que peut vouloir dire aujourd'hui former un esprit ? C'est donc pour répondre aux questions du présent que Durkheim propose une réflexion pédagogique fondée sur l'histoire. Qui ne voit que les questions que l'on se pose en 1904 sont encore les nôtres ou du moins sont du même genre que les nôtres ? Quand Durkheim qualifie la crise du début du XXème, on croirait entendre notre collègue Philippe Meirieu. Ecoutons plutôt :

« Aussi la nécessité d'une éducation pédagogique apparaît comme beaucoup plus pressante pour le lycée que pour l'école primaire. Il ne s'agit pas simplement d'apprendre à nos futurs professeurs le maniement d'un certain nombre d'heureuses recettes. Il faut poser devant eux le problème de la culture secondaire dans sa totalité. Or, c'est précisément à quoi tend l'étude que nous allons commencer cette année ».

Durkheim critiquerait probablement une réforme qui - dans ses dispositions pratiques - sinon tout à fait dans son esprit, consacrerait à nouveau une nouvelle partition du corps enseignant : aux professeurs du secondaire la vraie culture disciplinaire et savante les dispensant de la pédagogie, celle-ci étant réservée aux instituteurs (pardon aux professeurs des Ecoles), aux CPE et aux autres formations non solubles dans les disciplines universitaires.

Conclusion

En plaçant ma réflexion sous l'autorité de Durkheim, je suis bien conscient qu'il s'agit ici d'un cours de pédagogie en Sorbonne et non pas d'une situation de formation professionnelle en alternance comme on le voudrait aujourd'hui. Mais Durkheim en retraçant l'histoire de la pédagogie tente de restituer les problématiques éducatives que chaque époque a élaborée et les solutions qu'elles y ont trouvées. Il veut ainsi sensibiliser les futurs professeurs à la chose pédagogique et les encourager à développer à nouveaux frais, pour le présent, cette réflexion sur leurs pratiques en vue de les améliorer. Il cherche à leur insuffler - dit il - une foi nouvelle. Et dans d'autres textes, il insistera beaucoup sur la spécificité de la pédagogie comme réflexion sur la pratique en vue de l'améliorer. Or il est à craindre que la foi du pédagogue soit mise en péril par le mépris dont il fait l'objet. Ne serait-ce que par la succession chaotique des réformes plus ou moins pensées dont l'enseignement fait l'objet. Ecoutons une dernière fois Durkheim :

« Mais ce n'est pas tout. L'enseignement secondaire traverse depuis plus d'un demi-siècle une crise grave qui n'est pas encore, il s'en faut, parvenue à son dénouement. Tout le monde sent qu'il ne peut pas rester ce qu'il est, mais sans qu'on voie encore avec clarté ce qu'il est appelé à devenir. De là toutes ces réformes qui se succèdent presque périodiquement, qui se complètent, se corrigent, parfois aussi se contredisent les unes les autres ; elles attestent à la fois les difficultés et l'urgence du problème ».

L'idée de Durkheim était qu'en période de crise, les enseignants auraient besoin d'une solide culture pédagogique pour ne pas se faire étourdir et décourager par les agitations des réformes et contre réformes. Sarkozy et Darcos devraient lire Durkheim. En se souvenant également des enseignements des grands pédagogues. On entre en pédagogie quand on abandonne toute attitude de mépris envers l'élève qu'on crédite de toute l'intelligence possible, malgré les erreurs qu'il peut faire. Et aussi toujours par une grande colère contre la condition qui est faite aux élèves, aux formés, aux étudiants, aux stagiaires...  du fait des pesanteurs du système et des réformes de gribouille qui prétendent l'améliorer. Or nos réformateurs pratiquent volontiers le mépris. Et s'ils s'indignent, ce n'est pas toujours quand il faudrait ! Sarkozy pédagogue ? Concluez vous-même !

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 18:25






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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 16:37

L'animal appelé caméléon en métropole s'appelle endormi à la Réunion. Et l'animal ci-dessus, 30 cms de long, photographié au fond de mon jardin, les rényonés l'appellent caméléon. Pour mon collègue de Sciences de la vie et de la terre, c'est un lézard. Et pour moi, ce sera un lézard bourbon.

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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 17:43
il s'est fait prier le croissant, toujours à jouer à cache-cache avec nuages et puis il s'est laissé prendre
j'ajoute le couchant du 11 février car on voit bien qu'Hélios est désolé de voir mon bananier dépenaillé après le passage de Gaël
et j'ajoute aussi la lune du lendemain 12 février




Romance de la Luna, Luna

La luna vino a la fragua
Con su polisón de nardos.
El niño la mira, mira.
El niño la está mirando.
En el aire conmovido
mueve la luna sus brazos
y enseña, lúbrica y pura,
sus senos de duro estaño.
-Huye luna, luna, luna.
Si vinieran los gitanos,
harían con tu corazón
collares y anillos blancos.
- Niño, déjame que baile.
Cuando vengan los gitanos,
te encontrarán sobre el yunque
con los ojillos cerrados.
-Huye luna, luna, luna,
que ya siento sus caballos.
-Niño, déjame, no pises
mi blancor almidonado.
el jinete se acercaba
tocando el tambor del llano.
Dentro de la fragua el niño
tiene los ojos cerrados.
Por el olivar venían,
bronce y sueño, los gitanos.
Las cabezas levantadas
y los ojos entornados.
Cómo canta la zumaya,
ay, como canta en el árbol!
por el cielo va la luna
con un niño de la mano.
Dentro de la fragua lloran,
dando gritos, los gitanos.
El aire la vela, vela.
El aire la está velando.


Federico Garcia Lorca



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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 15:16
Sarkozy "m' à tuer", par Barbara Cassin
LE MONDE | 28.02.09 |
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/02/28/sarkosy-m-a-tuer-par-barbara-cassin_1161665_3232.html
Il est certain que nous avons un président de la République. C'est le job de Nicolas Sarkozy. Moi je suis chercheur au CNRS, spécialiste de philosophie ancienne, je lis, j'enseigne, j'écris. C'est mon job. Je ne suis pas pour la langue de bois, ni pour le politiquement correct ni d'ailleurs pour le politiquement incorrect.
Je n'ai jamais eu l'agrégation, pas plus que notre président n'a eu son diplôme de l'Institut d'études politiques. Je n'ai pas été mariée trois fois, mais je suis plutôt fière comme citoyenne d'avoir un président qui l'a été et qui a divorcé comme on respire. Et qu'il soit à présent marié avec une étrangère, française pourtant comme lui et comme moi, c'est bon signe. Qu'il aille au turbin tous les matins et prenne à bras-le-corps les problèmes, c'est bon signe.
Pourquoi ai-je alors la sensation que quelque chose de grave est en train de se passer ? Non pas la crise ; la crise est très grave, elle crée et créera du malheur. Mais je ne vais pas manifester contre la crise, contrairement à ce que l'on entend dire avec mise en scène compassionnelle pour cette masse qu'il ne faudrait pas laisser au bord du chemin.
Je vais manifester contre les réformes que Nicolas Sarkozy veut imposer à la faveur de la crise, exactement comme certaines entreprises procèdent à des dégraissages extrêmes sous couvert de crise.
Mon désarroi est enraciné dans une certaine expérience de la langue et de la culture qui n'a rien de rétrograde - qui n'est pas plus rétrograde que la culture elle-même contre laquelle il est arrivé qu'on sorte le revolver. Ce sentiment est lié à l'idée que j'ai de l'idée que le président a de la culture.
Avec cette différence entre lui et moi que lui peut imposer son idée et le fera, à moins qu'on ne l'en empêche en criant très fort. "Nous insistons sur le fait qu'un bon ministre ne se reconnaîtra pas à la progression de ses crédits, mais à ses résultats et à sa contribution à la réalisation du projet présidentiel", telle est la conclusion de toutes les lettres de mission, celle de Christine Albanel comme celle de Valérie Pécresse : à vos "indicateurs de résultats", en avant marche...
Quel est donc le projet présidentiel ? Il est exprimé par des discours et des actes, nombreux, très nombreux. D'ailleurs, chaque discours est une performance, qui agit autant qu'il exprime. Un premier acte, j'en reste durablement troublée, est la présence massive de fautes d'orthographe sur le site de la présidence de la République française.
Critique d'instit ("dans la transmission des valeurs (...), l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur", dira-t-il) ou, pis, de précieuse ridicule héritière de la grammaire ? L'orthographe française est d'autant plus difficile qu'on ne perçoit pas l'histoire de la langue : comme elle est apparemment arbitraire et tordue, on n'a même plus envie de la réformer, alors ignorons-la comme tout le monde, arrêtons d'embêter les enfants et de discriminer les demandeurs d'emploi !
Pourtant, Sarkozy m'a "tuer" : dans le discours prononcé devant les ouvriers de Daher tel qu'il figure sur le site de l'Elysée, je lis, entre autres, ces deux fautes qu'on ne tolère pas en classe parce qu'elles sont le signe que l'élève ne comprend pas le mécanisme de la langue : "Nous on fait confiance et vous adhérer à cette stratégie offensive", et "on apporte aux participations les participations qu'à la Caisse, les participations qu'à l'Etat". Le président ignore ou méprise la syntaxe, soit, mais il n'a pas pu "prononcer" ces fautes d'orthographe. Elles sont écrites cependant.
Quelqu'un a mal fait son boulot ? Un nègre qui n'aurait pas passé l'examen de langue exigé par l'identité nationale ? Ou l'indice que, sachez-le, on s'en fout. "Je" parle comme "eux", j'écris aussi mal qu'eux : ils croiront que je pense comme eux, ils penseront comme moi. Entre imitation et émotion, ça passe ou ça casse. Il s'agit de communiquer, pas de parler.
Tous les niveaux de discours sont confondus, nivelés au ras de la langue par le plus authentique, irrépressible et immédiat "Casse-toi pauv' con". "Faire président" ne garantit plus la fonction présidentielle de règle et de régulation, de cohérence et de cohésion. L'adresse du même discours est sidérante : "Chère Christine Lagarde, (...) monsieur le Sénateur, et tous ceux qui sont importants, bonjour".
De l'ironie, de la provocation, ou vraiment la volonté d'une nouvelle norme, hors langue, hors culture, hors civilité, au profit d'une efficacité supposée, avec pour indice le grand mépris ?
L'efficacité, parlons-en. Je suis pour, tout le monde est pour. Un peu de bon sens (lequel ?) indique qu'elle n'est pas la même dans tous les domaines et qu'on ne la mesure pas de la même manière. "Un chercheur français publie de 30 % à 50 % en moins qu'un chercheur britannique dans certains secteurs. Evidemment, si l'on ne veut pas voir cela, je vous remercie d'être venu, il y a de la lumière, c'est chauffé..." La contre-vérité n'est pas diminuée par le persiflage.
Si Nicolas Sarkozy ne le savait pas (quels mauvais conseillers !), il le sait à présent : les résultats sont faux et les indicateurs inadaptés.
Le CNRS est, chiffres à l'appui, au premier rang européen et au quatrième rang mondial. Dans les "mauvais" secteurs, en philosophie par exemple, le biais linguistique est évident : publions en anglais short and dirty des articles saucissonnés, et notre score va grimper aussitôt.
Mais, une fois pour toutes, en matière de culture et de recherche, la qualité n'est pas une propriété émergente de la quantité. Cette visibilité-là est même un si mauvais critère que les meilleurs Anglo-Saxons le dénoncent et y ont déjà renoncé.
Je pense qu'il pense que la culture ne sert à rien, sinon à l'export et à la visibilité. On la protège, avec l'exception française, comme une marchandise. La culture, c'est d'abord l'éducation. Evidemment, si "on naît pédophile", si "la part de l'inné est immense", l'éducation le cédera à la rétention de sûreté.
Qu'est-ce qui reste alors ? "L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle !"

Il y revient trois fois, heureux du coup de pied dans la fourmilière, de la désacralisation du beau et de l'oeuvre, d'une oeuvre énigmatique. Nous ne parlerons donc à la guichetière que de guichet, ou de choses qu'elle peut comprendre dans son sous-métier de sous-femme, selon une version plus banale de l'imbécillité ou du sadisme - c'est tout ce qu'elle a besoin de savoir.
Il ne reste plus alors à partager que l'émotion. "Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé. Je vais mourir !" : "Ma première décision de président de la République sera de demander au futur ministre de l'éducation nationale que cette lettre soit lue en début d'année à tous les lycéens de France."
Avant de lui demander de mettre en oeuvre la "proposition éducative" faite au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) : "Cette éducation doit être suffisamment précoce pour toucher aussi les coeurs. (...) C'est pourquoi j'ai demandé à Xavier Darcos de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d'un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah."
Cet immédiat-là, si bien intentionné soit-il, est au sens strict un danger public. La culture selon Sarkozy a le choix entre les chiffres indicateurs de performance et l'émotion-glu.
Pas de culture, pas de construction d'un "nous" démocratique, sans respect. De même, la langue supporte toutes les inventions mais pas la maltraitance. "Chaque fois qu'Obama ouvre la bouche, ses sujets et ses verbes s'accordent" : c'est la meilleure manière, la seule respectueuse, de ne pas exclure Joe le Guichetier.
Barbara Cassin est philologue et philosophe, directrice de recherches au CNRS et du Centre Léon-Robin sur la pensée antique. Ses travaux portent sur la sophistique et la rhétorique ainsi que sur les rapports qu'elles entretiennent avec la philosophie. Elle a notamment publié "Vocabulaire européen des philosophies" (Seuil, 2004) et "Google-moi : la deuxième mission de l'Amérique" (Albin Michel, 2007)


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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 06:44
Travailler et bloguer, c'est pas toujours évident. Je compte sur votre indulgence lorsque je suis silencieux plusieurs jours. J'ai bien peu dormi depuis mercredi à cause des paquets de copies corrigés la nuit. Le conseil de classe d'hier soir m'a empêché de vous photographier le croissant de lune cendré. Ce sera peut-être pour ce soir. Dans 8 jours, les vacances. Je pourrai plus facilement mettre en ligne documents, photos, infos et éculubrations et je pourrai enfin répondre un peu aux questions posées en commentaires. Merci à ceux qui en font !
Je rappelle que je n'ai jamais su qui visite le blog (je sais seulement le nombre de visiteurs uniques par jour, environ 40), ni qui écrit un commentaire si vous prenez un pseudo.
Chaque jour, je me tiens au courant de la situation à Mada, car j'y serai du 13 au 20 mars (blog arrêté ou au ralenti) et je constate que depuis la rupture des négociations entre le Président Ravalomanana et le maire de Tana Rajoelina, tout est possible d'un jour à l'autre, et pas seulement à Tana. Avant-hier 2 morts et une douzaine de blessés très graves à Fianarantsa (300 kms au sud de Tana sur la RN7). Les vols Paris/Tana sont très perturbés (beaucoup ont été annulés récemment). Apparemment les vols St-Denis/Diego sont maintenus, je touche du bois. Une amie va me prêter le fameux bouquin de Nicolas Fargues Rade Terminus.
Je vous colle 3 articles récents sur les derniers développements.
http://www.office-tourisme-diego-suarez.com/
http://www.lexpressmada.com/
http://www.sobika.com/
www.mada-on-earth.skyblog.com

LE MONDE (hier)
Deux personnes sont mortes, vendredi 27 février, lors de la dispersion par les forces de l'ordre d'un rassemblement de l'opposition à Fianarantsoa, dans le sud de Madagascar, à environ 410 km au sud d'Antananarivo, a déclaré à l'AFP depuis Antananarivo le chargé de la communication de la gendarmerie nationale.

Il n'a pas précisé dans quelles conditions étaient intervenus ces morts, mais a ajouté qu'il y avait aussi eu "plusieurs blessés". L'épouse de l'opposant politique Pety Rakotoniana actuellement emprisonné, Ialy Rakotoniana, qui figurait parmi les organisatrices du rassemblement, a fait état de "treize blessés graves [qui se trouvent] à l'hôpital".

Au total, une centaine de personnes sont mortes à Madagascar depuis le 26 janvier dans les violences qui ont émaillé la crise politique née du conflit entre le président Marc Ravalomanana et le maire d'Antananarivo, Andry Rajoelina, qui a depuis été destitué par les autorités. Le camp de l'opposant Rajoelina a appelé à un grand rassemblement samedi à Antananarivo.
M. Rajoelina, 34 ans, avait annoncé mercredi soir la rupture des discussions avec le chef de l'Etat, absent mercredi d'un quatrième rendez-vous prévu entre les deux adversaires. Jeudi, les forces de l'ordre avaient dispersé, sans faire de blessés, environ 3 000 partisans de M. Rajoelina qui manifestaient à Antananarivo.

SOBIKA (ce matin)

COALITION POLITIQUE AUTOUR DE ANDRY RAJOELINA A MADAGASCAR

Andry Rajoelina ne jouera plus perso désormais dans son mouvement contre l'Etat. Il est désormais le chef d'une structure appellé comité national de coordination et qui regroupe les principaux partis des leaders de l'opposition : Rolland Ratsiraka, Alain Ramaroson, Jean Lahaniriko, André Ramaromisy, Jean Max Rakotomamonjy ainsi que l'ancien ministre de l'AVI, Jean-Jacques Rabenirina.

Le premier acte de cette nouvelle plateforme de l'opposition est de mettre une structure dans chaque fonkontany jusqu'aux districts. Le CNC National, sera présidé par Andry Rajoelina et devrait être présenté ce jour aux partisans Tgv , place du 13 pour la manifestation prévue depuis Jeudi.

Quel sera l'impact et le poids de cette coalition, sur l'opinion et sur le terrain politique ? Bonne question mon cher Watson. Ce qu'on peut dire, c'est que cela devrait mettre un terme à un retour des négociations

L'EXPRESS MADA (ce matin)

Plus de trente entités politiques se sont réunies hier à Antsahabe. La coordination des manifestations sur tout le territoire a été étudiée.

L'équipe d'Andry Rajoelina et la grande famille de l'opposition forment un bloc presque deux mois après le début du mouvement de contestation. Des représentants de plus de trente entités alliées ont tenu une séance de travail à Antsahabe hier matin, en vue de manifestations d'envergure nationale. La rencontre a eu lieu le lendemain de la création du Comité national de coordination des actions (CNC) présidé par l'ancien maire de la capitale à son domicile à Ambatobe.
Antennes régionales
Monja Roindefo, « Premier ministre de la Transition » a ainsi dirigé la délégation composée essentiellement de ses « ministres » à ce rendez-vous avec les politiciens. Parmi ces derniers figuraient le président du PSDUM, Jean Lahiniriko, celui du MTS, Roland Ratsiraka, Jean Clément et Joseph Yoland de l'association Matsilo, Alain Ramaroson de la Force de changement pour la démocratie (FCD), le Leader Fanilo Jean Max Rakotomamonjy ainsi que l'ancien ministre de l'AVI, Jean-Jacques Rabenirina.
A l'issue de la réunion, Jean Lahiniriko a annoncé à la presse la prochaine mise en place des antennes du CNC au niveau des districts, des communes, voire même des fokontany. « Il n'est plus question d'attente. Nous devons agir le plus tôt possible », a ajouté Hary Naivo Rasamoelina, président du DHD Madagascar.
La grande réunion publique sur la Place du 13 Mai ce jour accueillera la nouvelle structure du CNC. Mais les manifestations sous sa coordination s'effectueront dans les différentes circonscriptions à partir du lundi.
L'ancien sénateur Bruno Betiana a précisé à ce sujet que « ces manifestations auront lieu en même temps sur tout le territoire national ». Cela exige une sérieuse coordination.
De son côté, une délégation de la Plate-forme des partis et associations politiques de l'opposition (SPAP) n'avait pas attendu la mise en place du CNC pour se rendre en province. Elle a été présentée à la foule lors du meeting hier sur la Place de la démocratie près du Magro, à Fianarantsoa.
Fano Rakotondrazaka
Date : 28-02-2009

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 04:53
"Il fait froid en touraine... Les oiseaux viennent se restaurer dans le jartdin du gypso"
photos prises le 24 février en Indre et Loire par Jacques L mon gypsologue et maître de chai préféré



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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 16:41
le coucher de soleil ce soir



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