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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 17:46

non pas le métal jaune de Picsou
pas les briseurs de grèves
mais le jaune des boutons d'or
du quart de chaume
des taxis
des drapeaux allemands et espagnols
du soleil des enfants













photo de la mairie de Saint-Denis prise par mon ami Laurent M. le 6 novembre

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 17:31
obama élu
pour célébrer l'événement
nous entamons une série colorée dédiée à ceux qui ont voté pour lui
et à Noé et Moïse car je sais qu'ils aiment les couleurs
en particulier l'orange
non pas l'opérateur téléphonique
mais le jus d'
le théâtr d'
le fruit qu'on appelle tangor







Safran bon la fête
CLICANOO.COM | Publié le 3 novembre 2008
    
C’est vrai qu’on ne devrait pas l’appeler comme ça. Son vrai nom est curcuma. Mais, peu importe, à la Plaine des Grègues, ça fait si longtemps que l’on parle de safran péi qu’on ne va pas changer ses habitudes comme ça. On ne va pas changer non plus la tradition qui consiste à célébrer la plus répandue des épices réunionnaises à l’occasion du 11 novembre. Cette année la fête va durer cinq jours, du 7 au 11 novembre prochains dans les hauts de Saint-Joseph. Et, pour cette 7e édition, on a vu les choses en grand. “On attend pas moins de 40 000 visiteurs”, confie le directeur de la Maison des associations de la commune.
LES PLUS BELLES FILLES
Frank Grondin rappelle que cette fois encore “l’objectif premier de la fête est de soutenir la production du safran péi”. “Savez-vous qu’un tiers de la production locale est écoulé lors de ces cinq jours ? Autant dire que cette fête est indispensable à la survie de la vingtaine de producteurs qui y participent”, affirme fièrement le coordinateur de la manifestation. Dans le berceau du safran péi, on pourra dès vendredi prochain aller à la rencontre d’une quarantaine de producteurs agricoles ainsi que de plus de 140 exposants et forains proposant toutes sortes d’animations. On pourra aussi découvrir l’histoire de la production de cette épice réunionnaise au sein du musée des métiers lontan de la Plaine des Grègues. Des balades ayant notamment pour thématique le safran péi seront aussi proposées le long des sentiers de la Plaine. Sans oublier des concours et ateliers de cuisine ayant tous pour ingrédient commun le curcuma péi évidemment. Pour la traditionnelle journée de la 3e jeunesse, mardi 11 novembre, les organisateurs prévoient de recevoir pas moins de 15 000 gramounes !Côté podium, la fête démarre vendredi 7 novembre à 20 heures avec l’élection de miss Saint-Joseph. “On dit souvent que les plus belles filles viennent du Sud, je serai même plus précis en affirmant qu’elles viennent de Saint-Joseph !”, se félicite Frank Grondin. La musique sera aussi à l’honneur avec sur scène Ousanousava, François Dal’s et Gramack’s, leader de la chanson caraibéenne
A.H.
Pour le programme complet de la manifestation, consulter le site internet de la mairie de Saint-Jospeh : www.ville-saintjoseph.fr ou appeler la Maison des associations au 0262 56 46 66.


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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 13:43

Aujourd'hui, juste une série de petites infos en attendant des jours meilleurs.

1/ Hier matin, en allant au lycée, je monte un stoppeur parapentiste à la Chaloupe et j'apprends que la world cup series 2008 commence après-demain ! Pendant 5 jours, se succéderont donc sous nos yeux les exploits des meilleurs parapentistes mondiaux. La veille au soir, j'avais mis en ligne justement toute une série de photos prises de ma fenêtre sans changer l'ordre des clichés (post « air bourbon du 2 novembre »), le Grand Prix revenant à la dernière concurrente, vers 21h, avec sa lumière cendrée et sa voile à l'envers. Youtube vous permet de vous faire une idée des figures des rois de la voltige mais coupez le son. Orange-réunion est un des sponsors.

2/ Si vous faites les librairies les plus sérieuses de La Réunion à St-Denis, St-Paul, St-Louis, St-Pierre, vous ne trouverez aucun livre de Leconte de Lisle. Ni d'Evariste de Parny ou de Léon Dierx non plus d'ailleurs. Bien sûr il y a les bibliothèques. Mais quand on voit qu'il n'y a pratiquement pas de rayon poésie non plus (Rimbaud et Baudelaire sont dans le rayon scolaires-lycées), on se dit qu'il y a bien des efforts à réaliser de ce côté. Comme en plus j'enseigne dans la ville natale de Leconte de Lisle, à 2 pas de sa maison, de sa tombe, et des deux ravines auxquelles se réfèrent  2 de ses poèmes_barbares_, après l'article « bernica » posté avant-hier, je me considère en règle et passe volontiers le relais de l'acculturation du grand public à d'autres pour me retourner vers des écrivains rényonés ou mauriciens d'aujourd'hui, par exemple Natacha Appanah Les rochers_de_Poudre_d'or_ : patience, l'arrêt des notes du 1er trimestre est le 17 novembre.. A suivre (je vous koz kréol très bientôt)

3/ Je vous copie-colle un passage de la lettre que j'ai envoyée il y a 9 jours au maire de St-Leu (recommandé AR) pour l'instant sans réponse :

« Depuis le mois d'août, les 8 projecteurs de 2000 watts (environ) du stade de La Fontaine qui jouxte la maison que j'habite restent allumés, soit de jour, soit de nuit, soit jour et nuit, sans qu'il y ait pour autant un match ou quelque raison que ce soit de les laisser allumés. Au début, j'ai cru à un oubli. En parlant autour de moi, j'ai compris que vos services avaient reçu des coups de téléphone ou des lettres ce qui a augmenté ma perplexité. Le temps passe et le problème demeure. Outre que le coût pour la collectivité doit être élevé, que l'électricité est faite avec du pétrole, il y a un autre inconvénient sur lequel je veux attirer votre attention : le danger d'accélérer la disparition d'un oiseau endémique : le Pétrel de Barau

Chaque année depuis 1996, une grande opération de sauvetage des oiseaux marins est lancée par la SEOR (Société dfEtudes Ornithologiques de la Réunion). Cette campagne concerne essentiellement les 4 espèces de Pétrels qui vivent à La Réunion : le Pétrel de Barau, le Puffin de Baillon, le Puffin du Pacifique et le Pétrel Noir. Ces quatre espèces se reproduisent sur lfîle de la Réunion. Quand vient la période dfenvol des jeunes (Avril à début mai, pour le Pétrel de Barau) ceux-ci quittent leur terrier de nuit. Dans leur trajet pour rejoindre lfocéan pour la première fois de leur vie, ils sont attirés par les lumières artificielles qui forment une sorte de barrière tout autour de lfîle, et sféchouent souvent au sol. Ils sont alors incapables de reprendre leur envol tout seul, et risquent de mourir de faim ou dfêtre dévorés par des chiens ou des chats.

Cette opération est dune importance extrême, car, rappelons-le, le Pétrel de Barau ne se reproduit quà la Réunion, et les lumières constituent une cause de mortalité majeure : on estime que 40 à 60% des jeunes à lenvol séchouent à cause des éclairages. La DIREN (Direction Régionale de lEnvironnement), EDF (Electricité de France), la LPO (Ligue pour la Protection des oiseaux), le GISOM (Groupe dintérêt Scientifique pour les oiseaux Marins) et le Muséum dHistoire Naturelle de St Denis. La situation actuelle, vous le voyez, nous conduirait directement à une procédure si la commune ne faisait rien. En espérant, monsieur le maire etc »

Comme l'éclairage du stade vide se poursuit (depuis plus d'un an, me disent les voisins), j'ai écrit hier à la SEOR pour qu'on se prépare à une action juridique : à suivre

4/ De temps en temps, j'essaie d'ajouter une photo par-ci par-là ou de corriger a posteriori les coquilles et petites erreurs des articles parus depuis fin août, mais ce sont des modifications mineures, je n'en parle donc pas. Il en va ainsi des flamboyants par exemple. Fin août je voyais des poinsettias et non des flamboyants, lesquels commencent seulement à fleurir. J'irai faire la correction dès que j'aurai 5'. C'est souvent grâce à vos commentaires que je repère mes boulettes. Certains sont déposés bien après la publication de l'article (par exemple par les visiteurs qui découvrent le blog aujourd'hui) mais je suis averti par over-blog. Merci !

5/ Beaucoup de fleurs coupées, vendues, déposées dans les cimetières ; beaucoup d'oratoires et d'offrandes au bord des routes, le week-end dernier. Le Journal de la Réunion (Clicanoo) n'a rien trouvé de mieux que de titrer sa Une ainsi : « Toussaint : quand les esprits rôdent ». Titre de l'article sur 2 pages : « Les esprits errants rôdent surtout en période de la Toussaint ». Autrement dit, les morts-vivants sont avec nous 24/24, 7/7 et 365/365, c'est vrai puisque les journalistes le disent ! Une multitude d'exemples viennent à l'appui : « Dans le cimetière de Bras-Panon, les employés communaux ont découvert, l’année dernière, à pareille époque, la photo d’un jeune garçon transpercé d’aiguilles », « La nuit, les 4X4 et autres véhicules se croisent dans l'étroit chemin de terre, qui traverse les champs de cannes, et menant à ce cimetière », « on pactise avec les personnes mal décédées » « en cette période de la Toussaint, les esprits des mal-morts qu’on appelle encore des esprits errants ou les mauvaises âmes rôdent. Ces esprits perturbés émanent des personnes décédées de mort violente. Il s’agit des pendus, des suicidés, des accidentés de la route, des tués par balles ou à coups de couteaux ou de sabre. Et ces esprits, s’ils ne sont pas récupérés par des sorciers peu scrupuleux, traînent partout ». Le journaliste se délecte : « ne pas sortir très tard, la nuit, durant la période précédant la Toussaint. Et parfois même, de ne pas s’attarder devant la cour à la nuit tombée. De ne pas non plus se promener, la nuit, avec de la viande (bols de carri) ou des boissons ». Et de conclure : « Âmes sensibles, Barricadez-vous et laissez passer la Toussaint. Les revenants sont parmi nous ! »

On peut certes, comme Flaubert et Maupassant, trouver sympathique la métempsycose ; à la Réunion, il est très facile d'acheter un livre de magie blanche en librairie, mais de là à présenter en Une du quotidien le plus lu de la Réunion le danger des esprits errants et adopter un ton aussi comminatoire... Enfin, on a sans doute les journalistes qu'on mérite. Pour ma part, je compte sur Skype pour bavarder à nouveau avec Mamie le 22 ou le 29 novembre : 83 ans et presque toutes ses dents !

6/ Lili la batailleuse gagne la mer (31 octobre)

Kélonia a donné rendez-vous hier matin à une classe de CM 2 pour un moment plein d’émotion. Ils sont ainsi venus assister au grand départ de Lili, une tortue verte Chélonia mydas, né il y a vingt ans sur la plage de Tromelin.

7/ Saint-Pierre va s’équiper en drumlines contre les requins. Un drumline, c’est une ancre à laquelle on relie une grosse bouée de 50 litres. Puis, on attache à cette grosse bouée une ligne de capture avec un hameçon et un leurre au bout pour prendre le requin qui chasse dans les parages. La ligne est suffisamment longue pour permettre au squale de survivre jusqu’à sa capture. Il est prévu dans le projet que deux bateaux par jour passent relever la ligne pour décrocher le requin, le tagger puis le relâcher. Le système de drumlines protège les usagers du littoral parce qu’il dissuade le requin de revenir dans un endroit où il a passé un mauvais moment, attaché à une ligne qui l’empêchait de sonder. En Afrique du Sud, les scientifiques ont constaté que les squales ne retournaient plus sur le lieu où ils avaient été pris.

Quatre attaques au Pic du Diable :

 20 août 2006, à 11 heures, attaque mortelle sur un surfeur.
 6 octobre 2004, à 16h15, un bodyboarder a la jambe sectionnée à Ti’Paris (juste à côté du Pic du Diable).
 8 septembre 2000, à 18h05, un surfeur est blessé au bras.
 14 mars 1988, à 18h30, un surfeur est mordu à la main.

8/ Je me suis laissé dire qu'en Europe, vous êtes très mouillés et que vous devez prendre des mitaines pour taper sur vos claviers. Alors, pendant que vous rechargez les nappes phréatiques,  apprenez qu'ici, le thermomètre monte monte comme la bêbête de semaine en semaine. Alors je vous envoie volontiers un rayon de soleil à tous. Le week-end du 15-16 nov, ascension du Dimitile : 1400 mètres de dénivellé ; le Routard dit : « déconseillé aux personnes sujettes aux vertiges » donc c'est pour moi. Et le 21 décembre : le Piton des neiges (3071 m). Si.

 

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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 18:59























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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 16:26
Voilà un article de blog qui ne sera pas goûté par tout le monde mais tant pis. Je me suis rendu hier dans la ravine Saint-Gilles qui a inspiré Charles Leconte de Lisle pour son poème "La ravine Saint-Gilles" (Poèmes barbares) reproduit ici dans le post "un siècle et demi" du mercredi 17 septembre. Peu d'émotion certes, mais un sentiment d'immortaliser, de ciseler l'immuable, d'intimider et certains sites s'y prêtent.
Dans cette ravine Saint-Gilles, à 1 km de mon lycée, des tisserins font leurs jaunes allées et venues ; la fraîcheur, les fleurs, la végétation exubérante, l'eau courant entre les galets, la cascade, tranchent avec le vacarme de la ville natale du poète, toute proche.



Puis ce fut la visite de la partie basse de la ravine du Bernica. Encore plus calme (on n'y voit jamais personne), plus retirée (et pourtant à l'entrée de la ville de Saint-Paul), plus profonde. Des cardinals, des papangues, des hirondelles évoluent dans ce cadre grandiose










Le Bernica
Perdu sur la montagne, entre deux parois hautes,
Il est un lieu sauvage, au rêve hospitalier,
Qui, dès le premier jour, n’a connu que peu d’hôtes ;
Le bruit n’y monte pas de la mer sur les côtes,
Ni la rumeur de l’homme : on y peut oublier.

La liane y suspend dans l’air ses belles cloches
Où les frelons, gorgés de miel, dorment blottis ;
Un rideau d’aloès en défend les approches ;
Et l’eau vive qui germe aux fissures des roches
Y fait tinter l’écho de son clair cliquetis.

Quand l’aube jette aux monts sa rose bandelette,
Cet étroit paradis, parfumé de verdeurs,
Au-devant du soleil, comme une cassolette,
Enroule autour des pics la brume violette
Qui, par frais tourbillons, sort de ses profondeurs.

Si Midi, du ciel pur, verse sa lave blanche,
Au travers des massifs il n’en laisse pleuvoir
Que des éclats légers qui vont, de branche en branche,
Fluides diamants que l’une à l’autre épanche,
De leurs taches de feu semer le gazon noir.

Parfois, hors des fourrés, les oreilles ouvertes,
L’oeil au guet, le col droit, et la rosée au flanc,
Un cabri voyageur, en quelques bonds alertes,
Vient boire aux cavités pleines de feuilles vertes,
Les quatre pieds posés sur un caillou tremblant.

Tout un essaim d’oiseaux fourmille, vole et rôde
De l’arbre aux rocs moussus, et des herbes aux fleurs :
Ceux-ci trempent dans l’eau leur poitrail d’émeraude ;
Ceux-là, séchant leur plume à la brise plus chaude,
Se lustrent d’un bec frêle aux bords des nids siffleurs.

Ce sont des chœurs soudains, des chansons infinies,
Un long gazouillement d’appels joyeux mêlé,
Ou des plaintes d’amour à des rires unies ;
Et si douces, pourtant, flottent ces harmonies,
Que le repos de l’air n’en est jamais troublé.

Mais l’âme s’en pénètre; elle se plonge, entière,
Dans l’heureuse beauté de ce monde charmant ;
Elle se sent oiseau, fleur, eau vive et lumière ;
Elle revêt ta robe, ô pureté première !
Et se repose en Dieu silencieusement.
Poèmes barbares  Leconte de lisle

Pour qui voudrait partir sur les traces de Charles Leconte de Lisle dans Saint-Paul, à l'occasion du 150è anniversaire de la publication de ses Poésies complètes chez Poulet-Malassis (1858), en particulier vers sa maison natale, près du cimetière marin, il faut aller à l’angle des rues Saint-Louis et du Général-de-Gaulle, il ne reste plus que quelques marches de l’ancien perron. Une stèle en béton blanc avec une plaque noire signale qu’”Ici s’élevait la maison où naquit le poète Leconte de Lisle (1818-1894)”, surmontée d’une effigie. Dans la cour à l’abandon, un vénérable badamier et quelques autres arbres.

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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 06:45
le voile de la mariée

Huit jours après ma randonnée à La Nouvelle, dans le cirque de Mafate, les souvenirs sont intacts, à nul autres pareils, souvenirs d'un cirque sans doute proche de ce qu’il a toujours été puisque aucune voiture n’y pénètre. Première antenne de télévision en 1987 ! Première connexion internet la semaine dernière ! Quel calme ! Ah, aller de fleur en fleur, de parfum en parfum, d’oiseau en oiseau..

Arriver au col de la Fourche par Saint-Paul, Saint-Denis, Sainte-Marie, Saint-Suzanne, Saint-André, Salazie, Grand-îlet prend du temps certes, mais pour venir à pied par la rivière des galets il faudrait trois jours consécutifs et mon emploi du temps du lycée ne me les donne pas. Photo du voile de la mariée à Salazie. On laisse la voiture au parking payant du col de la Fourche à 13h et on monte à pied jusqu’au col des boeufs (2000 m d’altitude) où des porteurs chargés de sacs plus lourds qu’eux vont descendre aussi car le brouillard empêche les hélicos de ravitailler. Deux heures plus tard, à 1500 mètres d’altitude, l’un d’entre eux remonte déjà avec 3 bonchiens (Bobby, Camel et Tinoua) dans l’intention d’être redescendu avant la nuit ! Sans doute Le Grand raid dit aussi Diagonale des fous dont les 2000 participants vont traverser le cirque de Cilaos et celui de Mafate dans quelques heures lui donne-t-il des ailes…

 



La descente se fait dans le brouillard et sous la pluie, ce qui présente l’avantage d’entendre les chants d’oiseaux, les hélicoptères restant au sol. Un air d’aube de l’humanité, de douceur des temps premiers. Les gouttes d’eau s’accrochent aux pétales, aux barbes de Saint-Antoine, aux feuilles immenses des fougères arborescentes, aux tiges et lianes.




ci-dessus et ci-dessous, fougères arborescentes (fanjan)






Les tecs-tecs construisent leur nid, les tuit-tuits et merles péis chantent à tue-tête et à gorge déployée, un papangue tourne autour du morne de Fourche. Par moments, des fantômes se meuvent dans des clairières laiteuses. Les paysages changent avec l’altitude, les mouvements des nuages, le soleil qui se cache derrière un cirque puis un autre, les sinuosités du sentier, l’ombre portée des arbres, les déclivités plus ou moins embrumées ou ennuagées, les taches de couleurs des fleurs et chatons. A l’approche du village, les tamarins des hauts et les cryptomérias font place aux géraniums, aux arums sauvages et aux frangipaniers.










Grands bois

Au premier début, la forêt est un océan : non pas hostile, seulement étrangère, sans mesure de l'homme, suffocante d'indifférence. On croit divaguer sous les portiques du bois sacré, subtilisant d'une oeillade un peu de l'amitié des arbres et des pierres : tu en viens à courir, gorge nouée, pourchassé par la frénésie que tu pensais lever. Il te faut sauter sur la liane de tes propres nerfs, racines dénudées, filantes, soulevant un pied de basalte.

Quand monte la lune au plein, les effrois se dissipent, la grâce vous fait danser. Débordement des sens, comme à la fontaine la cruche oubliée de la belle que l'on presse de baisers – le sang caille en sève.

Nicolas Gérodou

Passage des lémures, p13, 2003, éditions Grand Océan











700 mafatais vivent là, amoureux de leur cirque, disponibles pour les randonneurs. Sans eux, pas de gîte, pas de nourriture. Obligation de réserver. Le confort est excellent, l’accueil chaleureux. La maîtresse de mon gîte est excessivement hospitalière et prévenante. Le repas du soir est délicieux et copieux.


l'école (où se trouve la borne wifi)

le centre ville

les beaux quartiers

l'église

le restaurant

On ne peut se perdre à La Nouvelle : les enfants de l’école vous ont peint un plan !

L’hélicoptère, bien que coûteux et bruyant, reste indispensable. Même les patrons de mon gîte en possède un. Il a coûté la vie à la jolie boulangère il y a de cela 5 ou 6 ans. Le mari en est encore fou de douleur. Se risquer en hélicoptère quand il n’y a plus de visibilité est périlleux et or les nuages arrivent très vite.

la cage de l'hélico avec son filet et des panneaux de cellules photovoltaïques


Le lendemain, retour au col des boeufs. Peu de nuages. Rotation des hélicos dès 6h. Le cirque est inondé de lumière. Les remparts font 1000 mètres de hauteur du côté du Maïdo et des Trois Salazes. Je reconnais ce trident que j'avais vu deux semaines plus tôt depuis Cilaos.








tec-tec




autel près du col des boeufs

la pluie a repris pendant la montée, source d'inspiration pour ce tec-tec

bouclage : le voile de la mariée

Je raconterai l’histoire de Mafate une autre fois, depuis les premiers esclaves marrons jusqu’aux efforts récents du conseil général pour apporter un peu de confort dans les îlets les plus déshérités (chauffe-eau solaires et blocs sanitaires). A l’école primaire de La Nouvelle, les cours ont lieu sur quatre jours pour que l’instit ait le temps de rentrer chez lui. Tout se fait à pied : tournées des infirmières et surtout tournée du facteur. Depuis qu’il est passé à la télévision, tout le monde connaît Angélo Thiburce, né à Grand-Place (près de La Nouvelle). Ayant expliqué qu’il devait souvent renouveler ses chaussures mais sur ses propres deniers, car Laposte ne lui versait aucune indemnité pour cela, il a reçu des paires de chaussures par centaines du monde entier dans les jours qui ont suivi ! Il a pris sa retraite en 2002. Son fils a écrit un livre sur lui, je vais chercher à me le procurer.

Je pourrais vous parler longuement du Grand Raid les 24-25 octobre, de ses 8700 mètres de dénivelés cumulés et de ses 147 kms parcourus en 20h par le vainqueur, de Laurent Jalabert qui a mis le double ce qui reste un exploit quand même.

Je préfère rappeler ce que les réunionnais attendent tous dans les mois qui viennent : le classement des cirques au patrimoine mondial. « 
Dans l’élan de la création du Parc national de La Réunion, l’île de La Réunion brigue le label de site du Patrimoine mondial pour ses “Cirques, Pitons et Remparts”. Ce serait pour l’île un formidable levier pour s’ouvrir au monde tant parfois, se ressent l’éloignement de tout, le sentiment de mise à l’écart. Les experts de l’UICN, mission d’évaluation internationale de l’UNESCO étaient là du 17 au 24 octobre. Leurs remarques seront transmises officiellement à la France en début 2009. Le comité UNESCO du Patrimoine Mondial qui se réunira à Séville en juillet 2009 pour se prononcer sur cette inscription.

 

Trois poèmes d’Alain Agard pris dans le recueil _Terre_craquée_, octobre 2008, Sac à mots édition, La Rotte des bois, 44810 La Chevallerais

 

Terre craquée

comme les cœurs des cafres

 

avec des lèvres douces

et de profondes plaies

et des fleurs de bananes

enfouies sous le feuillage

comme les marrons

dans les hauts du temps noir

 

Douceur fragile

à peine perceptible

dans la sanguinolence

 

 

Mafate douceur

Mafate misère

des ombres à bertelles

nuagent dans les averses

de la plaine des Tamarins

 

Quelques tombes marronnes

embrouillent le passé

et mentent

 

ni plus ni moins

que les contes des hommes

 

ni plus ni moins

que ces silences drus

qui plaquent les remparts

 

Du battant des lames

au sommet des montagnes

il y a de rudes pentes

branles et lianes

bons dieux broussaille

qu’en trois siècles de force

les gens de ce pays

n’ont pu gravir encore

 

Le ciel reste bleu nuit

Son approche vertige

 

Terre craquée

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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 03:12
Dr Ouatson, j’ai longtemps hésité à vous écrire. Mais les jours passent, et un sombre pressentiment monte en moi.

J’ai bien lu la biographie du matou Philippon, que vous m’avez indiquée. Je dois décidément vous faire part de mon trouble…

… il se trouve qu’il y a environ 15 ans, ce qui est à peu près une vie de chat, j’ai connu un Sieur Philippon, dans la bonne ville de Saint Paul. Vous me direz que la chose est banale ? Je vais alors rajouter un troublant détail : ce monsieur Philippon avait le même regard bleu azuré que le matou du 90.

Lorsqu’il apparaissait dans la société, les dames frémissaient légèrement, les conversations s’arrêtaient un instant puis reprenaient sur un ton plus lent. Monsieur Philippon était un travailleur intellectuel, il faisait du conseil d’orientation. L’étrangeté de son regard avait dépassé les frontières de la ville de Saint Paul, et il n’était pas rare d’entendre parler de lui, dans les salons, du nord au sud de l’île. Ses yeux étaient bordés de longs cils noirs, ce qui les rendait encore plus surprenants. Il avait un petit grain de beauté sur la narine droite, or daignez, docteur Ouatson, observer la photo ci-contre. N’allez pas me traiter de folle, je vous prie, lisez la suite …

 Il se trouve que deux de mes collègues tenaient un jour conversation, tout près de mon bureau, me croyant absente, je les ai alors entendues s’épancher avec une certaine impudeur, au sujet de leurs aspirations, séductions, rêves interdits etc… Oserais-je vous confier la troisième troublante coïncidence ? – l’une d’elle s’appelait Blanche et l’autre Régine. Cette dernière était une petite femme potelée, nerveuse, apprêtée, un rien ordinaire, mais nul doute qu’elle pouvait plaire aux hommes. Sauf qu’elle n’avait pas le bonheur de plaire à ce monsieur Philippon aux yeux d’azur. Blanche la consolait, et  je l’ai entendue distinctement à travers les cloisons minces de nos bureaux, sa voix haut perchée pérorant, affirmant que de toutes façons, la femme légitime de monsieur Philippon lui avait retiré tout attribut viril, en somme depuis qu’il était marié, monsieur Philippon n’avait plus rien d’un séducteur, Blanche n’y allait pas par quatre chemins, selon elle, la dame Philippon avait châtré son seigneur. Comment s’appelait-elle, déjà ? … Korina ? Katalina ? Katharina ? j’ai oublié, hélas. Mes deux collègues évoquaient un repas entre amis, où le couple Philippon était apparu, uni. Le doux éphèbe aux yeux de chat, échappait aux regards des dames, étant tout absorbé par son bonheur nouveau : il tenait dans ses bras leurs premiers nourrissons, d’une portée de deux. Rien d’autre ne l’intéressait, que le vagissement des poupons jumeaux, et ses mains viriles caressaient fréquemment le duvet pâle qui auréolait les minuscules visages. A la manière d’un chat, il leur apposait de légères caresses, comme les petites touches d’un pinceau artiste. Les dames ulcérées pleuraient la main de Philippon, perdue pour elles à tout jamais. C’était une société un peu frivole, aux mœurs légères. Le bruit courait que certains soirs de pleine lune, mes collègues se rencontraient en un lieu que j’ignore, pour des réunions qui m’avaient tout l’air de ressembler à des bacchanales. La vie de province est ainsi faite. On le dit souvent. J’ai juste appris quelques années plus tard, que le couple essuyait quelques tempêtes, mais n’aimant pas les commérages, je n’y accordais pas beaucoup d’attention. J’éprouvais une sorte d’aversion, je vous l’avoue, pour Régine P. qui trouvait toujours des moyens d’obtenir les grâces de notre chef de service. J’avais entendu dire qu’elle fréquentait les salons des voyantes et autres marabouts spécialisés en spiritisme et retours d’affection, ce qui me la rendait encore plus antipathique. Je m’en méfiais infiniment.

 C’est tout.

Je suis émue, docteur Ouatson, je n’ose en dire davantage.

Enfin, si, je vais faire un effort… Madame Lydia affirme qu’une certaine Régine P. aurait déposé monsieur Philippon, son chat, soi-disant, châtré, dans sa maison, en adoption ? Croyez-moi, moi qui ai connu ce Philippon sous ses traits d’homme, je fus saisie immédiatement, par la ressemblance, lorsque le matou Philippon vint directement vers moi, me fixant avec insistance, et lançant un cri en deux syllabes, péniblement articulées, avec une même insistance… Ses yeux d’azur, surtout, m’ont immédiatement renvoyée dans un passé pas si lointain, une vie de chat, je vous dis, seulement quinze années.

J’ai voulu donner le change, je n’ai rien dit de mes soupçons à Lydia, mais me suis juste enquise de la santé de cette dame Régine P. et de son retour possible. Lydia m’a répondu d’un large sourire, puis elle a rajouté, sûre d’elle, que cette dame ne reviendrait jamais chercher son chat Philippon.

Je suis très troublée, car Monsieur Philippon, l’humain, a disparu, nous n’en avons plus jamais entendu parler. Il a sans doute quitté l’île pour une année de stage de formation, c’est à l’époque, le bruit qui courait dans les bureaux. Madame Régine P. a rencontré un banquier et refait sa vie. Quant à son amie Blanche, il me semble qu’elle est partie au Népal.

Il est des crimes qui n’en sont pas, il est des disparitions qui n’en sont pas. Je pose tout ce que je sais devant vous, docteur, faites-en les déductions qui conviennent. Si j’avais votre perspicacité et votre métier, je me demande si je ne lancerais pas une enquête…

 Caresse-tine Nidrajud, à votre service

PS : je dois m’absenter pendant les quelques jours de pleine lune, les miaulements des matous du quartier m’indisposent, et de plus j’ai ouï dire que la ville du Port de la Pointe des Galets était très agréable pour quelques vacances au bord de l’eau, on y trouve des sardines grillées et quelques reliefs de daurades abandonnés par les pêcheurs

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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 16:33
non ce blog n'est pas en train de s'éteindre
mes dossiers photo continuent de se remplir et des voyages en mars, mai et juin se programment (Mada, Maurice), mais voilà, les vacances sont finies depuis lundi dernier et les conseils de classe se profilent à l'horizon (mes classes de 1ère comptent plus de 30 élèves)
je fais tout mon possible pour parler de Mafate demain soir et de Bernica dimanche
pour faire patienter, je vous mets le clair de lune de ce soir (lumière cendrée, nouvelle lune), il n'a été visible que quelques instants à cause des nuages (nuages dont nous reparlerons très bientôt) et rivalise avec Vénus au-dessus de lui.

olympus SP 570 UZ X 20 lens 4.6-92mm 1:2.8-4.5



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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 13:44



Des marais salants à saint-leu, à 2 pas de chez moi, ça m'aide à vivre sans les oeillets de Guérande, Saillé et Batz. Ceux-là datent de 1942 s'étendent sur 20 000m² répartis sur 23 bassins d'évaporation dont le fond est de terre glaise. Ayant perdu sa rentabilité, la production de sel péi s'est arrêtée quelques années et récemment, la production artisanale a repris (le sel de Tatie Léa de Ducros). 200 tonnes ont été récoltées en 2007. Après les travaux pour rendre le site attractif (parking, espaces fleuris, route goudronnée), l'objectif visé est d'atteindre 400 tonnes et d'apparaître davantage dans les produits gastronomiques chez les boulangers et les établissements de thalasso.
Du fait de la faiblesse des marées, les bassins descendent en escalier vers l'océan, le bassin le plus haut étant alimenté par pompage, la salure s'accentue à l'approche du rivage. L'extraction du sel se fait par évaporation solaire accélérée par le vent. Une pompe placée en bordure de l'océan alimente en eau de mer le réservoir prinicipal placé 250m plus haut. L'eau de mer circule donc par gravité depuis le réservoir principal jusqu'aux cristallisoirs. Dans première série de bassins de condensation , l'eau est exposée au soleil jusqu'à ce qu'elle atteigne par échauffement une certaine densité. Ensuite par un système de vannes, rebelote avec une seconde série de bassins de condensation et ainsi de suite jusqu'aux cristallisoirs.
Lorsque le sel est cristallisé, un système de raclette permet de le collecter pour le placer dans des paniers qui seront exposés au soleil sur le rebord des bassins pour le séchage. Le sel est ensuite entassé en forme de dunes pour en extraire le restant d'humidité puis stocké. Le pesage et l'ensachage se fait manuellement au fur et à mesure des besoins. Avec de grands balais, les sauniers font des tas, pyramides étincelantes, qui seront mis en sacs.
Il faudra encore six mois de séchage avant commercialisation.
Le sel de Saint-Leu est riche en NaCl, Mg et Ca, ce qui est un atout dans une île volcanique (pauvre en sels minéraux) de l'océan indien (pauvre en iode).
http://reunion.runweb.com/lang-FR-page-986-2V-page,La-renaissance-des-salines-de-Saint-Leu.html





 

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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 18:20




J’ai longtemps observé aujourd’hui, dans les Hauts de Mafate, un tec-tec construisant son nid. Il faisait alterner des écheveaux de barbes de Saint-Antoine avec des brindilles rigides qu’il arrachait vigoureusement aux branches avec son bec et des bouts d’herbes sèches. Chaque fois qu’il voulait rejoindre son nid, il se dérobait à ma vue pour ne pas que je voie le berceau de ses futurs oisillons et pour cela, rejoignait une branche qui le dissimulait, toujours la même, à proximité du nid.

C’était un acacia mimosa qui servait de perchoir et de paravent. Comme toute cette forêt, entre 1600 et 2000 mètres, bruit d’insectes et sert de lieu de concert ininterrompu à des oiseaux de toutes sortes, on mesure le service rendu. Le tronc de la fougère arborescente a longtemps servi à fabriquer des pots nourriciers pour les plantes d’appartement. Enumérons : l’ombre, le filtrage de la lumière (des UV), la rétention d’humidité, le bois de chauffage, le bois de menuiserie, les marches de bois et petits ponts des sentiers forestiers, les charpentes, l’écorce, la résine, la sève, les chatons, les fruits, le pollen, les feuilles, la chlorophylle, la production d’oxygène….

Alors, le poème de Ronsard nous revient :

 « Écoute bûcheron, arrête un peu le bras ;
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;
Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force
Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?
Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts et de détresses
Mérites-tu, méchant, pour tuer nos déesses ?
Forêt, haute maison des oiseaux bocagers !
Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière
Plus du soleil d'été ne rompra la lumière.
Plus l'amoureux pasteur sur un tronc adossé,
Enflant son flageolet à quatre trous percé,
Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette,
Ne dira plus l'ardeur de sa belle Janette. »

Alors, on comprend mieux pourquoi essences, arbres, arbustes, souches, se concertent à tout moment sur les vilénies humaines.

Alors, on comprend mieux pourquoi de branche en branche, on aide les oiseaux à nicher, les fleurs à fleurir, les amoureux à s’aimer, les esclaves marrons à se cacher.

Alors, on comprend mieux pourquoi des troncs et des branches fondent des associations d’entraide, des compagnies d’étais, des ligues de défense contre la bûchonnerie, pourquoi ils créent de nouvelles danses, de nouvelles figures, de nouvelles implorations, pourquoi leurs bras noueux, leurs phalanges nouées et leurs squelettes secs prient jour et nuit pour le salut d’êtres humains qui n’ont plus grand-chose d’humain.



























































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