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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 19:10

4

le même spectacle qu'hier soir s'est reproduit, les nuages ayant consenti à ne pas filer un mauvais coton et à s'écarter le temps que je sorte l'olympuce, mais en mieux car à Jupin et à Vénus s'est ajouté comme prévu un fin de croissant de lune façon australe 

et en regardant mieux avec photoshop : aucun doute, ce ne sont pas 3 mais 4 satellites de Jupiter qu'on voit actuellement, plus besoin de chercher leurs noms, ce sont bien Io, Europe, Ganymède et Callisto, à + de 500 millions de kms.







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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 18:23

En attendant que je sois au point question tuba, masque (offerts par les collègues!), palmes voire bouteille, allez hop un petit tour à l'aquarium de Saint-Gilles les bains


500 poissons coralliens, mérous, carangues, requins, raies, barracudas, murènes, hippocampes, poissons clowns, coraux très divers, évoluent dans 600 000 litres d'eau de mer, depuis les falaises volcaniques jusqu'au grand large.
























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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 20:21

3

en avant-première mondiale : jupiter avec 3 de ses 4 satellites photographiés il y a 1h

je cherche les noms des satellites, mais soyez patients, dès lors que le spectacle n'est pas visible depuis l'hémisphère nord, les sites qui donnent des infos fiables sont très peu nombreux

l'éphéméride de l'observatoire des Makes (1000 mètres d'altitude) ne mentionne qu'à peine la conjonction vénus-lune-jupiter d'hier, aujourd'hui, demain et après-demain :

rapprochement planétaire : "la conjonction Vénus Jupiter du 1 er décembre, la Lune passant entre les deux planètes le soir"

http://www.ilereunion.com/observatoire-makes/

+ tard dans la soirée : une nouvelle étrange (littérature créole)



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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 16:18


Cyclones, volcanisme, vagues géantes, érosion phénoménale, sites grandioses, parfums violents, forêts de tamarins aux troncs tourmentés, ravines d'une profondeur vertigineuse, La Réunion est l'île intense, l'île de tous les excès. Le Piton de la fournaise est le volcan le plus actif du globe et depuis 1950, les éruptions sont de plus en plus fréquentes. Cette proximité des forces du cosmos et de la puissance tellurique est peut-être à mettre en rapport avec la multiplicité des rites et des croyances sur l'île.

Hier, j'ai marché longtemps seul dans des champs de canne, en plein soleil, dans d'interminables déclivités, car je voulais prendre en photo des paille-en-queue à Petite Ile, la seule île de la Réunion, inhabitée. Ils étaient insaisissables, dans cette île inaccessible où personne ne s'aventure jamais, et ma solitude s'est creusée.








Je suis retourné à Saint-Pierre et, passant devant le cimetière marin, j'ai rendu visite à Sitarane.

J'ai déjà parlé (« tisserin et friandises ») le 20 septembre des padels, ces offrandes malbares posées aux carrefours, à même la route. On y trouve tout ce que le défunt aimait : nourriture, rhum, cigarettes, poule noire décapitée, bougie allumée etc. Du riz, des fruits et des légumes si ce sont des dieux (Ganesh ou Kali) à qui on fait l'offrande. Saint-Expédit a été évoqué le 31 août. J'ai dit aussi à la Toussaint ma gêne de voir des journalistes terroriser et se moquer de ceux qui veulent se concilier les âmes errantes (esclaves morts sans sépulture, suicidés, accidentés etc). Mais le culte voué à Sitarane est si célèbre, si déroutant, qu'il faut bien que j'en dise aussi un mot. Pourquoi un cambrioleur devenu meurtrier est-il devenu un mythe au point que de nombreux livres lui soient consacrés et que le Routard Réunion s'étende sur lui pendant une demi-page ?

Le caillou rényoné est un terrain propice à l'existence des movézams (fantômes), des bébèts (monstres), des spectres se mouvant dans la brume laiteuse des forêts, des trésors maudits, des rites interdits.

De son vrai nom Simicoundza Simicourba, Sitarane était un engagé mozambicain de 40 ans, qui avait rompu son contrat pour devenir journalier et gardien de nuit au Tampon. Sur sa tombe, figurent les noms de ses complices : Fontaine et Saint-Ange.

On lit dans la version d'Henri Négrel présentée dans sa conférence à Sciences et Arts (1964) (La Réunion Catherine Lavaux Ed Cormorans 1998 page 131) : « Au début du siècle, en 1907, une série de vols est commise dans la région de Saint-Pierre et du Tampon. Les voleurs s'introduisent toujours de la même manière dans les cours. Toutes les maisons sont fermées par des portes de bois, bloquées à l'intérieur par une grande barre appelée bascule. A l'aide d'un vilbrequin et d'une mèche anglaise, les malfaiteurs percent dans les portes des trous très rapprochés au dessous de la barre pour pouvoir découper un carré, introduire le bras et la faire pivoter. Les vols, d'abord effectués dans les lieux retirés, dans les « godons » au fond des cours, se rapprochent des habitations et agglomérations. Curieusement, les gens, pourtant aux aguets, n'entendent rien et les chiens n'aboient jamais ». La superstition aidant, les bandits sont crédités de pouvoirs surnaturels : chacun s'inquiète, se sentant menacé. Les vols se succèdent et, un matin de janvier 1909, deux habitantes de la Plaine des Cafres sont cambriolées et brûlées vives. Le 20 mars, un jeune homme estimé est assassiné la veille de son mariage, sa maison est cambriolée. Toute le sud de l'île panique. On renforce portes et volets avec « des pointes à bardeaux » et des plaques de fer. On dort dans la même chambre, on fait le guet à tour de rôle. Le 11 août 1909, un instituteur et son épouse sont sauvagement assasinés. La police est renforcée et on est de plus en plus certain des pouvoirs surnaturels des bandits.

Dans la nuit du 30 septembre, ceux-ci s'attaquent au magasin à café de M. Roussel au Tampon. La porte résiste. Des coups de feu sont échangés avec le gardien de nuit. Les 2 bertelles, les 2 gonis, et le chapeau retrouvés sur place vont permettre de retrouver les coupables. Les bertelles contenaient 1 pistolet, 2 couteaux de boucher, une barre de fer, des plombs de chasse, du poison (datura). Onze personnes sont arrêtées : 8 hommes, 2 femmes, un marmail de 14 ans.

Saint-Ange Calendrin était sorcier. Il fabriquait une poudre hypnotique qui était insufflée par le trou des serrures. Les chiens étaient expédiés avec des boulettes qui ne contenaient pas que de la viande fraîche. Grâce à Saint-Ange, Sitarane se croyait immortel (il n'avait peut-être pas tort). Il fit preuve d'une assurance extraordinaire pendant son procès.

Pendant 8 jours, une foule importante assiste aux débats de la Cour d'Assises de Saint-Pierre. On apprend que les criminels avaient égorgé leurs victimes pour boire leur sang. C'est aux Asises de St-Denis que le verdict final est prononcé : Sitarane, Fontaine et St-Ange sont condamnés à mort, 5 complices écopent des travaux forcés à perpétuité, les 2 femmes et le marmail font seulement un an de prison. St-Ange Calendrin est finalement grâcié car n'ayant jamais tué. Juste avant son exécution, Sitarane demande à être baptisé. Devant la tombe est une grande croix noire sous laquelle sont les crânes des coupables.




J'ai pu constater que la tombe est très fleurie et ce ne sont pas des fleurs en plastique. Une bouteille de rhum à peine entamée, un paquet de gauloises ouvert et plein, des bougies, plusieurs bouquets de fleurs fraîchement coupées. Pour m'approcher de la tombe, j'ai attendu un peu pour être seul et au moment de partir, tout un groupe s'approchait : jour et nuit, c'est le défilé ! Plusieurs livres et revues expliquent qu'on y vient volontiers pour prélever de la terre afin de jeter un sort à un ennemi. La conversion ultime de Sitarane au catholicisme en fait une sorte de saint. Pour d'autres, il vaut mieux rechercher ses bonnes grâces car il est un intercesseur puissant auprès des forces du Mal.

Alors, j'ai repensé aux silhouettes inaccessibles, aux ombres d'oiseaux de Petite Ile, où personne ne s'aventure jamais.






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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 12:59

Commandeur, Oh ! té commandeur

Attend'ein pé nous n'y attend

Va v'nir le temps va v'nir le temps

N'aura pli la race commandeurs ...


Commandeur cass'pas ton chabouc

Ti tap'à moin ti fais ton blanc

Ton gueul'l'est comme ein gros babouc

Poique à moin té lé ressemblant...


Commandeur, Oh ! té commandeur

Attend'ein pé nous n'y attend

Va v'nir le temps va v'nir le temps

N'aura pli la race commandeurs ...


Mon dos y brûle comm'd'si piment

Avec de sel zot l'a frotté

Adié z'angoune ! eh ! Mon z'enfants

D'sus l'échelle moin l'est garrotté...


Commandeur, Oh ! té commandeur

Attend'ein pé nous n'y attend

Va v'nir le temps va v'nir le temps

N'aura pli la race commandeurs ...


Café l'est rouge d'sus l'argamasse

Mon femm'l'a pi cab'lève calou

Z'enfants zot y guett'dand'cal'basse

Si n'a d'manioc la viand'pou'nous...


Commandeur, Oh ! té commandeur

Attend'ein pé nous n'y attend

Va v'nir le temps va v'nir le temps

N'aura pli la race commandeurs ...


Mon zié l'est sec à force pleurer

Commandeur ral'fort ton z'oreil

Marrons dand'cirque y veille soleil

Pou'batt'tambour la liberté...


Commandeur, Oh ! té commandeur

Attend'ein pé nous n'y attend

Va v'nir le temps va v'nir le temps

N'aura pli la race commandeurs ...


La poud'fusils là va péter

Lé sûr qu'no va dans'maloya

Dou lait dou miel pou'nous ouaie ah !

Là dand'nout rond va chanter...


chabouc = fouet

Adié z'angoune = salut la compagnie

argamasse = esplanade où sont stockées les cannes et où sèche le café

calou = pilon

calebasse = fruit qui sert à garder l'eau du riz


Jean Albany
"Bal Indigo" 1976

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 18:13











 

LES TRAVAILLEURS 

Mais entends-tu la cloche aux lointaines volées ?
Sous la main du planteur elle annonce le jour.
Sa voix lente, roulant dans le creux des vallées,
Remonte, appelant l'homme aux travaux du labour.

Les Noirs, à son appel, quittent les toits de chaume,
Secouant à leur front un reste de sommeil.
Le firmament sourit et la savane embaume;
Mais pour l'esclave est-il des fleurs et du soleil ?

Ils viennent, on les compte, et le Maître gourmande;
La glèbe aride attend leurs fécondes sueurs.
Ils s'éloignent, suivis du Chef qui les commande,
Et la plaine a reçu l'essaim des travailleurs.

Vois-tu ce Commandeur, hélas! comme eux esclave,
Du fouet armé, debout sous l'arbre du chemin ?
Un chien est à ses pieds; lui, sur un bloc de lave,
Il surveille pensif son noir bétail humain.

Le fer creuse et gémit; la bande aux bras d'athlètes
Fouille le sol brûlant sous l'astre ardent et clair;
Parmi les blonds roseaux luisent les noires têtes;
L'oiseau libre et joyeux passe en chantant dans l'air !

O dure servitude ! ô sort! ô lois cruelles !
Au joug de l'homme ainsi l'homme se voit plier !
Ah! loin de ces tableaux navrants ouvrons nos ailes !
Fuyons, doux bengali ! fuyons pour oublier !

Poèmes et paysages 1852

 

Auguste Lacaussade




un sang d'encre


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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 19:01

O dock dock dock dock

et over-dock

bassins de jeux

de mon enfance

quelle sirène donc

s’est penchée

sur le ber de ma naissance

car

de port en port

de Saint-Pierre

jusqu’au Port

j’ai des algues marines

pour couche

et là

dans ma mémoire

j’habite une ville

qui vient de la mer

de haute mer


Le Port : sur cette commune, près de St-Paul, est le grand port de commerce de La Réunion

Ber : berceau (pour bébé) ; charpente sur laquelle repose un navire en construction


Patrice Treuthardt, Pointe et complainte des galets 1988



la solitude du guetteur de fond


je suis

celui

qui prend la mer

par temps de houle

qui rend la terre

par temps de foule

n’ayant pris

l’heure

avec personne

je n’aurai

de reproche

à faire

qu’à moi-même

en plein

océan

jadis

les nakhudas

firent leur baptême

de mer


Patrice Treuthardt, Les manèges de la terre, 1995



Pressentiment



Je saisis l’air du temps,

Les mains au creux des poches,

Du regret ne sentant

Que les vaines approches.


J’ai peur, seulement peur mon Dieu, d’un paysage

Qui dans ma chambre meurt depuis plus d’un octobre.

J’ai souvenir d’un ciel et des sanglots d’un bobre

Ou d’avoir vu, la nuit, ainsi qu’aux premiers âges

Leur tristesse qui dort étoilée en mes yeux…


Mon île était le monde et je dois y mourir


Mais si la pluie venait toute neuve des mers,

La pluie qui peut porter le ciel au fond des terres,

Saurait-elle baigner un front sevré d’averses

Et languissant d’exil, froide, le consoler,


Bobre, bobre, instrument de musique créole.


Zamal, 1951, Jean Albany


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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 13:30

Le 15 septembre, j’ai évoqué brièvement ici Evariste Parny en recopiant un fragment de lettre anticolonialiste, un extrait de chanson madécasse et un bref poème érotique. J’ai aussi fait un copié-collé depuis wikipédia pour les grandes dates et titres d’œuvres. Ce n’est pas assez : je viens de lire une bonne partie de son œuvre, une grosse étude biographique sur l’homme et on se réjouit de sentir (au grand nombre d’erreurs qui apparaissent quand on croise les documents, aux nombreuses zones d’ombre, aux témoignages élogieux venus de Chateaubriand, Baudelaire, Sainte-Beuve etc) qu’un gros travail reste à faire.

Je commence par corriger 3 infimes erreurs voilà ce qui arrive quand on fait du copié-collé :

- La jeune fille dont s’éprend Evariste à 20 ans (elle en a 13/14) s’appelle Esther Lelièvre (et non Lelivre) ; certains livres disent qu’elle s’appelle Esther Trousail, c’est une erreur. Encore Evariste ne l’appelle-t-il jamais autrement qu’Eléonore : l’initiale commune E avant tout

- Un point d’interrogation, dans l’évocation de cette idylle par Wikipedia, fait douter de la sincérité des sentiments du poète. Non seulement la question ne se pose pas car ces poèmes lyriques vivent depuis 2 siècles détachés de la circonstance référentielle, mais les nombreuses lettres authentiques que j’ai lues ne permettent pas de douter des sentiments de l’un et de l’autre. Celles des pères des jeunes gens, en particulier. Mais les biographes ont toujours eu des relations difficiles avec l’objectivité

- Il n’y a pas lieu non plus de douter du lieu d’écriture des Chansons madécasses, elles ont bien été écrites à Pondichéry, entre mars et septembre 1785. A mes yeux, ce sont ces Chansons madécasses et les Elégies qui sont les plus remarquables. En librairie, les œuvres sont soit épuisées, soit difficiles à trouver, soit incomplètes, soit truffées d’erreurs. Mais à la longue, l’œuvre d’Evariste sera « réévaluée » comme on dit aujourd’hui. Pour un étudiant en master de Lettres modernes qui veut traiter un sujet vierge et se rendre utile, Evariste c’est du pain bénit. La (seule) spécialiste, c’est Catriona Seth, Professeur à l’Université de Nancy II  (littérature du XVIIIè siècle).

En 1779, Evariste écrit déjà la souffrance amoureuse comme le fera Musset 40 ans plus tard. Les paysages naturels sont miroirs de l’âme, révélateurs d’émotions et de déchirures profondes, à la manière des romantiques. Evariste a perdu sa mère à quatre ans.

Le tapuscrit que je viens de lire (238 pages) a été écrit par Léon de Forges de Parny qui habite près de Dax et qui l’a terminé en 1976. Il contient 60 lettres qu’il présente comme inédites pour la plupart. Je croyais avoir affaire à un inédit, mais en fait le livre Evariste Parny : Poésies érotiques et autres poèmes publié en 2001 aux éditions Grand Océan contient toute la partie biographique. Gilles de Forges de Parny, a donc transmis un exemplaire de l’ouvrage de son oncle au directeur des éditions Grand Océan, Jean-François Reverzy, et il a très bien fait.

L’ironie du sort veut que Grâce Vally (mariée à Evariste en 1802), Esther Lelièvre et Evariste Parny soient tous les 3 nés à l’isle Bourbon, entre 1753 et 1760, soient venus en métropole peu avant la Révolution, soient morts et enterrés à soixante ans environ en métropole.

Dans les années 1780, Chateaubriand, plus jeune de 15 ans qu’Evariste, écrit : « Je savais par cœur les élégies du chevalier de Parny, et je les sais encore. Je lui écrivis pour lui demander la permission de voir un poète dont les ouvrages faisaient mes délices ; il me répondit poliment : je me rendis chez lui rue de Cléry. Je trouvai un homme assez jeune encore (Parny avait 35 ans), de très bon ton, grand, maigre, le visage marqué de petite vérole. Il me rendit ma visite. Je le présentai à mes sœurs. Il aimait peu la société et il en fut bientôt chassé par la politique. Il était alors du vieux parti. Je n’ai point connu d’écrivain qui fût semblable à ses ouvrages : poète et créole, il ne lui fallait que le ciel de l’Inde, une fontaine, un palmier et une femme. Il redoutait le bruit, cherchait à glisser dans la vie sans être aperçu, sacrifiait tout à sa paresse, et n’était trahi dans son obscurité que par ses plaisirs qui touchaient, en passant, sa lyre ».

Dans Le voyage de Baudelaire à l’île Maurice et à la Réunion (Sham’s éditions) 2000, Emmanuel Richon, écrivain et spécialiste de Baudelaire, écrit page 48 : « Les Chansons madécasses de Parny faisaient partie des lectures de Baudelaire, c’est attesté. L’œuvre de Parny faisait partie des livres que lui avait légués son père. Mais ce sont les poèmes érotiques de Parny qui exercent la plus forte influence sur Baudelaire. Le poète parisien était suffisamment habité par ses propres souvenirs tropicaux pour ne pas avoir besoin de recourir à ceux du Réunionnais. L’influence principale est d‘ordre érotique, bien que l’érotisme baudelairien aille encore plus loin. Pourtant Parny n’était pas non plus un enfant de chœur en la matière. Baudelaire s’est aussi inspiré de Parny pour ses Petits Poèmes en Prose. Parny fut l’un des premiers à avoir inventé le genre. C’est aussi lui qui a introduit la figure du nègre dans la littérature. Il était aussi « moderne » que Baudelaire avant l’heure. »

J’ai choisi de recopier ici un « Billet » (coquin), un poème doux et douloureux comme un regret de Du Bellay qui s’appelle « Complainte » et la 6è élégie que j’ai l’intention de faire étudier à mes élèves de 1S et 1ES (l’examinateur fera-t-il le lien avec le nom du lycée ?).

 

Billet

Apprenez, ma belle,

Qu'à minuit sonnant,

Une main fidèle,

Une main d'amant,

Ira doucement,

Se glissant dans l'ombre,

Tourner les verrous

Qui dès la nuit sombre,

Sont tirés sur vous.

Apprenez encore

Qu'un amant abhorre

Tout voile jaloux.

Pour être plus tendre,

Soyez sans atours,

Et songez à prendre

L'habit des Amours.

 

 

Complainte

 

Naissez, mes vers, soulagez mes douleurs,

Et sans effort coulez avec mes pleurs.

 

Voici d'Emma la tombe solitaire,

Voici l'asile où dorment les vertus.

Charmante Emma ! tu passas sur la terre

Comme un éclair qui brille et qui n'est plus.

J'ai vu la mort dans une ombre soudaine

Envelopper l'aurore de tes jours ;

Et tes beaux yeux se fermant pour toujours

A la clarté renoncer avec peine.

 

Naissez, mes vers, soulagez mes douleurs,

Et sans effort coulez avec mes pleurs.

 

Ce jeune essaim, cette foule frivole

D'adorateurs qu'entraînait sa beauté,

Ce monde vain dont elle fut l'idole

Vit son trépas avec tranquillité.

Les malheureux que sa main bienfaisante

A fait passer de la peine au bonheur,

N'ont pu trouver un soupir dans leur coeur

Pour consoler son ombre gémissante.

 

Naissez, mes vers, soulagez mes douleurs,

Et sans effort coulez avec mes pleurs.

 

L'amitié même, oui, l'amitié volage

A rappelé les ris et l'enjouement ;

D'Emma mourante elle a chassé l'image ;

Son deuil trompeur n'a duré qu'un moment.

Sensible Emma, douce et constante amie,

Ton souvenir ne vit plus dans ces lieux ;

De ce tombeau l'on détourne les yeux ;

Ton nom s'efface, et le monde t'oublie.

 

Naissez, mes vers, soulagez mes douleurs,

Et sans effort coulez avec mes pleurs.

 

Malgré le temps, fidèle à sa tristesse,

Le seul Amour ne se console pas,

Et ses soupirs renouvelés sans cesse

Vont te chercher dans l'ombre du trépas.

Pour te pleurer je devance l'aurore ;

L'éclat du jour augmente mes ennuis ;

Je gémis seul dans le calme des nuits ;

La nuit s'envole, et je gémis encore.

 

Vous n'avez point soulagé mes douleurs ;

Laissez, mes vers, laissez couler mes pleurs.

 

 

Sixième élégie

 

J'ai cherché dans l'absence un remède à mes maux ;

j'ai fui les lieux charmans qu'embellit l’infidelle.

Caché dans ces forêts dont l'ombre est éternelle,

j'ai trouvé le silence, et jamais le repos.

Par les sombres détours d'une route inconnue,

j'arrive sur ces monts qui divisent la nue.

De quel étonnement tous mes sens sont frappés !

Quel calme ! Quels objets ! Quelle immense étendue !

La mer paroît sans borne à mes regards trompés,

et dans l'azur des cieux est au loin confondue ;

le zéphyr en ce lieu tempère les chaleurs ;

de l'aquilon par fois on y sent les rigueurs ;

et tandis que l'hiver habite ces montagnes,

plus bas l'été brûlant dessèche les campagnes.

 

Le volcan dans sa course a dévoré ces champs ;

la pierre calcinée atteste son passage.

L' arbre y croît avec peine ; et l' oiseau par ses chants

n' a jamais égayé ce lieu triste et sauvage.

Tout se taît, tout est mort ; mourez, honteux soupirs ;

mourez, importuns souvenirs,

qui me retracez l' infidelle ;

mourez, tumultueux desirs,

ou soyez volages comme elle.

Ces bois ne peuvent me cacher ;

ici même, avec tous ses charmes,

l' ingrate encor me vient chercher ;

et son nom fait couler des larmes

que le tems auroit dû sécher.

ô dieux ! Oh ! Rendez-moi ma raison égarée ;

arrachez de mon coeur cette image adorée ;

éteignez cet amour qu'elle vient rallumer,

et qui remplit encor mon ame toute entière.

Ah ! L'on devroit cesser d'aimer

au moment qu'on cesse de plaire.

Tandis qu' avec mes pleurs, la plainte et les regrets

coulent de mon ame attendrie,

j'avance, et de nouveaux objets

interrompent ma rêverie.

Je vois naître à mes pieds ces ruisseaux différens,

qui, changés tout-à-coup en rapides torrens,

traversent à grand bruit les ravines profondes,

roulent avec leurs flots le ravage et l'horreur,

fondent sur le rivage, et vont avec fureur

dans l'océan troublé précipiter leurs ondes.

Je vois des rocs noircis, dont le front orgueilleux

s'élève et va frapper les cieux.

Le tems a gravé sur leurs cimes

l'empreinte de la vétusté.

Mon oeil rapidement porté

de torrens en torrens, d'abîmes en abîmes,

s'arrête épouvanté.

ô nature ! Qu'ici je ressens ton empire !

J'aime de ce désert la sauvage âpreté ;

de tes travaux hardis j'aime la majesté ;

oui, ton horreur me plaît ; je frissonne et j'admire.

 

Dans ce séjour tranquille, aux regards des humains

que ne puis-je cacher le reste de ma vie !

Que ne puis-je du moins y laisser mes chagrins !

Je venois oublier l’ingrate qui m'oublie,

et ma bouche indiscrète a prononcé son nom ;

je l'ai redit cent fois, et l'écho solitaire

de ma voix douloureuse a prolongé le son ;

ma main l'a gravé sur la pierre ;

au mien il est entrelacé.

Un jour le voyageur, sous la mousse légère,

e ces noms connus à Cythère

verra quelque reste effacé.

Soudain il s'écrîra : son amour fut extrême ;

il chanta sa maîtresse au fond de ces déserts.

Pleurons sur ses malheurs, et relisons les vers

qu' il soupira dans ce lieu même.

 

http://www.academie-francaise.fr/immortels/index.html

 

 

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22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 19:07
2 photos prises ce matin, l'une de la toute petite tourterelle bourbon, l'autre du martin triste. J'espère bien vous montrer un jour les taches blanches des ailes du martin, mais il n'est pas facile à prendre en vol.

Demain, quelque chose, promis depuis longtemps, sur évariste de parny, et sans doute baudelaire, voire tel ou tel écrivain créole. Demain aussi, skype avec mamie.

Dernier conseil de classe ce matin : ça veut dire que la semaine s'est passée à 100% à corriger des copies. ouf




le martin triste construit son nid dans un trou de mur ou de tronc d'arbre. Il a des couvées de 4 à 6 œufs. Les Réunionnais les capturent dès leur plus jeune âge et les nourrissent eux-mêmes. À un certain âge, ils coupent le filet (petit muscle se trouvant sous la langue du martin) ; bien que le martin ne soit pas capable de reproduire de longues phrases, il peut, grâce à cette opération, répéter quelques mots simples, ou siffler des airs connus, ce qui fait la joie des Réunionnais. source : wikipedia


Généralement le martin triste vie en  groupe. A la différence des autres oiseaux, il marche plutôt qu'il ne sautille. Il se nourrit au sol et spécialement sur les bords des routes. Il est familier et effronté, souvent venant dérober quelques petits morceaux près des gens ou des animaux domestiques. Les couples de martins tristes restent ensemble année après année, et gardent le même territoire. Chaque couple a deux couvées par an. Le nid est une
coupe faite d'herbes sèches, de branchettes et de feuilles, il est  placé en général dans une cavité, dans un arbre, une falaise , ou  dans un épais fourré de végétation. La femelle dépose 1 à 6 oeufs bleu verdâtre.
Bien que le martin triste ne soit pas capable d'apprendre à imiter les discours des humains, il peut apprendre  quelques mots et phrases et être compris. source : mi_aim_a_ou.com


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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 19:20
Pour les métros qui connaissent peu la Réunion, le Dimitile (du nom d'un capitaine marron) est un massif montagneux qui correspond au tiers inférieur droit (sud-est) du cirque de Cilaos, qui est lui-même celui des 3 cirques qui est le plus au sud. Pour le gravir (par le sud-sud-est), on a le choix entre 3 itinéraires difficiles (zébre, jument, bayonne) et un facile, celui que mon groupe de 10 randonneurs a pris : la chapelle.

Parti tôt le matin pour avoir le soleil, j'ai apprécié cette rando loin des hommes, en territoire marron, dans les nuages, au milieu des fougères arborescentes, des acacias, des tamarins des hauts, des arums, des barbes de saint-antoine, des genêts, des fuschias et des géraniums. De temps en temps, un tec-tec s'approche, un vers ou un insecte dans le bec. Il est curieux et veut savoir ce que je viens faire. La lumière change rapidement avec la météo, l'heure, l'altitude, le relief, le filtrage assuré par les feuillages. L'air humide est chargé de fragrances. Ici un petit pont de bois, là une case de forestier, plus loin la piste des 4X4 parcourue par les gardiens des 3 ou 4 refuges avec leur pick-up land-rover defender surchargé mais aussi les Cayenne Porsche et X3 BMW turbo 4X4 neufs, bruyants et polluants de quelques oisifs très inquiets à l'idée qu'on puisse sous-estimer le niveau de leur compte en banque.

Au bout de 5h, à 1700 mètres : le refuge Emile. Il est impeccablement tenu par François, le fils d'Emile. Pour réserver : SCA Payet frères 31 rte du Bras-Long  97414 Entre-Deux. gite-emile@wanadoo.fr  02 62 57 43 03

Au mur, un tableau de 150X250 représentant un car Citroën des années 1940, composé de 104 carrés. Les élèves de l'école publique de l'Entre-Deux, école où Emile était instituteur, se sont partagés le travail : un carré chacun.




















le gîte Emile



ci-dessus, L'entre-deux (point de départ des itinéraires pour le dimitile) vu du refuge Emile au moment où la nuit tombe


le pâté créole

Le lendemain, lever à 4h45 pour gravir 200 mètres de dénivellé et apercevoir Cilaos depuis la crête. Le son monte, des cocoricos nous parviennent des basse-cours du cirque. 7,5 kms nous séparent de l'église, 13kms jusqu'aux 3 salazes, mais on voit avec précision tous les détails grâce au grossissement X 20. Là-bas, l'îlet à cordes sort de l'ombre peu à peu.



le grand Bénare et le col du Taïbit là-bas, à 14 kms, nous attendent (décembre?) la lune nous dit : "pas cap!"


ci-dessus, Cilaos, à 8 ou 9 kms, vu du dimitile (cote 2100 mètres)

overblog compresse comme un malade (1,5M° deviennent 25K°) sinon vous auriez vu le collège, le gîte Clair de lune, et le restau "le cottage" près de la mare

ci-dessus, les 3 salazes (à 13 kms au moins à vol d'oiseau)

ci-dessus, îlet à cordes (à 11 ou 12 kms)




Qui était Dimitile (en malgache : le “guetteur”) ? le chef d’un groupe de 24 marrons qui, en 1743, enlevèrent Jeanneton, une esclave mozambicaine propriété de Pierre Hibon, dans les Hauts de Saint-Paul. Le détachement traverse avec elle une partie de l’île - Mafate, Cilaos - puis longe le Bras de Cilaos jusqu’à la Rivière Saint-Etienne, gravit les remparts jusqu’à la planèze du Dimitile en direction de la Rivière des Remparts, en passant par la Plaine des Cafres... Les rebelles trouveront plus tard sur leur route le “chasseur de noirs” François Mussard, qui extermine en 1752 le “roi” Laverdure et la “reine” Sarlave, dont le camp était proche de l’îlet marron. Jeanneton a décidé finalement de quitter le camp marron pour retrouver la propriété du maître, laissant un récit de son “rapt”. 

Pour en savoir plus sur le dimitile : Association Capitaine Dimitile

D'autres informations sur le marronnage dans le site du comité pour la mémoire de l'esclavage

 

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