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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 09:27

Histoire de se préparer à l’ascension du Piton des neiges dimanche prochain, histoire de se préparer aussi au vol
Saint-Denis-Orly trois jours après, je viens de faire le tour de l’île à bord d’un Piper PA28 piloté par mon collègue Philippe M.. Sylvie (Lettres classiques) et Olivier (EPS) étaient également de la partie. Aucune difficulté pour se lever à 4 heures du matin chez ces quatre veinards.


Check-list au bord de la piste de Pierrefonds à Saint-Pierre :
- test gouvernes - vérifier entrée moteur - vérifier saumons - vérifier Karman - vérifier pitot - purger les réservoirs - générateur sur On - sortir 10° d’ailerons - altimètre sur 60 pieds - batterie sur On - allumer radio - pression huile - vérifier témoins - vérifier réchauffage - 800 tours/mn test moteur freins serrés
rappel pour celles zé ceux qui n'ont pas lu assez de BD dans leur enfance : tenir le cap à la boussole, tirer le manche pour monter, le pousser pour descendre, aider l'appareil à virer (à gauche ou à droite) en mettant un peu de palonnier


Puis c’est le décollage, avec la satisfaction de voir que des nuages certes, il y en a, mais ils stationnent sur Saint-Pierre et ne semblent pas bien méchants au-dessus des cirques et du volcan.


Peu à peu, on monte et on survole le port de Saint-Pierre, Le Tampon, la plaine des cafres, le cratère Commerson et la plaine des Sables.








la plaine des sables

l'entrée dans l'enclos

le flanc nord du dolomieu




La vitesse est stable : 100 noeuds (180 km/h). Le compte-tours aussi : 2400 t/mn en croisière, 2200 en descente. Le variomètre, c'est-à-dire le Badin, aussi : 600 pieds/mn en montée et en descente. L'altimètre indique 8200 pieds, on va monter à 9000 pieds (3000 mètres) pour passer d'un cirque à l'autre en toute sécurité.



la plaine des sables (play it again Sam)



vers le trou du fer

cirque de salazie


au loin : saint-denis

dans le cirque de Mafate

la rivière des galets et Le Port

objectif : les 3 salazes





cilaos

ilet à cordes


cilaos et le piton des neiges

retour vers pierrefonds
sur le côté gauche de la piste, le papi est allumé : 4 lumières blanches, t'es trop haut ; 4 lumières rouges, t'es trop bas
il en faut 2 blanches à gauche, 2 rouges à droite, et sans être trop court ni trop long
on met 800 tours/mn, on plane et on applaudit



ben nou gaign

le talent de philippe a été contagieux : en août prochain, je commence la formation pour piloter un ULM

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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 17:17
A la réunion, il n'est aucune fenêtre dont on puisse dire qu'elle ne reçoit jamais la lumière du soleil tant ce dernier se montre au fil de l'année, et pas seulement dans une moitié du ciel. Dans une semaine, c'est le solstice d'été, les journées vont devenir plus courtes, mais l'écart est bien moindre qu'en métropole.


hier soir


pleine lune ce matin à 4h30 (1h30 heure métropole)

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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 16:46


Danses d'hier


J'entends encore les staccatos

Le prolongement des sons des tam-tams

Des tam-tams du temps jadis


Alors les collines s'enflamment

Dans la nuit sèche

Les pieds des danseurs

Se baignent dans la fine poussière

De latérite

Et leurs pas scandent sauvagement

Un rythme endiablé


J'entends encore les notes rapides

La voix étouffée du « commandeur »

Se modulant dans l'air tiède du soir.


Alors les échines s'arc-boutent

Les unes aux autres

Et les hanches roulent comme des houles

Les ventres des danseuses voluptueuses

Ondulent lascivement...

Et des voix confuses s'interpellent

Impudemment.


Je perçois toujours les staccatos

Les grondements des « grosses caisses »

Par delà les années de mon enfance ...

Je les porte en moi

Comme des stigmates.


Antoine Abel (né en 1934)



Le baptême de sable


O gouttes de pluie

Crépitantes de chaleur invisible

De chaleur trouée

O gouttes pleurées

Ruisselantes

De chaleur vide


Peau de jungle et peau d'amour

Peau de drame

Peau vivante

Tiède charnelle de chaleur que tu contiens


Ouvre-moi le chemin de l'oiseau

Indique-moi la fleur cachée

Le soleil volé

L'étoile violée

Lampe rouge miroitée – dure dans le bois d'ébène qui sillonne le coeur


La clé !

La clé suspendue dans le mur

Du silence qui sépare les êtres ; qui sépare deux flammes

Je cherche

Je cherche le long de tes bras

Et je trouve enfin tes mains

Qui serrent le sable baptisé.


Patrick Mathiot (né en 1960)

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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 17:33

47

Grâce à remue.net, un billet du Journal de la Réunion et à un article de Libération hier, on apprend qu'une pièce de Jean-Luc Raharimanana est interdite par le ministère des Affaires étrangères dans les centres culturels français de l'océan indien.
Plutôt que de m'indigner, je vous laisse lire des extraits du dossier de remue.net constitué à partir des documents transmis par JL R, le billet clicanoo et l'article de Libé.

Présentation de Remue :
Composé « à la mémoire des insurgés du 29 mars 1947, Madagascar », 47 a été créé les 19 et 20 septembre 2008 au centre culturel Albert-Camus d’Antananarivo, Madagascar. Interprété par Romain Lagarde et Sylvian Tilahimena, 47 a été ensuite représenté les 26 et 27 septembre 2008 au festival Les Francophonies en Limousin, Limoges, le 14 octobre à la Halle aux Grains, scène nationale, Blois, le 21 octobre au Théâtre de Cavaillon, scène nationale, Cavaillon, les 5 et 6 novembre à Bonlieu scène nationale, Annecy. Des spectateurs l’ont donc vu, applaudi. La presse en a parlé. Une tournée devait le conduire, en 2009, dans les centres culturels de l’océan Indien et de l’Afrique australe. Il n’en sera rien. Cette pièce autorisée sur le territoire français se voit interdite de représentation dans les centres culturels français de cet espace géographique.

Libé hier :
Le cas 47 RENÉ SOLIS et MARIE-CHRISTINE VERNAY 47 est tiré d’un texte de l’auteur malgache Jean-Luc Raharimanana, qui traite de la répression par l’armée française du soulèvement nationaliste de mars 1947. Mis en scène par Thierry Bedard, créé le 19 septembre dernier au Centre culturel Albert- Camus à Antananarivo, ce spectacle ne tournera pas dans la zone de l’Afrique australe orientale et de l’océan Indien. C’est pourtant là que cette pièce, déjà présentée en France (Limoges, Annecy, lire ci-contre), aurait pris tout son sens. Mais il semblerait que le ministère français des Affaires étrangères en a décidé autrement. Dans une lettre à Bernard Kouchner, datée du 15 novembre, les créateurs parlent de «censure d’Etat» et expliquent : «A la demande de la Direction générale de la coopération internationale et du développement (DGCID), le spectacle soutenu pourtant et coproduit par Culturesfrance, a été retiré des propositions de programmation.» Ce qui veut dire que la tournée prévue au printemps et en septembre 2009 s’écroule, puisque, bien qu’il ne s’agisse pas d’une interdiction officielle avec lettre ou circulaire à l’appui, aucun centre culturel ou alliance française ne se risquerait à présenter un spectacle «déconseillé», évacué de la liste des productions diffusables. Aucun argument artistique ou politique n’a été avancé quant à la raison de cette interdiction de fait. Trouille. Que s’est-il passé ? Les autorités malgaches seraient-elles montées au créneau ? Il semblerait que non. La première du spectacle à Antananarivo n’a pas provoqué de polémique et le gouvernement malgache a plutôt intérêt à ce que ce pan douloureux de l’histoire, souvent passé sous silence, revienne sur le devant de la scène. De nombreux historiens malgaches ont participé à l’élaboration de 47 et ils devraient se réunir pour un colloque en mars 2009. Qui a pu redouter que ce spectacle fasse des vagues au point de créer des incidents diplomatiques ? Sans doute pas l’ancien ambassadeur Gilles Le Lidec, en froid avec les autorités locales, qui a quitté son poste en août, un mois avant la première du spectacle. Et pas non plus son successeur, qui n’est pas encore en poste. Alors ? L’initiative d’un chargé d’affaires trop zélé ou d’un haut responsable du ministère tétanisé d’avance par la peur de l’incident ? Un connaisseur des habitudes du Quai d’Orsay émet l’hypothèse d’«une réaction de panique en chaîne qui remonte jusqu’à Paris, comme une trouille que la diplomatie s’impose à elle-même». «Points de blocage».Dans leur lettre à Bernard Kouchner, les intéressés interrogent : «Est-il impossible de présenter notre travail, exemplaire, sous la responsabilité "morale" du ministère des Affaires étrangères ?» L’écrivain et le metteur en scène ajoutent : «Nous ressentons donc évidemment l’interdit de présenter notre travail comme une "censure d’Etat" rare et incompréhensible.» Une «censure» vigoureusement démentie par le cabinet de Kouchner. «Lors de la réunion d’évaluation des projets pour la région tenue début novembre à Addis-Abeba, celui-ci n’a pas été retenu. C’est une procédure parfaitement normale.» En attente de signature, la réponse du ministre devrait par ailleurs être rendue publique très prochainement. Salvador Garcia, directeur de Bonlieu, scène nationale d’Annecy, où Thierry Bedard est artiste associé, déplore la situation. «Même si je ne sais pas où sont les points de blocage, ce spectacle, explique-t-il, pose le problème de la représentation française à l’étranger et c’est particulièrement sensible à Madagascar qui est une poudrière. Ce n’est pas un spectacle français puisqu’il est cocréé avec un auteur malgache. C’est absolument dommage qu’il ne soit pas vu dans l’océan Indien car il pose la question du traitement de la mémoire pour les Français, mais aussi pour les Malgaches. Il est juste sur tous les plans, y compris artistiquement.» Thierry Bedard se souvient des représentations à Antananarivo :«C’était un moment très intense, il y avait beaucoup d’étudiants dans le public. Le sujet est sensible parce que c’est un Français et un Malgache qui traitent ensemble de l’effroi.» 

extrait du texte de JL Raharimanana :
 On appela cela coopération. Mutisme et complicité. Dictature. Corruption. Silence toujours. L’oubli a succédé. Les générations furent autant de couches de linceuls naturelles. C’est ce qu’on a cru.  La parole insoumise  Silence pèse sur la mémoire. Les langues se délient. Des hommes et des femmes voudront comprendre. Dans ce désir, réel cette fois-ci, de vivre ensemble. Des hommes et des femmes, au-delà des frontières de l’histoire et des rapports de force, voudront savoir. Pourquoi en 47, deux ans après le carnage, deux ans après le « plus jamais ça », pourquoi à Madagascar s’est-il perpétré l’un des plus grands massacres coloniaux ? Un massacre commis par les vainqueurs du nazisme ? Par ceux qui ont vu de près les horreurs de la guerre ?  C’est ce silence qu’explore le spectacle 47, créé en septembre 2008 au centre culturel français d’Antananarivo, de concert avec Thierry Bedard, metteur en scène, de concert avec Sylvian Tilahimena et Romain Lagarde, comédiens malgache et français. Une histoire commune. Violente. Sensible. Un théâtre qui nous ramène dans ce désir de vivre ensemble, de comprendre ce qui a déchiré, les corps malmenés et torturés, les paroles étouffées et les non-dit qui corrompent les âmes. Pour un langage du présent, un langage partagé. Enfin.  Mais ainsi en a décidé le « bureau politique » de la DGCID [Direction générale de la Coopération internationale et du Développement au ministère français des Affaires étrangères.]]. Coopération et développement ? Silence sur 47. Censure sur le spectacle. Interdiction d’emmener cette parole dans les centres culturels africains et alliances françaises. Étouffer les mémoires pour perpétuer quelle tradition ? Quelle domination ? La France grande et rayonnante ? Mère du progrès et de la civilisation ?  Ainsi, le spectacle ne peut tourner dans ces centres culturels vitrines de la France et de sa capacité de dialoguer avec le monde, vitrines de sa culture, vitrines des cultures. Une vitrine, selon la DGCID, ne saurait comporter la moindre trace de salissure - ces pages sombres de l’histoire coloniale… Il est vrai qu’accorder vitrine à l’histoire coloniale française, c’est plonger dans un puits de vérité vertigineux, c’est plonger dans une saleté sans mesure et inavouable. La mission des centres culturels serait-elle politique, idéologique, partisane ? La culture a-t-elle réellement sa place quand s’exprime une certaine tendance politique du ministère des Affaires étrangères qui a droit de veto sur la programmation des centres en question ? « Bureau politique » de la DGCID ? Quel est ce bureau qui n’apparaît dans aucun organigramme officiel ?  Et dans cette affaire, le devoir de réserve imposé à ces responsables culturels ne vire-t-il pas à l’obligation de collaborer à une politique discriminatoire, un déni de l’histoire des colonies, un déni de l’histoire de France ?  Alors que la politique africaine de la France est déjà un désastre, obligerait-on les hommes et femmes de culture français à trahir leurs éthiques et convictions ? Faut-il qu’ils s’alignent sur le même plan que ceux qui ont terni pour longtemps l’image de la France : ces aventuriers politiques qui n’ont jamais considéré les Africains, ces barbouzes et autres prédateurs économiques du continent ?  Mais la mémoire se moque bien de la censure même si c’est une censure d’État. Le désir est profond de comprendre d’autant plus que nous avons maintenant le recul nécessaire pour tout entendre, pour enfin échanger.  Auteur, ancré dans les deux cultures - malgache, française -, j’ai la conviction que ces actes et discours stigmatisant la légitime revendication des mémoires ne sont que les sursauts d’une certaine France imbue encore de culture coloniale. Le monde d’aujourd’hui a aboli les frontières, le monde d’aujourd’hui est un monde où la parole peut être infiniment plus libre si on se donne la peine d’utiliser tous les moyens à notre disposition, le monde d’aujourd’hui est un monde où la parole se multiplie, se diversifie, un monde excitant où l’Autre se trouve au bout d’un clic, au bout d’un fil, au bout d’une lettre. Oui, j’ai cette conviction… À moins qu’une période totalitaire ne se prépare et que je ne m’illusionne, à moins que cette période ne fasse table rase de toutes ces paroles incontrôlables, insoumises, à moins que ces régimes –politiques, économiques - qui ont déjà le sort du monde en main, ne deviennent réellement fous et ne viennent à effacer toute velléité de culture, de mémoire, de résistance, à moins que…  Mais le 29 mars 1947, les rebelles ne sont pas tombés pour ça… Raharimanana, Antananarivo, le 30 novembre 2008.

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=197804&page=article

Le billet

1947 censuré en 2008 !

CLICANOO.COM | Publié le 12 décembre 2008

Comment ne pas être d’accord avec ceux qui pensent qu’en matière de mémoire, comme de justice, il y a deux poids deux mesures ? Vous voulez parler de Shoah ? Non seulement c’est permis mais c’est même devenu obligatoire. Vous voulez parlez d’esclavage, de mémoire coloniale ? C’est beaucoup plus difficile. Et il n’est pas besoin d’utiliser une censure officielle pour cela, la censure de fait étant plus efficace encore. Ainsi le spectacle « 47 » tiré d’un texte de Jean-Luc Raharimanana, qui devait tourner en Afrique australe orientale et dans l’océan Indien, n’ira pas plus loin que Tananarive où il a été créé le 19 septembre dernier au centre culturel Albert-Camus. A la demande de la Direction générale de la coopération internationale et du développement (DGCID), le spectacle a été retiré de la programmation. Conséquence, aucun centre culturel ou Alliance française ne devrait l’accueillir. Pourquoi ce spectacle, pourtant produit par Culturesfrance, n’a-t-il pas été choisi ? Faute de réponse de la part du ministère des Affaires étrangères, j’en suis réduit à émettre des suppositions. De quoi parle le spectacle de Jean-Luc Raharimanana, auteur malgache dont on a eu l’occasion de parler en septembre dernier quand le recteur de La Réunion avait cru bon de faire du zèle (déjà !) en sanctionnant un professeur qui avait lu un de ses textes en classe ? Il parle, documents d’époque et photos à l’appui, de l’insurrection nationaliste du 29 mars 1947 à Madagascar durement réprimée par l’armée française au prix de milliers de morts. On conçoit que le gouvernement Sarkozy et la majorité UMP, adeptes de la « colonisation positive », ait des hauts le cœur rien qu’à l’idée que l’on puisse voir des militaires français à l’œuvre dans leur mission civilisatrice ! Pour une fois, le poids des mots et le choc des photos (rien à voir avec Paris-Match, le torche-cul du président !) auront été fatals à la distribution d’une création et à la connaissance de notre passé. On dit merci à qui ?

Bruno Testa

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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 02:54

Mercredi dernier, j'accompagnais des secondes au Salon de la littérature jeunesse au Port. Khuistres et Imbudeumêmes de se gausser, surtout ceux qui n'ont pas d'élèves, ni surtout d'élèves-en-difficulté (la gôchcaviar eût parlé d' « élèves intellectuellement défavorisés »). Pourtant, la France de demain, et même la France des DOM-TOM, a su échanger avec une auteure sympa, détendue, attentive, capable de s'exposer autrement que sur la Une de VSD, de se dire, de répondre patiemment aux questions (préparées) des poupons, de faire entrevoir la mise de celles/ceux qui mettent leur vie en jeu sur le tapis vert de la publication et qui choisissent l'écriture. En tout cas, les poupons ont rencontré une écrivain à qui ils ont demandé si ça posait des problèmes de glisser des phrases créoles dans ses romans. Réponse : Non. Frappant : la narratrice a 11 ans. Comme dans What Maisie knew de Henry James. Comme si on savait déjà tout à cet âge (intuitivement) et qu'ensuite on radote. Possible. Et alors, cette littérature qu’on dit jeunesse est parfois littérature tout court.


Résumé de l'éditeur :

Sensitive, ce sont les lettres qu'une petite Mauricienne de 11 ans adresse au Bondié. Mais les écrit-elle vraiment ? Peu importe, puisqu'elles lui permettent de parler, avec ses mots à elle, de son institutrice, de ses amis Ton Faël et Nadège, des ouvrières de l'usine qui va fermer. De sa mère, de l'amour/haine qui les lie. Et, pesant sur sa vie, comme une ombre à peine visible, de son beau-père.

Shenaz Patel nous plonge dans le conflit insoluble qui déchire cette petite fille, partagée entre son appétit de vivre et sa révolte devant l'injustice – celle qui lui est faite comme celle qui frappe les autres.

 

Voici l'incipit de Sensitive (L'Olivier, 2003)

 

Hier je suis morte.

Enfin, je croyais. J'ai cru.

C'est étrange.

De penser qu'une chose comme ça puisse arriver et qu'on ne disparaisse pas après. Qu'on continue à rester debout, à avancer un pas puis l'autre, à faire comme ci, comme ça, à jouer. Comme quelqu'un qui est encore entier quoi. Comme un enfant ordinaire. Alors qu'à l'intérieur tu te sens comme un grand tas de confettis.

Remarque tu me diras, je ne sais pas comment se sent un tas de confettis. Peut-être qu'il est joyeux, parce que c'est joyeux, parce que c'est joli, et gai, un tas de confettis qu'on éparpille.

Du moins c'est ce qu'on croit.

Mais au fond on n'en sait rien.

Peut-être que les confettis ne sont pas si contents que ça d'être lancés en l'air, d'être séparés et de retomber, seuls, fanés, sur des planchers parcourus par de grosses chaussures qui menacent à chaque instant de les écraser, ou dans des cheveux gras que des doigts et ongles sales viennent grattouiller. D'ailleurs, tu as vu à quel point ils retombent lentement, en planant, comme s'ils voulaient ralentir leur chute, se retenir encore un peu, un moment.

Tout compte fait, je crois que ce n'est pas si formidable que ça une vie de confettis.

Alors je me sens comme un tas de confettis.

Je me demande si Lui, il sait quel effet ça fait. Un jour, c'est sûr, je lui montrerai. Avec un pétard canon que je demanderai à Mam de m'acheter pour Noël, un gros canon rouge, je l'exploserai en quatre mille morceaux.

Ou dix mille.

Ou mille millions.

Tu imagines, des petits bouts de Lui, éparpillés partout, avec des éclats de papier rouge, collés sur les murs, au plafond, par terre, bravo, bravo, applaudissez notre nouvelle décoratrice, mam'zelle pétomane.

J'ai lu ce mot quelque part et il m'a plu dès que je l'ai prononcé, il sonne vraiment bien sur les lèvres, contre les dents. Mais quand je suis allé voir dans le dictionnaire à l'école, j'ai compris que ce n'était pas du tout ce que je voulais dire. Faudra que je trouve autre chose, quelque chose d'un peu moins, enfin un peu plus distingué quand même. C'est pas la peine si c'est pour qu'on me chicane.

Mais pour tout ça, il faudra que j'espère encore.

Il paraît que je suis trop petite.

Alors, en attendant, je voulais juste te dire que je suis si contente de t'avoir créé.

Oui je sais, on dit que c'est l'inverse. Que c'est Dieu qui crée les hommes. Mais bon...

On dit beaucoup de choses.

En ce moment, on n'arrête pas de répéter qu'il faut prendre en compte les enfants parce qu'ils sont les adultes de demain. J'aimerais que quelqu'un dise qu'on est les enfants d'aujourd'hui. Mais on a tellement de projets pour nous.

C'est sûr, la Miss n'aimerait pas que je dise ça. Elle répète que je dois laisser mes extravagances et mes expressions « baroques » à la porte de l'école. Comme si on pouvait avoir envie de confier quoi que ce soit à cette vilaine porte, avec sa peinture grise pelée et couverte de gale. Moi, je serais bien contente si j'arrivais à l'abattre, ou juste à la garder un peu ouverte.

Mais ici on ne vient pas pour être content, on vient pour apprendre.


Extrait (p103 à 109) lu par l'auteure :

http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/patel_sensitive.html

 

En 2005, Shenaz Patel a fait paraître Le Silence des Chagos (sur le déracinement).










http://www.lehman.edu/ile.en.ile/paroles/patel.html

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 15:42

Madagascar, où je me rends en mars, a la superficie de la France. 17,5 millions d'habitants (dont 30000 français) y vivent. Dans ce pays qui est l'un des plus pauvres du monde, le taux de fécondité est de 6 enfants par femme. Il y a autant de zébus que d'habitants (17 millions) : cet animal indispensable à l'économie, sacré, signe extérieur de richesse et symbole de sagesse, est l'emblème malgache par excellence.

 

pour aider les malgaches qui veulent acquérir un zébu :

www.zob-madagascar.org



photo : Philippe M.

ZEBU


Voûté comme les cités d'Imerina*

en évidence sur les collines

ou taillées à même les rochers ;

bossu comme les pignons

que la lune sculpte sur le sol,

voici le taureau puissant

pourpre comme la couleur de son sang.


Il a bu aux abord des fleuves,

il a brouté des cactus et des lilas ;

le voici accroupi devant du manioc

lourd encore du parfum de la terre,

et devant des pailles de riz

qui puent violemment le soleil et l'ombre.


Le soir a bêché partout,

et il n'y a plus d'horizon.

Le taureau voit un désert qui s'étend

jusqu'aux frontières de la nuit.

Ses cornes sont comme un croissant qui monte.


Désert, désert,

désert devant le taureau puissant

qui s'est égaré avec le soir

dans le royaume du silence,

qu'évoques-tu dans son demi-sommeil ?

Est-ce les siens qui n'ont pas de boss e

et qui sont rouges comme la poussiè re

que soulève leur passage ,

eux, les maîtres des terres inhabitées ?

Ou ses aïeux qu'engraissaient les paysans

et qu'ils amenaient en ville, parés d'oranges mûres,

pour être abattus en l'honneur du Roi ?


Il bondit, il mugit,

lui qui mourra sans gloire,

puis se rendort en attendant

et apparaît comme une bosse de la terre.


Presque-songes, 1934

Jean-Joseph Rabearivelo


* Imérina = région des plateaux

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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 17:53


Je suis comme beaucoup : parmi les blogs auxquels je rends souvent visite, il y a celui de Pierre Assouline :
J'approuve assez souvent ses analyses et j'ai fort goûté son indignation à chaque fois (quatre fois) que le Président de la République française a, sans crainte du ridicule, vomi, éructé, jappé et glapi sur
La Princesse de Clèves. Mais avant-hier, Passou a affirmé son dégoût pour Le Clézio sans prouver grand chose. Il se trouve que je partage depuis longtemps les idées de J-M Le Clézio, aussi je vais coller ici dans ce blog, et c'est légal, les passages de son discours à l'Académie Nobel sur lesquels Passou ne dit rien et qui, à mon humble avis, devraient être médités par les trissotins de tous les pays.
exemple de méchanceté gratuite : "
Le Clézio, arpenteur des forêts mais certainement pas écrivain voyageur".


J.M.G. Le Clézio : Dans la forêt des paradoxes

© LA FONDATION NOBEL 2008
Les journaux ont l’autorisation générale de publier ce texte dans n’importe quelle langue après le 7 décembre 2008 17h30 heure de Stockholm. L’autorisation de la Fondation est nécessaire pour la publication dans des périodiques ou dans des livres autrement qu’en résumé. La mention du copyright ci-dessus doit accompagner la publication de ’intégralité ou d’extraits importants du texte.

"L’écrivain, le poète, le romancier, sont des créateurs . Cela ne veut pas dire qu’ils inventent le langage, cela veut dire qu’ils l’utilisent pour créer de la beauté, de la pensée, de l’image. C’est pourquoi l’on ne saurait se passer d’eux. Le langage est l’invention la plus extraordinaire de l’humanité, celle qui précède tout, partage tout. Sans le langage, pas de sciences, pas de technique, pas de lois, pas d’art, pas d’amour. Mais cette invention, sans l’apport des locuteurs, devient virtuelle. Elle peut s’anémier, se réduire, disparaître. Les écrivains, dans une certaine mesure, en sont les gardiens. Quand ils écrivent leurs romans, leurs poèmes, leur théâtre, ils font vivre le langage. Ils n’utilisent pas les mots, mais au contraire ils sont au service du langage. Ils le célèbrent, l’aiguisent, le transforment, parce que le langage est vivant par eux, à travers eux et accompagne les transformations sociales ou économiques de leur epoque.

Lorsque, au siècle dernier, les théories racistes se sont fait jour, l’on a évoqué les différences fondamentales entre les cultures. Dans une sorte de hiérarchie absurde, l’on a fait correspondre la réussite économique des puissances coloniales avec une soi-disant supériorité culturelle. Ces théories, comme une pulsion fiévreuse et malsaine, de temps à autre ressurgissent ça et là pour justifier le néo-colonialisme ou l’impérialisme. Certains peuples seraient à la traîne, n’auraient pas acquis droit de cité (de parole) du fait de leur retard économique, ou de leur archaïsme technologique. Mais s’est-on avisé que tous les peuples du monde, où qu’ils soient, et quel que soit leur degré de développement, utilisent le langage ? Et chacun de ces langages est ce même ensemble logique, complexe, architecturé, analytique, qui permet d’exprimer le monde – capable de dire la science ou d’inventer les mythes.


Aujourd’hui, au lendemain de la décolonisation, la littérature est un des moyens pour les hommes et les femmes de notre temps d’exprimer leur identité, de revendiquer leur droit à la parole, et d’être entendus dans leur diversité. Sans leur voix, sans leur appel, nous vivrions dans un monde silencieux.

La culture à l’échelle mondiale est notre affaire à tous. Mais elle est surtout la responsabilité des lecteurs, c’est-à-dire celle des éditeurs. Il est vrai qu’il est injuste qu’un Indien du grand Nord Canadien, pour pouvoir être entendu, ait à écrire dans la langue des conquérants – en Français, ou en Anglais. Il est vrai qu’il est illusoire de croire que la langue créole de Maurice ou des Antilles pourra atteindre la même facilité d’écoute que les cinq ou six langues qui règnent aujourd’hui en maîtresses absolues sur les médias. Mais si, par la traduction, le monde peut les entendre, quelque chose de nouveau et d’optimiste est en train de se produire. La culture, je le disais, est notre bien commun, à toute l’humanité. Mais pour que cela soit vrai, il faudrait que les mêmes moyens soient donnés à chacun, d’accéder à la culture. Pour cela, le livre est, dans tout son archaïsme, l’outil idéal. Il est pratique, maniable, économique. Il ne demande aucune prouesse technologique particulière, et peut se conserver sous tous les climats. Son seul défaut – et là je m’adresse particulièrement aux éditeurs – est d’être encore difficile d’accès pour beaucoup de pays. A Maurice le prix d’un roman ou d’un recueil de poèmes correspond à une part importante du budget d’une famille. En Afrique, en Asie du Sud-Est, au Mexique, en Océanie, le livre reste un luxe inaccessible. Ce mal n’est pas sans remède. La coédition avec les pays en voie de développement, la création de fonds pour les bibliothèques de prêt ou les bibliobus, et d’une façon générale une attention accrue apportée à l’égard des demandes et des écritures dans les langues dites minoritaires – très majoritaires en nombre parfois – permettrait à la littérature de continuer d’être ce merveilleux moyen de se connaître soi-même, de découvrir l’autre, d’entendre dans toute la richesse de ses thèmes et de ses modulations le concert de l’humanité. [...]

C’est à elle, Elvira, que j’adresse cet éloge – à elle que je dédie ce Prix que l’Académie de Suède me remet. À elle, et à tous ces écrivains avec qui – ou parfois contre qui j’ai vécu. Aux Africains, Wole Soyinka, Chinua Achebe, Ahmadou Kourouma, Mongo Beti, à Cry the Beloved Country d’Alan Paton, à Chaka de Tomas Mofolo.. Au très grand Mauricien Malcolm de Chazal, auteur, entre autres de Judas. Au romancier mauricien hindi Abhimanyu Unnuth, pour Lal passina (Sueur de sang), la romancière urdu Hyder Qurratulain pour l’épopée de Ag ka Darya (River of fire). Au Réunionnais Danyèl Waro, le chanteur de maloyas, l’insoumis, à la poétesse kanak Dewé Gorodé qui a défié le pouvoir colonial jusqu’en prison, à Abdourahman Waberi le révolté. À Juan Rulfo, à Pedro Paramo et aux nouvelles du El llano en llamas, aux photos simples et tragiques qu’il a faites dans la campagne mexicaine. À John Reed pour Insurgent Mexico, à Jean Meyer pour avoir porté la parole d’Aurelio Acevedo et des insurgés Cristeros du Mexique central. À Luis González, auteur de Pueblo en vilo. À John Nichols, qui a écrit sur l’âpre pays dans The Milagro Beanfield War, à Henry Roth, mon voisin de la rue New York à Albuquerque (Nouveau Mexique) pour Call it Sleep. À J.P. Sartre, pour les larmes contenues dans sa pièce Morts sans sépulture. À Wilfrid Owen, au poète mort sur les bords de la Marne en 1914. À J.D. Salinger, parce qu’il a réussi à nous faire entrer dans la peau d’un jeune garçon de quatorze ans nommé Holden Caufield. Aux écrivains des premières nations de l’Amérique, le Sioux Sherman Alexie, le Navajo Scott Momaday, pour The Names. A Rita Mestokosho, poétesse innue de Mingan (Province de Québec) qui fait parler les arbres et les animaux. À José Maria Arguedas, à Octavio Paz, à Miguel Angel Asturias. Aux poètes des oasis de Oualata, de Chinguetti. Aux grands imaginatifs que furent Alphonse Allais et Raymond Queneau. À Georges Perec pour Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cou? Aux Antillais Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, au Haitien René Depestre, à Schwartz-Bart pour Le Dernier des justes. Au poète mexicain Homero Aridjis qui nous glisse dans la vie d’une tortue lyre, et qui parle des fleuves orangés des papillons monarques coulant dans les rues de son village, à Contepec. À Vénus Koury Ghata qui parle du Liban comme d’un amant tragique et invincible. À Khalil Jibran. À Rimbaud. À Emile Nelligan. À Réjean Ducharme, pour la vie.

À l’enfant inconnu que j’ai rencontré un jour, au bord du fleuve Tuira, dans la forêt du Darién. Dans la nuit, assis sur le plancher d’une boutique, éclairé par la flamme d’une lampe à kérosène, il lit un livre et écrit, penché en avant, sans prêter attention à ce qui l’entoure, sans se soucier de l’inconfort, du bruit, de la promiscuité, de la vie âpre et violente qui se déroule à côté de lui. Cet enfant assis en tailleur sur le plancher de cette boutique, au cœur de la forêt, en train de lire tout seul à la flamme de la lampe, n’est pas là par hasard. Il ressemble comme un frère à cet autre enfant dont je parle au commencement de ces pages, qui s’essaie à écrire avec un crayon de charpentier au verso des carnets de rationnement, dans les sombres années de l’après-guerre. Il nous rappelle les deux grandes urgences de l’histoire humaine, auxquelles nous sommes hélas loin d’avoir répondu. L’éradication de la faim, et l’alphabétisation.

Dans tout son pessimisme, la phrase de Stig Dagerman sur le paradoxe fondamental de l’écrivain, insatisfait de ne pouvoir s’adresser à ceux qui ont faim – de nourriture et de savoir – touche à la plus grande vérité. L’alphabétisation et la lutte contre la famine sont liées, étroitement interdépendantes. L’une ne saurait réussir sans l’autre. Toutes deux demandent – exigent aujourd’hui notre action. Que dans ce troisième millénaire qui vient de commencer, sur notre terre commune, aucun enfant, quel que soit son sexe, sa langue ou sa religion, ne soit abandonné à la faim ou à l’ignorance, laissé à l’écart du festin. Cet enfant porte en lui l’avenir de notre race humaine. À lui la royauté, comme l’a écrit il y a très longtemps le Grec Héraclite."

J.M.G. Le Clézio , Bretagne, 4 novembre 2008


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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 20:02

Ce soir, Jupiter ne laissait voir que 2 satellites. La lune s’affiche toujours plus dodue de soir en soir, si bien qu’il faut se mettre en manuel et prendre la star au 1/1000 de seconde en raison de l’intensité lumineuse.



Joachim Du Bellay n’aurait pas désavoué ces deux poèmes d’exil.

 

Je suis d’ici et d’ailleurs

 

Entre ici et ailleurs

mon âme tangue

Ralé-poussé sans fin

D’un voilier qui cherche

Son port d’identité

 

Entre l’alizé et la mousson

Je joue

A pile ou face

Sur le kéraame de nos mémoires

Pour décoder nos racines

En errance

 

Dans mon ciel d’exil

Le cerf-volant multicolore

S’est mû en fier paille-en-queue

Et mon âme vavangue

Cherche le goût du ticou

 

Au cœur de mes ravines débridées

La mousson s’est frayé un ilet

Où chantent des sources-mères

Où se mêlent les murmures du pays-racines

 

Indianités, 1990

Idriss Issop-Banian

 

 

Qu’est apaisant l’exil

 

Le 26 octobre 1946

 

Qu’est apaisant l’exil, en la nuit tropicale,

assis sur la terrasse où la brise me tend

sa fraîcheur, les parfums exhalés des fleurs pâles,

et le bouquet lointain toujours évanescent

des étoiles… et je rêve aux continents perdus.

Là-bas un froid d’hiver a fait le ciel fragile

et l’espoir maladif d’un été disparu

enchante alors le cœur. Une coupe de neige

en silence effritée, enveloppe la ville.

Et qui ne cherche à fuir vers d’autres sortilèges ?

Est-ce l’exil ici ? A l’aurore j’ai fait

S’entrouvrir la corolle vierge du vanillier

Et j’ai vu dans le ciel d’un bleu frêle et parfait

Des vergers de letchis. Est-ce l’exil ici ?

 

La Croix du sud, 1985

Jean Albany

 

Comme vous ne trouverez pas grand-chose sur Jean Albany dans Wikipedia et que ses recueils de poèmes sont introuvables, je colle ici un article clicanoo de 2007 :

Jean Albany : Poète en créolie

CLICANOO.COM | Publié le 2 décembre 2007

On s’accorde à lui reconnaître le rôle d’initiateur de la modernité dans la poésie réunionnaise. Et, de ce fait, on ne peut plus l’oublier. Un poète, ça vit très très longtemps et le poète Jean Albany est toujours vivant. "Encore quelques lunes et je vais revenir", annonçait-il déjà. Il témoigne du renouveau de notre expression poétique.

Seul un biographe borné oserait affirmer que la vie de Jean Albany se termine le 26 octobre 1984", écrivait Daniel-Rolland Roche, dix ans après ce matin où la Réunion a appris avec émotion la disparition, survenue dans la nuit à 23h30 heure de Paris, de son poète. Oui, depuis, l’île n’a jamais oublié son fils : il est tout simplement parti en vavangue. Au cimetière de la Saline, peut-être que "(son) pauvre corps, fatigué de la nuit, sur la planche de chêne rugueuse d’ennui, a retrouvé repos, douceur et bon chemin", aux côtés de son père (parti sept mois avant lui) et de son aînée Raymonde. La Saline, village au "ciel indien"... Une de ses ancêtres "les plus directes" était une "Malbaraise de jadis", dont il gardait une photographie dans son album de famille... En 1951, paraît le premier recueil de poèmes de Jean Albany. Le titre commence par la dernière de l’alphabet, “Zamal” ! "Zamal, en patois créole, est le nom du Haschich, ou chanvre indien, herbe du rêve", explique-t-il. Sagittaire né le 4 décembre 1917 à Saint-Denis, l’auteur a déjà 35 ans et s’agite beaucoup à Paris, où il exerce en tant que chirurgien-dentiste (il a débuté rue Lepic avec Gabrielle Dupont, la grande dame de la Vallée à Saint-Pierre). Auparavant, il a publié quelques poèmes épars dans diverses revues dont celle d’Air-France... À l’âge de 20 ans, après le lycée Leconte-de-Lisle, ses parents instituteurs l’ont envoyé "à la métropole", entreprendre des études de droit et de chirurgie dentaire. Et il a quitté avec regrets son Saint-Gilles. Deux ans après, il est mobilisé et sert comme élève officier d’artillerie à l’école de Fontainebleau. C’est là que, l’esprit encore adolescent, enfiévré, il écrit ses premiers vers ("Amour oiseau fou", qui sera publié après sa mort). La guerre terminée, Saint-Germain-des-Prés exulte. Démobilisé, Jean participe à l’effervescence.

Dentiste artiste

Puis il peut effectuer un premier retour dans l’île natale, — retour par bateau, cela va de soi pour l’époque. Le récit de sa longue traversée à bord du "Ville d’Amiens" de novembre 1945 à janvier 1946 entre Marseille et la Pointe-des-Galets via Djibouti et Tamatave sera publié également après sa mort sous le titre "La croix du Sud". Il y rend compte de la vie au jour le jour à bord. Mais il s’ennuie sur son île et retourne en métropole, même si le voisinage des maisons de Paris lui semble si "déplaisant" qu’il ne s’y habituera jamais tout à fait. Plus tard, il saura apprécier son île ("Je suis ici pour goûter la volupté d’être dans mon île, de l’avoir retrouvée, d’avoir retrouvé mes parents, mes racines", dira-t-il. Ou : "Je suis comme un convalescent qui retrouve ses souvenirs. Le spectacle de la vie, la beauté de la nature, sa générosité sous les tropiques, tout cela je veux le ranger, je veux le classer"). Pour l’heure, ses fréquentations de là-bas lui manquent peut-être. Il reprend ses études et obtient une licence de droit et un doctorat d’économie politique. Il poursuit celles de chirurgien-dentiste, passe deux ans à l’Institut d’économie politique de Paris et anime des groupements d’étudiants d’Outre-mer. À Paris, autrement dit en exil, Albany écrit beaucoup. Il crée, stimulé par ses rencontres à Saint-Germain-des-Prés, avec des gens célèbres ou pas. Il fréquente les grandes figures de l’après-guerre. Audiberti, qui lui a conseillé de "parler avec les mots de l’île". Les Signoret, Gérard Philippe, etc. Inspiré par la nostalgie de l’île natale, il essaie de retracer par la magie des mots créoles les couleurs et les parfums exotiques, écrira-t-il plus tard au dos de son 33 tours “Jean Albany dit par Jean Albany”. "Zamal" n’a pratiquement pas eu d’écho dans l’île. Il faudra attendre encore une bonne génération pour que les écrivains et poètes de la prolifique décennie 1970 voient en lui un précurseur et le glorifient comme leur initiateur. La plaquette sera rééditée en 1980. Entre-temps, il a obtenu le Grand prix littéraire de la Réunion pour son second recueil, “Miel vert”, paru en 1963. Il y “découvre Paris, la solitude, son angoisse devant Dieu et la vie.” Une angoisse, écrit son compatriote le critique Hyppolite Foucque, qui “teinte parfois de mélancolie ses chants harmonieux.”

En vavangue

Et son premier livre en créole, “Bleu mascarin”, poèmes et chansons, est sorti en 1969. Après "Outremer", sorte de carnet de retour au pays natal. Et après "Archipels", récit de voyage en poèmes et proses évocatrices ramenés de cette Grèce qui l’envoûta. Car, le poète aime les voyages. Dans les pays méditerranéens : Espagne, Algérie, Italie et Grèce. Il revient aussi régulièrement dans l’île, où il ne tardera pas à être reconnu. "Alors dis à moin : quoça qu’un bougr’qu’l’a retrouv’son pays, son famill’, son dalon y peut demand’de plus su’la terre ?" En 1974, en grand défenseur de la langue créole, il publie son fameux “P’tit glossaire, le piment des mots créoles”, que précède “Vavangue”. C’est d’ailleurs dans ce recueil de 1972 qu’il emploie le mot "créolie" : "Je vis en créolie. Je perçois outre l’odeur de l’embrun celle de la fumée d’un feu de bois (...)". Le mot sera vite repris. Suivront “Bal indigo”, “Fare fare”, “Percale”, "Indiennes" et quelques autres recueils. Cette fois, on parle de lui dans l’île : il a laissé parler son île et sa langue. Le poète est reconnu. Grâce au créole qu’il a privilégié comme langue pour son expression poétique. "Pourquoi j’écrivais en créole cafre ? En fait, je sue sang et eau sur chaque mot, pour rester le plus près à la fois de mes souvenirs, de ceux des autres, de la logique et des caprices de la phonétique." Alors que, jusque là, "il n’était pas question d’écrire en créole”, reconnaîtra-t-il dans un entretien au "Quotidien" en 1978. Il a écouté le conseil du greffier poète Audiberti ! Il devient un des auteurs phares de la Réunion. Sous l’impulsion d’Alain Gili, l’Association des écrivains réunionnais diffuse ses oeuvres, enregistre la cassette “Chante Albany”, qui propose des textes mis en musique et interprétés par quelques artistes marginaux comme Alain Péters, Pierrot Vidot, Jean-Claude Viadère, Jean-Michel Salmacis, Hervé Imare, etc. Dès lors, l’île ne l’oubliera plus. Car, un poète, ça ne meurt jamais, ou bien, ça vit très très longtemps ! Et si Jean n’est plus, la fondation qui porte son nom a été créée, avec pour but de promouvoir son oeuvre aux multiples facettes. Une oeuvre qui constitue un véritable trésor qu’on n’a pas fini d’inventorier, riche de photographies, de dessins et peintures, de revues, d’articles de journaux, d’enregistrements sonores, d’une abondante correspondance, de manuscrits inédits, etc. Un trésor de quarante années de vie du poète. "Partout où je suis passé j’ai planté, j’ai tenté de planter quelques graines venues de mon île natale, dans l’espoir qu’elles témoigneront mystérieusement de mon passage..." Et “presque rien n’a été jeté. Même les enveloppes vides, les fleurs séchées, les mèches de cheveux, ont été conservés”, nous confiait sa veuve, Sylvie. Au passionnant “jeu de patience”, le tri a déjà permis de mettre au jour des bouts de poèmes sur des bouts de nappe de restaurants, plusieurs variantes de mêmes textes, différentes frappes de mêmes manuscrits, revues, corrigées, annotées, des maquettes de pochettes de disques ou de couvertures de livres, etc. Un travail de fourmi, pour ne pas dire de bénédictin, qui attend d’être informatisé. Sylvie Albany souhaitait “faire participer la population et pas seulement l’élite universitaire” au fonds documentaire, pour sauver le travail pictural du peintre, dessinateur, illustrateur, photographe que fut son touche-à-tout de mari. Elle souhaitait entre autres dévoiler ses aquarelles illustrant son recueil “Voir Stamboul” toujours inédit, — tout comme “Archipels 2”. Vœu pieux ou... ?

Sulliman ISSOP sulliman@jir.fr Photos D.R. & S.I.

Ils ont dit

• Boris Gamaleya : "Puisque l’île était ailleurs, l’Aventure ne pouvait commencer que par un retour. Il fallait bien que ce jour vienne : l’autre terme du Sud ("Et j’ose te dire Gloire, Gloire à toi, île de gloire…"). Ce souffle nouveau, on le sait, ce 1848 poétique, fut un nom : Jean Albany, un titre : "Zamal", une date : 1951. Le bout du monde se faisait début du monde." (Préface à "Amour Oiseau fou")

• Alain Lorraine : "Lorsque j’ai rencontré Jean, il était blessé par certaines critiques sur son "passéisme". À vrai dire, son statut de barde officiel de la créolité, pendant les années 50/60 avait fait écran et nous dispensait, un peu trop facilement, de bien mesurer l’apport original de ce grand créateur. Tout cela heureusement se dissipa vite. Jean accepta une certaine remise en cause et sa passion pour la langue créole, lemaloya, les racines culturelles de la plantation donna un nouveau souffle à ses ouvrages. Il nous apporta aussi beaucoup."

• Anne Cheynet a habité le “fare-fare” de Jean Albany à la Saline. Pour la poétesse saint-pierroise, “la poésie de Jean, comme sa peinture, est un chant à la vie, un chant plutôt joyeux. Ça me fait penser à un vol de papillon dans les premiers rayons du jour, un papillon qui goûte à tous les parfums, acides, suaves ou amers... Comme c’est souvent le cas pour toute poésie, les poèmes d’Albany gagnent à être dits. On ressent alors parfaitement cette musique aux notes de fugue qui nous fait voyager comme un promeneur heureux dans le kaléïdoscope enchanté des senteurs, des couleurs, des visages de notre île.” Anne confie aussi que le poème de Jean qui l’a le plus marquée, c’est “Unicité” : “C’est un vrai fonnkèr (un fonnlam, plutôt), une sorte de méditation sur le sens de l’être...” Lorsqu’elle a appris sa disparition de Jean Albany, Anne a écrit un poème,“À Jean, poète”, qu’elle n’avait jamais montré avant de nous le confier, fin 2002. Extraits : “Poète en allé / Dans le creux de nos coeurs / Tu laisses des mots / Petits bonheurs / Des perles, des diamants / Sourires de ton âme d’enfant.../ Poète en allé / Tu nous as laissé / Tes rêves esquissés / Couleurs de ton âme d’enfant.../ Je me souviens / C’était au couchant / Quand je l’ai vu / Troubadour revenu / Sur la plage d’enfance... / (...) Quand je l’ai vu / C’était un soir / Un oiseau de mer / Échoué sur la plage / Pleurait vers le grand large... / Nous nous taisions / Nous le regardions.../ Soudain, dans un grand vol blanc / Les voyageurs du ciel / Son arrivés / L’oiseau, joyeux, s’est envolé / Vers ses frères retrouvés.../ Je me souviens / Quand je l’ai rencontré / Nous avons un peu parlé / De quoi, vous me le demandez / ... De beauté !”

• Francky Lauret, écrivain, poète, journaliste : "Jean Albany, peintre et poète, est reconnu comme celui qui a ouvert la voie au mouvement créoliste réunionnais avec la publication de son premier recueil en 1951, intitulé "Zamal" (mot créole pour cannabis). Tous les écrivains de la créolie (Sam-Long, Gilbert Aubry, etc) revendiquent un lien de parenté à sa poésie nouvelle. En 1974, dans le "P’tit Glossaire", il essaye de mettre en valeur "le piment des mots créoles". "Bleu indigo", "Fare Fare", "Percale" poursuivent l’écriture nostalgique des scènes de vie réunionnaise en quête d’authenticité. Autre recueil marquant, "Vavangue", du nom du fruit — la vavangue — mais aussi du verbe vavanguer qui peut signifier marronner en un sens plus agréable.

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 07:38
Oscar Wilde a eu bien raison de dire : "c'est la nature qui imite l'art" (The picture of Dorian Gray)
J'en veux pour preuve ces trois tableaux d'une exécution exemplaire et réalisés hier ou avant-hier.
Regardez attentivement la touche de ce ciel nuageux, les traces de la brosse sont visibles : on dirait un Boudin.
"Le soleil du peintre n'est pas celui de l'univers" Diderot


Appréciez à présent la précision avec laquelle l'artiste a su, avec une grande économie de pigments, représenter les ombres et les zones éclairées des cratères lunaires.


Enfin, quelle réussite que cette scène de genre ! avec quel soin, le peintre a-t-il su retrouver le coup de marker maladroit du récoltant  sur le carton ! on croirait voir une photo


ce post était dédié à superfafa*
* dont la célébrité va être durablement assurée quand on connaît ses nombreux talents

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 04:50

La saison des cyclones arrive. J'ai trouvé dans mon casier avant-hier un « exercice d'alerte cyclonique ». L'entraînement consiste à rejoindre des parkings où des bus attendent pour emporter les élèves vers leur domicile, en lieu sûr. Comme il n'est pas nécessaire ni souhaitable d'attendre d'être témoin du phénomène pour vous documenter, je copie-colle quelques articles parus récemment dans le Journal de la Réunion / Clicanoo. A la Réunion, le volcan intimide, impose le respect ; mais les cyclones terrorisent. Il y a de quoi.

Dans sa "Lettre sur la Providence", Rousseau répliqua au "Poème sur le désastre de Lisbonne" rédigé par Voltaire en 1755 à la suite du tremblement de terre qui toucha la capitale portugaise et qui avait provoqué des milliers de victimes. Pour Voltaire la fatalité était de mise face aux phénomènes naturels. Rousseau lui oppose l'idée de la responsabilité de l'homme pour améliorer son existence en commençant par ne pas habiter sur des lieux exposés aux risques ou dans des conditions défavorables (surpopulation). Pour l'écrivain et philosophe, si le mal existe dans le monde, c'est l'homme et non Dieu qui en est responsable. Une réflexion appartenant aujourd'hui au passé, même si la mise en œuvre de ces bonnes pratiques aura été longue. Après tout, les Plans de Prévention des Risques (PPR), imaginés par Rousseau, n'ont été rendus obligatoires par le législateur qu'en février 1995. Et ils sont encore loin de couvrir tout le territoire : à la Réunion, douze communes disposent, sur tout ou partie de leur territoire, d'un plan approuvé, essentiellement pour le risque inondation et mouvement de terrain (Dossier départementale des risques majeurs de la Réunion). Deux derniers risques pouvant être engendrés par un seul : le risque cyclonique. Tout simplement la plus grande menace pesant sur la Réunion. Et ce d'une façon uniforme. La seule force capable de tout balayer sur son passage, de faire déborder ravines et rivières, d'anéantir en quelques minutes, quelques heures, les efforts consentis jusqu'alors... Une force incontrôlable, naturelle, pesant sur l'île comme une épée de Damoclès, année après année, saison après saison... Une roulette russe contre laquelle nous ne pouvons que nous prémunir en se félicitant de vivre à une époque où les cyclones sont suivis pas à pas permettant d'alerter plusieurs jours, plusieurs heures à l'avance leur arrivée. Une époque où les bâtiments sont également bien plus solides et l'organisation des secours rodée par des années de pratique et d'exercice. Et si se croire en sécurité était désormais le plus grand risque ? Après tout les dégâts occasionnés par Gamède furent somme toute réduits, si l'on excepte bien sur le pont de la Rivière Saint-Etienne, déjà affaibli. La plupart des secours aux personnes furent d'ailleurs enclenchés pour porter secours à des inconscients trop proches de la jetée ou des ravines, quand ils n'ont pas essayé de les franchir… Rousseau avait raison. Nous avons parfois tendance à l'oublier. Mais prévoir tous les scénarios ne nous rend pas invincibles. Les normes de construction ont un seuil de résistance auquel elles ne peuvent faire face : celui de l'exceptionnel. Les prochains systèmes baptisés pour cette saison s'appelleront Bernard, Dongo, Sama ou Rute… Espérons que leurs noms ne rentreront pas dans l'histoire.

C’est quoi un cyclone ?

http://dossiers.clicanoo.com/index.php?page=article&id_article=196302&id_mot=106

CLICANOO.COM | Publié le 24 novembre 2008

Qu’on les appelle ouragan dans l’Atlantique Nord et les Caraïbes, typhon en Asie, cyclone tropical dans l’Océan indien et le nord de l’Australie, Baguio aux Philippines, nous parlons bien du même phénomène. L’un des plus violents et destructeurs dont est capable la nature, à l’origine des records de vent et de pluviométrie (mondiaux) enregistrés dans l’île.

 

Les cyclones ne naissent pas de rien. Pour qu’ils se forment et survivent, ils ont besoin d’énergie. Du « carburant » fourni par les eaux chaudes de l’océan. Un cyclone - du grec kuklos (cercle, rond) - fonctionne un peu comme une cheminée aspirant à la base de grandes quantités d’air humide et les rejetant en altitude. Pendant leurs ascensions, les masses d’airs vont subir une rapide baisse de pression (détente) et par la suite un refroidissement important, provoquant la condensation de la vapeur d’eau, d’où la formation de nuages et de précipitations. L’énergie libérée par un cyclone atteint les 200 à 300 kilotonnes par seconde. Une puissance à comparer aux vingt kilotonnes de la bombe d’Hiroshima ! Concernant la Réunion, les dépressions se forment durant l’été dans la Zone de Convergence Intertropicale (ZCIT), siège de conflit entre l’alizé austral de sud-est et l’alizé boréal de nord-est, généralement entre le 10ème et le 20ème parallèle, la faiblesse de la force de Coriolis empêchant la formation de tourbillon dépressionnaire à proximité de l’équateur.

Un mur de 14 km !

Plusieurs conditions sont nécessaires pour que s’opère la cyclogénèse : une température de l’océan élevée (plus de 26,5°C), l’existence d’un tourbillon initial, de mouvements verticaux importants (instabilité), l’humidité (présence d’amas nuageux), un renforcement des vents sur une ou plusieurs faces de la dépression initiale accentuant le mouvement tourbillonnaire (poussée de mousson ou d’alizé) et la présence en haute altitude d’une zone de divergence permettant l’écoulement du flux vertical créé par la convection. Quand la perturbation touche terre ou atteint une surface d’eau plus froide, il se désagrège et disparaît. L’apparition d’un « cisaillement » vertical du vent au-dessus du tourbillon peut également mettre fin à l’activité du phénomène. Le cyclone tropical se caractérise par une énorme masse nuageuse d’un diamètre moyen de 500 km, mais pouvant dépasser exceptionnellement 1 000 km. L’activité nuageuse associée au cyclone est organisée en bandes spiralées qui convergent vers un anneau central où les pluies sont torrentielles et les vents d’une violence extrême. Cet anneau, matérialisé par une muraille nuageuse de 14 à 18 km de hauteur, constitue ce que l’on appelle le mur de l’œil du cyclone. Il délimite une zone centrale « d’accalmie » correspondant à l’œil du cyclone, d’un diamètre très variable, de l’ordre de 40 km en moyenne, et où les vents sont faibles et le ciel peu nuageux. Dans l’hémisphère Sud, les cyclones tournent dans le sens des aiguilles, dans le sens inverses dans l’hémisphère Nord.

Une période de retour

Tous les secteurs de l’île sont susceptibles d’être touchés par la partie la plus active d’un cyclone tropical (zone la plus violente, assez réduite, située au cœur du cyclone), même si, statistiquement, il apparaît que les régions est et nord-est de la Réunion sont davantage exposées. Ces mêmes statistiques donnent une période de retour d’environ six ans pour l’observation de vents cycloniques sur l’île. Ceci dit, il est déjà arrivé que deux cyclones ravagent l’île à un an d’intervalle (par exemple en 1944 et 1945). Par ailleurs, les tempêtes tropicales peuvent aussi provoquer des dégâts importants lorsqu’elles passent à proximité immédiate de l’île, de par les pluies abondantes qu’elles peuvent générer. Aussi, si l’on considère l’ensemble des cyclones et tempêtes qui sont passés à moins de 100 km des côtes ces dernières quarante années, la durée de retour d’un tel phénomène s’établit alors à environ deux ans, avec toutefois une répartition très irrégulière dans le temps. Le caractère destructeur des phénomènes cycloniques est dû aux vents et aux fortes précipitations qu’il peut engendrer. Deux phénomènes bien connus de la Réunion où l’on enregistre plusieurs records mondiaux en la matière (voir par ailleurs).

La Réunion, la plus exposée

Les rafales de vent peuvent dépasser les 300 km/h (227 km/h enregisté au Piton Maido lors du passage de Dina). Les changements de direction et les renforcements, souvent brutaux, notamment de part et d’autre du passage de l’œil, peuvent être à l’origine de dégâts considérables. Le vent, lorsqu’il atteint des valeurs très élevées, transforme également en véritables missiles les objets parfois très lourds qu’il est alors capable d’emporter. Les précipitations, souvent torrentielles, peuvent occasionner des inondations, glissements de terrain et des coulées boueuses. Sans oublier une surélévation du niveau de la mer, anormale et temporaire qui, associée à la marée astronomique, donne ce que l’on appelle la « marée de tempête ». Des vagues générées par le vent, hautes d’une dizaine de mètres ou plus (houle cyclonique), peuvent être observées jusqu’à 1 000 km du cyclone ! La Réunion est la région française la plus exposée aux risques naturels. Dans le département, sept risques ont été recensés : les cyclones et vents forts, les mouvements de terrain, les inondations, les éruptions volcaniques, les feux de forêt, les séismes et les houles, marées de tempête et tsunamis… Le plus dangereux vient du ciel.

Dix jours à haut risque ?

Dans le monde, on observe en moyenne chaque année près de 85 tempêtes tropicales dont environ 45 atteignent le stade de cyclone. Dans le bassin Sud-Ouest de l’Océan Indien (la Réunion), une douzaine de systèmes dépressionnaires tropicaux sont observées en moyenne par an. Neuf atteignent au moins le stade de tempête tropicale modérée et sont donc baptisés, quatre d’entre eux atteignent le stade de cyclone tropical. Mais la variabilité interannuelle est très importante La saison cyclonique s’étend habituellement du mois de novembre au mois d’avril, avec une concentration de risques entre janvier et mars. Parfois, des perturbations tropicales peuvent se former en dehors de ces dates, voire même en plein hiver austral (cas de la dépression tropicale observée en août 1996). Des cyclones matures ont déjà été observés dès le mois d’octobre et jusqu’en mai dans le bassin cyclonique du sud-ouest de l’océan Indien. On peut observer une période « critique » allant de début janvier à mi février, avec un pic entre le 20 et le 30 janvier. Pour rappelle Firinga avait touché l’île un 29 janvier, Dina un 22 janvier, le cyclone « 1948 », les 26 et 27 janvier, Hyacinthe entre les 18 et 27 janvier, Colina un 19 janvier…

 L’échelle d’intensité

La classification utilisée dans le Sud-Ouest de l’Océan Indien. A noter : les rafales dépassent en général de 50% les vents moyens sur 10 minutes. Dépression tropicale Apparition d’une circulation tourbillonnaire près du centre, vents moyens entre 52 et 62 km/h (7 Beaufort). Tempête tropicale modérée, vents moyens entre 63 et 88 km/h Forte tempête tropicale Vents moyens entre 89 et 117 km/h (10 à 11 Beaufort). Cyclone tropical Vents moyens entre 118 et 165 km/h (12 Beaufort, ouragan). Cyclone tropical intense Vents moyens entre 166 et 212 km/h. Cyclone tropical très intense Vents moyens supérieurs à 212 km/h.

Plus forts et plus nombreux

Dans l’Atlantique sud, il n’y a théoriquement pas de cyclones. L’eau n’étant pas assez chaude, avec de plus la présence permanente d’un fort cisaillement vertical du vent dans la troposphère. En tout cas, c’est ce qu’on croyait… En mars 2004, un cyclone tropical, baptisé Catarina, a été observé pour la première fois dans la zone touchant les côtes du Brésil avec des vents soufflant jusqu’à 150 km/h. Un fait troublant relevé par l’ouvrage d’Al Gore, « Une vérité qui dérange », selon lequel le réchauffement du climat augmenterait le nombre et la force des cyclones. Inquiétant : en 2005, et pour la première fois, l’Organisation mondiale de la météorologie a dû faire faire à une pénurie de noms ! Des tempêtes tropicales et ouragans ayant été observés bien au-delà de la saison normale. Des affirmations atténués par d’autres et notamment des passionnés de la question à la Réunion, sur les blogs spécialisés de l’île. Ces derniers faisant notamment remarquer que le Pacifique n’a pas connu en 2008 une activité supérieure à la normale, « ni en nombre total de systèmes ni en cyclones intenses ». En rappelant également que des « phénomènes comme La Nina et El Nino sont aussi des facteurs qui peuvent influer sur le nombre de systèmes formés dans les différents bassins cycloniques à travers le monde sur plusieurs années ». Reste que dans une étude récente, portant sur les 25 dernières années, trois chercheurs américains estiment que la vitesse moyenne des vents aurait crû de 225 km/h en 1981 à 251 km/h en 2006, soit une hausse de 11%, tandis que la température des eaux de surface océanique au niveau de la formation de ces cyclones aurait augmenté de 28,2 à 28,5°. D’une façon plus générale, la Croix-Rouge, dans son rapport annuel « sur les catastrophes dans le monde » (décembre 2007) chiffre à 60% l’augmentation du nombre de catastrophes naturels - de tout type - recensés dans le monde entre la période 1997-2006 à la décennie précédente (1987-1996). Sur la même période, le bilan en vie humaine a doublé, passant de plus de 600 000 à plus de 1,2 million de morts, et le nombre de personnes affectées par an a augmenté de 17%, passant d’environ 230 à 270 millions. Quant au coût économique des catastrophes, il a grimpé de 12%. Une hausse qui s’explique à ses yeux « en partie par une meilleure prise en compte des catastrophes de petite envergure », mais également à une « multiplication des désastres majeurs ». Ce qui, selon la Croix-Rouge, témoigne « clairement de l’augmentation des désastres associés au changement climatique ».

A- t-on encore peur des cyclones  ?

CLICANOO.COM | Publié le 24 novembre 2008

« J’avais quinze ans au passage du cyclone Jenny en 1962. A cette époque les constructions n’étaient pas aussi solides qu’aujourd’hui.

Après s’être enfermés pendant des jours et des nuits entières dans notre case à Saint-Leu, de plus en plus menacée par la violence du vent, nous étions obligés d’aller nous réfugier chez des voisins » témoigne Alain Férrère. Les informations qui passaient à la radio n’étaient pas aussi précises que celles d’aujourd’hui. Et ce n’était pas tout le monde qui était équipé de postes transistor. Les gramouns tenaient alors le rôle de prévisionnistes, grâce à l’observation des animaux, des plantes et d’autres signes annonciateurs. « Les marins et les pêcheurs étaient aussi réputés et très écoutés grâce à leurs observations nocturnes du ciel et des fameuses nuées d’astéroïdes ». Par ailleurs, Alain Ferrère se souvient du mécontentement général à l’encontre d’un préfet qui faisait fi des annonces des anciens prédisant l’arrivée de Jenny. Il a noté aussi qu’après les fortes inondations liées au passage de ce cyclone, toute une partie de la commune de Saint-Leu a été déclarée zone non constructible. Il insiste par ailleurs sur la notion de solidarité qui entourait ce qu’il appelle « veillées cycloniques familiales ». Bref, dans tan lontan, c’est en famille que l’on partageait les épreuves difficiles pendant et après le passage des cyclones. Les gens s’entraidaient pour réparer les dégâts au lendemain de la catastrophe. Pas de subventions à attendre de l’État qui avait d’ailleurs fort à faire pour réparer le rare et fragile réseau routier existant.

ON RESTE AU CHAUD

Les temps ont changé. De nos jours, pour certains élèves et salariés, l’alerte rouge est synonyme de journée(s) de congé presque providentiel(s). C’est l’avis d’une mère de famille de Sainte-Suzanne : « Une fois que les provisions d’eau et de nourritures soient prêtes en grande surface, on reste bien au chaud chez soi ou chez des amis pour... jouer aux cartes, cuisiner, regarder des films ou encore s’amuser avec un jeu vidéo. Sans oublier de jeter un coup d’oeil de temps en temps aux infos pour savoir si les vacances continuent ou bien si l’on doit replonger dans le train-train quotidien, le boulot, les cours, les embouteillages et autres courses contre la montre le lendemain ». Il reste quand même des inquiétudes chez une bonne frange de la population, notamment les agriculteurs craignant des pertes de leur production. En tout cas, la hausse des prix des produits notamment les maraîchères est quasi systématique après chaque épisode de fortes pluies. Comme d’habitude, c’est la ménagère qui paye les pots cassés.

Comment la nature nous prévient-elle  ?

CLICANOO.COM | Publié le 24 novembre 2008

http://dossiers.clicanoo.com/index.php?id_article=196295&id_mot=106&page=article

Nos amis les bêtes sentent-elles les choses avant nous ? Des signes précurseurs peuvent-ils nous prévenir de la venue imminente de la tempête ? Les anciens en étaient sûrs, à une époque où il avait pas encore de satellites météo...

 

Avant l’envoi de ces derniers en orbite, à la fin des années soixante, "les connaissances et les informations sur les dépressions de l’Océan Indien étaient assez pauvres. Du fait de l’absence d’îles et de territoires habités à l’est de Rodrigues, l’existence des perturbations n’était connue que des rares bateaux s’aventurant dans la zone", rappelle Météo France Réunion sur son site. Aujourd’hui, des satellites tel METEOSAT (satellite météorologique géostationnaire européen) ou la série des NOAA (satellites à défilement américains), sont nos yeux précieux et permanents. Mais avant ? "Un dicton entendu auprès de gramounes parlent de formation de pétrel volant ensemble et de façon désordonnée quelques heures avant que les effets du cyclone se fassent sentir", se souvient le directeur de la Séor, Marc Salamolard. Un phénomène qu’il a lui-même observé avant l’arrivée de Dina, en 2002, au-dessus de Saint-Denis. Un phénomène rare, les Pétrels ne volant pas en groupe.

Effet de surprise

Les oiseaux marins sentiraient naturellement l’apparition des dépressions. Raison pour laquelle, après Gamède, seuls quelques individus ont été retrouvés échoués sur les grèves (frégates, Fous de Bassan…). Jean-François Acquier, président de l’ADAR et apiculteur, ne veut rien affirmer même s’il a déjà observé une modification dans l’activité de la ruche avant une tempête avec une baise des sorties de butineuses. Une chose est sûre, une fois le météore arrivé, les abeilles savent s’organiser : « on attache les ruches pour éviter qu’elles s’envolent. Les abeilles s’occupent du reste en calfeutrant les trous et ouvertures avec de la propolis". Même constat chez Rico Nourry, propriétaire de la ferme équestre du Grand Etang. Les cyclones, il connaît pour avoir déjà perdu deux toits au-dessus de sa tête ! "Pendant la tempête, je lâche les chevaux. Le stress pourrait être fatal et il y a le risque que l’étable s’effondre. Ils se regroupent en troupeau, têtes contre têtes, la croupe vers l’extérieur et résistent ensemble en mettant les jeunes au centre du troupeau. Je l’ai observé une fois, je regrette de ne pas avoir pris de photo, je le ferai la prochaine fois". Les animaux ont-ils un sixième sens ? Si les faits troublants ne manquent pas, principalement avant un séisme ou une éruption, voire durant le tsunami de 2003, les témoignages manquent concernant les cyclones. Même si pour beaucoup l’observation des insectes serait porteuse d’instruction à l’image d’une fourmilière déménageant avec pertes et fracas. Une image certes peu rassurante ! Reste que pour nos anciens l’effet de surprise était souvent une réalité. "En 1962, pur Jenny, je me souviens qu’il y avait un grand soleil le matin et un cyclone le soir", se souvient une gramoune de Bras-Panon. Avec pour résultat, un temps réduit pour se préparer à affronter la tempête, à la différence d’aujourd’hui.



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