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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 05:56

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La fête du Mouloud (ou Mawlid, anniversaire de la naissance du prophète) étant placée le mardi suivant, il n'y a pas classe du vendredi après-midi 10 au mercredi 15 inclus. C'est parfait pour visiter un peu Dakar. Et pour commencer : l'île de Gorée évidemment.
Nous sommes dimanche 12. Le calme de l'île tranche avec le tumulte de Dakar. 20' de traversée (4 ou 5 kms) et on est propulsé 4 siècles plus tôt. Même si de Gorée c'est un nombre infime d'esclaves qui sont effectivement partis vers le continent américain, son nom reste symboliquement attaché à la mémoire de la traite négrière et ses bâtiments intacts en témoignent. Entrer dans la maison des esclaves est un moment d'émotion fort pour tous les visiteurs en général et pour les sénégalais en particulier. Comme il est interdit de prendre des photos, j'ai fait des captures d'écran dans un documentaire de France 5 de 2007. Le présentateur avait fait la visite de la maison des esclaves avec Boubacar Joseph Ndiaye, le conservateur en chef de cette maison décédé en 2009 à l'âge de 87 ans. J'ai acheté le petit livre fait par M. Ndiaye sur l'histoire et la traite des noirs à Gorée. Pour plus de précisions, il y a les autres articles de ce blog (catégorie esclavage), il y a surtout les très bons livres sortis depuis une dizaine d'années (Marcel Dorigny par exemple). Pour les nantais : le Mémorial de l'Esclavage (quai de la fosse) et plusieurs salles du Château des Ducs.
Je suis resté longtemps au balcon de cette maison des esclaves face à la mer, à 5 mètres, à ses vagues fracassées sur les rochers, pour dire sa colère d'avoir vu des hommes traiter des millions d'autres hommes comme du bétail.
Dans les places de l'île, quelques restaurants et boutiques d'artisanat. La récupération commerciale et touristique reste discrète. Revenu sur le continent, le soir même, je vois les lumières de l'île, j'entends la musique et les rythmes venus de sa plage, portés par le vent et la mer pour répéter : "oubli impossible".

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la porte du voyage sans retour

 

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L'école William Ponty qui fut Ecole Normale fédérale de l'AOF pendant 25 ans a formé de nombreux hauts fonctionnaires africains

 

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il est l'heure de repartir à Dakar

 

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 15:23

 

JOURNÉE DE COMMÉMORATION NATIONALE DES MÉMOIRES DE LA TRAITE NÉGRIERE, DE L'ESCLAVAGE ET DES ABOLITIONS

 

Lo dimansh 9 mé 2010 dann "Parc boisé, parc Laurent Vergès" o Port 9vèr ziska 13 zèr lo groupaz MCUR-CRA i invit zot tout pou la zourné souvnans trafik zesklav, lesklavaz, ek tout bann zabolisyon. Zourné-la partou dan Lafrans i ansouvnans ali konm i fo. Nou kont si zot tout pou èt anparmi. Nora : Fonnkèr, kont, shan, dans, moring, slam, maloya, lektir 100 non bann konbatan la liberté. Ariv azot  ekzot manzé nou va mèt ansanm

 

L'association MCUR-CRA vous invite à participer à la journée de commémoration nationale des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et des abolitions, le dimanche 9 mai 2010 au parc boisé du Port de 9h à 13h. Au programme : Fonnker, contes, chants, danse africaine, poèmes, moringue, slam, maloya, hip-hop, lecture de 100 noms de combattants pour la liberté et pique-nique de partage sur place....

 

L'entrée est gratuite.

 

Alé di partou - Alé fann partou !!!

 

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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 11:28
l'esclavage au brésil de Debret

Le 17 avril dernier c'était le premier anniversaire de la mort d'Aimé Césaire. Dans 2 jours, c'est l'anniversaire de la signature du décret de l'abolition de l'esclavage par Schoelcher. Deux bonnes raisons de reparler de l'esclavage, même si le 20 décembre (1848, abolition par Sarda Garriga), le 10 mai (date fixée par Chirac), le 23 mai (date fixée par Sarkozy) le font aussi.

Marcel Dorigny, historien
"L'esclavage, une histoire qui concerne la nation entière"
LE MONDE | 24.04.09
http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/04/24/l-esclavage-une-histoire-qui-concerne-la-nation-entiere_1185016_3224.html
Marcel Dorigny est enseignant-chercheur en histoire à l'université Paris-VIII. Il est directeur de la revue Dix-Huitième Siècle et président de l'Association pour l'étude de la colonisation européenne, 1750-1850.

La Journée nationale de la mémoire de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions, qu'on va célébrer pour la quatrième fois le 10 mai, ne fait toujours pas l'unanimité. Pourquoi n'avoir pas choisi la date du décret d'abolition, le 27 avril ?


Le 27 avril 1848 est la date de la signature, par Victor Schoelcher, du décret d'abolition de l'esclavage. La loi Taubira de 2001, qui prévoit une journée nationale de la mémoire de l'esclavage, a institué un comité, dont je faisais partie, nommé pour cinq ans et mis en place en 2004, qui devait faire des propositions, notamment sur le choix d'une date métropolitaine - car, dans chaque département d'outre-mer, il y a déjà, depuis 1983, un jour férié. Les débats pour parvenir à une date de commémoration ont duré dix-huit mois. Le 27 avril a été l'une des premières propositions. Je suis de ceux qui ont émis des réserves. Car, depuis quelques années, il y a dans les mouvements associatifs antillais - à tort ou à raison, la réalité historique étant très complexe - un rejet de l'idée que l'abolition a été octroyée depuis Paris par un "grand Blanc". On estime désormais que la liberté a été imposée à la métropole par les esclaves, alors que pendant longtemps, il y a eu, au contraire, un véritable culte de la personnalité de Schoelcher, qui a produit ce retour de bâton. Quoi qu'il en soit, la date du 27 avril aurait suscité des réactions négatives.
Personnellement, j'étais favorable au 4 février, date de la première abolition, en 1794. C'était la convergence entre la lutte des victimes et la légalité républicaine. On m'a opposé qu'elle n'avait duré que huit ans puisque Napoléon a rétabli l'esclavage en 1802. On s'est finalement arrêté sur le 10 mai, jour où, en 2001, le Sénat a voté, après l'Assemblée nationale, la loi Taubira à l'unanimité.

Qu'avez-vous pensé du rapport d'André Kaspi déplorant la multiplication des dates commémoratives ?

Comment un historien peut-il penser qu'il est possible d'arrêter le temps ? André Kaspi préconisait de ne garder que trois dates commémoratives, le 8 Mai, le 14 Juillet et le 11 Novembre. Et, surtout, il estimait que les autres dates étaient locales ou communautaires, ce qui est choquant, appliqué à l'esclavage, car cette longue histoire concerne la nation entière.

En 2004, dans son livre "Les Traites négrières, essai d'histoire globale", qui a suscité la polémique, Olivier Pétré-Grenouilleau disait qu'il voulait libérer la mémoire des ravages des "on dit" et des "je crois". Y est-on parvenu ?

J'ai commencé à travailler sur cette question il y a plus de vingt ans. Mais ce fut le bicentenaire de la Révolution, en 1989, qui l'a mise pour moi au premier plan. Les précédentes célébrations de la Révolution (1889 et 1939) avaient écarté la question coloniale. En 1989, tout cela est remonté à la surface : la Révolution française a proclamé les Droits de l'homme dès août 1789, mais n'a pas aboli immédiatement l'esclavage. Il fallait expliquer la contradiction. C'est le livre d'Yves Benot, en 1987, La Révolution française et la fin des colonies, qui a marqué un tournant.
Pour ce qui concerne Pétré-Grenouilleau, j'ai avec lui certaines divergences qui n'ont rien à voir avec la procédure judiciaire pour négation de crime contre l'humanité, lancée principalement par Patrick Karam, alors président d'un "collectif ultramarin" et aujourd'hui délégué du premier ministre pour l'outre-mer. Cette accusation portait sur un plan qui n'est pas historique. Mes divergences relèvent de la légitime controverse historique, notamment sur la manière dont la synthèse proposée revient à mettre les trois traites négrières -intra-africaine, orientale et coloniale européenne- sur le même plan alors que leurs durées et leurs conséquences ne sont pas de même nature. Des divergences portent également sur "l'argent de la traite", dont le rôle me semble sous-estimé.

Beaucoup affirment que cette question de l'esclavage ne parvient toujours pas à être un objet d'histoire comme les autres.

Je ne sais si l'on peut utiliser l'expression "un objet d'histoire comme les autres", car, pour cela, il faudrait admettre qu'il y a des objets historiques froids, ce qui n'est pas fréquent... Que l'on songe à la collaboration sous Vichy, à l'affaire Dreyfus, au massacre de la Saint-Barthélemy... Mais il est vrai qu'il est assez rare qu'une question d'histoire dégénère au point de susciter une action en justice. Il faut préciser qu'on était en 2005, une année où la politique a beaucoup secoué le milieu des historiens en raison de la polémique sur la loi préconisant de reconnaître "les aspects positifs de la colonisation française".

Vous dites vous-même que l'histoire de l'esclavage est peu connue, en quelque sorte un angle mort de l'histoire...

Il y a un paradoxe. Elle est peu connue du grand public et a été longtemps peu enseignée. Toutefois, la recherche savante est très importante. Si on se limite à la traite, un colloque qui a fait date s'est tenu en France, à Nantes, dès 1985. Ensuite, il y eut les commémorations de la première abolition de l'esclavage, en 1994, dans le sillage du bicentenaire de 1789 ; surtout, il y eut le grand mouvement qui a marqué l'année 1998, cent cinquantième anniversaire de l'abolition définitive décrétée en 1848. Un constat s'impose aujourd'hui : la transmission entre recherche et "grand public" se fait de mieux en mieux. On note des changements dans les manuels scolaires et dans les directives de l'Education nationale. Le comité institué par la loi Taubira avait fait valoir dans son rapport au premier ministre d'avril 2005 les retards de l'enseignement et, surtout, de la recherche institutionnelle. Par exemple, en 2002, lorsque nous avions organisé, notamment avec Yves Benot, un colloque sur le rétablissement de l'esclavage par Napoléon et la naissance d'Haïti, le CNRS, auquel nous demandions une aide, nous avait répondu que ce sujet n'était pas une priorité. Les choses ont beaucoup évolué.

Que pensez-vous de cette phrase de la romancière américaine Toni Morrison, Prix Nobel 1993 : "L'esclavage a coupé le monde en deux. Il a transformé les Européens, il les a fait des maîtres d'esclaves. Il les a rendus fous" ?

C'est une vision d'aujourd'hui. Il faut rappeler que l'esclavage a été une pratique universelle, qui n'a pas été inventée par les Européens en 1492. Il y a eu des esclaves bien avant et il y en a encore aujourd'hui. Mais de quand date la mauvaise conscience de posséder des esclaves ? Je ne cherche pas à sauver l'Europe à tout prix, mais force est de constater qu'elle date de la Renaissance et de l'humanisme européen, dans la seconde moitié du XVIe siècle, chez Montaigne par exemple. La phase d'intensité maximale de la traite négrière, entre 1730 et 1830, vit l'essor de l'anti-esclavagisme, construit sur une solide argumentation à la fois théologique, morale, philosophique et économique. Dès lors, le seul argument en défense utilisé peut se résumer ainsi : certes, c'est barbare, mais on en a besoin si l'on veut du sucre, du café, des colonies riches, une balance commerciale excédentaire... Au début du XIXe siècle, la traite fut mise hors la loi, mais l'esclavage résista encore plusieurs décennies, jusqu'en 1865 aux Etats-Unis, et même 1888 au Brésil. Toutefois, la marche vers l'abolition était lancée.


Photos Richard Dumas/Vu
pour "Le Monde"
"Les Traites négrières coloniales.
Histoire d'un crime",
sous la direction de Marcel Dorigny et Max-Jean Zins, présentation de Daniel Voguet. Ed. Cercle d'art, avec l'Association des descendants d'esclaves noirs et de leurs amis et la Caisse centrale des activités sociales du personnel des industries électrique et gazière, 256 p., 130 documents en couleurs, 35 € jusqu'au 30 septembre, 50 € ensuite (en librairies le 30 avril).

Propos recueillis par Josyane Savigneau
Article paru dans l'édition du 25.04.09.

 

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 10:31

A la fin du billet posté le 14 janvier et intitulé Témoignages du samedi 3 janvier 1/4, j'indiquais l'existence de 3 dates pour célébrer la fin de l'esclavage, mais la défense de la dignité et de la liberté humaines dépasse les calendriers. Voici donc les quelques documents complémentaires promis.

D'abord l'adresse du blog de mon ami Laurent qui a filmé quelques minutes de la « fêt caf » de St-Denis : Insulaires.

Quelques extraits en vrac de ce qu'on lisait dans Le Quotidien, Clicanoo/JIR et Témoignages juste après le 20 désanm :

Oui ! à la Fête réunionnaise de la liberté. Non ! à la fête « cafre » ! Parler de fête « cafre », c'est une erreur historique. Le 20 décembre 1848, 62.000 esclaves ont été libérés. Certes une grande majorité venait de la côte d'Afrique, en particulier du Mozambique... mais ils étaient aussi nombreux à venir de Madagascar, d'Asie et de l'Inde. C'est pour cette raison qu'il conviendrait de parler de « Fête réunionnaise de la liberté ».

La culture du "fénoir" éclate en pleine lumière

160 ans après, c'est-à-dire un siècle et demi, nous avons à briser d'autres chaînes :
Celle de la misère,
Celle de la pauvreté,
Celle du chômage,
Celle de l'inégalité des chances,
Celle de la place de chacun de nous dans notre société réunionnaise.
Et surtout les 12 millions d'esclaves vendus, à ce jour, dans le monde... sans compter de nombreux enfants tués au travail forcé.

Il est criminel de la part des privilégiés de notre histoire, des nantis d'aujourd'hui de toujours chercher ailleurs des alibis pour minimiser la vérité historique sur l'esclavage à La Réunion.

160 ans après, notre jeunesse doit connaître l'histoire de ce pays pour s'armer, être forte, pour qu'à l'exemple des anciens, cette jeunesse continue de lever haut la tête et que, demain, elle soit responsable de sa destinée !

Nous avons notre propre personnalité réunionnaise qui est née du choc de nos cultures des cinq continents. Lorsque quelqu'un débarque pour la première fois sur cette île accueillante et foule aux pieds la personnalité du réunionnais, il aura du mal, des difficultés pour vivre avec les habitants de cette île.

L'homme Réunionnais porte en lui les gènes des cinq grandes civilisations du monde

Je fais mienne cette "définition" de la culture réunionnaise de Paul Mazaka, directeur des Affaires culturelles de la Ville du Port : « J'arpente le sentier de mes origines, et à chacun de mes pas se dévoilent : l'Inde, l'Asie, l'Orient, l'Afrique, l'Europe. Ce parcours intérieur me révèle une vérité que nul ne peut nier. L'homme Réunionnais porte en lui les gènes des cinq grandes civilisations du monde ».

32 ans après, "Moali l'Esclave" sera rejoué au stade de la Saline les Hauts par 30 comédiennes et comédiens. Venez nombreux rendre hommage aux esclaves tués, tombés pour notre liberté du 20 décembre 1848 et pour qu'aujourd'hui, nous vivons dans un pays de liberté. Nous ne les oublions pas : Anchaing, Bale, Bamboulou, Cimendef, Cote, Desmalé, Diampare, Dianamoise, Dimitile, Erico, Eva, Fanor, Landy, Latoine, Latouve, Laverdure, Mafate, Manonga, Manzague, Marianne, Matouté, Mazumba, Pyram, Raharienne, Renard, Sambe, Samson, Sarcemate, Sicille, Simanandé, Simangavol, Sankoutou, Simitave, Sylvestre, Tambi, Tangati, Rara, Vave...

« La lutte pour la défense des valeurs culturelles réunionnaises fait partie de notre lutte anti-colonialiste »

Au cours de son intervention, le président de la Région a précisé les raisons qui expliquent la dénomination du CRR en Centre Granmoun Lélé.

La moitié de notre Histoire, c'est ce que représente l'esclavage pour La Réunion, rappelle Paul Vergès. Et les séquelles de ce régime de « violence généralisée » sont encore présentes. Car l'abolition de 1848 n'a pas signifié la fin de la colonisation. Les rapports de force et la structure de la société sont restés les mêmes. Il a fallu encore un siècle de luttes pour opérer un véritable changement structurel avec l'abolition du statut colonial promulgué le 19 mars 1946.
Cela ne fait donc qu'à peine 60 ans que La Réunion a en droit rompu avec la société issue de l'esclavagisme.
Mais ces 60 dernières années ont été marquées par plusieurs réalités. Tout d'abord, les progrès sociaux énormes accomplis depuis 1946 n'ont pas bénéficié pleinement à toutes les catégories de la population réunionnaise. Les descendants d'esclaves et d'engagés sont ceux qui n'en ont pas le plus profité. Mettre fin à cette injustice, c'est une des conditions de la cohésion de la société réunionnaise.
Un autre fait marquant de ces soixante dernières années est la volonté du pouvoir parisien et de ses alliés locaux d'étouffer l'expression culturelle du peuple réunionnais. Le maloya a été interdit pendant plus de 25 ans. Il en a été de même de la célébration de l'abolition de l'esclavage. C'est dans la clandestinité que pouvait s'exprimer cette identité réunionnaise.
Paul Vergès rappelle que l'on a tout fait pour étouffer cette voix. En 1945, l'arbre de la Liberté planté au Barachois est arraché quelques jours plus tard. Le moring est interdit. Le président de la Région se souvient d'un 20 décembre avec Tégor dans sa cour, dans la clandestinité.
Paul Vergès rappelle le mérite de « tous ceux qui, malgré le racisme et la pauvreté, ont lutté ». « La lutte pour la défense des valeurs culturelles réunionnaises fait partie de notre lutte anti-colonialiste », souligne Paul Vergès.
La célébration du 20 décembre par l'Etat et les collectivités est « une victoire des Réunionnais contre l'opression ». Et si aujourd'hui, il est célébré partout, c'est grâce à des Réunionnais comme Granmoun Lélé, Granmoun Baba ou le Rwa Kaf. Ils ont sauvegardé l'essentiel : le maintien du patrimoine réunionnais.
Donner le nom de Granmoun Lélé au CRR, c'est un devoir de mémoire : « ce qui se faisait dans les champs de cannes, nous le faisons publiquement ». C'est aussi pour rappeler que « nous avons dans notre peuple des hommes et des femmes dévoués à notre Histoire, notre identité ». Malgré leur situation sociale difficile, malgré leur pauvreté, ils nous ont donné une part essentielle de notre culture.

Dans le Sud, les kabars, concerts, défilés se sont succédé durant tout le week-end.
A Saint-Louis, le 20 Désanm a débuté sous les couleurs du Théâtre Talipot vendredi soir sur le parvis de la Mairie de La Rivière et s'est achevé par un défilé accompagné de tambours à la ZAC Avenir.
Au Tampon, les festivités se sont déroulées, comme chaque année, à Trois Mares.
Retraite aux flambeaux et défilé avec les associations de moringue, de percussions, etc...
La soirée de danses et de chants s'est terminée chez M. Clovis Sénardière par un grand kabar, où Ti Fock, Gramoun Sello, Simangavol et bien d'autres se sont succédé sur scène.

  • «On nous offrait toute la liberté, tous les droits, tous les devoirs, toute la lumière»

"Le 27 avril 1848, un peuple qui, depuis des siècles, piétinait sur les degrés de l'ombre, un peuple que, depuis des siècles, le fouet maintenait dans les fosses de l'Histoire, un peuple torturé depuis des siècles, un peuple humilié depuis des siècles, un peuple à qui on avait volé son pays, ses dieux, sa culture, un peuple à qui ses bourreaux tentaient de ravir jusqu'au nom d'homme, ce peuple-là, le 27 avril 1848, par la grâce de Victor Schoelcher et la volonté du peuple français, rompait ses chaînes et, au prometteur soleil d'un printemps inouï, faisait irruption sur la grande scène du monde.

 Et voici la merveille, ce qu'on leur offrait à ces hommes montés de l'abîme, ce n'était pas une liberté diminuée ; ce n'était pas un droit parcellaire ; on ne leur offrait pas de stage ; on ne les mettait pas en observation, on leur disait : "Mes amis, il y a depuis trop longtemps une place vide aux Assises de l'humanité. C'est la vôtre".
 Et du premier coup, on nous offrait toute la liberté, tous les droits, tous les devoirs, toute la lumière. [...]

Aimé Césaire - extrait du discours prononcé le 21 juillet 1945 à l'occasion de la fête traditionnelle dite de Victor Schœlcher


  • Le devoir de mémoire

La complexité et les souffrances à la fois physiques et identitaires justifient le devoir de mémoire. Les différentes abolitions sont le symbole des changements de régime et donc de l'évolution des mentalités des gouvernements. La prise de conscience est là pour faire avancer les choses, pour se libérer des chaînes au sens propre et figuré, pour faire se lever les barrières de l'incompréhension. Parler, analyser et comprendre notre passé commun est un acte aux valeurs salvatrices permettant à l'Humanité de panser ses blessures et d'avancer. Le système ainsi mis en place a codifié et planifié les conditions de vie et l'existence même des esclaves.

Hubert Gerbeau, Dominique Ramassamy, Alain Lorraine - centre-histoire-ocean-indien.fr


  • Contre le marronnage, une législation très sévère

À l'aube du 18ème siècle, le marronnage se développa malgré les châtiments publics qui se voulaient dissuasifs : Jean Bengalle qui avait voulu s'enfuir à l'île de France fut fouetté en public par tous les Noirs de Saint-Paul, Henri dût porter une chaîne de 25 livres pendant cinq ans (...). Dans son article 31, le "Code Noir" de 1723 prévoyait pour l'esclave enfui pendant un mois ou plus les oreilles coupées et la marque d'une fleur de lys sur une épaule ; en cas de récidive, le jarret coupé et une fleur de lys sur l'autre épaule ; après une troisième tentative, la mort par pendaison : on comprend que certains marrons aient préféré le suicide (par exemple en se jetant dans les précipices) à la capture. (P.73)

Jean-Marie Desport, Agrégé de l'Université - "De la servitude à la liberté : Bourbon des origines à 1848" - Océan Edition

  • S'affranchir et être fiers de nos ancêtres «Maintenant, il faut s'affranchir. Comment s'affranchir? (...) Mais c'est simple, il faut être fiers, il faut s'affranchir nous-mêmes, qu'on s'affranchisse dans nos têtes, parce que nous sommes l'héritage de nos ancêtres. En étant fiers d'être descendants de ceux qui ont résisté dès le début de l'esclavage, de ceux qui ont tenté de résister, mais qui n'en avaient pas les moyens, parce que le système était tellement coercitif. On dit que les Antillais ont résisté. Pourquoi y a-t-il eu moins de révoltes à La Réunion? Parce que le système était encore vicieux, plus dur, et quand on dit ici que les Africains, les Réunionnais d'une manière générale, descendants d'esclaves ou anciens esclaves, ne se sont pas beaucoup révoltés, qu'ils étaient, eux, résignés, ou que le système était doux, c'est une absurdité, c'est faux. La raison est qu'on n'en avait pas les moyens, pas les moyens d'abord et qu'ensuite, les colons, l'administration coloniale, s'étaient arrangés pour diviser la population. Il n'y avait pas d'homogénéité culturelle.
    Vous avez des Indiens, des Malgaches des hauts plateaux, des Malgaches de la côte; vous avez des Africains, et l'Afrique, c'est un continent. Vous avez des Indiens du Nord, du Sud, vous avez des esclaves malais qui ont été emmenés ici. Ces groupes ne pouvaient véritablement pas se souder et le maître a entretenu la zizanie entre ces différents groupes, ce qui fait qu'ils ont vécu l'oppression, l'asservissement, cette nouvelle forme de servilité jusqu'au colonage, et dans la tête, pour beaucoup, cela continue. Nous continuons à vivre ce que j'ai appelé "les rémanences de l'esclavage". L'esclavage est terminé, juridiquement, - je parle du système traditionnel-, mais les images sont encore là. Alors il faut chasser ces images, et à mon avis, ce que nous faisons aujourd'hui et ce qu'il faut continuer à faire, ce qu'il faut faire surtout pour nos enfants est nécessaire pour se sentir comme des citoyens égaux et fiers d'être Réunionnais». (P.44)

Sudel Fuma, Docteur d'état, maître de conférence à l'Université de La Réunion - "Esclavage et colonisation" - Texte du colloque du 13 juin 1998 - Le Port, Centre de l'Image "Antoine Roussin" Commission Culture Témoignages

KAN Sarda l'ariv de Frans
Soidizan po libér anou
Nout tout zésklav la reprann konfians
La anbras la tér, la mars aznou

Ton zoli kozman la trinn anou
Dan la bou

Toué la di fé pa dézord
Dofé dann kann sa la pa bon
Sien mésan va pèrd lanvi mord
Mové mèt va ni bon patron

O Sarda toué la roul anou
Ton zoli kozman trinn anou
Dan la bou

Si la tér groblan ziska zordi
La klos i sone ansanm Véli
Po apèl zésklav konm dann tan lontan
Madam Débassyns lé ankor vivan
O Sarda toué la roul anou
Dan la bou

Zordi zésklav dokèr dann por
Zésklav mason in pé partou
Non lésklavaz lé pa bien mor
Sarda Garriga, toué la roul anou.

Axel Gauvin



l'esclave enchaîné

Dans le cadre de la commémoration du bicentenaire de la Révolution française en 1989, Jean-Claude Mayo, artiste sculpteur, d'origine réunionnaise, a réalisé une oeuvre à partir des ducs d'Albe de l'ancien embarcadère du bac de Mindin devant l'Eco-musée de Saint-Nazaire. Elle se compose de parties en bois pouvant suggérer les membrures d'un vaisseau négrier. Trois personnages en bronze soulignent les étapes de l'abolition de l'esclavage. 

l'esclave qui lutte pour sa libération (photo : écomusée)

l'esclave libéré qui regarde l'avenir

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 08:52
source : émission Empreintes France 5, 9 novembre 2007

« nègre je suis, nègre je resterai ! »

Le 17 avril prochain, il y aura un an qu'Aimé nous a quittés. A 94 ans. Les rényonés apprécient la poésie de Césaire alors même que la notion de négritude laisse de côté leur part asiatique. Les luttes pour l'émancipation ignorent les frontières et la commémoration de l'abolition de l'esclavage le 20 décembre s'appelle même « fête caf » à Saint-Denis (voir billet suivant)

Le 30 juillet dernier, dans mes 25 kgs de bagages, je n'avais pas oublié l'oeuvre poétique volcanique de ce nègre fondamental. Peut-être parce que j'entends encore mon grand-père et parrain danois exilé aux Etats-unis, en Espagne puis en France dire : « nous sommes des nègres blancs ».


Depuis Akkad depuis Elam depuis Sumer


Eveilleur, arracheur,

Souffle souffert, souffle accoureur

Maître des trois chemins, tu as en face de toi un homme qui a beaucoup marché.

Depuis Elam. Depuis Akkad. Depuis Sumer.

Maître des trois chemins, tu as en face de toi un homme qui a beaucoup porté.

Depuis Elam. Depuis Akkad. Depuis Sumer.

J'ai porté le corps du commandant. J'ai porté le chemin de fer du commandant. J'ai porté la locomotive du commandant, le coton du commandant. J'ai porté sur ma tête laineuse qui se passe si bien de coussinet Dieu, la machine, la route - le Dieu du commandant.

Maître des trois chemins, j'ai porté sous le soleil, j'ai porté dans le brouillard j'ai porté sur les tessons de braise des fourmis manians. J'ai porté le parasol j'ai porté l'explosif j'ai porté le carcan.

Depuis Akkad. Depuis Elam. Depuis Sumer.

Maître des trois chemins, Maître des trois rigoles, plaise que pour une fois - la première depuis Akkad depuis Elam depuis Sumer - le museau plus tanné apparemment que le cal de mes pieds mais en réalité plus doux que le bec minutieux du corbeau et comme drapé, des plis amers que me fait ma grise peau d'emprunt (livrée que les hommes m'imposent chaque hiver) j'avance à travers les feuilles mortes de mon petit pas sorcier


vers là où menace triomphalement l'inépuisable injonction des hommes jetés aux ricanements noueux de l'ouragan.

Depuis Elam. Depuis Akkad. Depuis Sumer.

 

Aimé Césaire

Soleil cou coupé (1947)

p188 Seuil, ed 2006


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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 03:25
Impossible aujourd'hui 20 décembre d'ignorer qu'est célébré l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage. Hier, les quelques élèves que j'ai vus m'ont demandé si j'irais aux cérémonies et fêtes prévues. J'ai répondu que je serais à Cilaos où se trouve le musée Farfar, listoir Domoun Léo. Comme dans le cirque de Mafate, beaucoup de marrons se sont cachés dans le cirque de Cilaos. Avant de prendre la route, je fais donc un copié-collé de l'article de Témoignages de ce matin. Je parlerai bientôt de Sarda Garriga.


Le 20 décembre 1948, malgré l’interdiction du maire, 20.000 Réunionnais défilent dans les rues de Saint-Denis pour célébrer le centenaire de l’abolition de l’esclavage.


La célébration officielle du 20 Décembre : une conquête des anti-esclavagistes

Ces jours-ci et singulièrement le 20 décembre, chaque quartier de l’île commémore avec éclat le 160ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage à La Réunion et dans les autres colonies françaises. Une telle unanimité et une telle ferveur ne doivent pas nous faire oublier que pendant un siècle, l’Administration coloniale et ses zélés serviteurs ont tout mis en œuvre pour que les Réunionnais vivent dans l’ignorance de ce qui s’est produit dans leur île en 1848.

Il a fallu que nos compatriotes se mobilisent pour l’élection, le 27 mai 1945 à Saint-Denis, d’une municipalité dirigée par le docteur Raymond Vergès, pour qu’ils s’approprient enfin leur passé. Un passé douloureux, marqué pendant près de deux siècles par l’esclavage et par l’application du “Code noir”, considéré par les historiens comme « le texte le plus monstrueux qu’aient produit les temps modernes ».

Un nom « enfoui dans la nuit de l’oubli »

En effet, c’est le 14 juillet 1945 que, sur le parvis de l’hôtel de ville de Saint-Denis, Henri Lapierre, l’unique professeur de philosophie de la colonie, évoque le rôle décisif joué par Victor Schœlcher et Sarda Garriga, respectivement les 27 avril et le 20 décembre 1848. Ces personnalités ont apporté une contribution déterminante pour que l’esclavage soit aboli dans notre île. Celle-ci venait de reprendre définitivement, à compter du 4 mars 1848, le nom d’“Ile de La Réunion” que lui avait donné la Convention en mars 1793.
Henri Lapierre annonce ensuite à son vaste auditoire que la municipalité dionysienne a décidé que la place du Barachois, là où Sarda Garriga mit pour la première fois les pieds sur le sol réunionnais, portera désormais le nom d’“Esplanade Sarda Garriga”. Un nom que « les esclavagistes ont enfoui dans la nuit de l’oubli », précise le premier adjoint de Raymond Vergès.

Un “flamboyant de la liberté”

Mais cette décision, prise par la municipalité du chef-lieu le 6 septembre 1945, ne reçut pas - et c’est le moins que l’on puisse dire - l’approbation spontanée du ministre de la France d’Outre-mer, Marius Moutet. Celui-ci était sensible, semble-t-il, aux réserves de l’administrateur local Jean Rivière (bras droit des gouverneurs Pierre Aubert et André Capagorry), qui s’abstint de transmettre au ministre le procès-verbal des délibérations de la municipalité. Et cela, malgré les demandes pressantes des députés Raymond Vergès et Léon de Lépervanche. Cela explique que le décret ministériel autorisant la nouvelle dénomination ne fut signé que le 19 mars 1946.
C’est donc toujours sur une place portant le nom de “Place du Barachois” que le 20 décembre 1945, lors de la célébration - pour la première fois à La Réunion - de l’anniversaire de l’abolition de l’esclavage, fut planté devant une foule dense et enthousiaste un “flamboyant de la liberté”. Flamboyant qui fut arraché peu de temps après, probablement par des partisans de l’esclavage.

Une cérémonie boudée par la droite locale

Quatre mois plus tard, le 1er mai 1946, jour de la Fête du Travail, la cérémonie de dénomination peut enfin avoir lieu. Elle se déroule avec solennité en présence du gouverneur Jean Beyriès (assurant l’intérim d’André Capagorry), de l’évêque du diocèse, Monseigneur Cléret de Langavant, des députés Raymond Vergès et Léon de Lépervanche, de nombreux élus du Comité républicain d’action démocratique et sociale (CRADS) et d’une foule de travailleurs venus de toute l’île.
Lors de cette cérémonie, boudée par toute la droite locale, une fort belle plaque, portant l’inscription “Esplanade Sarda Garriga”, fut posée au Barachois. Elle avait été apportée de Paris par Léon de Lépervanche puis apposée sur le mur de l’actuelle station de RFO. La plaque ne tarda pas à être arrachée.

Une abolition suivie d’un siècle d’apartheid

L’hostilité de la quasi totalité des élus de droite et parfois de la haute administration à la célébration de l’abolition de l’esclavage se manifesta constamment jusqu’à la fin des années 1980.
Une telle attitude ne peut s’expliquer que si l’on se rappelle les faits suivants :
• Avant l’abolition, selon des propriétaires d’esclaves s’exprimant dans un journal, « l’affranchissement des noirs serait aujourd’hui l’acte le plus absurde, le plus anti-national de la politique française ».
• Après la signature du décret du 27 avril 1848, le même journal note que des élus locaux se proposaient de recevoir « à coups de fusil » le commissaire de la République, pendant que d’autres « discutaient sur la nécessité d’empêcher le débarquement du commissaire ». Cela s’était déjà passé à Maurice le 18 juillet 1796, lors de l’arrivée des envoyés de la Convention nationale chargés de mettre fin à l’esclavage dans l’île sœur, en application d’un décret vieux de plus de deux ans.
• Le commissaire de la République, Sarda Garriga lui-même, n’eut pas le courage de résister à la pression des ex-propriétaires d’esclaves venus le supplier - à l’occasion des législatives du 21 octobre 1849 - « d’épargner à l’urne française l’humiliation de recevoir des suffrages africains ».
• Le refus de traiter les Noirs en citoyens de la République, comme l’exigeait la loi, se perpétua pendant toute l’époque coloniale et même au début de la départementalisation de La Réunion.
Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, le 12 mai 1898, Édouard Petit, le plus proche collaborateur du chef de la colonie, n’hésitait pas à écrire : « On peut dire qu’en appliquant le suffrage universel sans restriction à un pays où la race noire n’est représentée que par des brutes, on achève sa démoralisation. Une réforme s’impose donc dans cette colonie pour relever la dignité du suffrage universel, qui est la base de nos institutions républicaines, mais dont l’intelligence obtuse des noirs ne saisira jamais le but élevé ».

Malgré un arrêté illégal...

Après la décision prise par la municipalité de Saint-Denis d’honorer la mémoire du « libérateur des Noirs », on était fondé à penser que la célébration du 20 décembre ne se heurterait plus à trop d’obstacles. Les faits ont prouvé que ce combat visant à faire du 20 décembre une journée de fête de la fraternité et de la liberté ne faisait que commencer.
Certes, 16 mois après sa prise de fonction à Saint-Denis, le premier préfet de La Réunion, Paul Demange, consentit à déclarer fériée la journée du lundi 20 décembre 1948, à la demande de Jean Hinglo, secrétaire de l’Union départementale des syndicats CGT. Mais il s’abstint de s’opposer à l’arrêté illégal du maire de Saint-Denis, Jules Olivier, interdisant tout défilé sur les voies publiques du chef-lieu.
Cela n’empêcha toutefois pas que plus de 20.000 travailleurs, venus de toute l’île, ont célébré avec éclat à Saint-Denis le centenaire de l’abolition de l’esclavage.

... une manifestation grandiose, le 20 décembre 1848

Arrivés par trains spéciaux, conduits bénévolement par des cheminots, hommes, femmes et adolescents défilèrent depuis le pont du Butor, où le commissaire de la République mit pied à terre, le 7 décembre 1848, au terme d’une tournée dans la colonie. Le défilé se poursuivit jusqu’à l’esplanade Sarda Garriga, en empruntant la rue Voltaire, la rue Dauphine (devenue rue du Général De Gaulle) et la rue du Barachois (aujourd’hui rue Jean Chatel).
Arrivés sur l’esplanade, ils assistèrent dans le calme à la plantation d’un nouvel arbre de la liberté, avant d’assister au grand meeting placé sous la présidence du conseiller de l’Union française et maire de Saint-Louis, Hippolyte Piot, ceint pour la circonstance de son écharpe tricolore.
Au cours de cette manifestation, la plus puissante de l’immédiat après-guerre, on ne déplora aucun incident ; le service d’ordre était assuré par les travailleurs eux-mêmes. Tard, dans la nuit, la foule se dispersa aux cris de « vive la Révolution de 1848 », « vive l’union des républicains réunionnais », « vive la République ».

Commémoration officielle à Paris

Le gouvernement Ramadier n’a pas souhaité que le centenaire de l’abolition de l’esclavage dans les DOM soit célébré avec faste puisqu’il ne donne aucune suite à la proposition de loi du 7 août 1947 (imprimée sous le numéro 511), tendant à faire du 27 avril un jour férié dans les DOM. 
Une telle marque de mépris se justifie d’autant moins que le centenaire de l’abolition de l’esclavage fut commémoré le 27 avril 1947 à Paris, avec solennité dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, en présence notamment du président de la République, Vincent Auriol.

Au cours de cette cérémonie, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Depreux, déclara : « (...) C’est la France tout entière qui vient célébrer le centenaire de l’acte inoubliable qui, d’une façon définitive, abolit l’esclavage dans les possessions françaises (...) ».
Le député martiniquais Aimé Césaire faisait observer, pour sa part, que « la vraie émancipation n’est pas celle qui se décrète mais celle que l’homme conquiert par lui-même (...) ».
Deux mois plus tard, le parlement français, unanime, décidait le transfert des cendres de Victor Schœlcher au Panthéon.

L’esclavage : un sujet tabou...

Après la proclamation de la 5ème République en 1958, on assiste à une tentative de faire de l’abolition de l’esclavage un sujet tabou.
La fraude électorale institutionnalisée ayant permis à la droite de s’emparer de toutes les mairies de l’île et de la quasi totalité des sièges du Conseil général, les collectivités locales rayent le 20 décembre de leur calendrier de manifestations, avec la complicité de la Préfecture.
Par ailleurs, les autorisations de commémorer le 20 décembre dans des lieux publics sont refusées par le chef du département. Notamment les dimanches 20 décembre 1964 et 20 décembre 1970, respectivement par les préfets Alfred Diefenbacher et Paul Cousseran.
Ce dernier va même jusqu’à s’opposer à un vœu formulé le 18 juin 1971 par le Conseil municipal de La Possession, soucieux de perpétuer le souvenir des esclaves Anchaing et Cimendef en donnant leur nom à des rues de la ville.
Paul Cousseran estime qu’il « n’est pas question de donner pour nom de rue celui des bandits de grand chemin »... !

Un comité réunionnais de célébration

Il a fallu attendre l’entrée de François Mitterrand à l’Élysée en 1981 pour que les Réunionnais puissent enfin faire du 20 décembre « la Fête réunionnaise de la Liberté ».
Dès sa prise de fonction, le secrétaire d’État chargé des DOM-TOM, Henri Emmanuelli, rédige un projet de loi et un projet de décret relatif à la commémoration de l’abolition de l’esclavage dans les DOM et dans la collectivité territoriale de Mayotte.
En attendant l’examen de ces textes, un “Comité de célébration du 20 décembre”, présidé par le secrétaire général de la CGTR, Bruny Payet, se constitue et se donne pour but d’organiser dans les 24 communes de l’île, des manifestations le 20 décembre 1981.
Malgré le refus de certains maires d’apporter leur concours au Comité, ces manifestations auront bien lieu, avec une remarquable participation de la population. Celle de Saint-Denis se déroula en présence du préfet Michel Levallois qui, après avoir prononcé un discours, planta un “arbre de la liberté” sur la place de la Préfecture.

Des amendements de diversion

Quant aux projets de loi et de décret, ils donnent lieu à des débats qui vont durer 18 mois, tant à Saint-Denis au siège du Conseil général, qu’à Paris au Sénat et à l’Assemblée nationale. Si les débats s’éternisent, c’est pour la simple raison que nos élus, presque tous de droite, s’efforceront de dénaturer le projet d’Henri Emmanuelli, qui ne comporte qu’un article, rédigé comme suit : « La commémoration de l’abolition de l’esclavage fera l’objet d’une journée fériée dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de La Réunion, ainsi que dans la collectivité territoriale de Mayotte ».
Tous les amendements visant à « faire diversion » seront finalement rejetés par l’Assemblée nationale. Celle-ci fera toutefois une concession en acceptant d’associer la commémoration de la fin de tous les contrats d’engagement à celle de l’abolition de l’esclavage.
Voilà comment s’est achevé le long combat qui permet aujourd’hui à tous les Réunionnais de s’approprier leur passé et de disposer d’une journée (fériée) pour célébrer une des plus importantes dates de leur histoire.

Eugène Rousse

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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 12:59

Commandeur, Oh ! té commandeur

Attend'ein pé nous n'y attend

Va v'nir le temps va v'nir le temps

N'aura pli la race commandeurs ...


Commandeur cass'pas ton chabouc

Ti tap'à moin ti fais ton blanc

Ton gueul'l'est comme ein gros babouc

Poique à moin té lé ressemblant...


Commandeur, Oh ! té commandeur

Attend'ein pé nous n'y attend

Va v'nir le temps va v'nir le temps

N'aura pli la race commandeurs ...


Mon dos y brûle comm'd'si piment

Avec de sel zot l'a frotté

Adié z'angoune ! eh ! Mon z'enfants

D'sus l'échelle moin l'est garrotté...


Commandeur, Oh ! té commandeur

Attend'ein pé nous n'y attend

Va v'nir le temps va v'nir le temps

N'aura pli la race commandeurs ...


Café l'est rouge d'sus l'argamasse

Mon femm'l'a pi cab'lève calou

Z'enfants zot y guett'dand'cal'basse

Si n'a d'manioc la viand'pou'nous...


Commandeur, Oh ! té commandeur

Attend'ein pé nous n'y attend

Va v'nir le temps va v'nir le temps

N'aura pli la race commandeurs ...


Mon zié l'est sec à force pleurer

Commandeur ral'fort ton z'oreil

Marrons dand'cirque y veille soleil

Pou'batt'tambour la liberté...


Commandeur, Oh ! té commandeur

Attend'ein pé nous n'y attend

Va v'nir le temps va v'nir le temps

N'aura pli la race commandeurs ...


La poud'fusils là va péter

Lé sûr qu'no va dans'maloya

Dou lait dou miel pou'nous ouaie ah !

Là dand'nout rond va chanter...


chabouc = fouet

Adié z'angoune = salut la compagnie

argamasse = esplanade où sont stockées les cannes et où sèche le café

calou = pilon

calebasse = fruit qui sert à garder l'eau du riz


Jean Albany
"Bal Indigo" 1976

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