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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 21:55

Les raisons de la colère contre le président de Madagascar

Cet article de J-L Raharimanana publié aujourd'hui dans Rue89 vaut mieux que de longs discours

Par Jean-Luc Raharimanana | Ecrivain | 31/01/2009 | 16H50


Suspendu aux nouvelles, voici qu'un ami résident aux Etats-Unis m'envoie un message: "Qu'est-ce qui se passe à Madagascar? Je croyais Marc Ravalomanana très populaire, et je ne comprends pas trop ce qui se passe." Cet étonnement résume parfaitement la situation, au moment où le maire de la capitale, Andry Rajoelina, se proclame nouveau dirigeant du pays.

Les médias avaient laissé Madagascar en 2002 à l'aube d'une ère nouvelle, démocrate bien évidemment, bien décidéà sortir la tête de sous l'eau du sous-développement. En 2002 donc, un peuple s'était levé pour renverser l'amiral sans flotte Didier Ratsiraka (vingt-trois ans au pouvoir en tout) et l'envoyer sans façon dans la banlieue misérable de Neuilly-sur-Seine.

L'histoire était belle, un petit laitier, pratiquement illettré, fils de pauvres paysans, avait bâti sa propre fabrique de yaourts, et, à force de travail et d'acharnement forgé un empire agroalimentaire, Tiko, avant de gagner, par les élections s'il vous plait, la Mairie d'Antananarivo, la "Ville des milles".

Un an après la mairie, il avait ravi la présidence de la République, et ce, grâce toujours à la force de sa volonté, à sa soif de réussite et de liberté. Il lui avait fallu pour cela entraîner tout le peuple malgache dans la révolte, contre des élections truquées et un deuxième tour joué d'avance en faveur de son adversaire, tenir des meetings contre la dictature, entretenir une révolution pacifique sur la place hautement symbolique du 13 mai, là où la première République néocoloniale était tombée en 1972, là où en 1991, Didier Ratsiraka était tombé pour la première fois avant de revenir en 1997.

Il lui avait fallu prendre les armes -une première dans l'histoire malgache-, pour conquérir complètement toute l'île. Le monde pensait qu'enfin, après tant de sang versé, 1947, 1972, 1991, Madagascar allait enfin connaître la paix et la prospérité. On ferma le ban.

L'île ne sera plus dorénavant qu'un dessin animé produit par Disney. "Madagascar 1". "Madagascar 2". Les enfants pensent même que les girafes, lions et autres hippopotames, personnages emblématiques du film, viennent de là, de cette île merveilleuse tenue par de joyeux macaques et lémuriens excentriques.

Même Amnesty International, très présent lors des troubles de 2002, la retirait des pays à observer prioritairement. Ravalomanana allait s'y engouffrer avec délectation.

Une justice aux ordres

Si les récentes images de pillages et d'émeutes ont surpris à l'étranger, il n'en va pas de même pour les Malgaches. Le feu couvait depuis la réélection de Ravalomanana en 2006, après une panne d'électricité bienvenue dans les locaux du ministère de l'Intérieur en plein décompte des voix...

Les émeutes étaient latentes, la situation était tendue: qui ne se souvient de la situation loufoque où un candidat à la présidentielle, Pierrot Rajaonarivelo, n'eut pas le droit de fouler le sol malgache? Mais également la constitution remaniée de manière à rendre impossible la candidature des métis.

On parla beaucoup de l'ivoirité de Bédié, mais le pur jus malgache est également disponible dans les rayons constitutionnels de nos tristes tropiques.

Car ce qui arrive aujourd'hui est bien le fait de Ravalomanana, l'homme en qui une très grande majorité de malgaches avaient placé leurs espoirs, l'homme qui, ayant su bâtir son empire commercial, ne pouvait que réussir à la tête du pays. Mais Ravalomanana a raté l'occasion de devenir un grand homme.

Une complicité des bailleurs

La France, comme les autres bailleurs de fonds, ne sont pas dupes de la nature dictatoriale du régime de Ravalomanana, mais le cynisme économique n'a que faire de ces questions, le FMI comme la Banque Mondiale misent sur lui pour garantir un pouvoir "stable" et "cohérent", afin que le commerce et les investissements se déroulent dans un "climat et un environnement favorables".

Ces pays, institutions et entreprises internationaux en sont pour leurs frais ces derniers jours...

Si les émeutiers de ces derniers jours s'en sont pris en premier lieu aux biens et entreprises liés à Ravalomanana, ce n'est guère étonnant. Si les zones franches et centres commerciaux sont pris pour cibles, ce n'est guère étonnant.

Un nombre important d'internautes crient au suicide économique par ces pillages systématiques, il est vrai que Madagascar y va tout droit maintenant. Mais est-ce bien surprenant quand les politiques présentent la pauvreté comme un atout économique à préserver, le moindre coût de la main d'œuvre, l'absence de protection sociale qui rend la vie facile aux zones franches (qu'on appelle vu d'Europe les entreprises délocalisées)?

Est-ce bien surprenant quand ces mêmes politiques arguant d'un investissement à long terme promet à la location 1.300.000 ha, la moitié des terres cultivables du pays, pour une entreprise privée, le sud-coréen Daewoo, pour une culture de maïs transgénique, toute destinée à la population coréenne?

Est-ce bien surprenant quant les pillages des ressources minières se font au grand jour?

Le partenariat privé/public, un empire économique

Populaire avant son accession au pouvoir par sa réussite économique, Ravalomanana n'a pas mis longtemps à confondre ses affaires avec celles de l'Etat. L'innocence des Malgaches n'a d'égal que leur soif de liberté et de vie meilleure, à tel point que lorsque Ravalomanana leur a lancé son slogan "minoa fotsiny" -"croyez seulement"-, ils n'y ont vu qu'une parole messianique qui allait les sortir de cet enfer de la pauvreté, un peu comme le "travailler plus pour gagner plus"...

Dès les premiers mois de son mandat, Ravalomanana a mis en place son pouvoir autocratique afin d'étendre son empire économique. Neutralisation de ses amis politiques et diabolisation systématique de ses adversaires.

La terreur instaurée au sein même du gouvernement permet d'écarter toute fuite d'information et toute rébellion contre le système mis en place. Ainsi de la politique du partenariat privé/public, inspiré que du nom du Blairisme, le discours tenu se résumant au fait que le privé et le public doivent travailler la main dans la main pour développer ensemble le pays, toutes les ressources vives de la nation devant contribuer à cet objectif louable de lutte contre la pauvreté.

Il s'agit en réalité d'une fusion du privé et du public, le privé étant dans ce sens les entreprises du Président, de sa famille et de ses amis. Le groupe TIKO se diversifie alors d'une manière impressionnante, ne se cantonnant plus à l'agro-alimentaire. Pratiquement tous les appels d'offre passés par l'Etat Malgache tombent dans l'escarcelle de TIKO Group qui s'étend maintenant dans tous les domaines économiques, de la cimenterie à la riziculture, de la construction au tourisme, de l'abattoir à la limonaderie...

Ainsi, faute d'atteindre Iavoloha, le palais présidentiel, les émeutiers ont rendu cendre l'auditorium de MAGRO (Madagascar Grossiste), entreprise capitale de Ravalomanana qui distribue les denrées alimentaires dans pratiquement tous les coins de l'île.

L'affaire Daewoo

Le coup de force d'Andry Rajoelina d'inaugurer une "place du la démocratie", le 17 janvier 2009, répond à une interdiction de fait. Le défi de la population d'Antananarivo à Ravalomanana est là, celui d'avoir élu un "gamin" de 34 ans à la Mairie de la ville, celui d'avoir répondu à son appel à manifester Place du 13 mai la semaine d'après, le 24 janvier, début de l'escalade.

Car la folie de Ravalomanana est montée d'un cran depuis juillet 2008, période où il a signé la cession des terres malgaches aux coréens de Daewoo. Ce qu'il faut savoir, c'est que Ravalomanana a modifié en profondeur le rapport aux propriétés foncières de l'île.

La location du million trois cent mille hectares à Daewoo intervient ainsi dans un contexte tendu que la création du ministère de la Réforme foncière, des Domaines et de l'Aménagement du Territoire n'a fait qu'aviver...

Pour les Malgaches tenant à la "terre des ancêtres", cette cession aux Coréens est une trahison irréversible du sacré, d'autant plus que Ravalomanana a caché l'affaire à la population, et il aura fallu que le Financial Times vende la mèche. Malgré le démenti gouvernemental et de Daewoo, l'affaire ne passe pas auprès de l'opinion publique, d'autant plus que de grandes quantités de terrain sont déjà cédées dans les régions concernées.

Dans ce climat de confrontation, le 17 janvier donc, le maire inaugure la place de la Démocratie, appelle la population à entamer une grève générale dès le 24 janvier. Il pense refaire le coup de 2002, mais n'a pas assez pesé la situation. Les symboles de l'injustice sont trop nombreuses dans la rue, les étiquettes Tiko sont partout. La population n'attendait qu'un signe pour casser ces symboles et pour se servir enfin...

Lundi et mardi noirs

L'armée refusant d'obéir à Ravalomanana laissa les pilleurs faire leurs boulots pendant deux jours et une nuit. Ce n'est que la nuit du mardi qu'en accord avec le Maire Andry Rajoelina dépassé par les événements qu'elle accepta d'intervenir. Est-ce le signe que Ravalomanana ne dispose plus de la confiance de toute l'armée ? Les deux camps revendiquent en tout cas le mérite d'avoir fait « agir » l'armée.

Se posant comme un potentiel président de la République, Andry Rajoelina réclame aujourd'hui un gouvernement de transition et exige d'être à sa tête, démocratie? Sans programme, sans proposition, sans véritable parti politique, n'est-il seulement porté par une ambition personnelle en accord avec son parcours étrangement semblable à celui de son adversaire Ravalomanana?

Et qu'en pense la majorité de la population? Ces derniers jours terribles ressemblent plus à une émeute de la faim d'une population poussée à bout et à un refus de la politique dictatoriale de Ravalomanana qu'à un plébiscite franc à un programme politique précise.

Entre un ultralibéralisme sans contrôle et un désir exacerbé de sortir de la misère, Madagascar se trouve à un tournant - encore une fois de son histoire. Tenu sans scrupule par un réel autocrate, l'île a cette tentation de confier une fois encore son destin à un homme providentiel, Andry Rajoelina s'efforçant d'endosser cette tenue.

Ce drame se déroulant dans le silence coupable de la communauté internationale me semble pourtant être un miroir terrible de notre époque, entre crise alimentaire des peuples et voracité des spéculateurs, entre crise idéologique et collusion du politique et du patronat, l'exemple malgache ne peut que faire réfléchir, même dans ces pays de l'opulence et du progrès, ces pays du chômage et du licenciement, ces pays de la crise financière et de la relance...

Vivant en France depuis plus de quinze ans, exilé me qualifie-t-on souvent comme écrivain, immigré à coup sûr, sans papiers au faciès, originaire d'un pays pauvre, je ne me suis jamais senti autant chez moi que ces derniers temps de casse sociale et de surenchère politique...



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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 21:25
photos offertes par DOM2 (prises entre st-paul et st-leu en 2008)















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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 20:13

 

merci à mon collègue passionné de plongée Dominique qui vient de me confier cette nouvelle vidéo d'une baleine à bosse et de son baleineau et aussi des photos que je mettrai en ligne peu à peu

 

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 14:19

Après les morts et les milliers de sans abri des cyclones Eric et Fanele lundi 19 et mercredi 21, ce sont les morts de l'insurrection populaire depuis lundi. Beaucoup de rényonés ont de la famille à Mada ou y travaillent, d'où une grande inquiétude ici. Si vous faites www.lexpressmada.com : rien ne se passe (L'Express de Madagascar est le principal quotidien et il est assez indépendant par rapport au pouvoir). Apparemment les serveurs sont tombés. Ci-dessous, les derniers articles de Clicanoo/JIR

Un bilan encore plus lourd : 102 morts

CLICANOO.COM | Publié le 29 janvier 2009

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=200726&page=article

Le bilan des morts à Antananarivo s'est encore alourdi hier. Les sapeurs-pompiers de la capitale ont découvert de nouveaux corps carbonisés dans les décombres du magasin Trading Center d'Anakely qui a pris feu. Au total, 35 personnes auraient péri dans cet incendie. Selon les secouristes, l'incendie a été déclenché par les allumettes qui ont servi à éclairer tous ceux venus dévaliser le commerce. « En entendant la police intervenir, des profiteurs se sont enfuis, raconte un journaliste malgache. Ils ont laissé la grille tomber. D'autres ont été enfermés à l'intérieur et n'ont pu s'échapper alors que le feu avait démarré ».' Lundi, six autres cadavres avaient été découverts dans la centrale Magro de Tanjambato. Ces victimes avaient succombé « à des piétinements et à cause de piles de sacs de riz qui se sont effondrées ». Mardi, un prisonnier a été tué et dix autres blessés lorsque les forces de l'ordre ont réprimé par balles un début de mutinerie dans la prison Antanimora. Il faut également ajouter deux civils tués lors des émeutes lundi. Dans les régions, le nombre de morts reste difficile à évaluer. On sait que 24 personnes ont été tuées à Tuléar électrocutées et que 16 personnes ont été étouffées dans des bousculades à Mahajanga. Selon les estimations de nos confrères de l'Express de Madagascar, le pays comptait hier au moins 102 morts liés à la crise depuis lundi

"Il y a un risque d'entêtement du président et du maire"

CLICANOO.COM | Publié le 29 janvier 2009

Rédacteur en chef de "La Lettre de l'océan Indien", Francis Soler estime que la crise à Madagascar était inévitable. Le risque est maintenant que le président Ravalomanana ne tienne pas compte de ce qui s'est passé ces derniers jours. Et que son opposant cherche à tout prix à le pousser dehors.

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=200727&page=article

Tout le monde considère que cette crise était prévisible. Est-ce votre avis ?

Absolument. Il existait un sentiment montant de mécontentement vis-à-vis du président Ravalomanana qui est même antérieur à l'élection d'Andry Rajoelina à la mairie de Tana fin 2007. Les gens ont alors voté pour quelqu'un qui s'affichait clairement comme un concurrent et un opposant à Marc Ravalomanana. La question que tout le monde se posait, c'était de savoir quel serait le déclic qui mettrait le feu aux poudres. Les habitants de la capitale sont las de la situation qu'ils ont connue dans les années 90. Les Tananariviens se sont fortement mobilisés en 2001 et ils ont été déçus. Tana a été la ville qui a porté au pouvoir Ravalomanana. Les gens ont un sentiment personnel d'être responsables de ce qui s'est passé. Rappelons qu'il y avait déjà eu une alerte avec une mini-émeute lors d'un match de foot. Contrairement à ce que les autorités ont fait croire, il ne s'agissait pas d'actes de délinquance. Le déclic a donc été la montée de l'opposition entre le maire de Tana et le président de la République. C'est devenu une affaire politique, commerciale et personnelle. Le président n'a eu de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. Et d'empêcher Andry Rajoelina de devenir un opposant politique. C'est le remake du cheminement politique de Marc Ravolomanana. La goutte qui a fait déborder le vase a été la saisie des émetteurs de la télé Viva appartenant au maire, sachant que le président est lui-même propriétaire d'un groupe de presse. D'ailleurs, les premières cibles des émeutiers ont été les sociétés qui appartenaient au président. Et les médias qui étaient la voix de Ravolomanana.

On connaît le parcours d'Andry Rajoelina mais on cerne mal son entourage. Qui le soutient ? Des partis sont-ils derrière lui ? Est-il vraiment nouveau en politique.

Le maire de Tana est un homme politique extrêmement jeune. Il a 34 ans. Ses affaires ont été florissantes. Il est arrivé en politique de façon un peu forcée. L'entrepreneur qu'il était a connu tellement de conflits commerciaux avec l'État et avec Marc Ravalomanana qu'il a été poussé sur la scène politique. D'autres personnalités auraient pu se lancer mais elles ont été commercialement laminées par le président de la République. Andry Rajoelina s'est, lui, jeté dans la bataille avec un soutien très hétéroclite. Petit à petit, il a catalysé l'opposition. Il a vu venir vers lui des soutiens. Y compris des gens de l'ancien Arema, le parti de Didier Ratsiraka, ou encore le neveu de celui Rolland Ratsiraka. Des gens qui ont été marginalisés politiquement et réprimés. Andry Rajoelina est finalement devenu le seul opposant face au président et au parti présidentiel hégémonique au Sénat, à l'Assemblée. Ravalomanana a fait modifier la loi sur les partis pour éviter que des candidats indépendants se présentent aux élections. Il ne voulait pas que le mouvement de TGV se développe en province. L'opposition étant muselée, les gens se retrouvent derrière Andry Rajoelina. Son élection à la mairie en 2007 montre aussi que beaucoup de Malgaches sont fatigués des vieux politiciens. Son élection, c'est aussi le reflet de l'américanisation de la vie politique malgache. Il faut de l'argent pour se présenter. Ce n'est pas un hasard si TGV est un peu un clone de Ravalomana. Le problème pour Andry Rajoelina est qu'il ne pourra pas se présenter aux présidentielles de 2011 puisqu'il n'aura pas 40 ans. Cette limite a été fixée volontairement pour que lui ou des gens de sa génération se présente.

Comment voyez-vous la suite des événements ?

Dès le début de la crise, des gens ont fait la navette entre les deux hommes ou entre leur entourage afin d'essayer de trouver un terrain d'entente et de faire en sorte qu'ils se rencontrent. Dans la haute hiérarchie de l'ethnie merina, l'une des craintes est un embrasement du pays. L'hégémonie politique merina pourrait être mise en cause. Madagascar possède aujourd'hui un président merina et premier Ministre merina. La tradition est d'avoir un président côtier et un premier Ministre merina pour représenter l'ensemble des composantes du pays. La peur est donc que la crise aille trop loin. Les églises, les hommes d'affaires, les bailleurs de fonds ont fait pression pour que la situation s'apaise. Pour l'instant, c'est le maire de Tana qui a refusé une rencontre avec le président. Il souhaitait profiter d'un rapport de force lui permettant d'imposer un gouvernement de transition dont il prendrait pris la tête. Mais il n'est pas sûr d'avoir ce rapport de force. Andry Rajoelina ne veut pas non plus se faire enfermer dans une relation avec un président qui l'a reçu à plusieurs reprises et lui a tenu des propos paternalistes. Dès que le maire a eu le dos tourné, le président a pris des mesures répressives contre la municipalité ou le business d'Andry Rajoelina. Pour retarder toute rencontre avec Marc Ravalomanana, le maire a pris comme prétexte qu'un manifestant avait été tué par un soldat.

Les deux hommes vont bien être contraints de discuter un jour.

Dans les deux camps, il existe des forces qui poussent à la réconciliation. Mais il y a aussi un risque d'entêtement des deux leaders. Ravalomanana sait ce qu'il fait. Il a poussé Andry Rajoelina à la faute. À prendre des initiatives politiques qui vont au-delà de ce qu'il imaginait au début. L'idée du président est aujourd'hui de mettre en prison Andry Rajoelina et de l'isoler politiquement comme il l'a fait avec Roland Ratsiraka qui était le leader politique de Tamatave. En jouant ce jeu, les deux dirigeants risquent de mettre le feu aux poudres dans tout le pays. La solution à la crise serait alors encore plus difficile à trouver. D'ores et déjà, on voit mal comment le président Ravalomanana va sortir grandi de cette crise. On voit mal comment il pourra avoir la crédibilité nécessaire pour se représenter aux élections. Toutefois, il y a une contradiction. Il est à la fois président et homme d'affaires. Partir brutalement revient à abandonner ses intérêts économiques. Sa richesse est en jeu. Il n'a pas d'autres solutions que de s'agripper au pouvoir. C'est cet élément qui rend la chose complexe et dangereuse.

Comme dans beaucoup de crises de ce type, il semble que l'armée détienne en partie les clés du problème.

L'armée malgache n'est pas une armée africaine, si l'on peut dire. Cette armée ne s'est jamais battue contre un ennemi intérieur. Elle a très souvent une attitude mesurée. Lors des événements dans les années 90, ce n'est pas l'armée qui a tiré sur la foule mais la garde présidentielle de Didier Ratsiraka. Ce n'est pas pareil. L'armée ne veut pas non plus un remake de la crise 2001-2002 lorsque l'institution s'était cassée. Il y avait eu des affrontements intermilitaires. L'armée fait donc généralement preuve de retenue. Lors de cette crise, les forces de l'ordre ne sont pas intervenues dans un premier temps. Mis à part ce qui s'est passé devant la MBS. Elles ont changé d'attitude quand aussi bien Marc Ravalomanana qu'Andry Rajoelina ont appelé au calme dans la matinée de mardi. Les militaires ont alors considéré qu'il s'agissait d'une mission nationale. En revanche, si la crise est sans solution et s'aggrave, il ne faut pas exclure que le recours à l'armée ait lieu. Ce qui n'est pas le cas actuellement. Et il y a des militaires au gouvernement, ils sont bien placés dans les institutions

Entretien : Jérôme Talpin



Le pouvoir en sursis

CLICANOO.COM | Publié le 29 janvier 2009

Un calme précaire est revenu hier à Antananarivo avec une présence plus soutenue de l'armée. Plus de 10 000 partisans d'Andry Rajoelina ont rendu hommage au jeune tué lundi par un soldat. Le maire a annoncé une journée morte pour aujourd'hui et une grande manifestation samedi. Marc Ravalomanana a, lui, voulu montrer qu'il dirigeait bien le pays en accusant TGV d'être le responsable des émeutes.

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=200724&page=article

Invisible depuis dimanche, Marc Ravalomanana est réapparu en public dans la journée d'hier. Le chef de l'État a visité les locaux de la radio et de la télévision nationale malgache détruits lundi. Il était accompagné du Premier ministre, du ministre des Affaires étrangères, du ministre de la Défense nationale, et son épouse. Une façon de montrer que l'ordre était revenu et qu'il tenait toujours solidement les rênes du pays. Pour affirmer son autorité, Marc Ravalomana a accusé le maire d'Antananarivo d'être "l'initiateur des troubles" qui aurait fait au moins 102 morts dans tout le pays. Il a également reproché à Andry Rajoelina de n'avoir pas répondu à son appel au dialogue. Le chef de l'État a ajouté que le gouvernement avait lancé un mandat d'arrêt à l'encontre de l'ex-maire de Tamatave, Roland Ratsiraka et du général Dolin, directeur de cabinet d'Andry Rajoelina. Tous les deux sont considérés comme les responsables "des opérations de destructions".

"J'ai donné l'ordre de ne pas intervenir"

Le président malgache a cru bon de préciser qu'il allait demander le soutien de la France pour effectuer ses arrestations. Du coup, l'ambassade de France a aussitôt réagi en précisant que Paris ne soutenait aucune personnalité mais que le gouvernement français allait aider l'État malgache dans les opérations de reconstruction. Les diplomates français auront sans doute apprécié la façon de Marc Ravalomanana de vouloir instrumentaliser ses bonnes relations avec Paris après avoir tant critiqué Paris ces derniers mois. Interrogé sur l'absence d'intervention des forces de l'ordre lundi contre les émeutiers, Marc Ravalomanana a, là aussi, voulu montrer qu'il était maître du jeu tout en dissipant les idées selon lesquelles l'armée serait restée attentiste ou n'aurait pas obéi aux ordres : "C'est moi qui ai donné l'ordre aux militaires de ne pas intervenir. Il faut bien gérer la crise, sinon cela aurait été un bain de sang".Le président a une nouvelle fois appelé la population au calme et lui a demandé de "collaborer avec les forces de l'ordre pour rétablir le calme. Tous les moyens seront mis en œuvre pour redresser la situation". La journée d'hier a également été marquée par le rassemblement de plus de 10 000 partisans d'Andry Rajoelina sur la place du 13-Mai. Voulant rendre hommage au jeune homme tué par un militaire lundi devant la chaîne de télé MBS, la foule a observé une minute de silence. Après s'être recueilli devant la dépouille de l'adolescent, le maire a affirmé à la foule lancer "un ultimatum à l'État pour que d'ici demain (ndlr aujourd'hui) il condamne aux travaux forcés celui qui a donné l'ordre et celui qui a exécuté" la victime. Andry TGV Rajoelina a lancé que les commanditaires des émeutes sont les responsables de l'Etat, sans toutefois les nommer, dans le but de décrédibiliser son mouvement. "Demain (ndlr aujourd'hui), nous allons attendre chez nous pour voir si la demande a été acceptée", a ajouté le maire, selon qui "dans l'attente de la réponse de l'État, on va faire d'Antananarivo une ville morte : pas d'école, bureaux et magasins fermés. Samedi, on sera tous ici, sur la Place du 13 mai", a-t-il affirmé, sans faire mention de rassemblement vendredi, avant que la foule ne disperse dans le calme. L'adjoint du maire, Andriamahazo Nirhy-Lanto, a déclaré qu'il n'y avait pour le moment pas de discussions directes avec M. Ravalomanana, estimant que ce dernier était "désavoué nationalement".

"La revendication du peuple"

Andry TGV Rajoelina estime toujours qu'il ne peut discuter avec le président Ravalomanana tant que le gouvernement n'a pas démissionné. "La revendication du peuple", répète-t-il. Celui qui est devenu le principal opposant au chef se dit prêt à prendre la tête d'un gouvernement de transition. Par ailleurs, de plus en plus de commentateurs politiques évoquent l'hypothèse d'un troisième homme. Dans la capitale, on parle en effet beaucoup du rôle actif que jouerait dans cette crise l'Amiral Rouge Didier Ratsiraka depuis son exil de Neuilly

Jérôme Talpin, Pana Reeve et AFP

Encore des pillages à Tamatave

Si un calme précaire était revenu, hier, à Antananarivo, où le maire Andry Rajoelina avait décrété avec le soutien de l'armée un couvre-feu mardi soir, la situation était encore particulièrement tendue à Tamatave. Selon différentes sources, la ville portuaire de la côte Est a encore été le théâtre de pillages de magasins. Des manifestants ont tenté de prendre d'assaut le camp Galiéni de la gendarmerie pour s'y procurer des armes. Mais les gendarmes auraient riposté en ouvrant le feu. Plusieurs victimes seraient à déplorer. La journée a également été tendue à Mahajanga, sur la côte Ouest, où il ne reste plus guère de commerces qui n'ont pas été mis sac. Selon un journaliste, plus de 80% des magasins ont en effet été dévalisés depuis mardi. D'abord ceux appartenant au groupe Tiko, ensuite ceux de la communauté karana. Au moins 16 personnes auraient trouvé la mort dans des bousculades dans la journée de mardi. De nouveaux pillages ont également été signalés à Nosy Be, à Antalaha et à Fianarantsoa. À Diego-Suarez, l'opposition a organisé une manifestation.

Les voyageurs et ressortissants français fuient le pays

CLICANOO.COM | Publié le 29 janvier 2009

Si les compagnies réunionnaises qui desservent la Grande-Ile disent ne pas avoir beaucoup d'incidence sur leurs réservations, les voyageurs qui arrivent de Tananarive ne dissimulent pas les raisons de leur retour.

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=200731&page=article

Le drapeau vert blanc rouge flotte au vent, mais le consulat général de Madagascar est vide. Herivelona Andriamiaranjato, vice-consul à la Réunion se refuse à tout commentaire officiel. Dépendant directement du ministère des affaires étrangères malgache, il explique : "Forcément, il y a une baisse des demandes de visas mais il y a des gens qui viennent malgré tout. Nous leur demandons de reporter leur voyage comme le préconise le Quai d'Orsay mais ils restent libres de choisir." Du côté des compagnies aériennes, les agences ne désemplissent pas. "En ce moment, nous avons surtout des organisations de départ pour les vacances de mars", explique Régis Técher, chef de vente à l'agence Air Madagascar à Saint-Denis, "Ceux qui partent maintenant s'informent et s'interrogent. Si il y a des demandes d'annulation ou de report, nous traitons les dossiers au cas par cas. Mais nous sommes assez souples compte tenu des circonstances. De toute façon, nous sommes actuellement en période creuse. Il n'y a donc pas vraiment d'incidence. Par contre, il y a pas mal de retour anticipé de Madagascar." Pour Air Austral qui commercialise également des billets vers la Grande-Ile, aucun vol ne sera annulé tant que l'aéroport de Tananarive restera ouvert. Les pleins de kérosène se font à la Réunion afin d'assurer l'aller-retour sans problème, la compagnie aérienne confie n'avoir "pas particulièrement enregistré d'annulation".

"J'ai craint pour ma vie"

Si les compagnies aériennes se veulent rassurantes, le son de cloche est différent sur place où les touristes fuient le pays. "Tout le monde a vu les images à la télévision lundi et mardi. Alors les voyageurs écourtent leurs séjours et partent", relate un ressortissant français basé dans la capitale. Hier, à l'aéroport de Gillot, la tension était palpable pour les Réunionnais qui attendaient famille et amis de retour de la Grande-Ile. "Ma petite amie est en vacances depuis un mois là-bas, elle a eu le temps de voir les choses se durcir. Elle devait rentrer lundi mais a été retardée par les événements. Les opposants au président ont barricadé l'accès à l'aéroport.", explique Christophe, 27 ans, le regard embué. Il poursuit : "Elle a vu l'horreur. Je serais soulagée lorsque je la verrais en chair et en os." Au sortir de l'avion, parmi les 120 passagers, certains visages sont graves. Des voyageurs refusent de parler : "C'est trop dur ce que j'ai vu", lâche l'un d'eux avant de s'éclipser. Des employés de la société Orange ont été rapatriés avec femmes et enfants. "C'est plus par précaution" confie un père de famille. Géraldine, 39 ans, est consultante à Tananarive depuis deux ans. Elle a choisi de venir passer quelques jours à la Réunion chez une amie le temps que les choses se calment : "Depuis un mois, il y avait des grèves permanentes, la tension était palpable et de plus en plus forte. L'ambassade de France donne la consigne de rester chez soi car il est dangereux de sortir. On n'a pas la possibilité d'aller à la banque pour retirer de l'argent et tous les magasins sont pillés. Donc c'est très compliqué pour acheter à manger. Alors si l'on n'a pas fait de provision... Ce n'est pas une situation très rassurante. J'ai craint pour ma vie. En face de chez moi, hier, il y a eu des tirs de l'armée qui ont fait cinq morts. On n'est pas visés. Mais une balle perdue, c'est vite fait."



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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 10:31

A la fin du billet posté le 14 janvier et intitulé Témoignages du samedi 3 janvier 1/4, j'indiquais l'existence de 3 dates pour célébrer la fin de l'esclavage, mais la défense de la dignité et de la liberté humaines dépasse les calendriers. Voici donc les quelques documents complémentaires promis.

D'abord l'adresse du blog de mon ami Laurent qui a filmé quelques minutes de la « fêt caf » de St-Denis : Insulaires.

Quelques extraits en vrac de ce qu'on lisait dans Le Quotidien, Clicanoo/JIR et Témoignages juste après le 20 désanm :

Oui ! à la Fête réunionnaise de la liberté. Non ! à la fête « cafre » ! Parler de fête « cafre », c'est une erreur historique. Le 20 décembre 1848, 62.000 esclaves ont été libérés. Certes une grande majorité venait de la côte d'Afrique, en particulier du Mozambique... mais ils étaient aussi nombreux à venir de Madagascar, d'Asie et de l'Inde. C'est pour cette raison qu'il conviendrait de parler de « Fête réunionnaise de la liberté ».

La culture du "fénoir" éclate en pleine lumière

160 ans après, c'est-à-dire un siècle et demi, nous avons à briser d'autres chaînes :
Celle de la misère,
Celle de la pauvreté,
Celle du chômage,
Celle de l'inégalité des chances,
Celle de la place de chacun de nous dans notre société réunionnaise.
Et surtout les 12 millions d'esclaves vendus, à ce jour, dans le monde... sans compter de nombreux enfants tués au travail forcé.

Il est criminel de la part des privilégiés de notre histoire, des nantis d'aujourd'hui de toujours chercher ailleurs des alibis pour minimiser la vérité historique sur l'esclavage à La Réunion.

160 ans après, notre jeunesse doit connaître l'histoire de ce pays pour s'armer, être forte, pour qu'à l'exemple des anciens, cette jeunesse continue de lever haut la tête et que, demain, elle soit responsable de sa destinée !

Nous avons notre propre personnalité réunionnaise qui est née du choc de nos cultures des cinq continents. Lorsque quelqu'un débarque pour la première fois sur cette île accueillante et foule aux pieds la personnalité du réunionnais, il aura du mal, des difficultés pour vivre avec les habitants de cette île.

L'homme Réunionnais porte en lui les gènes des cinq grandes civilisations du monde

Je fais mienne cette "définition" de la culture réunionnaise de Paul Mazaka, directeur des Affaires culturelles de la Ville du Port : « J'arpente le sentier de mes origines, et à chacun de mes pas se dévoilent : l'Inde, l'Asie, l'Orient, l'Afrique, l'Europe. Ce parcours intérieur me révèle une vérité que nul ne peut nier. L'homme Réunionnais porte en lui les gènes des cinq grandes civilisations du monde ».

32 ans après, "Moali l'Esclave" sera rejoué au stade de la Saline les Hauts par 30 comédiennes et comédiens. Venez nombreux rendre hommage aux esclaves tués, tombés pour notre liberté du 20 décembre 1848 et pour qu'aujourd'hui, nous vivons dans un pays de liberté. Nous ne les oublions pas : Anchaing, Bale, Bamboulou, Cimendef, Cote, Desmalé, Diampare, Dianamoise, Dimitile, Erico, Eva, Fanor, Landy, Latoine, Latouve, Laverdure, Mafate, Manonga, Manzague, Marianne, Matouté, Mazumba, Pyram, Raharienne, Renard, Sambe, Samson, Sarcemate, Sicille, Simanandé, Simangavol, Sankoutou, Simitave, Sylvestre, Tambi, Tangati, Rara, Vave...

« La lutte pour la défense des valeurs culturelles réunionnaises fait partie de notre lutte anti-colonialiste »

Au cours de son intervention, le président de la Région a précisé les raisons qui expliquent la dénomination du CRR en Centre Granmoun Lélé.

La moitié de notre Histoire, c'est ce que représente l'esclavage pour La Réunion, rappelle Paul Vergès. Et les séquelles de ce régime de « violence généralisée » sont encore présentes. Car l'abolition de 1848 n'a pas signifié la fin de la colonisation. Les rapports de force et la structure de la société sont restés les mêmes. Il a fallu encore un siècle de luttes pour opérer un véritable changement structurel avec l'abolition du statut colonial promulgué le 19 mars 1946.
Cela ne fait donc qu'à peine 60 ans que La Réunion a en droit rompu avec la société issue de l'esclavagisme.
Mais ces 60 dernières années ont été marquées par plusieurs réalités. Tout d'abord, les progrès sociaux énormes accomplis depuis 1946 n'ont pas bénéficié pleinement à toutes les catégories de la population réunionnaise. Les descendants d'esclaves et d'engagés sont ceux qui n'en ont pas le plus profité. Mettre fin à cette injustice, c'est une des conditions de la cohésion de la société réunionnaise.
Un autre fait marquant de ces soixante dernières années est la volonté du pouvoir parisien et de ses alliés locaux d'étouffer l'expression culturelle du peuple réunionnais. Le maloya a été interdit pendant plus de 25 ans. Il en a été de même de la célébration de l'abolition de l'esclavage. C'est dans la clandestinité que pouvait s'exprimer cette identité réunionnaise.
Paul Vergès rappelle que l'on a tout fait pour étouffer cette voix. En 1945, l'arbre de la Liberté planté au Barachois est arraché quelques jours plus tard. Le moring est interdit. Le président de la Région se souvient d'un 20 décembre avec Tégor dans sa cour, dans la clandestinité.
Paul Vergès rappelle le mérite de « tous ceux qui, malgré le racisme et la pauvreté, ont lutté ». « La lutte pour la défense des valeurs culturelles réunionnaises fait partie de notre lutte anti-colonialiste », souligne Paul Vergès.
La célébration du 20 décembre par l'Etat et les collectivités est « une victoire des Réunionnais contre l'opression ». Et si aujourd'hui, il est célébré partout, c'est grâce à des Réunionnais comme Granmoun Lélé, Granmoun Baba ou le Rwa Kaf. Ils ont sauvegardé l'essentiel : le maintien du patrimoine réunionnais.
Donner le nom de Granmoun Lélé au CRR, c'est un devoir de mémoire : « ce qui se faisait dans les champs de cannes, nous le faisons publiquement ». C'est aussi pour rappeler que « nous avons dans notre peuple des hommes et des femmes dévoués à notre Histoire, notre identité ». Malgré leur situation sociale difficile, malgré leur pauvreté, ils nous ont donné une part essentielle de notre culture.

Dans le Sud, les kabars, concerts, défilés se sont succédé durant tout le week-end.
A Saint-Louis, le 20 Désanm a débuté sous les couleurs du Théâtre Talipot vendredi soir sur le parvis de la Mairie de La Rivière et s'est achevé par un défilé accompagné de tambours à la ZAC Avenir.
Au Tampon, les festivités se sont déroulées, comme chaque année, à Trois Mares.
Retraite aux flambeaux et défilé avec les associations de moringue, de percussions, etc...
La soirée de danses et de chants s'est terminée chez M. Clovis Sénardière par un grand kabar, où Ti Fock, Gramoun Sello, Simangavol et bien d'autres se sont succédé sur scène.

  • «On nous offrait toute la liberté, tous les droits, tous les devoirs, toute la lumière»

"Le 27 avril 1848, un peuple qui, depuis des siècles, piétinait sur les degrés de l'ombre, un peuple que, depuis des siècles, le fouet maintenait dans les fosses de l'Histoire, un peuple torturé depuis des siècles, un peuple humilié depuis des siècles, un peuple à qui on avait volé son pays, ses dieux, sa culture, un peuple à qui ses bourreaux tentaient de ravir jusqu'au nom d'homme, ce peuple-là, le 27 avril 1848, par la grâce de Victor Schoelcher et la volonté du peuple français, rompait ses chaînes et, au prometteur soleil d'un printemps inouï, faisait irruption sur la grande scène du monde.

 Et voici la merveille, ce qu'on leur offrait à ces hommes montés de l'abîme, ce n'était pas une liberté diminuée ; ce n'était pas un droit parcellaire ; on ne leur offrait pas de stage ; on ne les mettait pas en observation, on leur disait : "Mes amis, il y a depuis trop longtemps une place vide aux Assises de l'humanité. C'est la vôtre".
 Et du premier coup, on nous offrait toute la liberté, tous les droits, tous les devoirs, toute la lumière. [...]

Aimé Césaire - extrait du discours prononcé le 21 juillet 1945 à l'occasion de la fête traditionnelle dite de Victor Schœlcher


  • Le devoir de mémoire

La complexité et les souffrances à la fois physiques et identitaires justifient le devoir de mémoire. Les différentes abolitions sont le symbole des changements de régime et donc de l'évolution des mentalités des gouvernements. La prise de conscience est là pour faire avancer les choses, pour se libérer des chaînes au sens propre et figuré, pour faire se lever les barrières de l'incompréhension. Parler, analyser et comprendre notre passé commun est un acte aux valeurs salvatrices permettant à l'Humanité de panser ses blessures et d'avancer. Le système ainsi mis en place a codifié et planifié les conditions de vie et l'existence même des esclaves.

Hubert Gerbeau, Dominique Ramassamy, Alain Lorraine - centre-histoire-ocean-indien.fr


  • Contre le marronnage, une législation très sévère

À l'aube du 18ème siècle, le marronnage se développa malgré les châtiments publics qui se voulaient dissuasifs : Jean Bengalle qui avait voulu s'enfuir à l'île de France fut fouetté en public par tous les Noirs de Saint-Paul, Henri dût porter une chaîne de 25 livres pendant cinq ans (...). Dans son article 31, le "Code Noir" de 1723 prévoyait pour l'esclave enfui pendant un mois ou plus les oreilles coupées et la marque d'une fleur de lys sur une épaule ; en cas de récidive, le jarret coupé et une fleur de lys sur l'autre épaule ; après une troisième tentative, la mort par pendaison : on comprend que certains marrons aient préféré le suicide (par exemple en se jetant dans les précipices) à la capture. (P.73)

Jean-Marie Desport, Agrégé de l'Université - "De la servitude à la liberté : Bourbon des origines à 1848" - Océan Edition

  • S'affranchir et être fiers de nos ancêtres «Maintenant, il faut s'affranchir. Comment s'affranchir? (...) Mais c'est simple, il faut être fiers, il faut s'affranchir nous-mêmes, qu'on s'affranchisse dans nos têtes, parce que nous sommes l'héritage de nos ancêtres. En étant fiers d'être descendants de ceux qui ont résisté dès le début de l'esclavage, de ceux qui ont tenté de résister, mais qui n'en avaient pas les moyens, parce que le système était tellement coercitif. On dit que les Antillais ont résisté. Pourquoi y a-t-il eu moins de révoltes à La Réunion? Parce que le système était encore vicieux, plus dur, et quand on dit ici que les Africains, les Réunionnais d'une manière générale, descendants d'esclaves ou anciens esclaves, ne se sont pas beaucoup révoltés, qu'ils étaient, eux, résignés, ou que le système était doux, c'est une absurdité, c'est faux. La raison est qu'on n'en avait pas les moyens, pas les moyens d'abord et qu'ensuite, les colons, l'administration coloniale, s'étaient arrangés pour diviser la population. Il n'y avait pas d'homogénéité culturelle.
    Vous avez des Indiens, des Malgaches des hauts plateaux, des Malgaches de la côte; vous avez des Africains, et l'Afrique, c'est un continent. Vous avez des Indiens du Nord, du Sud, vous avez des esclaves malais qui ont été emmenés ici. Ces groupes ne pouvaient véritablement pas se souder et le maître a entretenu la zizanie entre ces différents groupes, ce qui fait qu'ils ont vécu l'oppression, l'asservissement, cette nouvelle forme de servilité jusqu'au colonage, et dans la tête, pour beaucoup, cela continue. Nous continuons à vivre ce que j'ai appelé "les rémanences de l'esclavage". L'esclavage est terminé, juridiquement, - je parle du système traditionnel-, mais les images sont encore là. Alors il faut chasser ces images, et à mon avis, ce que nous faisons aujourd'hui et ce qu'il faut continuer à faire, ce qu'il faut faire surtout pour nos enfants est nécessaire pour se sentir comme des citoyens égaux et fiers d'être Réunionnais». (P.44)

Sudel Fuma, Docteur d'état, maître de conférence à l'Université de La Réunion - "Esclavage et colonisation" - Texte du colloque du 13 juin 1998 - Le Port, Centre de l'Image "Antoine Roussin" Commission Culture Témoignages

KAN Sarda l'ariv de Frans
Soidizan po libér anou
Nout tout zésklav la reprann konfians
La anbras la tér, la mars aznou

Ton zoli kozman la trinn anou
Dan la bou

Toué la di fé pa dézord
Dofé dann kann sa la pa bon
Sien mésan va pèrd lanvi mord
Mové mèt va ni bon patron

O Sarda toué la roul anou
Ton zoli kozman trinn anou
Dan la bou

Si la tér groblan ziska zordi
La klos i sone ansanm Véli
Po apèl zésklav konm dann tan lontan
Madam Débassyns lé ankor vivan
O Sarda toué la roul anou
Dan la bou

Zordi zésklav dokèr dann por
Zésklav mason in pé partou
Non lésklavaz lé pa bien mor
Sarda Garriga, toué la roul anou.

Axel Gauvin



l'esclave enchaîné

Dans le cadre de la commémoration du bicentenaire de la Révolution française en 1989, Jean-Claude Mayo, artiste sculpteur, d'origine réunionnaise, a réalisé une oeuvre à partir des ducs d'Albe de l'ancien embarcadère du bac de Mindin devant l'Eco-musée de Saint-Nazaire. Elle se compose de parties en bois pouvant suggérer les membrures d'un vaisseau négrier. Trois personnages en bronze soulignent les étapes de l'abolition de l'esclavage. 

l'esclave qui lutte pour sa libération (photo : écomusée)

l'esclave libéré qui regarde l'avenir

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 08:52
source : émission Empreintes France 5, 9 novembre 2007

« nègre je suis, nègre je resterai ! »

Le 17 avril prochain, il y aura un an qu'Aimé nous a quittés. A 94 ans. Les rényonés apprécient la poésie de Césaire alors même que la notion de négritude laisse de côté leur part asiatique. Les luttes pour l'émancipation ignorent les frontières et la commémoration de l'abolition de l'esclavage le 20 décembre s'appelle même « fête caf » à Saint-Denis (voir billet suivant)

Le 30 juillet dernier, dans mes 25 kgs de bagages, je n'avais pas oublié l'oeuvre poétique volcanique de ce nègre fondamental. Peut-être parce que j'entends encore mon grand-père et parrain danois exilé aux Etats-unis, en Espagne puis en France dire : « nous sommes des nègres blancs ».


Depuis Akkad depuis Elam depuis Sumer


Eveilleur, arracheur,

Souffle souffert, souffle accoureur

Maître des trois chemins, tu as en face de toi un homme qui a beaucoup marché.

Depuis Elam. Depuis Akkad. Depuis Sumer.

Maître des trois chemins, tu as en face de toi un homme qui a beaucoup porté.

Depuis Elam. Depuis Akkad. Depuis Sumer.

J'ai porté le corps du commandant. J'ai porté le chemin de fer du commandant. J'ai porté la locomotive du commandant, le coton du commandant. J'ai porté sur ma tête laineuse qui se passe si bien de coussinet Dieu, la machine, la route - le Dieu du commandant.

Maître des trois chemins, j'ai porté sous le soleil, j'ai porté dans le brouillard j'ai porté sur les tessons de braise des fourmis manians. J'ai porté le parasol j'ai porté l'explosif j'ai porté le carcan.

Depuis Akkad. Depuis Elam. Depuis Sumer.

Maître des trois chemins, Maître des trois rigoles, plaise que pour une fois - la première depuis Akkad depuis Elam depuis Sumer - le museau plus tanné apparemment que le cal de mes pieds mais en réalité plus doux que le bec minutieux du corbeau et comme drapé, des plis amers que me fait ma grise peau d'emprunt (livrée que les hommes m'imposent chaque hiver) j'avance à travers les feuilles mortes de mon petit pas sorcier


vers là où menace triomphalement l'inépuisable injonction des hommes jetés aux ricanements noueux de l'ouragan.

Depuis Elam. Depuis Akkad. Depuis Sumer.

 

Aimé Césaire

Soleil cou coupé (1947)

p188 Seuil, ed 2006


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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 22:05




cette scène se déroule dans l'Est de la Réunion, au tout début du XIXè s, devant un moulin à roue hydraulique ; des esclaves dansent au rythme du Séga, musique et danse traditionnelles proches des danses rituelles afro-malgaches

Ce moulin permettait d'obtenir du jus de canne frais que l'on appelait, une fois fermenté, "vin de canne" ou "fangourin"
lithographie de JB Debret 1834


nombre de condamnations entre 1834 et 1937

un planteur entêté

consignes dans les années 50






Aux Antilles, une part importante des cannes est réservée au rhum agricole (1ère pression, taux d'alcool élevé). A la Réunion, l'essentiel du rhum produit ne vient pas du jus de canne (le vesou), mais de la mélasse, il est "traditionnel". Le vesou, avant d'être distillé, s'appelle fangourin. production en 2004 : 4 millions de litres.








S'en tenir au musée de Stella Matutina pour se faire une idée de l'avenir de la culture de la canne à sucre à La Réunion ne suffit pas. Lorsqu'on lit la presse locale pendant 6 mois, on se rend compte que la mondialisation nourrit beaucoup de craintes sur l'avenir de la filière canne. Certains présentent le recul de cette culture comme inévitable :

  • La part des terres cultivables consacrée à la canne (26000 ha sur les 45000 ha de la surface cultivable) serait trop élevée. Le prix du m2 empêcherait de construire des logements et des routes alors que le taux de natalité est élevé et que les embouteillages font rage

  • Les prix mondiaux et la concurrence de la betterave empêcheraient à l'avenir le sucre réunionnais d'être compétitif

Mais la majorité des rényonés, attachés à leur canasuc, misent sur la qualité du sucre de canne réunionnais et des produits dérivés. La canne fait partie de l'identité réunionnaise, elle représente 17000 emplois. L'objectif est de passer à 50000 ha cultivables dont 30000 en cannes. La sucrerie de Gol (St-Louis) et celle de Bois rouge traitent chacune environ 1 million de tonnes de canne. [Production mondiale de sucre autour de 160 millions de tonnes (gros exportateurs : Brésil, Australie, Cuba, Thaïlande)]

Voici un résumé du gros dossier de la revue Témoignages qu'on trouve dans le site de cette revue :

Pendant plus d'un siècle, on a privilégié la valorisation de la canne en fonction des besoins de l'Europe. Aujourd'hui, les planteurs ne bénéficient pas d'un juste prix des richesses tirées de la vente du sucre et des produits dérivés de la canne. C'est pour répondre aux exigences de l'OMC que l'Union européenne a décidé en 2006 de baisser le prix du sucre. A compter de 2009-2010, cette baisse est de 36% par rapport au prix de 2006. D'où la décision de l'UE et du gouvernement français de venir en aide par des subventions (l'Etat peut subventionner jusqu'à 90 millions d'euros par an les filières cannes de La Réunion, de la Martinique et de la Guadeloupe). Ces aides sont assurées jusqu'en 2014. Mais l'OMC continue sa pression pour qu'après 2014, ces subventions soient définitivement supprimées. L'Europe et la France céderont-elles ?

Au cours des dix dernières années, avec la valorisation de la mélasse et de la bagasse, les gains de productivité ont davantage profité aux usiniers qu'aux planteurs. L'Economie de La Réunion datée du 4ème trimestre 2002 évaluait ainsi la productivité de la filière en 1998 : 80% viennent des sucres (vrac et spéciaux), 10% la mélasse (le rhum) et 6% la bagasse (qui fournit 1/6ème de l'électricité consommée sur l'île). Or, pour ces deux derniers produits, le planteur ne touche rien ou pas grand chose.

La canne à sucre offre des possibilités qui restent à valoriser à La Réunion : papiers, cartons, isolants thermiques, panneaux agglomérés, films, textiles, culture de micro-organismes (levures, bactéries...), acides, plastifiants, revêtements protecteurs ou adhésifs, cosmétiques, cires, graisses, bioéthanol, fertilisants et herbicides biologiques.

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 20:56

Machine à vapeur Corliss

constructeurs : Compagnie Fives-Lille

Année 1925

diamètre 910 mm

puissance 12000 cv

vitesse 60 tr/mn

course 1520 mm

pression d'admission 8 bars/190°C

contre pression 0,6 bar


La visite du musée de Stella Matutina à Piton Saint-Leu commence par ces machines à vapeur qui fonctionnaient pendant la première moitié du XXè siècle.



Au cycle annuel culture-coupe-extraction du jus de canne-sucre se superpose une histoire qui va du moyen âge à 2009.



 


 




les européens découvrent la canne lors des croisades en Palestine

tout au long du moyen-âge ils transforment les îles méditerranéennes en "îles à sucre"

ce sucre que l'on nommait alors "poudre de Chypre"

miniature du XVè encre et gouache  Modène  Italie







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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 13:54

On m'a dit en métropole au début du mois que le créole envahit mes mails et qu'on comprend de moins en moins ce que j'écris. Les quelques mots de créole que j'avais donnés dans le billet du 24 août sont donc devenus très insuffisants. Pour remédier à la situation, je vous offre un petit lexique, incomplet certes mais c'est mieux que rien. Pour les noms, il faut savoir qu'il n'y a pas de genre. C'est toujours un ou le.  

babafig = fleur de bananier

babouk = araignée

batay-kok = combat de coqs

bébèt bondié = coccinelle

bébèt larzan = scarabée

béko = bisou

bertel = hotte plate en vacoa tressé

bonbon la fès = suppositoire

bougg = homme

bourik = âne

bred = feuilles diverses (chouchou, cresson, cœurs de citrouille, pariétaire, morelle, lastron, chou de chine, songe)

brinzhel = aubergine

daborin = premièrement

dada = grand frère

dalon = copain

danfon laba = très loin

dantel-lakaz = lambrequin

dodo = bière de la Réunion

ek = avec

fanm-toussël = mère célibataire

farfar = grenier

fer dantel = frimer

ferblan = bidon

flèr soley = tournesol

fouké = puffin

fourmi gran galo = fourmi à longues pattes

gardien dlo = libellule

gato patat = gâteau à base de patates douces

gouté = petit-déjeuner

gramoun = personne âgée

gran koudvan = cyclone

GSM = téléphone portable

kabri = chèvre

kanbar = igname

kapïshon = imperméable

karo = fer à repasser

koté soulié = chaussure

koté zië = œil

kotonmili = coriandre

koudsek = petit verre de rhum

kouvertur péi = fille pour la nuit

kozman = paroles

kroizé-shëmin = carrefour

labriz-lamer = vent diurne

labriz-later = vent nocturne

landormi = caméléon

lëgrin = lentilles/haricots secs/pois

lontan = autrefois

mâl kabri = bouc

marmay = garçonnet ou fillette

marmay-koméla = la jeunesse actuelle

massalé = mélange de coriandre, cumin, girofle, piment, poivre

modiss = couturière

mon gaté = mon kaf = mon noi = ma chérie, mon chéri

mous a mièl = abeille

nafer = affaire

nassion = ethnie

palto = veste

panié-salad = voiture de police

papié kabiné = papier de toilette

pié fig = bananier

pié filao = filaos

pié salad = laitue

piedboi = arbre

piédri = bon parti, fonctionnaire qui subvient aux besoins de son conjoint

pilon = mortier

poud-savon = lessive

rékin = prostituée

roké = bonchien

roulèr = tambour

safran = curcuma

sanpié = scolopendre

sapèl malbar = temple tamoul

savat doidpié = tongues

shatmaon = renard

shatt = moumoute

shoushout = sexe de la femme

sokolatine = pain au chocolat

somin' nfèr = roulé à la confiture

tanp sinoi = temple bouddhiste

tantine larou = fille qui drague les hommes possédant une voiture

tas kodind = tâches de rousseur

ti gaté = câlin

ti poul = poussin

tisuis = fromage frais

vitman = rapidement

zamal = pantagruélion

zano = boucles d'oreilles

zëyë malbar = œillet d'Inde

zhako = singe

zhet son kor = se suicider

zorey = français de métropole

zourit = poulpe


davantage de vocabulaire : le petit réunionnais


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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 18:27
j'aime ta couleur café (gainsbourg)

Le Café

Louis-Antoine Roussin, Album de La Réunion, 1886, lithographie en couleurs St-Louis MFMC
p2 de couverture du catalogue de l'expo

coffea arabica
deborah roubane d'après michel garnier huile sur toile 44 X 55 cm St-Louis MFMC p2 du catalogue et  site de la région

Au moment d'écrire ce billet sur la petite expo qui a lieu jusqu'au 30 juin au musée des arts décoratifs de l'Océan Indien à Saint-Louis : « Le café à Bourbon  1708-1946 des origines à la départementalisation », je me rends compte que je connais bien mal la boisson préférée de Balzac et qu'Internet doit inventer le parfum et le goût numériques rapidement.

Café est un de ces mots qui, avec hôtel et taxi, sont utilisés chaque jour dans tous les pays avec ses variantes café con leche, caffè, Kaffee, coffee, koffie, café sketo/glyko etc. Non seulement le mot désigne cette boisson consommée en quantité considérable (deuxième bien de consommation échangé dans le monde, derrière le pétrole et avant le charbon, la viande, le blé et le sucre) mais il désigne aussi un lieu symbole de convivialité.

Les dictionnaires nous apprennent que le mot arabe "qahwa" (قهوة), désignait cette boisson provenant de la province de Kaffa, se transforma en "qahvè" en Turquie puis "caffè" en Italie et en kawa dans l'argot français.

Il était/est interdit de prendre des photos dans l'expo et je crois deviner pourquoi : beaucoup de documents et d'objets sont des prêts provenant de contrées lointaines : Guadeloupe, Brésil, Annam, Tonkin, Nouvelle-Calédonie, Madagascar, Lorient, Nice. Le transport, les assurances, la réalisation des vitrines ont dû coûter déjà très cher pour cette expo gratuite. Il était donc sans doute compliqué de payer des droits de l'image aux prêteurs. Comme j'ai expliqué à l'entrée que pour faire un peu de publicité à cette expo réussie je scannerais 2 ou 3 gravures du catalogue, vous aurez quand même droit à quelques illustrations. Je me rends compte que les journaux locaux n'ont mis eux aussi qu'1 ou 2 photos : que ce soit une incitation pour tous à aller voir l'expo elle-même.

D'ailleurs j'ajouterai quelques photos pendant l'année à l'occasion : caféiers lorsque je serai à Diego-Suarez en mars, objets liés à la culture, à la torréfaction, à la cérémonie du café dans les musées de l'île etc  Je pense en particulier au musée de Villèle et au musée des métiers lontan de la plaine des grègues car une grègue, en créole, c'est une cafetière (en breton aussi je crois). Je proposerai l'achat du remarquable catalogue par le CDI de mon lycée.

L'expo est d'une grande diversité : herbiers, huiles, aquarelles, cartes postales anciennes, registres du XVIIIè s., cartes, bornes à parfums, meules, mortiers, pilons, tarares, grilloirs, épices, cafetières, verseuses, moulins, services à café (porcelaine), accessoires pour le sucre

Comment oublier que pendant toute mon enfance, j'ai été réveillé chaque matin par l'odeur du café que ma mère moulait avec un moulin à manivelle ? que ce moulin n'a été remplacé par un engin électrique que depuis peu d'années ? Qu'à 78 ans, elle continuait d'aller en bus acheter son café en grains de l'autre côté de la ville de Tours, à 6 ou 7 kms, chez le torréfacteur « La Cafetière » où mes grands-parents s'approvisionnaient déjà dans les années 40 et 50 ?

Dimanche 1er février, à 14h30, aura lieu une torréfaction à l'ancienne et une dégustation (gratuite) avec du café récolté dans la caféière.


Deux grandes parties dans cette expo :

I/ Aspects botaniques, historiques, agronomiques et paysagers

  1. le temps des savants

- distinctions entre les différentes appellations : café arabique, moka, péi, Bourbon rond, indigène, marron, sauvage, Leroy, Bourbon pointu

- les herbiers, le travail de Linné, Diderot (il a rédigé l'article Café de l'Encyclopédie), Lamarck, Antoine Galland (le traducteur des 1001 nuits), Jussieu (qui présente son « Histoire du café » à l'Académie des sciences en 1715).

  • - Dans la première moitié du XVIIIè, les puissances européennes parviennent à briser le monopole commercial détenu par le Yemen et l'Arabie en se lançant dans la culture du café dans leurs colonies. Pour la France, ce sera l'île Bourbon, malgré la difficulté pour les navires, d'y accoster.

    2. le temps des sultans

  • de la cueillette des baies sauvages à la culture du caféier

  •  les routes commerciales du Yemen vers le monde islamisé

  • Surate et Moka

  • les circuits de distribution de café vers l'Europe

  •  Marseille et le café du Levant

  1. Le temps des plantations coloniales

  • la compagnie de St-Malo

  • plantation des 3ers caféiers à Bourbon

- pratiques et techniques de la culture du café

- préparation des grains en vue de leur commercialisation

4. Le temps des espoirs et des déceptions

- ressourcement yéménite

- lutte contre les animaux et les maladies

- coopération scientifique internationale


II/ De la préparation à la dégustation du breuvage

3. L'outil à moudre

meule à grains, mortier, moulins à café, moulins broyeurs à épices et à céréales, moulins industriels

2. La préparation du café

modes de préparation aux XVII et XVIIIè

usages pharmaceutiques

la décoction ou café à la turque

l'infusion

les boissons exotiques et sucrées

l'eau chaude

la cafetière à filtre incorporé

3. Manières de boire

des ustensiles pour servir le café

gobelet, tasse, coupe

présentation du sucre

les services à café


départ des esclaves pour la récolte du café (1883)

page 53 du catalogue


Après la cueillette ou l'égrappage, le séchage consiste en une série d'opérations compliquées qui se font à la main dans la plupart des pays producteurs. Il faut retirer la partie charnue qui enveloppe les fèves par séchage et ratissage pendant quelques jours. Pour obtenir le café vert, il faut ensuite débarrasser les cerises de café de leur coque. Décortiqués, les grains de café vert sont alors vendus. Arrivés à destination, les grains sont torrefiés (fortement chauffés, on parle aussi de brûlage ou de grillage), ce qui développe leur arôme et leur couleur foncée. Ils sont ensuite moulus. La finesse de la mouture est essentielle à la qualité de la boisson. Plus l'exposition à l'eau brûlante est courte, plus la mouture doit être fine pour libérer rapidement les arômes alors que si le contact avec l'eau est prolongé, la mouture doit rester plus épaisse pour éviter de produire un café trop imprégné, au goût fort et amer.


Récole du café à l'île Bourbon

Jean-Joseph Patu de Rosemont, aquarelle sur papier, vers 1800

page 58 du catalogue

Très torréfié à ses débuts, le café bourbon, amer, se consommait très chaud et sucré. A la grande époque du café (XVIIIè) a succédé la grande époque de la canne à sucre (XIXè). Il était logique qu'après avoir rendu visite au café avant-hier, j'aille au musée du sucre, à Stella Matutina, hier. Aurai-je le temps de vous mettre en ligne un article sur la canne, le sucre et le rhum demain : peut-être mais pas sûr. Disons lundi au plus tard.

séchage au Tampon vers 1830

page 97 du catalogue

Saint-Denis, archives départementales, p95 du catalogue

Retour du travail, le soir, 1848

adolphe potemont, lithographie sur papier bleu

p47 du catalogue

photo publiée dans la revue Témoignages

REVUE DE PRESSE

Saint-Louis Le Domaine de Maison Rouge accueille le "Café à Bourbon"


DANS tout l'Outre-mer français, le domaine de Maison Rouge est le dernier domaine caféier du début du 18ème siècle à avoir gardé l'intégralité des traces au sol de son implantation primitive avec son cortège de bâtiments annexes et celles de ses développements successifs. Il était donc légitime que la salle d'exposition de ce lieu chargé d'histoire accueille la première grande exposition du MADOI, consacrée au café à Bourbon. L'enjeu n'était pas de conter l'histoire économique d'une culture pour laquelle de nombreux auteurs émérites ont déjà abondamment écrit, mais plutôt de s'enquérir de l'histoire agricole de la caféiculture à Bourbon. « Cette exposition retrace l'épopée du café depuis les premières graines venues d'Ethiopie. De la botanique des différentes espèces cultivées à La Réunion et de l'invention de la caféiculture à travers les instruments et outils, tels que la grègue, le moulin, etc... pour le torréfier jusqu'à la dégustation du breuvage. L'art de la table est également présent avec les services de porcelaines de Chine », explique le conservateur du MADOI, Thierry Nicolas Tchakaloff. Ce sont les anciennes écuries du domaine qui accueillent l'exposition.

« Enjeu historique, culturel et touristique » 

Notons que la totalité du site de Maison Rouge est protégée au titre des Monuments Historiques. Le MADOI est labellisé Musée de France. L'ensemble des collections, placées sous la tutelle scientifique de Monsieur Thierry Nicolas Tchakaloff, conservateur habilité par la Direction des Musées de France, comprend un fonds de près de 2.000 numéros (mobiliers, textiles, métaux, céramiques et objets d'art).
SP 

Infos pratiques
Exposition ouverte du 20 décembre 2008 au 30 juin 2009 : Du mardi au vendredi : 9h30 à 12h30 et 14h00 à 17h30, Samedi après midi : 14h00 à 17h30 Le premier dimanche de chaque mois : 14h00 à 17h30
(Fermée 25 décembre et 1er janvier)
Visite de la caféière sur inscription préalable obligatoire. Accessibilité aux personnes à mobilité réduite assurée. Médiateur présent pendant les heures d'ouverture. Visite scolaire encadrée par un animateur culturel (RDV obligatoire).

vidéo dans laquelle monsieur Tchakaloff, le conservateur, présente l'expo

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