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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 08:49

Surprise hier en lisant le Journal de l'île : après-demain, sort _La Kaz Razade_, version créole rényoné de Astérix chez Rahazade ! Pas sûr que la traduction vaille celle de l'équipe d'Axel Gauvin sur les 2 Tintins qui sortiront fin octobre mais attendons d'avoir lu avant de juger. Les lycéens rényonés liront-ils Madame Bovary en BD créole un jour ?

http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=32552

Vous êtes le traducteur choisi par Caraïbéditions pour la traduction de "Astérix chez Rahazade" en créole de La Réunion, le créole rényoné . Quel est votre parcours personnel, et d’où vient ce goût pour la traduction ?
François Saint Omer : Le goût pour la traduction m’est venu tôt. Je pense avoir commencé à le faire de façon naturelle dès l’enfance, période durant laquelle j’entends à la fois le français, langue de l’enseignement notamment, et le créole réunionnais, langue que parle ma maman. C’est le début naturel pour tout natif créole, pourrait-on dire, mais je décide en grandissant de m’y consacrer plus formellement en faisant de la langue l’objet de mes études supérieures.
Grâce à mes études et mes expériences terrain, j’ai peu à peu accumulé une expérience de terrain au travers de plusieurs approches de la traduction franco-créole et inversement.

Vous n’êtes malgré tout pas le seul linguiste en mesure de faire cette traduction d’Astérix en créole réunionnais, comment vous êtes vous greffé sur ce projet ?
Presque par hasard, même si le hasard ne vient pas tout seul. J’ai été contacté par une amie, webmaster d’un site consacré au CAPES en créole dans la zone Caraïbe, Francesca Palli. Elle avait une nouvelle à m’apprendre : elle m’avait spontanément proposé, après avoir été jointe par l’éditeur Caraïbéditions, pour devenir le traducteur d’une version en créole réunionnais d’Astérix ! J’ai été très enthousiaste, d’autant que se présentait là une opportunité à saisir pour moi, mais aussi pour la langue de la Réunion. Elle m’a parlé de cette jeune maison d’édition et de leur première parution aboutie d’un album d’Astérix en créole antillais. M. Charbonnier, l’éditeur, m’a joint par la suite ; plusieurs postulants étaient pressentis pour effectuer cette traduction et un comité allait se réunir pour statuer sur ces candidatures. 15 jours plus tard, il m’a recontacté : j’avais été choisii ! J’étais très content de pouvoir dès lors donner mon accord et me lancer sur ce projet.

Astérix est la BD la plus lue en France et notamment à La Réunion. Traduire une telle BD n’a pas dû être chose facile...
Oui, ça été un travail difficile, surtout par rapport à tout ce qu’Astérix véhicule au niveau inconscient du langage. Il fallait faire une traduction, mais surtout une adaptation par rapport à notre contexte local.
Pour le personnage d’Astérix, c’était aisé : il m’a tout de suite fait penser à Ti Jean, un petit garçon espiègle et débrouillard, une figure d’un de nos contes traditionnels.
Si certains noms de personnages, tels qu’Astérix ou Obélix, devaient rester identiques à la version originale, d’autres, en revanche pouvaient être "créolisés", exemple du barde Assurancetourix. J’ai donc décidé à un moment donné de discrètement récolter des avis dans mon entourage, sans parler de ce projet de traduction en cours à mes interlocuteurs.
La plus grande erreur à ne pas commettre lorsqu’on traduit une oeuvre comme celle d’Uderzo et de Goscinny, c’est de faire une traduction littérale, "mot à mot" des expressions et des jeux de mots qui se glissent dans les bulles. Une telle traduction n’a aucune saveur, et ne se raccorde en rien au vocabulaire et aux expressions locales. J’ai tenté de ne pas choisir des solutions de facilité, pour le coup.
Mais conserver l’esprit et l’humour d’Uderzo, en garder tout le sel, ça n’a pas été facile ! Pour transformer le texte et que cela reste, on doit naviguer sur le fil du rasoir !

Conserver l’esprit, s’approprier cet humour et le créoliser aura été la grande difficulté, mais avez vous pris plaisir à faire cette traduction ?

Oh oui, on prend beaucoup de plaisir ! Il y a des moments formidables, il y a l’humour, et la langue, la langue d’Uderzo. Une langue ni trop littéraire, loin de textes plus consensuels rempli d’images et de jeux de mots fabuleux. Je me suis remis en question en effectuant ce travail délicat, je dois dire que ça restera une expérience vraiment formidable pour moi en tant que traducteur en tout cas.

Avez-vous fait usage d’outils pour travailler ou faites vous plus confiance à votre instinct et votre expérience ?
Comme à présent, beaucoup d’outils ont le mérite d’exister, je travaille toujours avec plusieurs dictionnaires créoles français lorsque je fais une traduction. Lorsque je "butais" sur un mot, je les consultais et je réfléchissais beaucoup. Je souhaitais coller à la réalité de notre langue sans trahir ni l’auteur ni les lecteurs.
Je cherchais surtout à éviter à la fois des mots trop francisés, et aussi éviter d’avoir à créer des mots ; parce que je suis un créateur de mots manquants en réunionnais.
Je voulais que les lecteurs puissent comprendre tout le vocabulaire de cet Astérix et s’y retrouvent ; en tout, sur cet album, je n’ai finalement dû créer que deux mots sur l’ensemble du texte. Les autres mots sont des mots usuels et actuels, parlés par les Réunionnais dans le langage courant, celui de tous les jours, le créole de la rue, sans être du créole "SMS" bien évidemment.

Quelle graphie avez-vous utilisée ?
En lisant la BD dont la traduction en créole réunionnais a été rédigée dans la graphie 83, les puristes pourraient être surpris par quelques libertés que nous avons prises avec cette graphie. Qu’ils comprennent que c’est le souci de respecter l’identité du héros Astérix qui est à l’origine de l’usage du "x", inexistant dans la graphie.
C’est aussi la spécificité du genre qui a guidé les autres choix : dans le souci d’user de tous les artifices graphiques nécessaires à un intérêt soutenu, pour rendre par exemple le caractère affecté et précieux des propos du personnage de Sèrane ; pour ne pas trop décevoir le lecteur friand de formules latines émaillant le texte original, tout en restant cohérent avec les règles de la graphie. C’est ainsi que « contraria contrariis curantur » a été écrit « kontraria kontrariis kurantur ». Au final, l’exercice nous aura amenés à aborder, dans la pratique, une réflexion enrichissante dont nous espérons faire profiter le lecteur.

A qui est destiné cet ouvrage ?
A tout public, bien entendu ! Il peut être acheté et lu par des créolophones confirmés ou des créolophones "en herbe", notamment grâce à la présence d’un lexique créole-français en fin d’ouvrage. Cet album sera diffusé et distribué sur La Réunion, mais également dans toute la zone Océan Indien et en métropole auprès de nos compatriotes réunionnais.


La genèse du projet

A ce jour, les nombreux voyages d’Astérix n’ont jamais conduit notre héros jusqu’aux lointains rivages de La Réunion. Ceci n’a cependant pas empêché l’écho des exploits de cet irréductible gaulois et de ses fidèles compagnons de route, de traverser les mers et les océans pour arriver jusqu’à nous.
Depuis presque cinquante ans, grâce à Albert Uderzo et René Gosciny, les Réunionnais ont pu suivre les exploits de leur personnage de BD préféré. Aujourd’hui, le temps est venu... si Astérix ne vient pas aux Créoles c’est le créole qui ira à Astérix... Le succès de la première publication d’Astérix en créole des Antilles, en début d’année a convaincu l’équipe de Caraïbéditions de la nécessité de lancer Astérix en créole de La Réunion. Notre héros national s’est déjà prêté, à sept reprises, à la pratique des "langues de France" (nom de baptême des langues régionales de France donné par le Ministère de la Culture).
Après le créole des Antilles, le créole de la Réunion devient officiellement la 107ème langue et dialecte du monde parlée par Astérix et ses compagnons d’aventure. Cet ouvrage a été traduit par François Saint Omer. Roger Theodora, le correspondant de Caraïbéditions à La Réunion a également apporté sa précieuse collaboration à la publication de cet album.
Les réunionnais, de souche et de coeur, vont pouvoir prendre plaisir à découvrir, en créole, toutes ces expressions célèbres tombées dans le langage courant et parfois devenues proverbe, telles qu’ « ils sont fous ces romains », « le ciel va nous tomber sur la tête », « par Toutatis »... en espérant qu’elles deviennent elles aussi un jour une référence à La Réunion.
Les créolophones débutants vont également pouvoir découvrir cet album grâce à un lexique créole/français d’une centaine de mots.


Présentation de Caraïbétidions

Caraïbéditions est une jeune Maison d’édition qui souhaite ouvrir un nouvel espace d’expression créole et plus largement "Domien".
Après la publication, début 2008, du premier Astérix en créole des Antilles, "GRAN KANNAL LA", du premier Titeuf en créole des Antilles, "CHIMEN LAVI" et du premier Astérix en créole de La Réunion, "LA KAZ RAZADE", Caraïbéditions prévoit de publier de nouvelles BD en créole ainsi que des ouvrages en français, destinés à tout public, mêlant le texte, le dessin et la photo sous toutes ses formes : BD, livres jeunesse illustrés, romans, essais...
Pour cela, elle souhaite mettre en avant des talents issus des Départements d’Outre Mer, débutants ou confirmés et permettre à des auteurs étrangers reconnus de travailler sur des projets ayant pour thème les Antilles-Guyane, La Réunion et ses habitants.
Elle souhaite également publier des oeuvres françaises ou étrangères en créole.
Le lectorat de Caraïbéditions est tant à l’intérieur des frontières des Antilles et de La Réunion, qu’à l’extérieur de celles-ci. Cependant, à travers sa diffusion, Caraïbéditions tente, avant tout, de toucher les lecteurs antillo-guyanais et réunionnais, de souche ou de coeur, basés dans les départements d’Outre-Mer, en métropole ou dans le reste du monde

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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 08:41

Les rénionnés aiment leur volcan. Bien qu'il soit interdit de monter au sommet depuis 2007, chacun est persuadé qu'à la prochaine éruption il bravera les embouteillages, arrivera avant la pose des barrières et assistera au plus beau spectacle de sa vie. Hier, de la lave a jailli à l'intérieur du cratère Dolomieu et s'est mise à couler vers le fond. ça faisait 3 semaines que Héphaïstos faisait du ménage dans sa forge : ça devait arriver !
J'en suis réduit au copié-collé de clicanoo.com et du _Journal_de_l_ile_de_la_réunion_ car chaque jour qui passe efface les infos de la veille. A suivre !

Un solo au cœur du cratère

CLICANOO.COM | Publié le 23 septembre 2008

Le piton de la Fournaise, après avoir joué avec nos nerfs, s’est enfin décidé à entrer en scène dimanche après-midi. Une éruption inhabituelle, la première à apparaître au cœur du Dolomieu depuis qu’un formidable effondrement s’y est produit le 6 avril 2007, creusant un gouffre de près de 350 m de profondeur. Cette manifestation intimiste de notre volcan, qui mobilise les scientifiques, apporte de manière spectaculaire la preuve que le géant ne dormait que d’un œil.

Le piton de la Fournaise n’a que faire de nos impatiences. En janvier, puis tout au long du mois du mois d’août et pour finir depuis le début du mois de septembre, notre volcan a multiplié crises sismiques, gonflements et même un soupçon de trémor dans la journée du 12 septembre dernier. Les scientifiques de l’observatoire volcanologique du piton de la Fournaise savaient que tous ces signes étaient annonciateurs d’une éruption prochaine, mais le ténor volcan était le seul à savoir le moment où il se déciderait à entrer en scène. Les trois coups ont été frappés dimanche vers 15h30 (voir notre édition d’hier). Mais, le piton de la Fournaise a décidé de jouer cette fois à huis clos au cœur du Dolomieu. Rien à voir cette fois avec les manifestations dantesques de l’éruption d’avril 2007. Ce n’est pas parce qu’il donne son spectacle à guichet fermé que notre volcan joue petit jeu. Partons à sa rencontre. Pas de Bellecombe, 3 h du matin. Il fait frisquet mais beau. Un ciel piqueté d’étoiles et un morceau de Lune éclairent le massif du piton de la Fournaise. Le panache de fumée au-dessus du cratère principal a une couleur jaune orangée. Nous aurons rapidement d’autres preuves de l’activité au cœur du Dolomieu. Après la descente des marches du pas de Bellecombe et alors que nous avons entamé la traversée de l’enclos, flotte dans l’air une odeur soufrée. Le souffle court, nous attaquons la rude ascension du Bory prélude à l’ouverture du rideau. En nous approchant du Dolomieu, le doute n’est plus permis. Il se passe quelque chose. La gorge est prise par les vapeurs toxiques. L’approche doit être prudente. Tout le bord du Dolomieu est zébré de fissures. À la lueur des frontales, aucun faux pas n’est permis. Au bord du cratère, des pans entiers menacent à tout instant de partir dans le vide. C’est ici que se déroule un spectacle insolite. À moins de la survoler, il est le plus souvent impossible du sol d’avoir une vision d’ensemble d’une éruption. Là nichée au creux des près de 350 m de profondeur du Dolomieu nous embrassons d’un seul coup d’œil, la bouche éruptive d’où jaillissent des fontaines de lave, le serpent jaune de la coulée qui vient se perdre dans un lac de lave noir parcouru en surface par un quadrillage rouge. Il fait un froid de gueux accentué par un vent qui glace les os mais rien ne peut nous arracher à la prestation du piton de la Fournaise. En venant se perdre dans le lac figé, la lave dessine des feuilles de fougères arborescentes. Avec le lever du jour, l’éruption s’inscrit dans son décor. Les remparts qui l’entourent s’élancent vers le ciel. Au fur et à mesure que les rayons du soleil descendent sur eux, ils prennent une teinte blonde. La lave elle passe du jaune au rouge sang avec l’aube naissante. Le fleuve sage de la nuit se dissipe multipliant les bras et débordements. Au cœur du Dolomieu, la partition du piton de la Fournaise se renouvelle inlassablement. Non, notre volcan ne s’est pas endormi définitivement après sa prestation hors norme d’avril 2007. Il arrive encore à nous surprendre et ce n’est pas fini

Reportage textes et photos : François Martel-Asselin Alain Dupuis


 Augmentation de l’activité hier après-midi Après une diminution de l’importance des coulées de lave, l’observatoire volcanologique a enregistré hier après-midi “une augmentation progressive de l’activité”, comme une “petite bouffée” de trémor (le signal caractéristique de la vigueur de l’éruption). Ces fluctuations ne sont pas inhabituelles au cours d’une éruption. Avant cette reprise, l’intensité du trémor éruptif avait été divisée par huit depuis le début de l’éruption, dimanche après-midi. “La situation semble assez stabilisée”, indique l’observatoire volcanologique. Aucun séisme n’a été enregistré.

 

 

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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 21:38


Impossible de vous faire ce soir comme promis un topo sérieux sur le tamarinier (cf pendant que le parfum des verts tamariniers, / Qui circule dans l'air et m'enfle la narine, / Se mêle dans mon âme au chant des mariniers. « Parfum exotique » Baudelaire) car il pleuvait, les tamarins des hauts poussent à 1500 mètres et il manque les pages consacrées à cet arbre prestigieux au livre que j'avais emprunté pour les besoins de la cause. Partie remise. J'ai quand même pris à Saint-Pierre une photo du fruit, grosse cacahuète ou haricot à la pulpe sucrée dont on fait de la pâte de fruits (j'en ai acheté, c'est très bon) et du sirop. Mais, pour rester poli, je formulerai les choses en disant qu'un abus de sirop de tamarin est bon pour lutter contre la constipation. Je parle bien sûr des fruits du tamarin péi, celui que les réunionnais voient partout et qui vient de donner son nom à la nouvelle route à 4 voies de Saint-Paul à Saint-Louis, non du tamarin des hauts qui intéresse les menuisiers et ébéniste.


Vous avez aussi une photo de patate douce prise dans la foulée, car la purée de patate douce, c'est vraiment un délice.

des chouchous


Une autre du régime de bananes de mon jardin, c'est pour bientôt.


J'ajoute une photo d'offrandes posées sur la route près de l'étang salé (rom charrette, noix de coco, bibasse, pommes, bananes) et je ne vous dirai que dans les prochains jours à quel culte elles correspondent pour éviter de dire des bêtises (hindouisme?). Je me souviens avoir lu qu'il ne faut surtout pas toucher au plateau-repas des dieux, mieux vaut avoir de bons freins c'était mon cas, sinon ça porte malheur,


Enfin, vous aurez droit aux nids du Tisserin gendarme ou Bellier (j'ai mis du temps à trouver, c'est page 181 du bouquin « Oiseaux de la Réunion » de nicolas Baré, Armand Barau et Christian Jouanin aux éditions du Pacifique, dont je recopie les explications). Pas toujours facile de trouver un stationnement, là j'ai dû marcher un petit kilomètre (avec ma démarche d'automate), mais on est récompensé.

Ploceus cucullatus spilonotus, Tisserin gendarme, Bellier

17 cm. Mâles : dessus de la tête, côtés du cou et tout le dessous jaune vif. Dessus jaune verdâtre écaillé de plumes noires. Joues et gorge noire. Ailes noires, rémiges et couvertures bordées de jaune. Queue verdâtre, bec noir, fort et conique. Femelles et mâles en période prénuptiale : tête, dessus et queue jeune verdâtre striée de brun sur le dos. Gorge, sourcils et ventre jaunes (c'est le cas sur la photo).


Le tisserin est grégaire et nettement anthropophile. De petites bandes erratiques visitent les poulaillers ou viennent à la porte des maisons ou dans l'écuelle du chien glaner quelques restes. Granivore il attaque le maïs sur pied. Il ne dédaigne pas les fruits et nourrit ses jeunes d'insectes. Trilles grinçants, bruyants, notamment dans es colonies de nidification. Appel bref et flûté.


Nidification de juin à février au moins. Les oiseaux sont en activité quasi permanente sur les sites de nidification, construisant des nids pratiquement toute l'année. On trouve des mâles en plumage nuptial quelle que soit la saison. Les nids sont caractéristiques, accrochés à l'extrémité d'une branche haute ou d'une feuille de cocotier. Ils sont faits d'une chambre et d'un couloir d'entrée cylindrique à ouverture intérieure. Diverses fibres végétales (graminées, hampes de feuilles, fragments de feuilles de palme ou de canne) sont prélevées vertes par l'oiseau. Le mâle seul construit le nid entremêlant ces matériaux souples jusqu'à former une boule solide et régulière, verte d'abord puis qui jaunit en séchant. La femelle garnit l'intérieur d'herbes fines et de plumes. Les nids sont établis en petites colonies de 20 à 60 sur de grands arbres et sont d'autant plus visibles que les oiseaux dégarnissent complètement les branches porteuses. 2 ou 3 oeufs blancs ou bleuâtre plus ou moins tachés de brun pâle.

Le Bellier est implanté dans toute l'île à proximité des activités humaines. C'est un familier des villages et des cultures essentiellement sur le littoral et dans la zone des savanes et des plantations de canne. Ses effectifs totaux à la Réunion ont été estimés à 8000 individus.

Oiseau originaire d'Afrique du sud, il a été introduit à La Réunion vers 1880. Il provoque dans son habitat d'origine d'importants dégâts dans les cultures de riz, de mil et de maïs.

Pour les courageux qui sont arrivés jusqu'ici : le lever de lune d'avant-hier


 

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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 18:50

Je suis rentré du lycée dans un brouillard à couper au couteau qui m'a rappelé que c'est encore l'hiver (le printemps n'est que dans 3 jours).

Une bonne biographie de Baudelaire nous apprend qu'il est né à Paris le 9 avril 1821, qu'après le décès de son père, chef de bureau au Sénat, en février 1827, sa mère, Caroline Archenbaut-Dufays, se remarie l’année suivante avec le commandant Aupick. Charles en est très affecté. Une mutuelle incompréhension commence. Le voilà dans un collège de Lyon, puis à Paris à Louis-le-Grand, et il décroche son bac en août 1839. Baudelaire mène ensuite une vie de dandy au Quartier latin. Son beau-père, maintenant général à l’État-Major, se scandalise en apprenant la liaison qu’entretient le jeune homme avec une prostituée juive, Sarah dite " la Louchette ". Après la réunion d’un conseil de famille, il décide de l’embarquer sur un navire en partance pour les Indes et Calcutta. Quittant les quais de Bordeaux, le 9 juin 1841, le Paquebot-des-Mers-du-Sud arrive à l'île Bourbon en septembre et « le fils adoptif du commandant Aupick », comme dirait Pérec, décide d’arrêter là son voyage. Il sera de retour à Paris au mois de février 1842. La légende dit qu'il ne serait même pas descendu du bateau. C'est n'importe quoi. Déjà, pour rentrer en France sur l'Alcide, il a bien fallu qu'il quitte Le paquebot des mers du sud. Surtout, pour écrire le poème ci-dessous, il faut bien qu'il ait connu les douceurs bourbonnaises. Initié d'abord par trois semaines à l'île Maurice (l'île de Paul et Virginie et du saint-géran), c'est donc à La Réunion, à 20 ans, qu'il a continué de goûter les charmes sucrés de quelques accortes beautés créoles et il a bien eu raison. Jeanne Duval n'a donc pas été la première.

Les mauvaises langues prétendent que Charles, sous l'empire du zamal, se serait montré tout nu rue Royale (l'actuelle rue de Paris) à Saint-Denis. Soyons clairs : c'est impossible. Comment Charles aurait-il pu faire une chose pareille ?! ;-))

Une de mes élèves de 1ère a pour login, dans son adresse mail, « la_malbaraise ». En plus d'être gracieuse, elle porte fièrement un point rouge au milieu du front.

Plutôt que « L'Albatros » que vous connaissez tous, je vous recopie donc « A une malbaraise » qui n'a pas pris une ride si je puis dire. Merci à Philippe de m'avoir rappelé l'existence de ce très beau poème. Comme il y est question de tamarins, c'est du tamarin que je vous parlerai demain. Si du moins j'arrive à me rendre au marché de Saint-Pierre demain matin pour prendre des photos, ce qui n'est pas une mince affaire avec la fête de la Salette actuellement.

A une Malbaraise.

Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche

Est large à faire envie à la plus belle blanche ;

A l'artiste pensif ton corps est doux et cher ;

Tes grands yeux de velours sont plus noirs que ta chair.

 

Aux pays chauds et bleus où ton Dieu t'a fait naître,

Ta tâche est d'allumer la pipe de ton maître,

De pourvoir les flacons d'eaux fraîches et d'odeurs,

De chasser loin du lit les moustiques rôdeurs,

 

Et, dès que le matin fait chanter les platanes,

D'acheter au bazar ananas et bana

Tout le jour, où tu veux, tu mènes tes pieds nus

Et fredonnes tout bas de vieux airs inconnus ;

 

Et quand descend le soir au manteau d'écarlate,

Tu poses doucement ton corps sur une natte,

Où tes rêves flottants sont pleins de colibris,

Et toujours, comme toi, gracieux et fleuris.

 

Pourquoi, l'heureuse enfant, veux-tu voir notre France,

Ce pays trop peuplé que fauche la souffrance,

Et, confiant ta vie aux bras forts des marins,

Faire de grands adieux à tes chers tamarins ?

 

Toi, vêtue à moitié de mousselines frêles,

Frissonnante là-bas sous la neige et les grêles,

Comme tu pleurerais tes loisirs doux et francs,

Si le corset brutal emprisonnant tes flancs,

 

Il te fallait glaner ton souper dans nos fanges

Et vendre le parfum de tes charmes étranges,

L'œil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards, 

Des cocotiers absents les fantômes épars  

Charles Baudelaire.


 

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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 13:31

J’ai une tendresse particulière pour le filao. On lit trop souvent « S’il s'était cantonné sur la côte sableuse, le filao aurait pu être seulement bénéfique mais malheureusement, sa croissance rapide et son grand pouvoir de dissémination en font un danger pour la régénération de la forêt indigène », « le filao est une peste végétale : il appartient à une flore étrangère à notre île, il possède un grand pouvoir de dissémination par ses graines et il bénéficie d’une croissance rapide ». Moi qui roule chaque jour à l’abri de cet arbre magnifique, d’une hauteur de 10 à 20 mètres, venu d’Océanie en 1768, je sens mon cœur se serrer quand je lis des choses pareilles. Le filao est un arbre pionnier, capable de coloniser des sols très pauvres en éléments minéraux comme le sol volcanique de La Réunion. Ses feuilles ressemblent à des aiguilles, groupées par vercilles de 9 feuilles sur le rameau, ce qui les fait ressembler à des aiguilles de pin. D’ailleurs les créoles l’appellent cèdre.


Les chatons femelles sont des boules brunes avec des aspérités piquantes Le tronc est droit, l'écorce grise et gerçurée. Ses racines peuvent former des nodules fixateurs d'azote et ainsi assimiler l’azote de l’air quand cet élément indispensable manque dans le sol. Son bois, très dur, presque imputrescible et inattaquable, a été longtemps utilisé pour le chauffage des machines ou des fours (usines sucrières, fours à chaux, locomotives).


Aujourd’hui, on ne l’utilise plus guère que dans la menuiserie artisanale et la construction de cases. Sur le littoral de Saint-Paul à Saint-Louis, il a servi à fixer les dunes par ses racines superficielles enchevêtrées. Sur les coulées de lave récente, alors que les espèces indigènes ne mesurent encore qu’un mètre de haut, les filaos s’installent et grandissent rapidement. Auteur d’eux, le tapis de rameaux desséchés forme une litière qui rend impossible la germination des graines de « bois de couleur ». Il résiste aux embruns salés et à une évaporation intense. De telles qualités d’adaptation, ça fait forcément des jaloux. J'ai pris ces quelques photos entre La Fontaine et Trois bassins, mais j’étais accablé par un tel ostracisme. Et puis j’ai trouvé un allié pour m’aider à plaider la cause du filao : le réunionnais Léon Dierx (1838-1912). Je vous recopie son poème (pris dans _Lèvres closes_ 1867) car il a senti lui aussi l’injuste conjuration qui s'est créée autour du pauvre filao :

Les filaos

 

À Théodore De Banville.

 

Là-bas, au flanc d'un mont couronné par la brume,

Entre deux noirs ravins roulant leurs frais échos,

Sous l'ondulation de l'air chaud qui s'allume

Monte un bois toujours vert de sombres filaos.

Pareil au bruit lointain de la mer sur les sables,

Là-bas, dressant d'un jet ses troncs roides et roux,

Cette étrange forêt aux douleurs ineffables

Pousse un gémissement lugubre, immense et doux.

Là-bas, bien loin d'ici, dans l'épaisseur de l'ombre,

Et tous pris d'un frisson extatique, à jamais,

Ces filaos songeurs croisent leurs nefs sans nombre,

Et dardent vers le ciel leurs flexibles sommets.

Le vent frémit sans cesse à travers leurs branchages,

Et prolonge en glissant sur leurs cheveux froissés,

Pareil au bruit lointain de la mer sur les plages,

Un chant grave et houleux dans les taillis bercés.

Des profondeurs du bois, des rampes sur la plaine,

Du matin jusqu'au soir, sans relâche, on entend

Sous la ramure frêle une sonore haleine,

Qui naît, accourt, s'emplit, se déroule et s'étend

Sourde ou retentissante, et d'arcade en arcade

Va se perdre aux confins noyés de brouillards froids,

Comme le bruit lointain de la mer dans la rade

S'allonge sous les nuits pleines de longs effrois.

Et derrière les fûts pointant leurs grêles branches

Au rebord de la gorge où pendent les mouffias,

Par place, on aperçoit, semés de taches blanches,

Sous les nappes de feu qui pétillent en bas,

Les champs jaunes et verts descendus aux rivages,

Puis l'océan qui brille et monte vers le ciel.

Nulle rumeur humaine à ces hauteurs sauvages

N'arrive. Et ce soupir, ce murmure immortel,

Pareil au bruit lointain de la mer sur les côtes,

Épand seul le respect et l'horreur à la fois

Dans l'air religieux des solitudes hautes.

C'est ton âme qui souffre, ô forêt ! C'est ta voix

Qui gémit sans repos dans ces mornes savanes.

Et dans l'effarement de ton propre secret,

Exhalant ton arôme aux éthers diaphanes,

Sur l'homme, ou sur l'enfant vierge encor de regret,

Sur tous ses vils soucis, sur ses gaîtés naïves,

Tu fais chanter ton rêve, ô bois ! Et sur son front,

Pareil au bruit lointain de la mer sur les rives,

Plane ton froissement solennel et profond.

Bien des jours sont passés et perdus dans l'abîme

Où tombent tour à tour désir, joie, et sanglot ;

Bien des foyers éteints qu'aucun vent ne ranime,

Gisent ensevelis dans nos cœurs, sous le flot

Sans pitié ni reflux de la cendre fatale ;

Depuis qu'au vol joyeux de mes espoirs j'errais,

Ô bois éolien ! Sous ta voûte natale,

Seul, écoutant venir de tes obscurs retraits,

Pareille au bruit lointain de la mer sur les grèves,

Ta respiration onduleuse et sans fin.

Dans le sévère ennui de nos vanités brèves,

Fatidiques chanteurs au douloureux destin,

Vous épanchiez sur moi votre austère pensée ;

Et tu versais en moi, fils craintif et pieux,

Ta grande âme, ô nature ! éternelle offensée !

Là-bas, bien loin d'ici, dans l'azur, près des cieux,

Vous bruissez toujours au revers des ravines ;

Et par delà les flots, du fond des jours brûlants,

Vous m'emplissez encor de vos plaintes divines,

Filaos chevelus, bercés de souffles lents !

Et plus haut que les cris des villes périssables,

J'entends votre soupir immense et continu,

Pareil au bruit lointain de la mer sur les sables,

Qui passe sur ma tête et meurt dans l'inconnu !


 

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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 14:25
J'habite un village des Hauts qui s'appelle La Fontaine si bien que vous aurez droit aujourd'hui à une version créole d'une des fables les plus célèbres (fable à l'origine de ma confusion entre tang et papang avant-hier)
 
l' papang é l'chatmaon 
 
n papang su n pié d boi monté 
tien dan son mawgoulett n tang boucané 
l'chatmaon flatte a lu é lu di : 
"chante a moi piti séga" 
l'papang répon a lu : 
"ou pren a moi pou n couillon d zoreill" 
 
traduction approximative :
 
la buse et le renard 
 
une buse perchée sur un arbre 
tenait dans son bec un hérisson fumé/séché 
le renard le flatte et lui dit : 
chante moi une petite chanson 
la buse lui répond : 
"tu me prends pour un couillon de métro blanc?" 
 
ww.mi-aime-a-ou.com

Difficile de descendre sur la côte jusqu'à dimanche : c'est la fête de la Salette. En 1859, un bateau, le Mascareignes, introduisit le cholera et l'épidémie fit plus de 2000 morts. La construction d'une chapelle à Saint-Leu eut lieu au moment où l'épidémie épargna les habitants de cette bourgade. Des guérisons miraculeuses suivirent. Depuis, chaque 19 septembre, c'est un immense pélerinage populaire et j'ai vu avant-hier la fête foraine s'installer. 
 
Hier matin, un spécialiste du chik (envoyé par la préfecture?) est passé dans chaque maison pour inspecter (pas d'eau sous les pots de fleurs) et les premiers moustiques sont arrivés en effet, j'ai été piqué 3 ou 4 fois hier soir. guillemette m'a dit de sortir les serpentins. Il n'y a plus de chik dit-on, mieux vaut dire que les précautions continuent de s'imposer. Environ 7000 réunionnais ont été infectés par le chikungunya, un bébé en est mort, et aujourd'hui plusieurs centaines ont des séquelles (chiffres controversés). Par exemple, j'ai une collègue qui doit, depuis 3 ans 1/2, aller dormir 2h toutes les 4h. Le lundi, à 14h, je vais la réveiller en salle des profs. Avant-hier, elle n'a pas eu la force d'aller faire cours. L'administration n'est pas parvenue à lui donner son emploi du temps en 5 demi-journées.
 
Pour aller au lycée, je franchis la ravine Saint-Gilles. Rien de tel, pour savoir à quoi elle ressemble, que de lire le poème que Leconte de Lisle (1818-1894) lui a consacrée (et que j'ai lu dans l'avion à l'aller car j'avais mis _Les poèmes barbares_ (1862) dans mon bagage cabine ; je suis allé photographier sa tombe à Saint-Paul 3 jours plus tard). On sait peu qu'il a vécu à Nantes de 1822 à 1832, entre Rennes et Dinan entre 1837 et 1843.
Demain, je vous parlerai des filaos qui accompagnent mes trajets quotidiens. 

La ravine Saint-Gilles

La gorge est pleine d'ombre où, sous les bambous grêles,
Le soleil au zénith n'a jamais resplendi, 
Où les filtrations des sources naturelles 
S'unissent au silence enflammé de midi.
 
De la lave durcie aux fissures moussues,
Au travers des lichens l'eau tombe en ruisselant, 
S'y perd, et, se creusant de soudaines issues, 
Germe et circule au fond parmi le gravier blanc.
 
Un bassin aux reflets d'un bleu noir y repose,
Morne et glacé, tandis que, le long des blocs lourds, 
La liane en treillis suspend sa cloche rose, 
Entre d'épais gazons aux touffes de velours.
 
Sur les rebords saillants où le cactus éclate,
Errant des vétivers aux aloès fleuris,
Le cardinal, vêtu de sa plume écarlate, 
En leurs nids cotonneux trouble les colibris.
 
Les martins au bec jaune et les vertes perruches, 
Du haut des pics aigus, regardent l'eau dormir, 
Et, dans un rayon vif, autour des noires ruches,
On entend un vol d'or tournoyer et frémir.
 
Soufflant leur vapeur chaude au-dessus des arbustes, 
Suspendus au sentier d'herbe rude entravé, 
Des boeufs de Tamatave, indolents et robustes, 
Hument l'air du ravin que l'eau vive a lavé ;
 
Et les grands papillons aux ailes magnifiques, 
La rose sauterelle, en ses bonds familiers, 
Sur leur bosse calleuse et leurs reins pacifiques 
Sans peur du fouet velu se posent par milliers.
 
À la pente du roc que la flamme pénètre,
Le lézard souple et long s'enivre de sommeil, 
Et, par instants, saisi d'un frisson de bien-être,
Il agite son dos d'émeraude au soleil.
 
Sous les réduits de mousse où les cailles replètes
De la chaude savane évitent les ardeurs,
Glissant sur le velours de leurs pattes discrètes
L'oeil mi-clos de désir, rampent les chats rôdeurs.
 
Et quelque Noir, assis sur un quartier de lave,
Gardien des boeufs épars paissant l'herbage amer,
Un haillon rouge aux reins, fredonne un air saklave,
Et songe à la grande Île en regardant la mer.
 
Ainsi, sur les deux bords de la gorge profonde, 
Rayonne, chante et rêve, en un même moment, 
Toute forme vivante et qui fourmille au monde 
Mais formes, sons, couleurs, s'arrêtent brusquement.
 
Plus bas, tout est muet et noir au sein du gouffre, 
Depuis que la montagne, en émergeant des flots, 
Rugissante, et par jets de granit et de soufre, 
Se figea dans le ciel et connut le repos.
 
À peine une échappée, étincelante et bleue,
Laisse-t-elle entrevoir, en un pan du ciel pur, 
Vers Rodrigue ou Ceylan le vol des paille-en-queue,
Comme un flocon de neige égaré dans l'azur.
 
Hors ce point lumineux qui sur l'onde palpite,
La ravine s'endort dans l'immobile nuit ;
Et quand un roc miné d'en haut s'y précipite, 
Il n'éveille pas même un écho de son bruit.
 
Pour qui sait pénétrer, Nature, dans tes voies,
L'illusion t'enserre et ta surface ment :
Au fond de tes fureurs, comme au fond de tes joies,
Ta force est sans ivresse et sans emportement.
 
Tel, parmi les sanglots, les rires et les haines, 
Heureux qui porte en soi, d'indifférence empli, 
Un impassible coeur sourd aux rumeurs humaines, 
Un gouffre inviolé de silence et d'oubli !
 
La vie a beau frémir autour de ce coeur morne, 
Muet comme un ascète absorbé par son Dieu ; 
Tout roule sans écho dans son ombre sans borne,
Et rien n'y luit du ciel, hormis un trait de feu.
 
Mais ce peu de lumière à ce néant fidèle,
C'est le reflet perdu des espaces meilleurs !
C'est ton rapide éclair, Espérance éternelle, 
Qui l'éveille en sa tombe et le convie ailleurs !
 
 

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16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 15:11

En écrivant ici vendredi dernier que dans deux mois paraitra un album d'Astérix en créole des Antilles et que la version en créole réunionnais semble inévitable, je ne me trompais pas ou presque pas. Le même jour, dans le Quotidien de la Réunion, une page entière était consacrée à la parution prochaine de deux albums de Tintin en créole réunionnais.

http://www.objectiftintin.com/whatsnew_tintin_4653.lasso

Les deux premiers volumes qui sortiront dans deux mois sont "Tintin péi Tibet" et "Le kofré bizou la Kastafiore". Et ensuite sortiront deux titres par an.

Le titre de cette page du Quotidien, c'est Tintin, Milou et le Kapitène Sounouk. Le snook ou sounouk, c'est du poisson séché importé des pays scandinaves (hareng, haddock) et l'on sait que c'est ce poisson qui a sauvé de la famine des millions d'habitants de ces pays aux XVIIIè et XIXè siècles. Mon grand-père en vendait enfant dans le port d'Esbjerg pour cette raison. Les réunionnais font un excellent snook rougail. [le rougail, c'est une sauce pimentée, soit avec du curcuma pilé au mortier, soit cuit à la marmite. Ingrédients : petits piments verts, gros sel, combava, oignon, tomate].

Certains souriront peut-être devant une traduction de Tintin en créole en se souvenant de _Tintin_au_Congo_, le 2è album d'Hergé paru en 1931. Plus raciste et colonialiste, tu meurs. Cet album ne sera jamais traduit. Mais l'intéressant n'est pas là. Il y a un mois, je me disais « il faut que tu apprennes vite le créole pour faire honneur aux réunionnais qui vivent ici depuis 3 siècles en leur parlant dans leur langue ». Une amie, Evelyne, m'a expliqué que je devais en effet découvrir la langue et la culture créoles mais non pas m'adresser aux élèves dans cette langue : ils pourraient croire que je cherche à les moucater ou que je m'infiltre dans leur monde de façon indiscrète.

C'est pourquoi j'ai l'impression que le nom d'Hergé sert ici de signe de reconnaissance du créole comme langue noble. J'ai compris, grâce à mes amis d'ici et mes collègues, que l'un des pilotes de la traduction, Axel Gauvin, est un grand grand écrivain réunionnais actuel et que l'opération est bien d'abord culturelle et non pas une manoeuvre commerciale. « La principale difficulté a été de faire passer l'imagerie et les métaphores du créole en restant toujours dans le même niveau de langue ». Autre difficulté, le traitement des jeux de mots « notamment lorsque la castafiore écorche sans arrêt le nom du capitaine Haddock ».

Comment traduire la prose délicate du capitaine Haddock euh du kapitène Sounouk ?

Foutor mizér d'in sor ! Mil million d'papang (rapace sorte de hérisson j'ai confondu avec tangue, merci Euphrasie) rapiang !

Zoboulmouk ! Vanpir ! Guèl de rak ! Grotète ! Sitarane ! Zerbabouk ! Kordon morèsse ! Chikoungounia ! Grandiab ! Rakér d'bivete ! Tète Margoz Kordon morèsse ! Kataplasse !


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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 20:53

le site académique de la Réunion accorde une petite place au poète qui a donné son nom à mon lycée (sous l'égide duquel je me suis placé si vous préférez) :

http://pedagogie2.ac-reunion.fr/lyvergerp/Culture/Evariste_de_Parny.htm

1750 élèves, 140 profs, 3 BTS

un carillon délicieux sonne les heures

taux de réussite au bac :

L = 94%

ES = 87%

S = 95 %

Sc ing = 90%

SVT = 96 %

52% avec mention

La sélection qui précède l'année de terminale est sans doute plus exigeante à la Réunion qu'en métropole

Mais quand même, quand je lis Evariste, je me dis qu'il est pour quelque chose dans ces résultats (j'ai recopié un de ses poèmes à la fin de ce post)

Evariste PARNY

né le 6 février 1753 à Saint-Paul (île Bourbon).

Vers dix ans, il est envoyé en France, au collège de Rennes; plus tard il hésite entre se faire moine ou la carrière militaire. Il fréquente la Cour, Versailles, où il rencontre Antoine BERTIN (1752-1790), lui aussi originaire de Bourbon, ainsi que Nicolas-Germain LEONARD (né à la Guadeloupe, 1744-1793). Ils forment un groupe de poètes soldats qui se réunissent chez PARNY, l'hiver à Paris, l'été dans la vallée de Feuillancourt. Ils appellent leur société «la Caserne» où la vie intellectuelle se mêle aux autres plaisirs de la vie en société de jeunes officiers.

Un retour à Bourbon à l'âge de vingt ans, une liaison amoureuse (?) avec Esther Lelivre qu'il nomme Eléonore dans sa poésie. En 1778, parution des Poésies Erotiques, rééditées et complétées en 1784 par les Elégies (inspirées par le mariage d'Eléonore).

Le père de PARNY s'oppose à son mariage avec Esther-Eléonore.

Le Lendemain

« Enfin, ma chère Eléonore,

Tu l'as connu ce péché si charmant.

Que tu craignais même en le désirant :

En le goûtant, tu le craignais encore.

Eh bien, dis-moi, qu'a-t-il de si effrayant?

Que laisse-t-il après lui dans ton âme?

Un léger trouble, un tendre souvenir,

L'étonnement de sa nouvelle flamme,

Un doux regret, et surtout un désir »>

(Premier texte des Poésies Erotiques)

 Il retourne à Paris dont il regrette la vie intellectuelle et brillante, comparée à la monotonie de la vie à Bourbon, «[la nature] est toujours la même : un vert triste et sombre vous donne toujours la même sensation. Ces orangers, couverts en même temps de fruits et de fleurs, n'ont pour moi rien d'intéressant, parce que jamais leurs branches dépouillées ne furent blanchies par le frimas» Dans la même lettre à BERTIN (janvier 1775), il exprime aussi sa révolte contre l'esclavage : «Je ne saurais me plaire dans un pays où mes regards ne peuvent tomber que sur le spectacle de la servitude, où le bruit des fouets et des chaînes étourdit mon oreille et retentit dans mon coeur. Je ne vois que des tyrans et des esclaves, je ne vois pas mon semblable. On troque tous les jours un homme contre un cheval : il est impossible que je m'accoutume à une bizarrerie si révoltante.»>

En 1783, nouveau voyage à Bourbon, l'île de France et en Inde. Il aurait composé les Chansons Madécasses pendant son séjour à Pondichéry.

Publication des Chansons Madécasses en 1787.

PARNY est ruiné par la Révolution, il travaille dans divers ministères, fait paraître des oeuvres, La Guerre des Dieux, Le Portefeuille Volé, Les Déguisements de Vénus.> Marié en 1802, Académie Française en 1803.

Donné par l'Anthologie Poétique française, XVIII° siècle, Garnier-Flammarion, peu d'ouvrages le citent comme membre de l'Acad. Fr., parfois on le donne simplement comme membre de l'Institut de France, fondé en 1795, regroupant les académies Française, des inscriptions et Belles-lettres (fondée en 1664) des sciences (1666), des beaux-arts (1816) et des sciences morales et politiques (1832)

Pensionné par Napoléon en 1813 (pension supprimée par la Restauration), il meurt le 5 décembre 1814 en ayant connu une notoriété certaine.

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Grâce à ma documentaliste préférée, Agnès, je sais enfin où est enterré Evariste Parny : c'est au père Lachaise. Vous devrez attendre janvier pour avoir la photo de sa tombe.

http://www.appl-lachaise.net/appl/article.php3?id_article=101&var_recherche=parny

Pour vous donner une idée de ce qu'est une chanson madécasse, je vous recopie la chanson n°2 (bien connue)

Belle Nélahé, conduis cet étranger dans la case voisine. Etends une natte sur la terre, et qu'un lit de feuilles s'élève sur cette natte; laisse tomber ensuite la pagne qui entoure tes jeunes attraits. Si tu vois dans ses yeux un amoureux désir; si sa main cherche la tienne, et t'attire doucement vers lui; s'il te dit : Viens, belle Nélahé, passons la nuit ensemble; alors assieds-toi sur ses genoux. Que sa nuit soit heureuse, que la tienne soit charmante; et ne reviens qu'au moment où le jour renaissant te permettra de lire dans ses yeux tout le plaisir qu'il aura goûté.

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Je recopie sa lettre à Bertin envoyée de l'île Bourbon en janvier 1775, où l'on voit ses positions anti-esclavagistes :

"L’enfance de cette colonie a été semblable à l’âge d’or : d’excellentes tortues couvraient la surface de l’île ; le gibier venait de lui-même s’offrir au fusil ; la bonne foi tenait lieu de code. Le commerce des Européens a tout gâté : le Créole s’est dénaturé insensiblement ; il a substitué à ses mœurs simples et vertueuses, des mœurs polies et corrompues ; l’intérêt a désuni les familles ; la chicane est devenu nécessaire ; le chabouc a déchiré le nègre infortuné ; l’avidité a produit la fourberie ; et nous en sommes maintenant au siècle d’airain.

Je te sais bon gré, mon ami, de ne pas oublier les nègres dans les instructions que tu me demandes; ils sont hommes, ils sont malheureux; c'est avoir bien des droits sur une âme sensible. Non, je ne saurais me plaire dans un pays où mes regards ne peuvent tomber que sur le spectacle de la servitude, où le bruit des fouets et des chaînes étourdit mon oreille et retentit dans mon coeur. Je ne vois que des tyrans et des esclaves et je ne vois pas mon semblable. On troque tous les jours un homme contre un cheval : il est impossible que je m'accoutume à une bizarrerie si révoltante. Il faut avouer que les nègres sont moins maltraités ici que dans nos autres colonies; ils sont vêtus; leur nourriture est saine et assez abondante: mais ils ont la pioche à la main depuis quatre heures du matin jusqu'au coucher du soleil; mais leur maître en revenant d'examiner leur ouvrage répète tous les soirs: "Ces gueux-là ne travaillent point". Mais ils sont esclaves mon ami; cette idée doit bien empoisonner le maïs qu'ils dévorent et qu'ils détrempent de leur sueur. Leur patrie est à deux cents lieues d'ici ; ils s'imaginent cependant entendre le chant des coqs et reconnaître la fumée des pipes de leurs camarades. Ils s'échappent quelquefois au nombre de douze ou quinze, enlèvent une pirogue et s'abandonnent sur les flots. Ils y laissent presque toujours la vie; et c'est peu de chose lorsqu'on a perdu la liberté. Quelques-uns cependant ont eu le bonheur de gagner Madagascar ; mais leurs compatriotes les ont tous massacrés, disant qu’ils revenaient d’avec les blancs, et qu’ils avaient trop d’esprit. Malheureux ! ce sont plutôt ces mêmes blancs qu’il faut repousser de vos paisibles rivages. Mais il n’est plus temps ; vous avez déjà pris nos vices avec nos piastres. Ces misérables vendent leurs enfants pour un fusil ou quelques bouteilles d’eau de vie."

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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 17:38
une nouvelle d'une écrivaine réunionnaise qui mérite d'être mieux connue. elle est l'auteure de _Carnets de Tanzanie_, d'un recueil  de poèmes intitulé _Inventerres_, et de nouvelles publiées dans les revues Harfang et Brèves. elle s'appelle Guillemette de Grissac.

Le collectionneur


J’ai descendu trop vite les derniers virages. A faire crisser les pneus. Je gare ma voiture à l’entrée du pont, là où la vue sur l’océan est dégagée, parfaite.

Il est temps.

Le soleil, comme une grosse orange, va s’écraser dans le métal gris de la mer. Il descend vite, moitié d’orange sanguine, puis fine pelure de feu au contact avec l’horizon. Et, au final, l’éclat vert.

Me voici, les pieds collés au bitume, le gouffre en dessous et la tête dans les astres. Sidérée comme toujours, éblouie par le vert ultime.

Une voix me fait sursauter.

- Vous l’avez vu ?

Il y a quelqu’un derrière moi, un drôle de bonhomme, avec un bonnet de laine, un visage fatigué et des lunettes sombres, un carnet d’écolier à la main.

- Vous l’avez vu ?

De surprise, je reste sans voix. L’inconnu, lui, semble bavard :

- C’est la première fois que je rencontre ici un autre amateur de rayon vert. Je suis collectionneur, voyez-vous, voici mon mille neuf cent vingt-troisième rayon, quatre cent cinquantième pour l’Océan indien, n° 3 sur l’échelle de l’éclat, assez modeste, somme toute, catégorie émeraude medium. Un de plus, fêtons cela ensemble, voulez-vous ?

Il n’attend pas la réponse et continue :

- J’ai la plus belle collection du monde et la seule qui ne se puisse montrer : mille neuf cent vingt-trois exemplaires de rayons verts ont impressionné ma rétine et mon âme d’esthète … mais je vous ennuie avec mes chiffres.

Je dis bêtement : vous faites des photos ?

- Des photos ? Pourquoi ? Vous connaissez quelqu’un qui serait intéressé par une collection de clichés de ce genre ? Non, j’ai un carnet, un crayon, une mémoire visuelle hors norme et le classement que j’ai inventé.

D’abord l’échelle de l’éclat : intensité de 1 à 12. 12, c’est le maximum, je n’en ai que vingt-et-un en tout, des 12. Je note la dimension en « centifuges », c’est moi qui ai inventé cette mesure. Ensuite, bien sûr, la nuance. Par catégorie : jade, olivine, chou, véronèse, gazon anglais, turquoise, émeraude, etc. Parfois deux ou trois nuances se font concurrence ou se succèdent en un même rayon.

J’ai visité, savez-vous, presque toutes les mers et quantité de déserts du monde, oui, beaucoup voyagé. Je peux vous raconter les rayons verts des Iles Laquédives, ceux du détroit de Bab-el-Mandeb, du Cap d’Ambre ou du Grand Erg, le rayon de Roche Percée, celui de Bonne Espérance, de Timimoune, de Lampaul, des Lofoten … Mais, finalement, le plus beau c’est toujours le dernier, quelle que soit sa catégorie.

Voyons …Rayon vert du Pont sur le bras de la Plaine.

Heure : 18 heures vingt quatre. Chacun, sur mon catalogue, porte à la fois un numéro et un nom intime. Celui-ci …Comment vous appelez-vous ? Vous ne répondez pas ? C’est que je note aussi les rencontres, mais elles sont rarissimes, surtout dans les déserts…

Devant mon air perplexe, il interrompt un instant son soliloque.

- Venez, dit-il encore, en s’avançant, venez regarder ma collection de rayons verts.

L’inquiétude doit se lire sur mon visage

- Mais comment cela, vous avez dit que…. ?

Il se met à rire, son visage se détend et paraît soudain plus jeune, presque enfantin, candide et malicieux à la fois.

- N’ayez plus peur, regardez-moi. Regardez-moi bien en face.

Alors seulement, il retire ses lunettes de soleil.

Je vois son visage éclairé par des yeux verts, verts, d’une intensité incroyable, d’une beauté fascinante.


Alors, sans hésiter une seconde, je prends la main que me tend le collectionneur.

Depuis je ne l’ai plus quitté.



L’Entre-Deux, novembre 05

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 16:50

Ne disposant que d'un appareil photo numérique bas de gamme (pour l'instant ! j'épargne), j'ai déjà raté la photo du rayon vert plusieurs fois. Mais il se trouve que mon voisin, John, est un photographe d'art remarquable et généreux. Il m'a offert la photo "pendant" le dernier rayon vert (il y a 8 jours) et je l'intercale donc entre les miennes "avant" et "après". J'ai bon espoir d'enregistrer et de déposer ici bientôt une petite vidéo qui sera encore plus convaincante. Dans une atmosphère hétérogène (pression et température), les rayons lumineux verts, plus courbés vers le sol par le gradient d'indice de réfraction que les rayons rouges, nous apparaissent les premiers. La courbure de la terre explique pourquoi le rayon est très rarement visible au niveau de la mer et assez facile à observer à 500 mètres d'altitude.



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