Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 décembre 2008 7 28 /12 /décembre /2008 18:06
Avant d'affronter le gris, le froid et l'agitation métropolitains, quoi de plus réconfortant que de faire un tour dans l'Hadès ? Aussitôt descendu de la navette Air France, jeudi dernier, vers 8h30, je dépose les valises à la consigne de Montparnasse et file au Père Lachaise. Priorité : retrouver la tombe d'Evariste Parny (absente de tous les plans du Père Lachaise que j'ai pu me procurer). J'y suisparvenu quand même après de longues recherches : elle est derrière celle de Chopin dans la division 11. L'état dans lequel elle est aujourd'hui atteste de l'importance du devoir qui échoit aux élèves du lycée éponyme de Saint-Paul : garder vivante la mémoire de ce grand poète.
Je ne suis pas parvenu à retrouver la tombe de Grâce Vally son épouse. L'enquête continue.
Magnifique et immense jardin à l'abri du tumulte parisien, lieu ombragé (érables, frênes, thuyas, platanes, hêtres, tilleuls, acacias, noyers), paradis des oiseaux, des moumoutes, des lézards, des insectes, lieu de recueillement, immobile, apaisant, Le Père Lachaise n'a rien de funèbre. On sait bien que depuis fort longtemps, sur certaines tombes, la nuit venue,
έρος et θάνατος se rejoignent. Morts, approuvez-vous votre épitaphe ?
Pas plus morts que dans les Lagarde et Michard, peut-être plus vivants que jamais puisque leur force d'évocation sera intacte quand nous ne serons plus là, voici donc quelques-uns de mes amis dont l'oeuvre, patiente, nous attend :
Je commencerai par mes saluts de jeudi dernier complétés par 1 ou 2 clichés de décembre 2005, suivis par trois amis très chers du Montparnasse, trois autres du Montmartre, un de Rouen, un de Saint-Malo, un de Lourmarin.


Gravé dans la stèle : "Evariste Parny mort le 5 décembre 1814. [Monument?] élevé par sa malheureuse veuve ses parents et ses amis les plus intimes". J'ignore la signification des 12 étoiles.



"Ce qu'ils appellent mon talent n'est fait que de ma conviction". Proche du mur des Fédérés, la tombe de Jules Vallès est vraiment à sa place.


Pour aller rendre visite à Molière et La Fontaine, on passe devant l'ami Gérard de Nerval dont la fin tragique est impossible à oublier. Je crois que je n'ai jamais vu cette tombe sans un bouquet de fleurs.


"Je voudrais qu’à cet âge - On sortît de la vie ainsi que d’un banquet, - Remerciant son hôte, et qu’on fît son paquet." (La mort et le mourant)
J'aime ces fables : Le curé et le mort, La mort et le bucheron, Le vieillard et les trois jeunes hommes....

Jean-Baptiste Poquelin, nous nous souvenons, c'était la 4è représentation du Malade imaginaire, le 17 février 1673. L'église a choisi de jeter ta dépouille dans la fosse commune.


A 50 mètres, Honoré de Balzac nous attend. En 1835, en faisant enterrer Jean-Joachim Goriot par Rastignac au Père Lachaise, te doutes-tu que tu vas rejoindre ton personnage de Christ de la Paternité quinze ans après ?

Le temps retrouvé, à l'ombre des jeunes filles en fleurs, merci à toi Marcel


Guillaume, qu'es-tu devenu ?
De ta tombe aussi, on peut dire qu'elle ne manque jamais de fleurs
Les quintils viennent de "Colline" (Calligrammes) me semble-t-il

A toi aussi, Colette, l'église catholique a refusé des obsèques religieuses
Début de La naissance du jour :

«Monsieur,

Vous me demandez de venir passer une huitaine de jours chez vous, c'est-à-dire auprès de ma fille que j'adore. Vous qui vivez auprès d'elle, vous savez combien je la vois rarement, combien sa présence m'enchante, et je suis touchée que vous m'invitiez à venir la voir. Pourtant, je n'accepterai pas votre aimable invitation, du moins pas maintenant. Voici pourquoi : mon cactus rose va probablement fleurir. C'est une plante très rare, que l'on m'a donnée, et qui, m'a-t-on dit, ne fleurit que sous nos climats tous les quatre ans. Or, je suis déjà une très vieille femme, et, si je m'absentais pendant que mon cactus rose va fleurir, je suis certaine de ne pas le voir refleurir une autre fois...

Veuillez donc accepter, Monsieur, avec mon remerciement sincère, l'expression de mes sentiments distingués et de mon regret. »

Ce billet, signé « Sidonie Colette, née Landoy », fut écrit par ma mère à l'un de mes maris, le second. L'année d'après, elle mourait, âgée de soixante-dix-sept ans.


Continuons notre promenade au Montparnasse où a été conduit Guy de Maupassant, coincé sous de la pierre et du métal, lui qui voulait être inhumé en pleine terre.



Marguerite, 12 ans déjà
comme ta petite tombe simple, avec les initiales M.D. donne une leçon d'humilité aux tombeaux monumentaux qui t'entourent

Samuel : il fait encore nuit
"Je serai quand même bientôt tout à fait mort enfin." (Malone meurt)

Continuons par un tour au Montmartre
Quelle drôle d'idée de t'affubler Emile, d'une stèle aussi spectaculaire, toi le romancier qui donne la parole à tant de déshérités et de déclassés

Le Rouge et le Noir, La Chartreuse de Parme, Lucien Leuwen...

Maxime, pourquoi t'as-t-on mis là, si loin de Gustave ?

Gustave, près de tes parents, au cimetière monumental de Rouen : de là, on voit Croisset
A croire que tu as imité Chateaubriand


François-René : de ta tombe on voit ta maison natale et vice-versa
Un grand écrivain français a voulu reposer ici
pour n'entendre que la mer et le vent.
Passant, respecte sa dernière volonté.


Albert, je me souviens de l'accident en Facel-Vega. J'avais 10 ans.
"Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués." Cela ne veut rien dire.


Repost 0
23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 04:34
Le piton des neiges est un volcan éteint très érodé qui était encore actif il y a 10000 ans et qui n'est pas souvent recouvert de neige. La dernière fois, c'était en août 2003 et la neige a tenu un mois. Point culminant de la Réunion et de l'Océan indien (3071m), il fallait bien un jour ou l'autre que je lui rende visite. C'est chose faite. La vérité oblige à dire qu'à côté d'autres randos (Mafate, Dimitile, Belouve), le Piton des neiges est une rando fatigante, cassante, monotone. Le sac à dos est chargé (duvet, gros pull, moufles, change, Kway, repas pour 2 jours, 3 litres d'eau). Mais la balade offre en récompense, une série de panoramas grandioses et inoubliables sur les cirques, la plaine des cafres et même les côtes.

Mais commençons par le début. Samedi matin, de L'Entre-deux à Cilaos, je monte 2 stoppeurs métros venus pour un mois faire des randos. J'apprends qu'ils ont filmé la coulée dans le Dolomieu 3 jours plus tôt : je les préviens que c'est à leurs risques et périls car c'est interdit mais ils le savaient.

Le gîte Clair de lune est complet. Qu'à cela ne tienne, Alex m'autorise à monter ma Quechua sur le gazon sous l'oeil du bonchien Cheyenne. Tsylaosy, en créole, le lieu que l'on ne quitte pas. Cilaos, lieu de cure depuis 1842. Mais la route actuelle, la route aux 400 virages, ne date que de 1930.

Le lendemain matin, ascension en 4h du chemin forestier qui conduit au refuge de la Caverne Dufour (1300 mètres de dénivelé).


pendant la montée


Les tec-tecs gazouillent au milieu des barbes de saint-antoine, des fuschias, des hibiscus, des orchidées, des branles blancs et verts, des tamarins.


un abri à mi-parcours


des marches, des marches, des marches




le refuge de la caverne Dufour



A mon arrivée, j'ai très froid, j'ai les doigts gourds. Conséquence de la fatigue et de la température ambiante (5°?). Mes gourdes sont vides, la chemise trempée ne sèchera pas il faut la mettre dans un plastique.

La caverne Dufour tire son nom du tunnel de lave à côté duquel elle se trouve. L'électricité provient des immenses panneaux photo-voltaïques fixés sur le toit. L'eau, c'est l'eau de pluie : pas de douche. L'eau (froide) est rationnée aux lavabos. Confort spartiate : châlits 3 niveaux. Nicolette et son compagnon accueillent les randonneurs de façon très sympathique. Beaucoup jouent aux cartes. Certains sont des métros venus passer 2 semaines de vacances.

Dîner à 18h : 48 dîneurs/dormeurs venus le plus souvent de Hell-bourg, du gîte de Bélouve ou de la plaine des cafres par le côteau de Kerveguen : le refuge est complet et plusieurs randonneurs montent la tente. Plat unique : saucisses rougail et rhum arrangé goyave.

20h : extinction des feux

2h30 : branle-bas de combat. Personne n'a réussi à dormir dans mon dortoir. Il paraît que c'est l'altitude (2500m) qui fait ça. Les départs s'étalent de 2h30 à3h15. Ce que les guides (le Routard en particulier) nous cachent, c'est que les 600 mètres de dénivelé se font dans un véritable chaos de blocs de basalte, de pierres de toutes les grosseurs, idéales pour se faire une entorse. Sans lampe frontale, impossible de trouver son chemin là-dedans. Au-dessus, la voûte céleste australe est époustouflante. Des constellations et combinaisons d'étoiles jamais vues et surtout d'une pureté qui fait croire qu'elles sont toutes proches. La Croix du sud se repère tout de suite (vers le sud) et le quartier de lune croissant est presque couché sur le dos. Mais non, il faut sans cesse regarder où on met les pieds. Quand j'arrive, à 4h45, j'aperçois une dizaine de randonneurs dans l'obscurité : ils sont montés en 1h30, et à présent, ils sont recroquevillés contre un rocher pour se protéger du vent. La température est glaciale (sans doute 0°). Le soleil est levé (à l'est) depuis 1/4h , mais pour nous, il se fait attendre, il est caché par un nuage, voire par le volcan. Vers le nord-est on aperçoit les lumières de Saint-Benoît, au sud celles de Saint-Louis.

C'est l'attente.









le Taïbit




le gros morne



Et brusquement, Hélios paraît, juste à côté du Dolomieu. Je n'ai le temps de faire que 3 photos. Ensuite, trop de lumière. Moment très fort, religieux : nous sommes le 22 décembre, jour du solstice d'été. Jamais il ne s'était levé aussi tôt depuis un an.



Tout autour, on aperçoit de mieux en mieux le Grand Morne, le Taïbit, le Grand Bénare, îlet à cordes, la fenêtre des Makes. Je suis frigorifié, je décide de descendre.


le sentier


C'est le moment le plus délicat de la rando : je n'ai pas fait 100 mètres que le genou gauche lâche, c'est l'entorse. « Il n'y a pas de blessure plus cruelle que celle du genou » (Jacques le fataliste, Diderot). Pas grave, j'irai prendre mon avion demain en clopinant. Mais je pourrai dire : « ben mi gaign ! ». ;-))


vue sur la plaine des cafres en redescendant vers le refuge


retour vers Cilaos





Repost 0
20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 03:25
Impossible aujourd'hui 20 décembre d'ignorer qu'est célébré l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage. Hier, les quelques élèves que j'ai vus m'ont demandé si j'irais aux cérémonies et fêtes prévues. J'ai répondu que je serais à Cilaos où se trouve le musée Farfar, listoir Domoun Léo. Comme dans le cirque de Mafate, beaucoup de marrons se sont cachés dans le cirque de Cilaos. Avant de prendre la route, je fais donc un copié-collé de l'article de Témoignages de ce matin. Je parlerai bientôt de Sarda Garriga.


Le 20 décembre 1948, malgré l’interdiction du maire, 20.000 Réunionnais défilent dans les rues de Saint-Denis pour célébrer le centenaire de l’abolition de l’esclavage.


La célébration officielle du 20 Décembre : une conquête des anti-esclavagistes

Ces jours-ci et singulièrement le 20 décembre, chaque quartier de l’île commémore avec éclat le 160ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage à La Réunion et dans les autres colonies françaises. Une telle unanimité et une telle ferveur ne doivent pas nous faire oublier que pendant un siècle, l’Administration coloniale et ses zélés serviteurs ont tout mis en œuvre pour que les Réunionnais vivent dans l’ignorance de ce qui s’est produit dans leur île en 1848.

Il a fallu que nos compatriotes se mobilisent pour l’élection, le 27 mai 1945 à Saint-Denis, d’une municipalité dirigée par le docteur Raymond Vergès, pour qu’ils s’approprient enfin leur passé. Un passé douloureux, marqué pendant près de deux siècles par l’esclavage et par l’application du “Code noir”, considéré par les historiens comme « le texte le plus monstrueux qu’aient produit les temps modernes ».

Un nom « enfoui dans la nuit de l’oubli »

En effet, c’est le 14 juillet 1945 que, sur le parvis de l’hôtel de ville de Saint-Denis, Henri Lapierre, l’unique professeur de philosophie de la colonie, évoque le rôle décisif joué par Victor Schœlcher et Sarda Garriga, respectivement les 27 avril et le 20 décembre 1848. Ces personnalités ont apporté une contribution déterminante pour que l’esclavage soit aboli dans notre île. Celle-ci venait de reprendre définitivement, à compter du 4 mars 1848, le nom d’“Ile de La Réunion” que lui avait donné la Convention en mars 1793.
Henri Lapierre annonce ensuite à son vaste auditoire que la municipalité dionysienne a décidé que la place du Barachois, là où Sarda Garriga mit pour la première fois les pieds sur le sol réunionnais, portera désormais le nom d’“Esplanade Sarda Garriga”. Un nom que « les esclavagistes ont enfoui dans la nuit de l’oubli », précise le premier adjoint de Raymond Vergès.

Un “flamboyant de la liberté”

Mais cette décision, prise par la municipalité du chef-lieu le 6 septembre 1945, ne reçut pas - et c’est le moins que l’on puisse dire - l’approbation spontanée du ministre de la France d’Outre-mer, Marius Moutet. Celui-ci était sensible, semble-t-il, aux réserves de l’administrateur local Jean Rivière (bras droit des gouverneurs Pierre Aubert et André Capagorry), qui s’abstint de transmettre au ministre le procès-verbal des délibérations de la municipalité. Et cela, malgré les demandes pressantes des députés Raymond Vergès et Léon de Lépervanche. Cela explique que le décret ministériel autorisant la nouvelle dénomination ne fut signé que le 19 mars 1946.
C’est donc toujours sur une place portant le nom de “Place du Barachois” que le 20 décembre 1945, lors de la célébration - pour la première fois à La Réunion - de l’anniversaire de l’abolition de l’esclavage, fut planté devant une foule dense et enthousiaste un “flamboyant de la liberté”. Flamboyant qui fut arraché peu de temps après, probablement par des partisans de l’esclavage.

Une cérémonie boudée par la droite locale

Quatre mois plus tard, le 1er mai 1946, jour de la Fête du Travail, la cérémonie de dénomination peut enfin avoir lieu. Elle se déroule avec solennité en présence du gouverneur Jean Beyriès (assurant l’intérim d’André Capagorry), de l’évêque du diocèse, Monseigneur Cléret de Langavant, des députés Raymond Vergès et Léon de Lépervanche, de nombreux élus du Comité républicain d’action démocratique et sociale (CRADS) et d’une foule de travailleurs venus de toute l’île.
Lors de cette cérémonie, boudée par toute la droite locale, une fort belle plaque, portant l’inscription “Esplanade Sarda Garriga”, fut posée au Barachois. Elle avait été apportée de Paris par Léon de Lépervanche puis apposée sur le mur de l’actuelle station de RFO. La plaque ne tarda pas à être arrachée.

Une abolition suivie d’un siècle d’apartheid

L’hostilité de la quasi totalité des élus de droite et parfois de la haute administration à la célébration de l’abolition de l’esclavage se manifesta constamment jusqu’à la fin des années 1980.
Une telle attitude ne peut s’expliquer que si l’on se rappelle les faits suivants :
• Avant l’abolition, selon des propriétaires d’esclaves s’exprimant dans un journal, « l’affranchissement des noirs serait aujourd’hui l’acte le plus absurde, le plus anti-national de la politique française ».
• Après la signature du décret du 27 avril 1848, le même journal note que des élus locaux se proposaient de recevoir « à coups de fusil » le commissaire de la République, pendant que d’autres « discutaient sur la nécessité d’empêcher le débarquement du commissaire ». Cela s’était déjà passé à Maurice le 18 juillet 1796, lors de l’arrivée des envoyés de la Convention nationale chargés de mettre fin à l’esclavage dans l’île sœur, en application d’un décret vieux de plus de deux ans.
• Le commissaire de la République, Sarda Garriga lui-même, n’eut pas le courage de résister à la pression des ex-propriétaires d’esclaves venus le supplier - à l’occasion des législatives du 21 octobre 1849 - « d’épargner à l’urne française l’humiliation de recevoir des suffrages africains ».
• Le refus de traiter les Noirs en citoyens de la République, comme l’exigeait la loi, se perpétua pendant toute l’époque coloniale et même au début de la départementalisation de La Réunion.
Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, le 12 mai 1898, Édouard Petit, le plus proche collaborateur du chef de la colonie, n’hésitait pas à écrire : « On peut dire qu’en appliquant le suffrage universel sans restriction à un pays où la race noire n’est représentée que par des brutes, on achève sa démoralisation. Une réforme s’impose donc dans cette colonie pour relever la dignité du suffrage universel, qui est la base de nos institutions républicaines, mais dont l’intelligence obtuse des noirs ne saisira jamais le but élevé ».

Malgré un arrêté illégal...

Après la décision prise par la municipalité de Saint-Denis d’honorer la mémoire du « libérateur des Noirs », on était fondé à penser que la célébration du 20 décembre ne se heurterait plus à trop d’obstacles. Les faits ont prouvé que ce combat visant à faire du 20 décembre une journée de fête de la fraternité et de la liberté ne faisait que commencer.
Certes, 16 mois après sa prise de fonction à Saint-Denis, le premier préfet de La Réunion, Paul Demange, consentit à déclarer fériée la journée du lundi 20 décembre 1948, à la demande de Jean Hinglo, secrétaire de l’Union départementale des syndicats CGT. Mais il s’abstint de s’opposer à l’arrêté illégal du maire de Saint-Denis, Jules Olivier, interdisant tout défilé sur les voies publiques du chef-lieu.
Cela n’empêcha toutefois pas que plus de 20.000 travailleurs, venus de toute l’île, ont célébré avec éclat à Saint-Denis le centenaire de l’abolition de l’esclavage.

... une manifestation grandiose, le 20 décembre 1848

Arrivés par trains spéciaux, conduits bénévolement par des cheminots, hommes, femmes et adolescents défilèrent depuis le pont du Butor, où le commissaire de la République mit pied à terre, le 7 décembre 1848, au terme d’une tournée dans la colonie. Le défilé se poursuivit jusqu’à l’esplanade Sarda Garriga, en empruntant la rue Voltaire, la rue Dauphine (devenue rue du Général De Gaulle) et la rue du Barachois (aujourd’hui rue Jean Chatel).
Arrivés sur l’esplanade, ils assistèrent dans le calme à la plantation d’un nouvel arbre de la liberté, avant d’assister au grand meeting placé sous la présidence du conseiller de l’Union française et maire de Saint-Louis, Hippolyte Piot, ceint pour la circonstance de son écharpe tricolore.
Au cours de cette manifestation, la plus puissante de l’immédiat après-guerre, on ne déplora aucun incident ; le service d’ordre était assuré par les travailleurs eux-mêmes. Tard, dans la nuit, la foule se dispersa aux cris de « vive la Révolution de 1848 », « vive l’union des républicains réunionnais », « vive la République ».

Commémoration officielle à Paris

Le gouvernement Ramadier n’a pas souhaité que le centenaire de l’abolition de l’esclavage dans les DOM soit célébré avec faste puisqu’il ne donne aucune suite à la proposition de loi du 7 août 1947 (imprimée sous le numéro 511), tendant à faire du 27 avril un jour férié dans les DOM. 
Une telle marque de mépris se justifie d’autant moins que le centenaire de l’abolition de l’esclavage fut commémoré le 27 avril 1947 à Paris, avec solennité dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, en présence notamment du président de la République, Vincent Auriol.

Au cours de cette cérémonie, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Depreux, déclara : « (...) C’est la France tout entière qui vient célébrer le centenaire de l’acte inoubliable qui, d’une façon définitive, abolit l’esclavage dans les possessions françaises (...) ».
Le député martiniquais Aimé Césaire faisait observer, pour sa part, que « la vraie émancipation n’est pas celle qui se décrète mais celle que l’homme conquiert par lui-même (...) ».
Deux mois plus tard, le parlement français, unanime, décidait le transfert des cendres de Victor Schœlcher au Panthéon.

L’esclavage : un sujet tabou...

Après la proclamation de la 5ème République en 1958, on assiste à une tentative de faire de l’abolition de l’esclavage un sujet tabou.
La fraude électorale institutionnalisée ayant permis à la droite de s’emparer de toutes les mairies de l’île et de la quasi totalité des sièges du Conseil général, les collectivités locales rayent le 20 décembre de leur calendrier de manifestations, avec la complicité de la Préfecture.
Par ailleurs, les autorisations de commémorer le 20 décembre dans des lieux publics sont refusées par le chef du département. Notamment les dimanches 20 décembre 1964 et 20 décembre 1970, respectivement par les préfets Alfred Diefenbacher et Paul Cousseran.
Ce dernier va même jusqu’à s’opposer à un vœu formulé le 18 juin 1971 par le Conseil municipal de La Possession, soucieux de perpétuer le souvenir des esclaves Anchaing et Cimendef en donnant leur nom à des rues de la ville.
Paul Cousseran estime qu’il « n’est pas question de donner pour nom de rue celui des bandits de grand chemin »... !

Un comité réunionnais de célébration

Il a fallu attendre l’entrée de François Mitterrand à l’Élysée en 1981 pour que les Réunionnais puissent enfin faire du 20 décembre « la Fête réunionnaise de la Liberté ».
Dès sa prise de fonction, le secrétaire d’État chargé des DOM-TOM, Henri Emmanuelli, rédige un projet de loi et un projet de décret relatif à la commémoration de l’abolition de l’esclavage dans les DOM et dans la collectivité territoriale de Mayotte.
En attendant l’examen de ces textes, un “Comité de célébration du 20 décembre”, présidé par le secrétaire général de la CGTR, Bruny Payet, se constitue et se donne pour but d’organiser dans les 24 communes de l’île, des manifestations le 20 décembre 1981.
Malgré le refus de certains maires d’apporter leur concours au Comité, ces manifestations auront bien lieu, avec une remarquable participation de la population. Celle de Saint-Denis se déroula en présence du préfet Michel Levallois qui, après avoir prononcé un discours, planta un “arbre de la liberté” sur la place de la Préfecture.

Des amendements de diversion

Quant aux projets de loi et de décret, ils donnent lieu à des débats qui vont durer 18 mois, tant à Saint-Denis au siège du Conseil général, qu’à Paris au Sénat et à l’Assemblée nationale. Si les débats s’éternisent, c’est pour la simple raison que nos élus, presque tous de droite, s’efforceront de dénaturer le projet d’Henri Emmanuelli, qui ne comporte qu’un article, rédigé comme suit : « La commémoration de l’abolition de l’esclavage fera l’objet d’une journée fériée dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de La Réunion, ainsi que dans la collectivité territoriale de Mayotte ».
Tous les amendements visant à « faire diversion » seront finalement rejetés par l’Assemblée nationale. Celle-ci fera toutefois une concession en acceptant d’associer la commémoration de la fin de tous les contrats d’engagement à celle de l’abolition de l’esclavage.
Voilà comment s’est achevé le long combat qui permet aujourd’hui à tous les Réunionnais de s’approprier leur passé et de disposer d’une journée (fériée) pour célébrer une des plus importantes dates de leur histoire.

Eugène Rousse

Repost 0
18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 19:16

Le texte que je recopie ci-dessous s'accorde avec des questions que je me pose depuis de nombreuses années. C'est la préface de J-M Le Clézio au livre d'Issa Asgarally intitulé L'interculturel ou la guerre, paru en 2005 aux Presses du M.S.M. ISBN : 99903-31-17-0. Introuvable à la Réunion, absent des catalogues. C'est Shenaz Patel qui m'a donné la solution : le commander à la librairie mauricienne en ligne Le Cygne : http://www.lecygne.com/

Il faudrait parler de la mondialité façon Glissant et de la Créolie façon Sam-Long, ce sera pour une autre fois.

Au multiculturalisme, qui met l'accent sur les différences et ne peut conduire qu'au repli identitaire, Asgarally oppose l'interculturel, concept qui privilégie l'unité fondamentale des hommes et des femmes en tant qu'êtres humains (p. 113), et base sur laquelle peut s'établir un système équilibré d'échange, en veillant à ce que celui-ci se déroule entre partenaires égaux, qui jouissent d'une égalité sur le plan de la confiance en soi, de l'accès à l'espace public ou encore du pouvoir économique et politique (p. 27).

 

Asgarally est né à l'île Maurice, il est docteur en linguistique, écrivain, sociologue, historien de l'esclavage, s'intéresse à l'éducation et à l'audiovisuel. Prix RFO du livre 2007.


Voici la préface de Le Clézio :


Nul ne peut aujourd'hui refuser l'interculturel. De tous les peuples de la terre, ce sont les gens des îles qui ont le mieux conçu et exprimé, pratiqué la nécessité de la relation. Parce qu'ils sont nés sur des terres de transit, terres de contact, ces ante islas sur lesquelles se sont succédé les explorateurs, les conquérants, les esclaves et les migrants économiques. Mascareignes, Antilles, archipels qui ont, comme l'a dit Edouard Glissant, cent ans d'avance sur les sociétés continentales, en matière de métissage, de diversité culturelle et linguistique, de rencontre entre religions.

Dans l'essai qu'on va lire, l'écrivain mauricien Issa Asgarally – sociologue, linguiste, mais avant tout philosophe – nous parle simplement de cette idée très belle et très ancienne qui se rattache à l'histoire humaine. Cette idée est apparue à la Renaissance, au moment où ont lieu les premiers voyages de rencontre entre l'Orient et l'Occident, et les premières explorations du continent américain. C'est aussi le moment des premiers affrontements, des conquêtes et des spoliations, dont l'onde de choc se fait encore sentir aujourd'hui. Le mal porte parfois en lui son propre remède. Dans le creuset de violence et d'injustice de ces conquêtes est née la première forme de démocratie universelle. Non de l'héritage grec ou chrétien, comme cela continue d'être affirmé, mais de la nécessité de justice et de liberté qui surgissait de l'esclavage des Africains, de l'expropriation et du génocide des Indiens d'Amérique ou de l'asservissement des Océaniens. L'idéal de liberté et de fraternité que la Déclaration des Droits de l'homme a proclamé en 1789 n'a pas été inventé dans les livres. Il a été écrit dans la douleur par les peuples conquis, mis au monde dans le ventre des bateaux négriers et dans les champs où travaillaient les ouvriers agricoles des plantations.

Ce n'est pas un hasard si les pays où la Conquête a laissé les traces les plus douloureuses – Mexique, Pérou, Bolivie – sont ceux qui ont intégré la notion de l'interculturel à leurs programmes éducatifs. Ces pays où une part importante de la population autochtone a été longtemps tenue à l'écart, ignorée et ignorante de ses droits, après une âpre lutte sont devenus des modèles en ce qui concerne l'éducation bilingue et l'interculturel.

L'Europe, la France plus particulièrement, connaissent un déficit en matière de relation entre les différentes composantes de sa culture. L'héritage jacobin, qui luttait jadis contre toute idée de fédéralisme, a imposé le modèle d'une culture unique, exclusive, niant toutes les origines régionales, comme si elles représentaient un poids du passé. Aujourd'hui, la France, même si elle a enfin signé la charte des langues régionales, continue à traiter par le dédain ses composantes basque, bretonne, occitane, et refuse même un statut à la plus parlée et la plus vivante de ses langues régionales qui est le créole.

Son passé colonial est à l'origine d'une contradiction dont les conséquences se font sentir au quotidien : ayant pénétré les cultures les plus lointaines, en Afrique, en Asie du sud-est, en Océanie, la France ne pouvait pas espérer régner en impératrice. Elle s'ouvrait aux trésors des nations assujetties et devait s'en imprégner. Les guerres mondiales, le développement industriel ont fait de la France l'un des axes de l'interdépendance. La relation s'est longtemps faite à sens unique, de la métropole vers ses terres vassales. Aujourd'hui, il appartient à la France de retrouver le respect de l'autre, de s'ouvrir à une ère nouvelle de compréhension.

Issa Asgarally n'est pas le produit de la culture française. On peut même affirmer qu'il n'est pas le produit d'une culture purement occidentale. Il est avant tout un Mauricien, né à Port Louis, dans le quartier de Ward IV où se rencontraient chaque jour toutes les communautés et toutes les religions. Sa langue d'universitaire est l'anglais, sa langue de culture le français, et sa langue de tous les jours le créole. C'est cette identité multiple qui constitue l'originalité de sa pensée. Nourri des humanités classiques de l'Occident, et de la dialectique des grands contemporains, Edward Said, Michel Serres, Amin Maalouf, Umberto Eco ou Sanjay Subrahmanian, Issa Asgarally utilise ces éléments formateurs pour les refondre dans le creuset de l'interculturel, et pour, dit-il, « déconstruire les récits coloniaux qui opposent les peuples et les cultures ». Il met au jour une autre interprétation vigoureuse, libre des idées reçues et des a priori de l'histoire.

L'île Maurice, son pays, peut sembler infime par sa taille et son pouvoir économique. Mais il est vaste par l'expérience. Maurice, comme la plupart des îles à sucre colonisées par l'Europe a connu tout ce qui fait notre siècle : l'ére cruelle de l'esclavage, l'avènement de l'ère industrielle et l'immigration, la modernité et l'indépendance, et les difficultés consécutives à l'universalisation du capitalisme, ainsi que la manne et les dangers du tourisme à outrance. Ce petit pays a véritablement tout connu, tout vécu, sauf une chose qu'il ne saurait envier aux grandes nations, la guerre.

Le pacifisme, à Maurice, n'est pas une idée intellectuelle, ni un luxe de philosophe. Il est une absolue nécessité. Lorsque, en 1999, à la suite du décès en prison du chanteur créole Kaya, les deux principales communautés de Maurice, Indo-Mauriciens et Créoles étaient sur le point de s'affronter, chacun a pu mesurer la fragilité du multiculturalisme. Le rêve de l'arc-en-ciel est menacé à chaque instant par l'enfermement dans l'identité communautaire. S'il condamne le manichéisme populiste de Samuel Huntington — et à travers lui la doctrine de l'affrontement des civilisations et les thèses de David Rapoport et de l'Institut de Recherches pour la Guerre et la Paix, qui ont inspiré la politique extérieure américaine depuis des décennies — Issa Asgarally se refuse également à un optimisme béat.

Plus que jamais, la question qu'il pose est urgente, inévitable. A la lumière de la réalité quotidienne, tandis que se développent des combats et des doctrines d'un autre âgee, son livre nous met en face du dilemme contemporain : si nous ne réalisons pas, maintenant, l'interculturel sur cette planète qui est notre île à tous, préparons-nous à voir nos enfants entrer dans la guerre.


Repost 0
17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 19:51

Les mahorais sont consultés sur la départementalisation de leur territoire par référendum en mars prochain. La commission des lois du Sénat écrit le 4 décembre : "la situation de Mayotte apparaît porteuse de risques et d'inquiétudes. Elle demandera donc d'importants efforts aux habitants, aux élus et à l'État. L'avenir de l'archipel repose sur un équilibre fragile, que l'accès au statut de département et région d'outre-mer ne doit pas compromettre mais renforcer.

Le rapport souligne que Mayotte doit relever les défis d'une forte pression migratoire et d'une explosion démographique qui paraissent annihiler les efforts de développement. L'archipel doit à la fois éduquer et former une population jeune, lui assurer un avenir professionnel et entrer pleinement dans la modernité en assimilant l'ensemble des principes républicains.

La commission des lois juge que Mayotte a accompli des progrès tangibles et que les retards s'expliquent par le poids de certaines traditions (place des cadis et incompatibilités du statut personnel avec les droits fondamentaux), par la mise en œuvre de moyens insuffisants de la part de l'État (révision de l'état civil) et par l'inertie de la collectivité (action insuffisante en matière d'aide sociale à l'enfance).

Elle considère que si la population de Mayotte, informée des efforts qu'une telle évolution implique, fait le choix de la départementalisation, le nouveau statut de l'archipel devra en faire un département et une région d'outre-mer.

Les conséquences de cette évolution statutaire devront toutefois être progressives, pour être assimilées sans heurts par la société et par l'économie mahoraises.

Le rapport souligne que l'accès au statut de département et région d'outre-mer impliquera :
la modification du statut personnel pour le rendre entièrement compatible avec les principes et les droits fondamentaux, en particulier en ce qui concerne l'égalité des femmes et des hommes : interdiction de toute nouvelle union polygame, élévation à 18 ans de l'âge légal du mariage des femmes relevant du statut personnel ;
- la suppression des fonctions judiciaires et notariales des cadis ;
- l'achèvement rapide de la révision de l'état civil, ce qui suppose le renforcement des effectifs de la commission de révision de l'état civil par un vice-président et une équipe de fonctionnaires spécialisés, chargés d'encadrer les rapporteurs ;
- la mise en place d'une fiscalité locale, qui nécessite d'abord l'évaluation de la valeur locative des parcelles ;
- le maintien d'une seule assemblée exerçant les compétences du département et de la région ;
- le plein exercice, par le conseil général, de ses compétences en matière d'aide sociale à l'enfance."

Dans le dernier n° de la revue de mon lycée, deux élèves ont interviewé l'un des deux réalisateurs du film Mayotte, où va la République ? (visionné récemment à Saint-Gilles)

voici l'interview :






le numéro de Libération qui sort demain jeudi 18 décembre :

Centre de rétention de Mayotte: la vidéo qui accuse

DOCUMENT VIDEO

http://www.liberation.fr/societe/0601472-mayotte-a-l-interieur-du-centre-de-retention

Extrait d'une vidéo exclusive tournée à l'intérieur du centre de rétention de Pamandzi. Demain, Libération publie un dossier complet sur ce scandale, et LibéLabo diffuse le document intégral.

Libération propose demain jeudi en kiosque une série d'articles et de reportages sur la situation des migrants à Mayotte. Et vous retrouverez l'intégralité de cette vidéo sur Libération.fr

Le centre de rétention administratif de Mayotte est «indigne de la République». D’une capacité théorique de 60 places, ce sont très régulièrement 80 à 90 personnes s’y entassent sur de «pauvres nattes» à même un sol de «béton brut dégradé». Parfois elles sont 200, «exceptionnellement 220». Ce constat accablant, c’est celui rendu en avril dernier par la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS).

Son enquête avait été diligentée après le naufrage en décembre 2007 d’une embarcation de clandestins percutée par une vedette de la police qui naviguait tous feux éteints. Une femme et un bébé avaient alors trouvé la mort.

Depuis, d’autres «kwassa» - les mauvaises barques empruntées par les candidats à l’émigration - ont fait naufrage. Six morts et 16 disparus en juillet. Quatorze morts et 7 disparus en novembre. A bord, souvent des habitants d’Anjouan, l’île comorienne distante de seulement 70 kilomètres de Mayotte. Plus de 200 «kwassa» auraient été interceptées en 2008 par les autorités françaises, qui ont installé trois radars au sud de l’île.

A Mayotte, le nombre de reconduites serait de l’ordre de 16000 par an, soit près de 10% de la population de l’île, d’après une estimation du député PS René Dosière, qui a présidé une mission sur le sujet. Son produit intérieur brut est neuf fois supérieur à celui des Comores. Autant dire que Mayotte représente pour les clandestins un évident eldorado économique.

La maternité de Mamoudzou ayant, elle, la réputation d’être la première de France en nombre annuel de naissances, l’ex-secrétaire d’Etat à l’outre-mer Christian Estrosi avait trouvé une solution «de droite décomplexée» pour endiguer le phénomène: la fin du droit du sol à Mayotte. «Nous pourrions prendre une décision exceptionnelle qui fasse que tout enfant né de parents en situation irrégulière ne puisse plus réclamer son appartenance à la nationalité française», avait-il lancé en février dernier.

Le projet a été enterré quand Estrosi a été remplacé par Yves Jégo en mars. Le nouveau secrétaire d’Etat a promis l’ouverture d’un nouveau centre de rétention administrative en 2010.

Repost 0
17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 19:48

Avant-hier, ma voisine, euphrasie-framboise, m’a offert un recueil de Daniel Biga que je ne connaissais pas, forcément, c’était le dernier : Impasse du progrès (ed Traumfabrik juillet 2008). Quel beau titre. Avec dédicace s’il vous plaît : « Pour Jean-Claude Noël 2008 ô mon voisin Kilukru ? E-F »

Je vous entends déjà : « Euphrasie est nantaise, t’es nantais depuis 40 ans, Biga vit à Nantes : voisins, coterie ». Même pas vrai. Biga parle une langue polyphonique inusable inlassable qui vous poursuit, qui rend friable le déjà lu, déplie le mille-feuilles qu’on croyait derrière.

Lisez-moi ça (oui datif éthique), ce sont les pages 4 et 5  :

« Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre » pensait Ulysse. Aussi son chant écarta six reines et écueils ainsi sut-il revenir vers Pénélope : qu’à son exemple chacun cherche son Ithaque qui en lui demeure – sans doute lui sera-t-il accordé d’y aborder lumen de lumine.

Combien de temps faut-il pour comprendre qu’il n’y a ni passé no future on a le temps d’apprendre qu’y a rien à apprendre sinon le présent (é)mouvant ce curseur dévoile une seconde l’éternité. Que je devienne mon maître et son serviteur intérieurs que je n’aie d’autre héros que moi m’aime.

Le ciel est bleu ou gris et la mer son miroir va ma vie vogue après vague ma nave voyage. Ulysse des banlieues j’aime êtres et hêtres la belle et la bête elle et l’aile le clair et la chair mi-di comme mi-nuit mon cri et mon silence le crépuscule des matins avec celui des soirs j’aime l’obscur et le clair et par l’éclair je vois dans la nuit jour de colère de tendresse ;

pas résigné pas rampant pas rebut pas à consommer condamné pas denrée mais vivant comme le corps beau délicieux croâ je crois et croîs en moi niant les saigneurs de guerre les assassins du seigneur moi-M niant les prophéties de Mal-heure les religieux du Mal-aise désobéissant aux politiques de Mal-être – n’oubliant pas qu’à l’an vert du monde rit le vers lent du démon impasse du progrès ;

simple comme un caillou sage comme un arbre vif comme une pie inquiet comme un homme pays : le monde – patrie : adresse la terre où la femme égale l’homme d’aucun parti mais de la totalité où les humains vont égaux en tous sous le soleil exactement embrassant seule religion la Vie Vraie (la guerre étroite celle des détroits de Toi n’aura pas lieu) n’y a rien d’autre qu’être moi toi soi notre Odyssée ludique dans l’Univers lieu unique sois :

humain humus d’humanité !

merci Daniel de nous réapprendre à écrire, on était en train de se laisser déformer sans rien dire

merci Euphrasie
je vous souhaite de trouver dans une semaine d’aussi beaux cadeaux dans la cheminée.

Repost 0
16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 10:53
Pour les babas et les zanfans, j'ai trouvé un conte de noël dans le site île en île

c'est un conte comorien de Salim Hatubou
Fourmi et vache


Autrefois, au pays des animaux, le roi Lion décida de marier sa fille. Rhinocéros, grand serviteur du palais, tapa sur le tam-tam ancestral pour annoncer la nouvelle à toute la forêt. Le message finissait par ces propos :

- Vous êtes tous invités et, quiconque n’assistera pas au mariage de la princesse, sera décapité !

Tout le monde se prépara pour ce grand événement : les oiseaux, les singes, les caïmans, les éléphants… Ils se réjouissaient tous du bonheur de leur roi, Sa Majesté Lion. Vraiment tous ? Non, car Vache regardait tous les autres animaux et restait indifférente à tout ce remue-ménage.

- Ecoutez-moi, dit Tigre. Nous devons tous nous réunir demain, à l’aube, sous le baobab centenaire. Ensemble, nous formerons un cortège digne de notre roi !


Tous les animaux applaudirent.

- On va bien s’amuser ! s’écria Chat, toujours prêt à faire la fête.

Le royaume était très loin et il fallait marcher durant trois jours et trois nuits pour y parvenir. Fourmi était, en ce temps-là, la meilleure amie de Vache.

- Es-tu prête pour la longue marche ? demanda Fourmi.
- De quelle longue marche veux-tu parler ? Moi, je ne vais nulle part ! Je reste ici ! J’ai mieux à faire que d’aller voir un vieux roi qui marie sa fille, une petite insolente !

Fourmi ouvrit grand les yeux.

- Aurais-tu donc perdu la tête ! dit-elle. N’as-tu pas entendu le son du tam-tam ? Quiconque n’assistera pas au mariage, sera décapité !
- J’ai bien entendu, Fourmi, mais je resterai ici !

Fourmi tenta de convaincre son amie pour qu’elle se rende au château. En vain. Elle réfléchit longuement, puis trouva une idée.

- Vache, échangeons nos formes !
- Echanger nos formes ? ! s’étonna Vache.
- Oui, deviens moi et je deviendrai toi !

Vache ne comprenait toujours pas. Fourmi expliqua :

- C’est simple : tu me donnes ton enveloppe de vache et tu prends la mienne de fourmi.

Vache se mit à rire et dit :

- Voilà des propos idiots, Fourmi ! Admettons que tu prennes ma forme et que tu te rendes au mariage. C’est toi que le roi ne verra pas et c’est encore toi qui seras décapitée !
- Ce sont tes propos qui sont idiots, Vache. Je pourrai toujours dire au roi que j’ai assisté au mariage de la princesse, cachée dans ton oreille. Comme j’aurai tout vu, je pourrai décrire tout l’événement dans les détails. Qu’en penses-tu ?

Vache réfléchit longuement puis finit par accepter. Les deux animaux échangèrent, par conséquent, leur forme. Fourmi devint très grosse et Vache minuscule.

A l’aube, tous les animaux s’attroupèrent au pied du baobab centenaire et tout ce beau monde fit branle-bas en direction de palais royal. En chemin, Vache -enfin Fourmi- resta silencieuse.

- Vache, pourquoi ne dis-tu mot ? interrogea Singe, qui sautillait, tellement il était heureux.

Fourmi -enfin Vache, il faut suivre ! - répondit :

- Laisse-la tranquille, Singe !
- Fourmi, je ne t’avais pas vue ! Où es-tu ?
- Je suis dans la bouche de Vache !
- Tu as vraiment de la chance, dit Eléphant. Tandis que nous autres marchons, toi, tu es tranquillement couchée dans la bouche de ton amie !

Les animaux marchèrent durant trois jours et trois nuits. Ils finirent par arriver au château et firent allégeance au roi et à la princesse. La fête battit son plein une semaine entière, pendant laquelle les invités burent, chantèrent, dansèrent…

Zébu, le vizir du roi, trouva Vache -enfin Fourmi ! vous suivez toujours ?- fort belle mais bien silencieuse.

- Vache, le prochain mariage sera le nôtre ! Je t’épouserai et nous vivrons tous deux heureux dans ce château !

Fourmi -qui avait la forme de Vache, vous vous souvenez de cela, n’est-ce pas ?- accepta et épousa Zébu le grand vizir.

Vache -qui avait la forme de Fourmi, vous ne l’avez pas oublié ?- attendit longtemps son amie, qui ne revint jamais. Elle ne récupéra donc pas plus sa forme initiale.

Depuis de jour-là, les fourmis -qui sont en réalité des vaches- pénètrent dans les oreilles des vaches, qui sont en réalité des fourmis, les piquent et leur disent :

- Je veux mon enveloppe ! Je veux ma forme !

Et le temps passe, passe…



Salim Hatubou, Contes et légendes des Comores ©
Flies France, 2004
Repost 0
16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 10:14
finalement, j'ai réussi à télécharger la vidéo de Dominique sans avoir besoin d'attendre d'être en métropole
j'en profite pour donner les dates où je serai sans connexion donc sans rien poster ni lire ici :
du 20 au 22 déc inclus (cilaos), les 24-25 (vol corsairfly), du 30 dec au 2 janvier (chez mamie), du 5 au 7 janvier (à tours et à paris)
dates où le blog tourne mais pas quotidiennement quand même : du 26 au 29 déc inclus et du 8 au 19 janvier inclus
ci-dessous, vous verrez que la maman allaite son baleineau sous sa nageoire
même le baleineau a déjà des petites concrétions
regarder l'oeil de la baleine, communiquer du regard avec ce mammifère absolument inoffensif, c'est métaphysique, c'est comme remonter à l'origine et à l'innocence première du monde m'a dit dominique
un jour d'octobre, entre saint-paul et saint-leu, à bord du zodiac, il a compté 47 baleines à bosse
pourquoi ont-elles été si nombreuses cette année ? hélas japonais et norvégiens n'ont fait aucun effort, ce serait plutôt les mesures de protection de l'environnement dans l'océan indien qui ont fait augmenter le taux de plancton et de krill
mais on ne sait pas vraiment
pourvu que ça dure
réponse en juillet prochain
la vidéo fait 165M° (.avi) vous aurez sans doute à attendre quelques secondes ou dizaines de secondes pour la charger



vidéo : Dom2
Repost 0
15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 15:55
quand je pense qu'on a survolé le volcan hier matin et qu'il n'y avait rien



Volcan

Le volcan en éruption

CLICANOO.COM | Publié le 15 décembre 2008

Le volcan est à nouveau en éruption. La crise sismique a débuté cette nuit. La lave s’écoule à mi-pente à l’intérieur du cratère Dolomieu.

Dans un communiqué, la préfecture indique que "depuis 2h45, cette nuit, une éruption de faible intensité est en cours, après une reprise de l’activité sismique. La lave s’écoule à mi-pente à l’intérieur du cratère Dolomieu. Sous réserve d’analyses plus complètes qui seront réalisées dans la matinée, cette éruption semble d’intensité comparable aux deux précédentes. Elle ne présente, à ce stade, aucun danger particulier pour la population. Compte-tenu de ces éléments et en l’absence de risque supplémentaire, l’autorité préfectorale maintient le niveau de « vigilance volcanique » du plan de secours spécialisé volcan, en vigueur depuis le 14 octobre dernier. L’accès au public à l’enclos reste strictement limité aux itinéraires balisés. L’accèssentier dit du « tour des cratères » et l’accès au cratère lui-même restent interdits. Toute évolution significative de la situation fera l’objet d’un nouveau communiqué".

La troisième de l’année

L’observatoire volcanologique du piton de la Fournaise a enregistré hier, entre 10h20 et 14h20, une crise sismique considérée comme "de forte ampleur, avec plusieurs centaines de séismes". "Plusieurs séismes de forte intensité (d’une magnitude supérieure à 2,5) ont été observés", précisait hier Thomas Staudacher, responsable de l’équipe scientifique, dans un bulletin d’information mis en ligne sur le site internet de l’observatoire. Cependant, aucune déformation significative du sommet (pouvant indiquer des mouvements d’ascension du magma) n’a été enregistrée, ce qui semblait ne pas accréditer l’hypothèse d’une éruption à très court terme. La situation était stationnaire hier en cours de soirée, des séismes continuant d’être enregistrés toutes les trois à cinq minutes, toujours avec des événements de forte intensité, une crise peu commune, selon Valérie Ferrazzini, sismologue à l’observatoire. Depuis l’effondrement du cratère Dolomieu en avril 2007, deux éruptions se sont succédé ces derniers mois à l’intérieur du cratère Dolomieu, le 21 septembre et le 27 novembre, la seconde apparaissant comme une suite de la première et ayant pris naissance au même endroit exactement, dans une zone où le magma semble trouver facilement sa voie vers la surface. La semaine dernière (notre édition de mercredi), l’observatoire volcanologique estimait une nouvelle éruption possible dans un délai de trois à six semaines.


Volcan

Éruption, acte 3

CLICANOO.COM | Publié le 16 décembre 2008

Au terme d’une très longue crise sismique, qui a débuté dimanche, le piton de la Fournaise est entré en éruption à 2h45 hier matin. Cette troisième phase de l’éruption du 21 septembre a cette fois migré sur le flanc nord-est du Dolomieu mais notre volcan continue à jouer les timides, refusant de se produire en dehors du cratère principal.

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=198128&page=article

Sortira, sortira pas ? Entre dimanche 10h et hier 2h45 du matin, les scientifiques de l’observatoire volcanologique du piton de la Fournaise se sont interrogés sur les intentions de notre volcan. Une certitude, nous sommes en présence de la troisième phase d’une éruption dont le premier épisode s’est joué à partir du 21 septembre dernier et pendant dix jours, suivi d’un acte deux à partir du 27 novembre, pendant 26 h.

Débit assez faible

Les volcanologues s’attendaient à ce que le magma jaillisse une nouvelle fois dans le cratère Dolomieu mais la lave allait-elle se répandre à partir des mêmes points de sortie que le 21 septembre et le 27 novembre derniers ? La réponse nous est donnée lorsque nous émergeons en lisière du sommet, hier matin peu avant 8 h. Le sommet joue à cache-cache avec les nuages. L’éruption s’est déplacée. Alors que les deux manifestations précédentes se situaient exactement au même endroit au pied du Bory, cette fois, deux fissures se sont ouvertes. La première se situe au nord-nord-est, un peu à l’est de la Soufrière en grande partie effondrée, la seconde zèbre le rempart nord-est, opposé au cratère Bory. L’éruption n’a que quelques heures, mais elle a déjà construit deux petits cônes à mi-pente sur le flanc nord - nord-est. L’un d’entre eux est complètement ouvert et laisse apercevoir des entrailles de feu. De petites projections montent par instant vers le ciel. Deux bras de coulée descendent vers le lac figé alimenté par les deux manifestations précédentes. Une tache noire plus sombre s’élargit en surface. L’autre, de construction presque parfaite, est ouverte à sa base. Face au Bory, l’activité est moins intense. Les coulées ont du mal à rejoindre le plancher du cratère. Alors que dans l’ensemble l’activité se joue sur un mode mineur, parfois les choses s’emballent. Le cône ouvert se met à bouillonner intensément. Des coulées dévalent la pente soulevant des nuages de poussière. En fond sonore, le roulement sourd des éboulements que l’on entend mais que l’on a du mal à voir. Le Dolomieu joue comme une vaste caisse de résonance.

La fête jusqu’à noël ?

Notre volcan continuera-t-il à faire la fête jusqu’à Noël et le jour de l’an ? Bien malin celui qui pourrait lire dans ses pensées. Hier soir, le trémor éruptif semblait commencer à baisser, corroborant les observations visuelles selon lesquelles la sortie de lave dans le rempart est du Dolomieu semblait tarie. A cette heure, à peine un quart des coulées du mois de septembre dernier était recouvert par les nouvelles laves. Aucun prélèvement n’a été possible hier : le débit trop faible et l’absence de vent n’ont pas permis la dispersion des gouttelettes de lave comme cela s’était produit lors des deux premières phases éruptives. Aucun cheveu de Pélé n’a pu être collecté

Textes et photos : Alain Dupuis François Martel-Asselin


Coup de chapeau au sommet

Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire volcanologique du piton de la Fournaise depuis 1995, s’est porté comme à l’accoutumée au chevet de l’éruption hier matin. Le 1er janvier, il confiera l’intérim de la direction à sa collègue sismologue Valérie Ferrazzini en attendant mi-2009 l’arrivée de son successeur Andrea di Muro, comme cela a été annoncé au mois d’octobre dernier. Notre volcan a-t-il voulu saluer à sa manière le départ de Thomas Staudacher ? On ne lui avait peut-être pas tout dit : si le scientifique laisse la barre de l’observatoire, il demeure plus que jamais fidèle au piton de la Fournaise qu’il continuera à ausculter en tant que chercheur, déchargé des tâches administratives. En treize années de présence, il a déjà assisté à près de trente éruptions

La première de Gilbert

Avant de quitter la Réunion pour s’installer à Toulouse il y a de cela 34 ans, Gilbert n’avait jamais assisté à une éruption du piton de la Fournaise. Il n’était même jamais monté au volcan. Depuis son départ pour la métropole, Gilbert n’avait jamais revu son Saint-Denis natal. “Quand j’ai décidé de revenir en vacances, confie-t-il, ma famille qui habite encore ici avait prévu une sortie au volcan. Pas pour voir une éruption, simplement pour me montrer le sommet. C’était programmé depuis des mois.” Hier matin, Gilbert accompagné de ses proches et de Jacky, un Réunionnais habitant Lyon, prennent le chemin du pas de Bellecombe. Ils ne savent pas qu’une éruption a débuté dans le Dolomieu quelques heures plus tôt. La petite troupe descend dans l’enclos, traverse en direction de la chapelle de Rosemont et là, ignorant l’interdiction d’accès au sommet, pourtant plantée bien en évidence, elle s’engage sur le sentier en direction du Bory. Le balisage blanc dissimulé sous de la peinture noire ne l’arrête pas. Au sommet du Bory, Gilbert et ses compagnons découvrent médusés l’éruption à leurs pieds. “Vous avez devant vous un créole heureux”, confie-t-il à chaud. “Quelle chance tu as”, lui glisse à l’oreille une parente. “Ces photos valent de l’or.” Juste le temps d’immortaliser l’événement et Gilbert et sa famille s’éclipsent prestement. L’hélicoptère de la gendarmerie n’est pas bien loin…



Repost 0
Published by - dans volcan
commenter cet article
15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 09:45
















voilà un poisson fragile
si on s'approche trop, il est stressé, il se gonfle, monte à la surface et ne peut plus redescendre


photos : Dom2
Repost 0