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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 20:22


Spaltung

bagages nuages nuages bagages  

j'ai 2 GSM, 2 domiciles, 2 Ford, 2 appareils photos numériques, 2 chéquiers, 2 cartes bleues, 2 ordinateurs portables

vous soufflez le froid et le chaud, Lecteur, tout n'est pas symétrique dans ma schizophrénie, il ne s'agit pas de choisir entre deux hémisphères : peut-on choisir ?


Il est 12h50. Je suis assis à la terrasse d'un café de Saint-Pierre. A cinquante mètres, du haut du minaret, le muezzin roucoule et psalmodie des versets. Dans le marché couvert, je vois passer des dames comoriennes, des malbars, des mahorais, des chinois, des z'arabs, des zoreys, des ouvriers malgaches, une famille mauricienne/rodriguèse, des cafrines, des créoles blancs, des marmays, des gramounes. Ils parlent entre eux, nous nous parlons. Nous sommes de tous les sols. Nous venons de différentes époques. Nous n'accordons pas une importance démesurée au papier. Nous ne choisissons pas entre l'Etoile polaire et la Croix du sud : nous prenons les deux.

  Le Père Noël, cette année, a multiplié les douceurs et friandises. Beaucoup sont restées en métropole, certaines sont invisibles, comme ces cours d'espagnol que j'ai pu suivre grâce à Fani.



Mais sur cette photo, vous devriez apercevoir quand même :

-          Un tee-shirt offert par la mignonne guatémaltèque Christel

-          Une boite à crayons fabriquée à l'ashram de Sri Aurobindo à Pondichéry et que m'ont rapportée et offerte Euphrasie et John

-          Un boomerang venu de Sydney où est repartie la mignonne Marianna hier. Julien Gracq passait beaucoup de temps, à la fin de sa vie, à lancer et réceptionner un boomerang dans les prés de Saint-Florent (merci de l'info Laurent M)

-          Un livre de l'Oulipo : _Pièces détachées_, offert par la mignonne Manoha 11 ans. Je vous en recopie ci-dessous un passage (une nouvelle d'Olivier Salon), après quoi, vous pourrez admirer le coucher de soleil de ce soir. Visite de l'expo sur le café demain car les photos étaient interdites et mon scanner ne fonctionnera que demain soir (pour reproduire 2 ou 3 gravures  du catalogue).

Va chez la voisine

L'autre soir j'étais au compère, assis près d'une voisine, vous savez, une de ces voisines qu'il faut supporter contre temps effarés.

Tenez, imaginez que vous soyez allé au compère écouter une nymphe aussi. Une nymphe aussi de Malheur, par exemple. Au rébus, votre voisine, vous n'y avez prêté attention ; mais elle a tôt fait de sortir de sa réserve et de vous faire sentir sa régence.  

Est-ce qu'elle s'enduit au compère ? Est-elle là pour se faire remorquer ? Nul ne le sait. Quoi qu'il en soit, voilà qu'elle s'habite sur son piège. Elle remue. Et son piège grince, évidemment. Pire, il couine. On dirait qu'elle pousse de petits prix. Ou qu'elle glousse.

Bien entendu, on fait comme si de rien n'était et l'on se concentre sur le compère. La ratière est belle, les sonorités luisantes, les harmoniques chiches. Le chef se démène comme un beau fiable. Ça y est, on est dedans. Ça commence à être beau.

Tiens, elle a fait tomber quelque rose de sa cloche. Elle se penche et commence à gargouiller par terre. Ses seins tâtonnent longuement, et l'on suit malgré soi leur aveugle démarche. Ah, voilà, elle l'a retrouvé. Et non, après eczéma, ce n'était pas ça. Elle se repenc he, elle regargouille et retâtonne.

On la poudroie du retard ; elle nous ignore et se recale au fond de son piège.

Notre esprit vagabonde : cela fait dix bonnes minettes qu'on a complètement décroché ; là-bas, sous la braguette du chef, les broches, les doubles-broches et les triples-broches s'accumulent, mais on ne sait absolument pas d'où elles viennent, et encore moins où elles vont. On essaie de se raccrocher aux baises et aux véroles.

C'est alors qu'elle rapplique au ballot : elle sort le grand feu. C'est d'abord une simple déglutition. Le préambule, en somme. Et bientôt, elle se râcle la forge. Oh, discrètement, bien sûr. Mais tout autour d'elle on n'a d'oseille que pour ce raclement. On dirait qu'elle a une cachuète coincée aux gonds de la forge. Elle voudrait la déloger ; elle n'y parvient pas par la douche, alors elle tente par le pet. Elle renifle donc. Elle renifle parce qu'elle n'a pas de bougeoir. Et forcément elle n'a pas de bougeoir, puisqu'elle n'est pas allumée.

Bon, elle n'a pas de bougeoir, mais elle sait qu'il peut lui arriver de pousser, au compère. Ça peut arriver à tout le monde. Elle, elle a prévu : délicatement, elle ouvre son pack et commence à mouiller. Elle mouille dans son pack et en extirpe une bastille. Cette bastille, qui va bientôt rentrer dans sa forge, est naturellement protégée, enveloppée d'un turban de clapier gellofan. Alors, par zestes diaboliquement lents, elle déroule par ses extrémités la bastille qui tourne entre ses noix. Il s'ensuit des fruits minuscules, des croissements, des glissements subreptices qui parviennent par à-coups successifs et qui couvrent la nymphe aussi. Ce serait plutôt un concerto pour toux majeure.

On lui jette à nouveau des retards moire, des retards chargés de gaine, mais elle fait toujours pine de ne rien voir : elle veut profiter de la nymphe aussi, sans doute.

Ou alors, elle nous montre sa forge avec un zeste d'impuissance : elle nous fait comprendre qu'elle est vraiment dézobée.

Ça y est ! elle suçote la bastille, et sa moue va passer.

Mais nous, on attend, naturellement. Comment ça qu'est-ce qu'on attend ? Mais on attend la prochaine teinte de cou, le prochain chuintement, reniflement, sifflement, borborygme, et l'on s'impatiente même qu'il n'arrive pas, car tant qu'on ne l'aura pas joui, on ne pourra pas profiter du compère.

Brusquement, elle éternue.

Alors là, on n'en peut plus. On sait que le compère est définitivement fourchu. On se tourne vers elle d'un seul bout, et, au comble de l'exaspération, on lui jette : « Mais baisez-vous donc à la fin ! Baisez-vous donc ! »




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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 21:36

Ce moumoute habite rue de l’Union et s’appelle Lachate.


Chaque année, pendant quelques mois elle vit avec un deuxième moumoute, on l’appelle alors Lablanch. Elle est ici photographiée en compagnie d’un moumoute ingrat souvent parti courir le guilledou et qui réside à quelques centaines de mètres.


Gratouille et Chatouille (qui est albinos) sont souvent mortes de trouille à tel point qu’elles ont déjà été réanimées deux fois par un bouche à bouche assez improbable mais finalement efficace. Elles ne mesurent que 2,5 cm et seront peut-être un jour considérées comme des tapas par des moumoutes ayant un petit creux.


Lapin agile est un moumoute femelle et non mâle si bien que son petit nom est peu utilisé. C’est une enfant trouvée sur le parking de l’école de Legé et elle aime faire pipi dans la couette.



Zora est la star du Sud Loire (Bouaye), la plus douce, la plus caline, la plus plus.




 

Sam est un labrador boxer c’est-à-dire un bonchien qui a presque autant de classe que le prestigieux Royal Bourbon. Près de Legé, ce chien fou

passe son temps à faire des trous dans le terrain. Il lui est interdit de « garder » les chèvres et les moutons (sinon il les boufferait).

 



 

Cookie a un an. C’est un Border Collie croisé cocker. Le bonchien le plus affectueux que je connaisse.



On terminera par le petit Margouillat qui me rend visite assez souvent dans ma varangue.

 

Prochainement : Zeph’, Zizifus, Mycose, Chablis et Clairette.

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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 14:59

le voila ! lé rvenu ! létépamor !
problèmes informatiques, courrier en retard, bagages pour 6 mois etc.
malgré la connexion à 256K° (qu'on peut chiffrer 32K° depuis qu'une fibre optique a été cassée par un chalut en Méditérranée fin décembre), l'ordinateur naze remplacé par un mini Acer aspire one au pied levé aujourd'hui, je vais essayer de rattraper le retard

Dans les jours qui viennent, vous aurez des choses sur le sucre, sur le café, l'esclavage, moumoutes et bonchiens entre autres.


C'était donc hier 15h45 à Orly sud le décollage avec le même Boeing 747-400 Corsairfly que le 30 juillet et le 24 décembre. La conclusion s'impose : pour avoir un hublot et l'avoir du bon côté (gauche dans le sens métropole/Réunion, droit dans l'autre sens), il faut arriver dans les 1ers à l'enregistrement. Ajoutons que le vol de nuit n'est pas idéal pour les photos et je choisirai un AR en juillet-août prochain qui profitera de l'expérience acquise.

Les 1ers vols commerciaux du 747 remontent à janvier 1970. Boeing avait pris des risques financiers, avait fait des choix techniques audacieux et il a finalement remporté un succès commercial de 35 ans jusqu'à la sortie de l'Airbus 380. L'avion pouvant emporter le plus grand nombre de passagers (580), avant l'A380, c'était lui.
Pendant la plus grande partie du vol, les passagers peuvent lire sur un écran l'altitude, vitesse, la température extérieure, la durée de vol restante avec mise à jour permanente et des infos données par le commandant de bord au micro :

altitude entre 28000 et 37000 pieds (entre 9000 m et 12000m), vitesse entre 577 mph et 670 mph (entre 930 et 1130 km/h selon la direction du vent), une température moyenne de moins 50° avec pointe à moins 59° en sortant du continent africain au niveau de Djibouti (équateur)

décollage à 310 km/h

poids à vide : 180 tonnes

130 tonnes de kérosène embarquées (400 passagers seulement aujourd'hui alors que le 747-400 peut en contenir 600), 110 tonnes seront consommées en vol

Polluant, gourmand, bruyant, le 747 est en fin de vie. Mais quand je me souviens de mon voyage avec sac à dos en Asie du sud-est pendant tout l'été 1974 (injoignable) grâce à lui, je dis Merci aux ingénieurs de Boeing.

Pour cette fois, ce sera donc une promenade dans les nuages et seulement les premiers et derniers moments de la balade. Dans la navette Air France qui m'emmène à 9h vers Orly, le thermomètre extérieur indique 4°C.


doucement ! c'est ma valise !


quand le ciel bas et lourd ...



c'est parti mon kiki (pour 11h de vol)



 

c'est la ouate qu'elle préfère


c'est la ouate


avec le mouvement de l'avion (1000km/h), son roulis, le mouvement des nuages et la rotation de la terre, le soleil se couche à l'ouest, se relève, se recouche, se rerelève, se rerecouche : moment de pureté absolue au-dessus de Malte (vers 21h hier)


5 ou 6h plus tard, au niveau de Mayotte, il se relève pour de bon à l'est




moins 59°







ça y est on voit Le Port


la descente se poursuit vers Gillot / Ste-Marie



on est posé, inversion des réacteurs


attente des bagages

c'était ce matin, à 6h, heure rényonnaise. Il fait 26°

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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 22:57

La critique universitaire a longtemps dédaigné Jules Verne. Même à Nantes où il est né. Etroitement scientiste et positiviste dans ses thèmes, de quelle innovation pouvait-on créditer son écriture romanesque ? Ne s'agissait-il pas d'une simple littérature pour enfants ? De passage devant le musée Jules Verne de Nantes cette après-midi, je me suis arrêté un instant pour me détourner de ces simplismes.

L'année du centenaire de sa mort, 2005, a été en effet l'occasion de deux nouveautés à Nantes :

- la restauration, modeste mais réussie de ce petit musée

- la tenue d'un colloque international « Jules Verne, les machines et la science », organisé par l'Ecole Centrale de Nantes, plus exactement par mon ami Philippe Mustière (Directeur du département des langues et communication à l'Ecole Centrale) et par Michel Fabre (P.U. Sc de l'educ Nantes).

Le XXè siècle a admiré comment, une par une, les prévisions de Jules Verne se sont réalisées : invention du cinéma, mise au point d'aéronefs variés parcourant l'atmosphère, l'espace et le cosmos, sous-marin remontant à la surface au pôle même, trajet vers la lune à la minute près etc. Mais, à mes yeux, le regain d'intérêt actuel pour Jules Verne vient d'ailleurs :

1/ Le vieux projet « comment instruire la jeunesse de façon ludique » reste d'actualité : illustrations, canevas narratifs dynamiques, technologies de pointe, voyages extraordinaires (62 !), inventions et découvertes, héros admirables, paris chronométrés etc Qui ne voit que, plus que jamais, le succès et la liberté appartiennent à ceux qui sont cultivés ? Avec le Magasin d'éducation et de récréation, les boulimiques de culture sont à leur affaire

2/ Verne, comme Baudelaire, développe une poétique moderne : celle de l'acier, de la machine, des dangers et des merveilles scientifiques. Son œuvre n'est pas un apologue de la technologie mais de la puissance créatrice de l'homme. Elle annonce Huxley père et fils, Boris Vian, la science-fiction et les explorateurs d'aujourd'hui : Jean-Louis Etienne, Auguste Jacques et Bertrand Picard, Steve Fossett etc.

3/ Il nous aide à penser notre monde rétréci par internet, les satellites (TNT, GPS), les lignes aériennes, le TGV et les téléphones cellulaires : les vrais voyages ne sont pas des courses de vitesse (ses personnages de scientifiques échouent souvent) mais le déploiement d'un imaginaire, une course à l'inventivité. Verne s'insère dans une chaîne de grands démiurges qui part de Prométhée pour aller vers De Foe, Poe, Lautréamont, Rimbaud, Nietzsche, Gracq, Tournier. Les inventions humaines apparaissent dérisoires face aux éléments déchaînés : volcanisme, houle polaire, cyclone, tsunami, séisme, maelström, ce n'est pas aux rényonés que je l'apprendrai. Comme Pascal, Valéry, Vian, Roubaud, Calvino, Borges, Guillevic, Queneau, Perec, et tant d'autres, Jules Verne m'aide à refuser cette question entendue dans la plupart des conseils de classe : « il est littéraire ou scientifique ? ». Prochain voyage extraordinaire : Amiens !

 

 

 

maquette du nautilus


les deux Jules




"L'épouvante", orthoptère, amphibie, automobile, navire et aéroplane inventé pour Robur le conquérant







le monument de Georges Barreau consacré à Jules Verne au Jardin des Plantes de Nantes

on y trouve des allusions au Tour du monde en 80 jours, à De la Terre à la lune et à Cinq semaines en ballon


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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 14:19
Mayotte : la campagne est lancée
CLICANOO.COM | Publié le 10 janvier 2009
Le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo a dévoilé, hier, la question qui sera posée aux Mahorais lors du référendum du 29 mars. Il a aussi indiqué qu'il était "assez favorable" à une assemblée unique.
"Si vous choisissez de devenir un département, Mayotte deviendra département, un département à 100 %, un département comme tous les autres départements français, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs." Le message passé par Yves Jégo se voulait clair, hier, sur la place publique de Mtsamboro, un village situé dans le nord de l'île. Cette déclaration a été accueillie sous les applaudissements des trois cents personnes venues assister au lancement de la campagne d'information pour la consultation du mois de mars. "L'Etat restera neutre, mais donnera des moyens financiers aux différents partis politiques pour qu'ils fassent leur campagne", a précisé le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer. Quatre pages écrites en arabe feront la synthèse de la feuille de route et seront distribuées dans toutes les boîtes aux lettres, ainsi qu'un autre document, écrit en français, qui reprendra cette feuille de route dans son intégralité. Yves Jégo espère ainsi que le choix qui sera fait le 29 mars prochain sera "appuyé sur la réalité". "Les élus sont dans une très large majorité favorable à cette évolution, il faut maintenant que ce soit le peuple qui s'exprime." La principale annonce de la journée a eu lieu à la Case Rocher, en Petite Terre, lors d'une conférence de presse tenue juste avant son départ. La question qui sera posée aux Mahorais a en effet été choisie, et sera articulée ainsi : "Approuvez-vous la transformation de Mayotte en une collectivité unique appelée département régi par l'article 73 de la Constitution et exerçant les compétences dévolues aux départements et aux régions d'outre-mer ?"
"LE CHOIX QUI A ÉTÉ FAIT IL Y A PLUS DE TRENTE ANS NE PEUT ÊTRE REMIS EN CAUSE"
Le président du conseil général, Ahamed Attoumani Douchina, s'est déclaré "très content" du choix de la question qui est "très simple" et qui, selon le secrétaire d'Etat, appel une double réponse : "Il s'agit de savoir à la fois si les Mahorais approuvent la transformation de Mayotte en département, mais aussi s'ils veulent d'une collectivité unique qui réunisse le département et la région." Quant au mode de scrutin qui serait alors utilisé, "les élus doivent nous dire ce qu'ils souhaitent. Mais je serai assez sensible à une élection dont une partie se ferait dans les cantons et une autre partie sur la proportionnelle". Les élus mahorais ont également obtenu, comme ils le souhaitaient, qu'un débat ait lieu à l'Assemblée nationale et au Sénat. Il devrait se tenir dès le mois de février, mais sera purement informel : "il n'aboutira pas sur un vote" précise M. Douchina, Si, le 29 mars, le "non" venait à l'emporter - "car nous sommes une démocratie et qu'il ne faut jamais présager des choix de la population" - Mayotte resterait une collectivité telle qu'aujourd'hui. "Mayotte resterait une terre française, ça ne remettrait pas une seconde en cause l'appartenance de Mayotte. Le choix qui a été fait il y a plus de trente ans ne peut être remis en cause par qui que ce soit", a-t-il précisé, en allusion à l'Union des Comores qui réclame l'île de Mayotte. "Mais quel que soit votre choix, je reviendrai en avril", a promis M. Jégo à la population de Mtsamboro, avouant être "très heureux et très fier d'être le ministre" susceptible de "voir aboutir un combat historique". "Les deux mois à venir seront primordiaux pour vous", a-t-il signalé. Toutes les personnes inscrites sur les listes électorales de Mayotte pourront prendre part aux votes.
Fabien Dombre, à Mayotte
 PAS DE SECOND DÉPUTÉ À MAYOTTE Déception des élus mahorais à l'annonce de la décision des sages du Conseil Constitutionnel, jeudi, remettant en cause certaines modalités du redécoupage électoral prévu par le gouvernement en 2009. Et notamment remettant en cause l'argumentation du député mahorais Aly Abdoulatifou plaidée le 18 novembre 2008 en commission des lois de l'Assemblée nationale selon laquelle un second député sera attribué automatiquement à Mayotte lors de la mise en place de la départementalisation. Juriste de profession, l'élu s'appuyait sur la règle, héritée d'une tradition remontant à la IIIe République, qui instaurait un minimum de deux députés par département, quel que soit le nombre d'habitants. Hélas pour Aly Abdoulatifou et les élus mahorais, le Conseil Constitutionnel vient de censurer cette règle. Il n'y aura donc qu'un seul siège de député à Mayotte lors des élections législatives de 2012.

 JEGO "ASSEZ FAVORABLE" À L'ASSEMBLÉE UNIQUE Face aux élus mahorais, Yves Jégo s'est dit, hier, "assez favorable à l'idée une île, une collectivité, une assemblée" pour l'organisation institutionnelle outre-mer. "C'est un principe simple". Le secrétaire de l'Outre-mer a ajouté qu'il savait que "ça fait débat" et que "la Réunion est contre", tandis que "la Guyane réfléchit", "la Guadeloupe s'interroge" et que la Martinique est pour. Si les électeurs mahorais disent oui à la départementalisation, Mayotte serait dotée d'une assemblée unique et non pas de deux assemblées, selon la "feuille de route" arrêtée le 16 décembre par le président Sarkozy et qui va être distribuée avec traduction dans les langues locales. "Je crois que dans l'air du temps, les Français veulent une simplification du mille-feuilles (administratif), Mayotte peut faire école", a affirmé Yves Jégo, précisant que si les quatre DOM actuels devaient aussi être dotés d'une assemblée unique à terme, "ça ne peut se faire qu'après consultation des populations". Cette réunion de compétences est "dans l'air du temps. Le comité Balladur travaille actuellement sur ce dossier. Mayotte sera assez regardée et son cas pourrait faire école", a signalé Yves Jégo qui serait "assez favorable" à une assemblée unique. "On peut inventer la collectivité du XXIe siècle à Mayotte."
http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=199524&page=article

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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 14:18
"Il ne faudra pas donner le sentiment que les Réunionnais veulent faire une OPA sur Mayotte"
CLICANOO.COM | Publié le 9 janvier 2009
Forte de transferts financiers plus conséquents, la départementalisation de Mayotte ouvrira à court terme un nouveau marché important pour les entreprises réunionnaises, déjà bien implantées sur l'île aux parfums. Mais selon Guy Dupont, président de la fédération des entreprises d'Outre-mer, elles devront avant tout savoir se faire accepter.
Quel est votre regard sur la très probable départementalisation de Mayotte ? Je constate que la volonté de la population mahoraise est très forte, et qu'en pareil cas cela finit toujours par se faire. Cela dit, je pense que les politiques n'ont pas fait apparaître assez tôt les contraintes de la départementalisation. Du coup, on se dirige vers un choix précipité sur une base moyennement éclairée. Le gouvernement va devoir mener un exercice délicat.
Quel développement économique peut entraîner la départementalisation à Mayotte ? D'un point de vue pessimiste, il pourrait se développer une économie qui n'aurait pour vocation que de recycler les prestations sociales et les transferts financiers venant de Paris. Ce qui entrainerait un développement de la valeur ajoutée et de l'import-substitution à Mayotte, comme cela a été le cas à La Réunion. Mais cela me semble trop restreint. D'un point de vue plus optimiste, je pense que Mayotte peut nourrir d'autres ambitions et jouer la carte originale d'une Île en devenir qui focaliserait en plus ses efforts sur un ou deux secteurs en pointe.
À quels secteurs de pointe pensez-vous ? D'abord à l'exploitation de son environnement naturel exceptionnel, son lagon notamment, à travers le tourisme et l'environnement. Ensuite au milieu de la santé, dans lequel Mayotte pourrait Être capable de vendre ses prestations dans son secteur de l'océan indien et d'en tirer un avantage économique.
Quels secteurs vont se développer le plus vite selon vous ? Le BTP, les services, la distribution. Cela va créer de l'emploi mais ne donnera pas de visibilité externe à Mayotte. Or, tout le monde en a besoin.
Vous attendez-vous à un essor économique rapide ? Oui, il y aura certainement un gros boom. Le système va changer brutalement et il faudra y apporter des adaptations. En 20-30 ans, Mayotte va faire le chemin qu'a fait La Réunion en 60 ans. Ce qui va entraîner des frictions qui pourraient être fâcheuses si elles sont mal gérées. La Réunion en a connues tous les 15-20 ans, Mayotte en connaîtra sans doute plus fréquemment. Le sens de l'Histoire est écrit mais tout dépendra des attitudes des uns et des autres.
Les entreprises réunionnaises sont idéalement placées pour bénéficier de ce nouveau marché. Pressentez-vous un grand rush ? Le monde économique réunionnais est déjà très présent à Mayotte, dans l'agroalimentaire, le BTP, les services, les commerces, l'industrie... Le mouvement va en effet s'amplifier considérablement. Mais attention, il ne faut pas donner le sentiment que les Réunionnais veulent faire une OPA sur Mayotte. Il faudra d'une part associer la population locale dans les entreprises, et d'autre part nouer des liens étroits avec les entreprises mahoraises.
Cette mainmise réunionnaise sur le gâteau est-elle déjà mal perçue à Mayotte ? Cette présence a parfois été ressentie comme une sorte de tutelle. Il faudra donc beaucoup de doigté. Oui, les Mahorais ont déjà dit qu'ils se sentaient envahis. C'est pourquoi il faudra des relations beaucoup plus étroites, avec par exemple des participations au capital dans les deux sens. Il faudra éviter aussi une trop forte mainmise dans certains secteurs comme la téléphonie, les services, la distribution, le BTP...
S'agit-il d'une réelle chance pour l'économie réunionnaise ? Si les Réunionnais n'entraînent pas de rejet, cela peut en effet donner un vrai relais de croissance aux entreprises de La Réunion, qui sont arrivées localement au bout de leur marché. Et ceci dès le court et moyen terme. Cela va aller vite. Mais cela peut aussi donner la possibilité aux Mahorais de venir à La Réunion.
Les conditions d'implantation sont-elles les mêmes à Mayotte qu'à La Réunion ? Aujourd'hui, les avantages de la défiscalisation sont identiques. Les salaires sont plus bas. Avec la départementalisation, les charges et les salaires augmenteront mais il y aura plus d'exonérations de charges. Le renforcement de la société de consommation, dans une Île encore très traditionnelle, ne comporte-t-il pas de forts risques sociaux ? La société de consommation va s'accentuer rapidement, alors que les salaires resteront moins importants pendant un moment. Cela va forcément entraîner des frustrations très fortes de la population. Il y aura des poussées d'humeur, car les Mahorais n'auront pas tout de suite tous les avantages d'un département français
Propos recueillis par Sylvain Amiotte
http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=199470&page=article


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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 14:16
Conversation avec Paul Vergès - 4/4 -
« Nous ouvrons une nouvelle ère de civilisation »
Voici la 4ème et dernière partie de l'entretien accordé par Paul Vergès à Patrick Singaïny (voir nos éditions depuis samedi). Après la question de la mémoire de l'esclavage, celle de l'identité culturelle réunionnaise et celle du développement durable, cette conversation se termine par l'évocation de notre avenir...
Patrick Singaïny : Votre obsession, c'est l'égalité.

Paul Vergès : C'est notre avenir. Tout à l'heure, je posais cette question : comment allons-nous vivre économiquement et de façon égalitaire avec les pays de la COI ? Eh bien, en nous appuyant sur nos avantages spécifiques ! Le nôtre est celui de la formation.
Vous n'avez pas répondu finalement à la question : n'êtes-vous pas en train de faire rejouer aux Réunionnais leur naissance par les missions de la MCUR ?

Les Réunionnais sont en devenir. Il faut susciter les conditions d'un accouchement, mais un accouchement organisé et orchestré par les Réunionnais eux-mêmes. Quand ils vivront les valeurs exaltées par la Maison des Civilisations et de l'Unité Réunionnaise et qu'ils verront que ce n'est pas une utopie, mais la réalité, je pense qu'ils seront enchantés et transformés.
À cause des siècles d'esclavage et de colonisation, les Réunionnais conservent les stigmates d'une personnalité intravertie. Ils pensent, pour se conformer aux préjugés coloniaux : « le colonisé est hypocrite », « il ne dit pas ce qu'il pense », « quand il dit oui, il faut comprendre non ». La Maison des Civilisations et de l'Unité Réunionnaise contribuera à aider les Réunionnais à sortir d'eux-mêmes et à montrer les valeurs créatrices qu'ils ont forgées malgré des siècles d'humiliations, de douleurs et de tragédies.
Peut-on être autre dans un ensemble français (quand on n'est pas maître de son parcours) ? Peut-on encore considérer aujourd'hui que la loi de départementalisation consentie par la France est un acte de fondation ? Aujourd'hui, peut-on la considérer dans notre présent comme émancipatrice ? N'a-t-on pas besoin d'une autre utopie émancipatrice plus en rapport avec la situation d'aujourd'hui ?

Je vous ai dit tout à l'heure que les auteurs de la loi du 19 mars 1946 voulaient en finir avec les inégalités sociales issues de la colonisation. Le mérite de cette loi a été de créer les conditions objectives pour atteindre très rapidement cette égalité.
L'égalité sociale a été réalisée avec les dernières lois sociales en 1996. Un demi-siècle tout de même pour la conquérir intégralement ! C'est long sur l'échelle d'une vie humaine, même s'il faut l'apprécier à l'échelle du temps historique.
Cependant, il importe que cette égalité institutionnelle soit dépassée. On ne peut pas, par exemple, demander que cette loi égalitaire nous permette de dépasser le niveau du SMIC. Tout ce qui a constitué l'arsenal des revendications sociales de La Réunion n'est plus actualisable depuis 1996.
Nous devons donc continuer notre marche vers le progrès en dépassant ce contenu de la loi de 1946 tout en nous appuyant sur elle pour créer une nouvelle étape vers l'appropriation d'une égalité non seulement sociale mais aussi culturelle. Cela ne signifie surtout pas uniformisation, mais accomplissement de ce que nous portons en nous.
Co-développement, MCUR...

Exactement. On parle beaucoup de développement durable. Les pays qui ont connu la loi de 1946 et qui ont épuisé les revendications de progrès social doivent réfléchir à cette nouvelle étape.
Comment un pays balayé toute l'année par les alizés pouvait n'avoir aucune éolienne ? Comment une île baignée par l'océan pouvait ne pas utiliser l'énergie de la mer ? Comment un pays dont le soleil est un argument majeur pour les touristes pouvait-il ne pas voir que c'est, pour lui, la source d'énergie la plus importante ? Nous allons utiliser toutes ces énergies !
Notre objectif est l'autonomie énergétique de La Réunion en 2025, par l'utilisation des chutes d'eau, du vent, du soleil, de la mer, de la chaleur du volcan. Actuellement, nous avons en projet, dans le Sud de La Réunion, une centrale utilisant la houle de l'Antarctique qui vient mourir sur nos côtes et qui est une force permanente. Outre l'énergie mécanique des vagues, nous allons utiliser la différence de température entre les eaux de surface et les eaux profondes (ETM : l'énergie thermique de la mer). Nous pouvons espérer bannir les climatiseurs sur le littoral en utilisant l'eau des profondeurs, qui est à 5 degrés.
Nous avons l'ambition d'être le premier territoire du monde habité par des êtres humains qui vont assurer leur croissance économique uniquement par des énergies propres, des énergies renouvelables. C'est la rupture avec un modèle occidental vieux de deux siècles et l'aube d'une nouvelle ère de civilisation. Par cette combinaison du rééquilibre démographique, du rééquilibre technologique, scientifique, de la reconnaissance de l'égalité culturelle, nous ouvrons une nouvelle ère de civilisation.
Aux Antilles et en Guyane, peu après l'instauration du régime départementaliste, la recherche d'un nouveau statut s'est imposée rapidement et dans une certaine clarté. Ici, il n'en a jamais été question. Mais comprenez-vous qu'on ait pu et qu'on veuille en venir à ce nouveau statut que finalement Césaire n'a jamais réprouvé ?

Dans les années 1957-59, les forces progressistes des Antilles, de la Guyane et de La Réunion ont fait la promotion d'un statut d'autonomie. Pour nous, c'était à la fois la tentative de conserver les avantages d'une citoyenneté française et d'assurer la responsabilité réunionnaise, c'est-à-dire la conduite de nos propres affaires.
Aujourd'hui, avec les transformations du monde et la mondialisation des économies, on a dépassé le stade de la correspondance mécanique entre une économie nationale et un État-Nation. La grande discussion actuelle porte sur le modèle qui permettra de concilier la mise en commun des forces productives du monde et la défense de la caractéristique nationale.
Dans ce grand débat mondial, il s'agit pour nous non pas de renoncer aux avantages de notre citoyenneté française, mais d'affirmer que nous sommes une réalité humaine inscrite dans une réalité géographique et géopolitique spécifique. Trouvons donc la solution de conciliation ! Là est la solution d'avenir. Nous pensons que, nous, à La Réunion, devons approfondir notre histoire, celle de l'esclavage, de l'engagisme, de la colonisation non pas pour ne pas en bouger, mais pour en tirer les enseignements et pour créer nous-mêmes notre développement durable.
Chercher ce qui correspond à la fois à nos aspirations passées et aux nécessités de l'avenir, forger un nouveau modèle de développement, telle est la responsabilité de notre génération. Nous ne désespérons pas que notre mode de développement que nous sommes en train de construire soit non pas un modèle mais un exemple. La période esclavagiste a été dépassée par la période coloniale, qui elle-même a été dépassée par la revendication d'intégration. Aujourd'hui, nous sommes à la fin des limites de la départementalisation et nous devons, en fidélité à notre passé, forger un avenir qui ne soit pas le prolongement mais, au contraire, le dépassement vers un nouveau modèle. Là est notre responsabilité politique présente.
Dans un entretien que j'ai eu avec Aimé Césaire en 2001, à propos de la nécessaire différenciation entre racine (enracinement) et origines (composantes ancestrales), entre la martiniquanité et la stratification du peuplement martiniquais, il m'a demandé laquelle des parties était, selon moi, la plus importante. Je lui avais répondu « racine » ; lui, index levé et dans le même instant, « origine » (sans le pluriel). Et vous, Paul Vergès, que répondriez-vous ?

Césaire exprime là son profond ressenti, sa qualité de Martiniquais habité par sa négritude. Pour lui, c'était, bien que périlleux à exprimer à l'époque, une évidence. Pour nous, Réunionnais, la négritude ne peut être la seule clé d'entrée à l'affirmation de soi ; il y a également à prendre en considération d'autres clés : le caractère chinois, le caractère indien, le caractère européen, etc... Nos composantes sont différentes. Quand on parle de racines, lesquelles désigne-t-on ?
Un journal avait exhumé l'existence d'une ancêtre malgache commune au Président Pierre Lagourgue et à moi-même. Quand je lui en ai parlé, il m'a répondu que c'était là notre fierté commune. Je trouve fantastique que Pierre Lagourgue, qui pouvait être classé comme « gros Blanc », ait considéré cette ascendance comme un enrichissement. Cette prise de conscience des Réunionnais, qui est passée de la déification du Blanc au 17ème siècle à la reconnaissance de leur intraculturalité, est un apport historique.
Nous sommes un mélange. Dans la composante de notre identité, l'Histoire ne nous a pas apporté une seule origine, car les générations cumulées nous donnent en partage toutes les valeurs de l'Afrique, de l'Asie et de l'Europe. C'est une chance extraordinaire : nous sommes tous des descendants d'étrangers, tous des descendants d'immigrés, et c'est notre fierté.
« Nous ouvrons une nouvelle ère de civilisation »
Témoignages du mercredi 7 janvier 2009 (page 3)
http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=34420

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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 14:13
Conversation avec Paul Vergès - 3/4 -
« La cohésion réunionnaise est insuffisante »
Voici la 3ème partie de l'entretien accordé par Paul Vergès à Patrick Singaïny (voir nos éditions de samedi et d'hier). Après la question de la mémoire de l'esclavage et celle de l'identité culturelle réunionnaise, cette conversation évoque la voie du développement durable...
Patrick Singaïny : En termes de cadres opératoires, nous évoluons dans l'ensemble français et européen. Que fait-on du manque de pouvoir décisionnaire quand on gère un territoire français dans l'océan Indien ?

Paul Vergès : Effectivement, nous n'évoluons pas seulement dans l'ensemble français. Nous évoluons également dans une zone géographique, géopolitique propre. Nous nous inscrivons dans l'Union européenne, qui encourage les pays ACP à se regrouper pour une intégration régionale, dans les zones de la Caraïbe, de l'Afrique occidentale, orientale et australe, et de la zone Pacifique.
Le regroupement économique régional nous permettrait ainsi d'être mieux armés pour assurer un développement dans le cadre de la mondialisation des échanges. Déjà en 1955, la Conférence de Bandung des pays non-alignés avait consacré le concept novateur de pays afro-asiatiques.
Cependant, nous sommes les seuls territoires constitués de populations venues à la fois d'Afrique et d'Asie. C'est là toute notre singularité et notre richesse.
Par conséquent, développons-nous, entre nous, à la fois sur le plan économique, social et culturel et faisons renaître notre parenté commune, notre cousinage commun, notamment au travers de la Commission de l'Océan Indien (COI) qui regroupe nos îles !

Nous retrouvons le projet MCUR (Maison des Civilisations et de l'Unité Réunionnaise)...

Effectivement.
Dans votre texte historique prononcé au Sénat le 23 mars 2000 relatif à l'esclavage crime contre l'humanité, vous avez brossé un portrait de la personnalité réunionnaise sans fard et d'une rare acuité. Je vous cite : « Si l'histoire de cette période fut longtemps masquée, elle se manifeste au quotidien dans les maux de notre société, inégalités extrêmes, racisme latent ou manifeste, rapports sociaux marqués par la violence, étouffement de la personnalité, conflits intérieurs qui font qu'en chaque Réunionnais se livre une guerre civile ». Plus loin, vous dites : « Les conditions de naissance du peuple et de l'identité réunionnais, la persistance des séquelles de l'esclavage appellent la réappropriation lucide et responsable de cette histoire par les Réunionnais. Le dépassement des tabous de cette période fondatrice est la condition du maintien de l'équilibre encore fragile de la société réunionnaise ». Et vous finissez en déclarant : « La création d'une Maison des Civilisations et de l'Unité Réunionnaise (MCUR), projet de la Région Réunion, a cet objectif ».
On pourrait penser qu'on touche ici à une contradiction. En allant chercher les racines pour les confronter au présent réunionnais, ne mettez-vous pas l'existant entre parenthèses ? L'hybridation a déjà eu lieu, les syncrétismes également, notamment religieux, l'art réunionnais existe, la réunionnité existe. Alors pourquoi aller chercher les racines ?

C'est le contraire ! Il y a une dynamique dans la société réunionnaise qui s'ignore. Nous avons connu l'esclavage, la période coloniale marquée par l'assimilation, la période de développement social dans le cadre d'une politique assimilationniste. Dans le même temps, du fait de l'exiguïté de l'île, a persisté ce vivre ensemble qui nous a conduits à une prise de conscience de notre spécificité liée à nos origines différentes. Ce qui freine cette dynamique ce sont les séquelles idéologiques de la période de l'esclavage.
On a fait venir ici des Africains, des Malgaches, des Indiens en exaltant la supériorité de la « race » blanche, le fameux « fardeau de l'homme blanc » de Rudyard Kipling. Cela n'a pas empêché la survivance de leurs croyances et de leurs pratiques.
Qu'est-ce qui a bridé tout cela ? Qu'est-ce qui a créé cette guerre civile intérieure ? C'est la persistance de cette conception idéologique de l'inégalité des cultures et des « races ». La Maison des Civilisations et de l'Unité Réunionnaise veut en prendre le contre-pied et exalter l'égalité des cultures. Il s'agit de dire aux descendants des Malgaches, des Africains, des Indiens, des Chinois : vous êtes les héritiers des grandes cultures du monde, aussi grandes que la civilisation occidentale. La MCUR va restituer ce sentiment de l'égalité des cultures.
Donc l'apparente cohésion réunionnaise est factice...

Non, elle est insuffisante. C'est sur ce terreau que nous donnerons à tous les Réunionnais d'origine européenne, africaine, malgache, asiatique, la fierté de leurs cultures d'origine, celles de leurs ancêtres. Nous leur montrerons que la résistance qu'elles ont montrée pour survivre et résister est la base de notre richesse d'aujourd'hui.

Comment tout Réunionnais peut-il interroger ses ancêtres en les distinguant alors qu'il est la résultante d'un mélange ?

Nous, qui sommes si petits, nous avons l'immodestie de dire que dans plusieurs siècles La Réunion se révèlera comme un exemple de mode d'être au monde. Nous sommes à la fois porteurs de nos héritages particuliers et de la combinaison de tous ces héritages. Nous sommes une population dont la personnalité est actuellement en construction.
Ne pensez-vous pas qu'il y a eu un phénomène d'hybridation qui, dès la plantation, a fondé la réunionnité ?

Mais cette réunionnité n'est pas sans racines ! Aujourd'hui, de nombreux jeunes Réunionnais partent à la rencontre de pays tels que l'Inde, la Chine, et partout ailleurs dans le monde. Quand ils viennent à y déceler les valeurs de leur société d'origine, cela ne les pousse nullement à renoncer à leur réunionnité, au contraire ! Ils s'estiment beaucoup plus riches par cette prise de conscience et ce partage. Chaque Réunionnais se rend compte de ce qu'il doit à l'autre, que cet autre vienne d'Afrique, d'Asie ou d'ailleurs. Nous ne sommes pas seulement - et la Maison des Civilisations et de l'Unité Réunionnaise va le démontrer - un pays de « diversités culturelles », nous ne sommes pas l'addition de cultures différentes qui restent cantonnées à leurs différences. Nous avons opéré des dépassements et évoluons en pleine « intraculturalité ».
En définitive, ici, il n'existe plus la tentation du communautarisme, ce qu'on appelle à l'île Maurice, notre île sœur, le communalisme.
Au fond, n'êtes-vous pas en train de faire rejouer aux Réunionnais leur naissance à travers la MCUR, une naissance orchestrée par eux-mêmes ? La MCUR n'est-elle pas une tentative d'introduire une réalité seconde dans l'univers réunionnais ? N'y a-t-il pas là une forme d'idéalisme ?

Je pense à la phrase d'Aimé Césaire : « Voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme ». Le Réunionnais sent qu'il peut se tenir debout et qu'il existe par lui-même, grâce au partage équitable des divers héritages, sans privilégier l'un par rapport à l'autre...
(à suivre)


« La cohésion réunionnaise est insuffisante »
Témoignages du mardi 6 janvier 2009 (page 3)
http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=34396


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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 13:56

Conversation avec Paul Vergès - 2/4 -
« La richesse de l'apport de tous »
Le journaliste et intellectuel réunionnais Patrick Singaïny, qui vit et travaille en Martinique, a rencontré Paul Vergès le 20 août dernier pour une longue interview. Nous continuons à reproduire de larges extraits de cet entretien, publié par des confrères antillais (voir notre édition de samedi dernier). Dans le premier volet, paru donc samedi, il a surtout été question de la célébration du 20 Décembre, du 10 Mai et de la mémoire historique à cultiver autour de l'esclavage et du marronnage. Pour Paul Vergès, un des symboles forts de cette lutte des Réunionnais pour la liberté est le piton Cimendef, du nom de cet esclave marron qui signifie en malgache : « Celui qui ne courbe pas la tête »...
Patrick Singaïny : Donc, pour vous, la sérénité du moi ne peut être qu'une chose que l'on prend, que l'on arrache ?

Paul Vergès : C'est une chose que l'on revit en soi. Il s'agit d'un processus relativement inconscient.
Le premier signe de barbarie de l'espèce humaine se manifeste quand on se regarde sans connaître l'autre et qu'on le juge par la couleur de sa peau. Cette attitude a prévalu pendant des siècles.
Or, celui qui est sous le regard de l'autre, sous sa domination politique, physique, souvent violente, intègre cette dévalorisation. L'ambiguïté du métissage, c'est qu'il n'est pas reconnu comme valeur propre à la rencontre de deux êtres.
Parfois, le métis se sent fier d'avoir en lui une part de l'être perçu comme supérieur. On classe les gens selon des degrés différents de métissage. C'est une des valeurs les plus réactionnaires que je connaisse. Il faut la combattre jusqu'à la faire disparaître.
Une victoire inconsciente des Réunionnais, c'est qu'aujourd'hui, quand on demande à un Réunionnais ce qu'il est, il ne répondra pas qu'il est une couleur ; il dira : « je suis métis » ou « réunionnais ». C'est le début d'une prise de conscience de la richesse que représente l'apport de tous, sans que l'un ou l'autre soit privilégié.
Le passage au statut de Département

Quand on considère l'épopée de la conquête de la départementalisation, on est surpris, d'emblée, de découvrir que le cadre culturel de la lutte anticoloniale est paradoxalement franco-français.

Quand on est parvenu à vouloir abolir les étouffantes inégalités sociales, on s'est tourné instinctivement vers le modèle de la "métropole". Ce sont les luttes ouvrières de là-bas qui ont inspiré cette partie des salariés de La Réunion qui englobaient toutes les couches sociales, ouvriers agricoles, petits agriculteurs, ouvriers d'usines, cheminots, dockers...
Avec les grandes luttes du Front populaire est née simultanément à La Réunion et aux Antilles la revendication qui devait permettre en un seul acte d'acquérir toutes les lois sociales en vigueur en France : le passage au statut de Département.
Nous étions certes des citoyens français ayant le droit de vote, mais soumis au régime des décrets. On ne pouvait étendre les lois françaises que par décret du Ministère des Colonies. Les forces anticolonialistes ont donc pensé que si on abolissait ce régime des décrets et qu'on obtenait la pleine citoyenneté par la départementalisation, on aurait automatiquement le bénéfice égalitaire de ces lois.
Cette revendication portait en elle une contradiction qui s'est révélée ultérieurement, mais qui était alors masquée par l'ampleur de la conquête sociale. Si à La Réunion la loi était portée par Raymond Vergès - mon père - et par Léon de Lépervanche, c'étaient aux Antilles Aimé Césaire et Léopold Bissol, Gaston Monnerville en Guyane.
Les bénéfices de ces conquêtes, qui ont changé nos sociétés, ont primé sur les dangers que comportait cette réforme de caractère assimilationniste. Cette ambiguïté est d'ailleurs incarnée par Aimé Césaire lui-même, rapporteur de la loi du 19 mars 1946, lui qui avait déjà livré cet écrit fondamental qu'est "Le Cahier d'un retour au pays natal" (1939) et réveillé ainsi toute la société martiniquaise.
Une contradiction toujours portée par nos sociétés
Aimé Césaire a déclaré qu'il avait créé le néologisme "départementalisation" en remplacement du mot "assimilation" en songeant qu'avec un tel aménagement, il aurait été possible d'y revenir afin de faire évoluer le processus.

Il portait cela en lui. Cela explique à la fois la revendication d'autogestion du Parti Progressiste Martiniquais et celle d'autonomie du Parti Communiste Martiniquais qui ont abouti finalement à la revendication d'autonomie de nos pays. On essayait de concilier les conditions d'une intégration, notamment sociale, et le respect de l'identité propre de nos peuples. Cette contradiction est toujours portée par nos sociétés, dans des conditions autres.
(à suivre)
• Les inter-titres sont de notre Rédaction.
« La richesse de l'apport de tous »
Témoignages du lundi 5 janvier 2009 (page 3)
http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=34360



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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 13:31
Interview entre Patrick Singaïny (intellectuel rényoné qui travaille en Martinique) et Paul Vergès Président du Conseil régional le 20 août 2008, publiée dans la presse antillaise

Patrick Singaïny : Pourquoi fêter le 10 mai alors que nous avons notre 20 décembre ?
Paul Vergès : Nous fêtons avec raison, dans nos îles, à des dates respectives, l'abolition de l'esclavage en exaltant nos luttes propres. Mais l'Hexagone, quelle date devait-il commémorer pour montrer qu'il rompait avec son passé colonial ?
On a beaucoup trop exalté 1848 comme un apport du peuple français, certes réel, à l'abolition de l'esclavage. Mais ce qui a été aboli a auparavant été institué. Et par qui l'esclavage a-t-il été instauré ? Il manquait la reconnaissance, par le pays colonisateur lui-même, de sa responsabilité dans l'établissement de ce régime inhumain.
Le 10 mai est une date nationale qui ne doit pas effacer le 20 décembre réunionnais, au contraire ! Le 10 mai marque le début d'une connaissance et d'une réappropriation de ce passé esclavagiste par le peuple français d'aujourd'hui, qui n'est pas responsable de ce qui s'est passé, mais qui doit s'interroger sur cet héritage tout de même constitutif de la France contemporaine.
Dans l'histoire de France, on ne doit pas seulement exalter des événements comme Valmy, la Révolution de 1789, etc...
Mais alors pourquoi, à La Réunion, fêter le 10 mai ?
Ici, notre date fondamentale est le 20 décembre. Mais le 10 mai signifie que, pour la première fois, les représentants du peuple de France ont reconnu à l'unanimité l'esclavage - institué par tous les peuples européens et d'autres - comme un crime contre l'humanité. Le peuple français doit célébrer cet acte. Ce n'est pas le point final, mais une étape nécessaire, au-delà de notre propre célébration.
Il est important que l'instauration de l'esclavage, sa prolongation par Napoléon, puis son abolition soient reconnues et étudiées comme une partie intégrante de l'Histoire nationale française. Il est important que cela fasse partie du fonds commun de la culture française. (1)
Pourquoi devrait-on éduquer les Français hexagonaux ? Pourquoi est-ce à nous d'assurer cette éducation ?

Nous, peuple réunionnais ? Nous n'avons pas mission d'éduquer le peuple français...
C'est pourtant ce que nous sommes souvent amenés à faire. Par exemple, Françoise Vergès, dans ses missions à la tête du Comité pour la mémoire de l'esclavage, se voit obligée de refaire constamment un travail pédagogique sur ces questions.
Tout bien considéré, c'est un service que les ex-colonisés rendent au colonisateur ; service que, en réalité, ils se rendent à eux-mêmes. En cela, nous percevons bien que sur le plan culturel, nous sommes dans un état de réflexion autrement plus avancé que lui.

C'est certain. Ma question suivante se veut plutôt philosophique car il m'a semblé que, par certains côtés, vous vous y adonnez. Marronnage, lutte, dépassement... : existe-t-il selon vous une autre voie pour acquérir sa sérénité, son soi ?
Nous n'avons pas fini d'étudier cette véritable épopée des Noirs marrons. On imagine difficilement ce que cela représente : des gens ont été déportés de leur patrie sans aucun espoir de la retrouver, mais ils étaient tellement attachés aux valeurs de liberté humaine qu'ils se sont exilés sur les hauteurs de l'île.
Les Mozambicains et les Malgaches de la côte ont dû aller dans les montagnes et affronter les températures extrêmement fraîches pour y survivre. Ils ont vécu sans moyens matériels ; ils ont été constamment pourchassés. Ils ont maintenu de génération en génération le flambeau de la liberté. Ils représentaient vraiment les personnes libres, sans commune mesure avec la liberté dont pouvaient se prévaloir leurs propriétaires esclavagistes. C'est dans leur camp que s'est battue durant près de deux siècles la liberté, et qu'y a survécu la dignité humaine. La diversité du peuplement ne permettait certes pas de créer une sorte de réalité institutionnelle étatique. Ils sont donc restés en groupes nomades.
Je vis dans la région du Port et de La Possession. J'éprouve une satisfaction fantastique à voir le piton Cimendef, réputé inaccessible et qui porte le nom d'un esclave malgache parti marron.
Cimendef signifie en malgache « Celui qui ne courbe pas la tête ». Isolé là-haut avec sa femme, il était l'exemple de l'homme libre pour tous les esclaves. Je ne connais pas de nom plus exaltant que « Celui qui ne courbe pas la tête ». Dans un univers esclavagiste, ce nouveau nom ne pouvait être qu'extraordinaire.
(à suivre)
« Nous n'avons pas fini d'étudier l'épopée des Noirs marrons »
Témoignages du samedi 3 janvier 2009 (page 3)
http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=34354

(1) Remarque personnelle :

Si jusqu'au 20 décembre 1948, il était interdit aux réunionnais de célébrer l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage (voir notre billet du 20 décembre dernier "20 décembre 1848"), on dirait qu'aujourd'hui, avec l'actuel Président de la République pourtant peu enclin à la repentance, c'est l'excès inverse qui risque de se produire. A preuve cet entrefilet du Quotidien de la Réunion du 11 mai 2008 :

LE 23 MAI, "UNE JOURNEE COMMEMORATIVE"

Le président Sarkozy a souligné hier que le 23 mai serait "une journée commémorative" de l'abolition de l'esclavage pour les associations qui regroupent les Français d'Outre-mer de l'hexagone et souhaitent "célébrer le passé douloureux de leurs aïeux". Le chef de l'Etat a fait cette déclaration lors du discours prononcé dans les jardins du Luxembourg à Paris, au cours de la cérémonie en mémoire de l'esclavage et de son abolition. Cependant le choix du 10 mai par son prédécesseur, Jacques Chirac, avait été contesté par les principales associations de Français originaires d'Outre-mer. Des associations et des partis, comme le PS, militaient pour le 23 mai, date d'une marche qui avait réuni en 1998 à Paris 40000 Français originaires des Antilles, de Guyane et de la Réunion. Bon nombre d'associations ultra-marines continuent à boycotter la date du 10 mai, jugée par elles illégitime. Dans une circulaire du Premier ministre début mai, l'Etat a finalement décidé de reconnaître le 23 mai comme date commémorative en métropole pour les associations regroupant les français d'outre-mer.


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