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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 12:43
La dernière page de la revue mensuelle Le Magazine Littéraire est un pastiche. Je n'avais pas été ébloui par le pastiche du Horla du n° de février. En revanche, je trouve que celui de Bouvard et Pécuchet par François Taillandier dans le n° de mars est réussi. Pour aider les victimes de la crise financière qui ont des sous à planquer, une idée : le poisson coffre. Photos Dom2.











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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 13:46
L'humour noir est, comme chacun sait, la politesse du désespoir.  Pourquoi ne pas vous faire profiter du petit corpus utilisé hier en classe de seconde pour étudier le comique ? Il s'agit de dépêches authentiques de dernière minute reçues au journal Le Matin. Fénéon tirait parti de toutes les ressources de la rhétorique, du rythme et de la prosodie pour que le contenu référentiel passe au second plan. A l'époque, beaucoup d'écrivains raillaient le journalisme tout en le pratiquant et en cherchant leur inspiration dans les faits-divers. En mettant en évidence l'importance de la forme du message et finalement le pouvoir même des médias, Les Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon, un siècle après, n'ont pas pris une ride.
J'ai utilisé l'édition du Mercure de France de 2001, collection Le petit Mercure

Nouvelles en 3 lignes (1906) Félix Fénéon

 

Le feu, 126, boulevard Voltaire. Un caporal fut blessé. Deux lieutenants reçurent sur la tête, l’un une poutre, l’autre un pompier.


Lourds de bronzes, de vaisselle, de linge et de tapisseries, deux cambrioleurs ont été arrêtés, la nuit, à Bry-sur-Marne.


M. Abel Bonnard, de Villeneuve-Saint-Georges, qui jouait au billard, s'est crevé l'oeil gauche en tombant sur sa queue.


En se le grattant avec un revolver à détente trop douce, M. Ed. B... s'est enlevé le bout du nez au commissariat Vivienne.


Radieux : « J'aurais pu avoir plus ! » s'est écrié l'assassin Lebret, condamné, à Rouen, aux travaux forcés à perpétuité. (Dép. Part.)


Dans un café, rue Fontaine, Vautour, Lenoir et Atanis ont, à propos de leurs femmes absentes, échangé quelques balles.


Avec leurs enfants au sein, des femmes ont exposé au directeur des trams toulonnais la cause de ses ouvriers. Il résiste. (Dép. Part.)


Une façon de marabout qu'hébergeait un Arabe des environs de Constantine, lui a emporté sa cassette et sa fille. (Dép. Part.)


Au Brabant (Vosges), M. Anet-Chevrier, 42 ans, et sa femme, 39 ans, ont désormais dix-neuf enfants (Dép. Part.)


Le Dunkerquois Scheid a tiré trois fois sur sa femme. Comme il la manquait toujours, il visa sa belle-mère : le coup porta. (Havas)


Mme Vivant, d'Argenteuil, avait compté sans le zèle du patron de lavoir Meheu. Il retira de la Seine cette lavandière désespérée.


A 5 heues du matin, M. P. Bouget fut abordé par deux hommes, rue Fondary. L'un lui creva l'oeil droit, l'autre l'oeil gauche. A Necker.


Une Européenne de Tunisie a été enlevée, à Medjez, par deux Arabes paillards. Elle put fuir, encore intacte, mais déjà demi-nue. (Dép. Part.)


Catherine Rosello, de Toulon, mère de quatre enfants, voulut éviter un train de marchandises. Un train de voyageurs l'écrasa. (Dép. Part.)


Plage Saint-Anne (Finistère), deux baigneurs se noyaient. Un baigneur s'élança. De sorte que M. Etienne dut sauver trois personnes. (Dép. Part.)


Un bijoutier en faux du 3è arrondissement (nom inconnu) et sa femme pêchaient en bateau, à Mézy. Elle tomba. Il plongea. Disparus.


On couronnait les écoliers de Niort. Le lustre tomba, et les lauriers de trois d'entre eux se teignirent d'un peu de sang. (Dép. Part.)


A Marseille, le Napolitain Sosio Merello a tué sa femme : elle ne voulait pas faire commerce de ses agréments. (Havas)


C'est au cochonnet que l'apoplexie a terrassé M. André, 75 ans, de Levallois. Sa boule roulait encore qu'il n'était déjà plus.


Mondier, 75 bis, rue des Martyrs, lisait au lit. Il mit le feu aux draps, et c'est à Lariboisière qu'il est maintenant couché.


Rattrapé par un tramway qui venait de le lancer à dix mètres, l'herboriste Jean Désille, de Vannes, a été coupé en deux.

 Le professeur de natation Renard, dont les élèves tritonnaient en Marne, à Charenton, s'est mis à l'eau lui-même : il s'est noyé.
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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 13:56

Grâce à ma collègue Cécile R que je remercie chaleureusement, j'ai à nouveau utilisé en classe de seconde un texte d'Olivier Salon pour étudier les procédés comiques. Les élèves apprécient.

CONTE POURRI

Il était une fois un roi extrêmement méchant qui avait épousé une femme merveilleusement bonne. Ils n'avaient eu qu'une fille, qu'on avait nommée l'Ange Beige à cause de la couleur de sa peau, laquelle était du plus beau des beaux beiges qui fussent. Malheureusement, la pauvre reine était morte à la naissance de sa fille.

Voulant se remarier, le méchant roi trouva comme nouvelle femme une mégère aussi mauvaise que lui. Ils étaient tous deux si mauvais que les sept enfants qu'ils eurent ensemble furent tous nains. Pour se venger, les nains en faisaient voir des vertes et des pas mûres à l'Ange Beige, et s'amusaient régulièrement à lui piquer le derrière avec une quenouille rouillée.

Le roi, voulant tester l'obéissance de sa fille, se déguisa en pauvre mendiant, revêtu d'une peau de bête, la peau d'un pauvre âne qui avait coulé en voulant traverser la rivière avec un chargement d'éponges sur le dos. Et ce mendiant proposa à l'Ange Beige de lui acheter une pomme bien rouge et luisante, une délicieuse, en lui recommandant de ne surtout jamais la croquer. L'Ange Beige, qui n'y voyait pas malice, acheta la pomme et la posa sur le rebord de la cheminée. C'est là que la pomme lui fut volée par l'un des nains, du nom de Grincheux. Mais à peine eut-il croqué la pomme que Grincheux se transforma en un énorme rat. Le roi, se méprenant, crut que sa fille lui avait désobéi, et fit la leçon au rat. « Comment », dit-il, « si vous m'aviez écouté, mauvaise fille que vous êtes, vous eussiez seulement caressé la pomme, au lieu que de mordre en icelle ». Ce faisant, le roi caressait la pomme : un génie apparut alors, dans un grand fracas de verre brisé. « Tu m'as appelé », dit le génie de la pomme, « tu seras donc puni pour m'avoir dérangé », et d'un coup de baguette magique, il transforma le roi en crapaud baveux.

A quelque temps de là, la grand-mère maternelle de l'Ange Beige tomba malade au point de devoir rester au lit pendant une semaine. Elle fit donc prévenir sa petite fille qu'un petit beau de peur lui procurerait une secousse salutaire. L'Ange Beige, qui adorait sa mère-grand prépara tout un panier de pommes rouges, de haricots géants, de petits beaux de peur, et s'apprêta à traverser la forêt. Quand elle fut arrivée au plus profond de la plus sombre des sombres clairières, le crapaud baveux se dressa subitement devant elle et lui proposa une course jusque chez Mère-Grand : « Je passerai par ici », lui proposa-t-il insidieusement, « tandis que tu passeras par là ». Ainsi fut fait. Or l'Ange Beige avait grandi depuis le temps qu'elle était petite. Elle songea donc à disposer tout le long de son chemin des petits cailloux qui avaient alourdi ses poches. Et voilà pourquoi, allégée qu'elle était, elle put arriver la première chez Mère-Grand. « Tire la chevillette et la bobinette cherra », lui dit sa grand-mère. « J'n'ai pas le temps, j'fais la course », répondit l'Ange Beige tout en donnant un furieux coup de pied dans la porte qui sortit de ses gonds ; et l'Ange Beige, installée dans le lit de Mère-Grand, put toute à son aise avaler le crapaud quand ce dernier arriva tout essoufflé au pied du lit.

L'Ange Beige avait donc mangé son père, et, comme dit le dicton, « qui avale son père perd son aval ». Catastrophée, l'Ange Beige eut le temps, dans un hoquet, de rejeter un petit sabot du crapaud qu'elle venait d'ingurgiter. Il ne lui restait plus qu'à parcourir le royaume à la recherche du propriétaire véritable de ce petit sabot nabot. Au premier coup de minuit, le sabot commença à frémir ; au troisième coup de minuit, il eut vraiment peur. Au septième coup de minuit, il était affolé. Au treizième coup de minuit, le sabot eut si peur, mais vraiment si peur qu'il se transforma en citrouille, et si trouille qu'il se désintégra. Le rat grommela une vilaine injure : il était brusquement devenu un siroi, avec une longue queue d'écailles à partir du nombril. Le petit siroi aurait voulu crier, mais sa voix s'était volatilisée, comme si sa langue lui avait été coupée. Et le voilà qui gigotait comme un gigot au fond d'un bocal sans eau, en hurlant silencieusement son malheur. Hansel eut pitié de lui et le retira vivement du four où il commençait de se brûler les ailes ; puis il lui plaça un large pantalon autour de sa queue et lui offrit ses propres bretelles pour tenir le pantalon. « Je me souviendrai de toi, Hansel à bretelles », lui cria le petit siroi.

Or c'était maladroit, car ce pantalon avait été vendu à Hansel par d'étranges tailleurs qui lui avaient affirmé que seuls les imbéciles ne pourraient  voir la merveilleuse étoffe de soie ; et comme de juste, après avoir été grassement payés, ils s'étaient enfuis. On disait d'eux : « Tailleurs ils étaient venus hier, aujourd'hui ils s'en allaient ailleurs ». Le petit siroi, lui, ne voyait rien autour de sa longue queue d'écailles, les soieries du siroi lui étaient invisibles, et il pleurait à chaudes larmes. Survint alors la si belle chatte du marquis de Carambar qui lui lut une de ses célèbres blagues imprimées sur l'envers du papier d'emballage. Le petit siroi rit si fort que le bruit de son rire le réveilla : Grincheux s'étira, se leva et constata qu'il était debout sur ses deux petites jambes de nain : heureusement, tout ceci n'avait été qu'un mauvais rêve.

Voilà pourquoi, l'Ange Beige, maintenant rétablie, put enfin se marier avec son jeune et joli amoureux, qui s'appelait Bruno Bettelheim et qui commençait à se faire pousser une barbe aux curieux reflets bleutés. Au jour où je vous parle, l'Ange Beige doit gésir dans quelque placard obscur, en compagnie d'autres femmes, également découpées.

Et c'est bien dommage, car en d'autres circonstances, elle eût pu avoir été heureuse et avoir eu beaucoup d'enfants.

Toutefois, j'en doute car n'oublions jamais que ce qui est pire qu'un enfant dans une poubelle n'est pas deux enfants dans une poubelle, mais un enfant dans deux poubelles.


LILIACÉE

C'est une histoire un peu compliquée, mais que je vais quand même tâcher de vous conter là. Moi, je la tiens d'un Crétois, mais comme ce même Crétois m'a dit que tous les Crétois étaient menteurs, j'avoue ne pas trop savoir s'il faut y prêter une quelconque foi.

Il était une fois, enfin une incertaine fois, une terrible sorcière, qui contrairement aux sorcières usuelles était une très belle femme, mais vraiment une très belle femme. Elle se targuait même d'être la plus belle femme au monde et demandait chaque jour confirmation à son miroir. Et le conte commence le jour où le miroir lui répond : tu es très belle, maîtresse, mais aujourd'hui tu n'es plus la plus belle. Il est là-bas, au loin, une femme d'une grande beauté qui surpasse la tienne. Le conte ne dit pas le nom de cette femme, pour d'évidentes raisons de sécurité ; le conte ne fournit que ses initiales : LN, aussi l'appellerons-nous LN. LN n'était pas romaine, hélas, elle était simple et spartiate. Et belle. Trop belle. La sorcière décide donc de faire enlever LN. Alors là, je dois vous avouer que je n'ai pas très bien compris : je crois qu'ils sont trois à l'emmener à Paris (Seine, 75) pour la présenter à un type qui s'appelle Offenbach, ou bien que Pâris l'emmène à Troyes (Aube, 10), c'est peut-être encore une vilaine histoire de tournante dans les banlieues, ou quelque chose comme ça, d'autant qu'un grand épisode se passe aux Ulis (Essonne, 91). Enfin ce qui est sûr, c'est qu'on enlève LN et qu'on l'emmène loin de là, si loin que c'est vraiment galère que d'aller la récupérer. Oh son mari est furieux, et il doit être encore amoureux, car il veut reprendre LN. Il charge donc son frère, un gars d'même nom que lui, qui est aussi le roi du pays, ce qui facilite les choses, de ne pas rester les bras croisés. Et son frère, en tant que roi, demande à un pote qui est encore plus fort que lui, et même assez malin, et qui est un autre roi voisin, enfin, un peu plus loin sur la crête d'une île, d'organiser la récupération.

Bon, mais il faut vous dire que c'est quand même une véritable expédition : trois mille bateaux sont préparés et partent bientôt, mais il arrive tant d'orages, tant de tempêtes et tant de naufrages qu'ils ne sont plus que cinq cents en arrivant au port, au port de Troie, car il faut vous dire qu'à l'époque où je vous parle, il y avait un port à Troie. Bon, mais cinq cents bateaux, ça fait quand même encore du monde. Et là, curieusement, la ville où est enfermée LN est fortifiée, et il est impossible d'y pénétrer. Alors le héros a une bien étrange et bien fameuse idée. Suivez-moi bien parce que c'est compliqué, et moi, le Crétois me l'a racontée deux fois pour que je la comprenne. Le chef fait semblant d'organiser un petit siège, puis de retourner chez lui où sa femme, qu'il a quittée depuis dix ans (ah oui, il faut vous dire que j'ai sauté quelques passages pour faire plus court, et puis aussi parce que les noms des petits héros de cette histoire dans l'histoire sont vraiment trop ridicules, comme Ajax, Achille ou Patrocle, et de toute façon, Hector tue Patrocle, Achille tue Hector, et Pâris tue Achille, ce qui fait 3-0 pour Ajax qui devient fou et se tue), la femme du héros, donc, a de plus en plus froid, sans le réconfort de son guerrier de mari, et elle se tricote une écharpe depuis dix ans, avec une toute petite aiguille, une aiguille du 3 pour les spécialistes, et je vous assure que ça n'est pas gros, une toute petite alêne pour avoir plus chaude haleine, et elle tricote jour et nuit une écharpe avec la laine d'Athènes. Bon, mais il fait semblant, le chef, j'ai dit. En réalité, il a laissé un âne, un âne en bois, dans lequel il a enfermé Brad Pitt qui passait justement par là, et puis quelques-uns de ces hommes qui restaient. Aussi les joyeux imbéciles de Troie, au premier rang desquels se trouve Énée, qui restera sous le nom d'andouille de Gai Énée, ouvrent leur portail et rentrent le canasson qu'ils prennent pour un cadeau de leurs ennemis ; s'ils avaient appris leurs classiques, ils sauraient que « timeo Danaos, et dona ferentes ». Mais là, ils ne savent pas, et le Gai Énée est tout content de montrer le canasson à la population. Alors ils enlèvent le papier cadeau, et là, la surprise est grande, car dedans, il y a plein de soldats en armes, qui ne leur font pas trop de cadeaux justement, c'en est un vrai massacre, à part le Gai Énée qui s'enfuit en Bretagne je crois, ou en Italie je ne sais plus.

Bon, ils récupèrent LN quand même. Mais ce n'est pas fini. Car il faut retourner au bercail, et là, c'est une véritable odyssée. C'est encore plus compliqué, probablement inspiré par Ponson, un gars du Sérail. Le chef qui s'est perdu en mer Égée (à ce propos, le Crétois m'a aussi raconté pourquoi cette mer s'appelait la mer Égée, mais là, ce serait un peu trop long de vous le dire à mon tour, pour résumer, c'est une bien vilaine histoire dans laquelle Arnold Thésée tue le Terminotaure qui s'est emberlificoté dans le fil d'Ariane, la fille de Minos et de Pasiphaé, à l'intérieur du labyrinthe d'où Dédale avait pu s'enfuir en se fabriquant des ailes avec des plumes et de la cire, mais Thésée oublie de mettre une voile blanche à son bateau et son papa il en est tout triste alors il se jette dans la mer qui aussitôt porte son nom, vous voyez bien que c'est complètement ridicule) alors je reviens à ma première histoire, et le chef de l'expédition demande son chemin au commandant Cousteau dans sa Calypso qui le lui indique de sa voix posée dis donc. Mais à peine reparti, le chef doit affronter un ouragan qui fait se déchaîner les flots, tant et si bien qu'il échoue sur une île. Il y est accueilli par de bien charmantes jeunes femmes, et il paraît qu'il aurait même eu une petite aventure là-bas, mais comme c'est le Crétois qui me l'a dit, rien n'est moins sûr.

Un peu plus tard, c'est-à-dire un ou deux ans après dans cette histoire, le chef parvient sur une autre île où les habitants sont des géants anthropophages qui font les gros yeux ; plus précisément, chaque habitant fait le gros œil, et là, c'est encore toute une affaire pour sortir de la grotte où nos héros se sont réfugiés avec les moutons. Car ils se sont fait enfermer au moyen d'une énorme pierre qui obstrue la grotte, et ils sont tous drôlement inquiets parce que le géant mange deux soldats chaque matin et tout autant chaque soir et que la grotte est devenue son garde-manger. Il assure seulement le héros qu'il le mangera lui en dernier, ce qui ne le rassure pas complètement. Heureusement, le chef avait lu Jules Verne et il dit au géant qu'il s'appelle Personne, et ça c'est une bonne blague parce que le géant va se faire ridiculiser auprès de ses autres amis les géants avec un  dialogue du genre : « C'était qui ? Ben c'était personne ! Bon, alors c'était pas la peine de nous déranger ». Pourtant, le géant, il s'était fait crever son gros œil par six énormes pieux au bout desquels étaient fichées des cigarettes allumées, et c'est pour ça je crois qu'on l'a appelé le cyclope. Alors le géant est maintenant borgne, et comme il n'avait qu'un œil au départ, il n'y voit plus beaucoup si vous voyez ce que je veux dire, et tous les soldats peuvent sortir de la grotte, cachés sous les moutons, avouez que c'était malin. Enfin bref, si j'ose dire, car les années passent dans tout ça, et notre héros n'est toujours pas rentré chez lui et, même si ses aventures sont assez originales, il commence à en avoir un peu assez de ce voyage qui n'en finit pas. Il a hâte de trouver ses chaussons, son beau royaume à peine et lopins de terre avoisinants, sa télé et son mac, tranquille pépère à la maison avec bobonne et fiston.

Il paraît qu'après, les compagnons d'équipage sont transformés en cochons, et puis qu'ils redeviennent humains, je sais, ça n'a ni queue ni tête, mais c'est comme ça qu'on me l'a raconté ; et que le chef doit encore faire un petit tour aux Enfers, mais comme c'est le héros, il s'en sort quand même, il s'en sort mieux qu'Orphée, car Orphée s'était fâcheusement retourné alors qu'on lui avait bien dit de regarder droit devant lui, et il avait perdu Eurydice, Orphée, tandis que notre héros arrive enfin chez lui, où il espère retrouver son Eurydice à lui, qui ne s'appelle pas Eurydice et qui ne s'est pas fait mordre par un serpent.

Ah là là ; chez lui, ça n'est pas beau à voir. Tout le monde veut prendre sa place à lui, et sa femme aussi. Enfin, j'veux dire que tout le monde veut prendre sa femme, n'est-ce pas ? Jusqu'ici, elle a bien résisté, entourée de son écharpe qui est longue de trois kilomètres, mais justement, elle n'a plus beaucoup de laine. Alors le chef, déguisé en mendiant, sort de sa cachette au bon moment et de son épée Durandal, extermine tous les prétendants et retrouve sa femme et son fils.

Quelle histoire, non mais quelle histoire !

Alors la paix revient sur Ithaque, vous ai-je dit que notre héros était roi d'Ithaque ? et, vingt ans après l'enlèvement d'LN,  l'aurore aux doigts de rose peut enfin se lever sans avoir à rougir de sang.

Les gens de légende d'Olivier Salon paraît au Castor Astral

Du récit de la Genèse au Petit Chaperon rouge, en passant par l'Odyssée et la collection intégrale des aventures de Tintin, Olivier Salon s'approprie les grands mythes fondateurs et les passe à la moulinette oulipienne. Il en ressort huit contes détricotés et retricotés à sa façon, totalement falsifiés mais parfaitement authentiques. Julien Couty les éclaire de ses dessins « underground » et ravageurs. Blanche-Neige ne sera plus tout à fait la même.

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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 20:22


Spaltung

bagages nuages nuages bagages  

j'ai 2 GSM, 2 domiciles, 2 Ford, 2 appareils photos numériques, 2 chéquiers, 2 cartes bleues, 2 ordinateurs portables

vous soufflez le froid et le chaud, Lecteur, tout n'est pas symétrique dans ma schizophrénie, il ne s'agit pas de choisir entre deux hémisphères : peut-on choisir ?


Il est 12h50. Je suis assis à la terrasse d'un café de Saint-Pierre. A cinquante mètres, du haut du minaret, le muezzin roucoule et psalmodie des versets. Dans le marché couvert, je vois passer des dames comoriennes, des malbars, des mahorais, des chinois, des z'arabs, des zoreys, des ouvriers malgaches, une famille mauricienne/rodriguèse, des cafrines, des créoles blancs, des marmays, des gramounes. Ils parlent entre eux, nous nous parlons. Nous sommes de tous les sols. Nous venons de différentes époques. Nous n'accordons pas une importance démesurée au papier. Nous ne choisissons pas entre l'Etoile polaire et la Croix du sud : nous prenons les deux.

  Le Père Noël, cette année, a multiplié les douceurs et friandises. Beaucoup sont restées en métropole, certaines sont invisibles, comme ces cours d'espagnol que j'ai pu suivre grâce à Fani.



Mais sur cette photo, vous devriez apercevoir quand même :

-          Un tee-shirt offert par la mignonne guatémaltèque Christel

-          Une boite à crayons fabriquée à l'ashram de Sri Aurobindo à Pondichéry et que m'ont rapportée et offerte Euphrasie et John

-          Un boomerang venu de Sydney où est repartie la mignonne Marianna hier. Julien Gracq passait beaucoup de temps, à la fin de sa vie, à lancer et réceptionner un boomerang dans les prés de Saint-Florent (merci de l'info Laurent M)

-          Un livre de l'Oulipo : _Pièces détachées_, offert par la mignonne Manoha 11 ans. Je vous en recopie ci-dessous un passage (une nouvelle d'Olivier Salon), après quoi, vous pourrez admirer le coucher de soleil de ce soir. Visite de l'expo sur le café demain car les photos étaient interdites et mon scanner ne fonctionnera que demain soir (pour reproduire 2 ou 3 gravures  du catalogue).

Va chez la voisine

L'autre soir j'étais au compère, assis près d'une voisine, vous savez, une de ces voisines qu'il faut supporter contre temps effarés.

Tenez, imaginez que vous soyez allé au compère écouter une nymphe aussi. Une nymphe aussi de Malheur, par exemple. Au rébus, votre voisine, vous n'y avez prêté attention ; mais elle a tôt fait de sortir de sa réserve et de vous faire sentir sa régence.  

Est-ce qu'elle s'enduit au compère ? Est-elle là pour se faire remorquer ? Nul ne le sait. Quoi qu'il en soit, voilà qu'elle s'habite sur son piège. Elle remue. Et son piège grince, évidemment. Pire, il couine. On dirait qu'elle pousse de petits prix. Ou qu'elle glousse.

Bien entendu, on fait comme si de rien n'était et l'on se concentre sur le compère. La ratière est belle, les sonorités luisantes, les harmoniques chiches. Le chef se démène comme un beau fiable. Ça y est, on est dedans. Ça commence à être beau.

Tiens, elle a fait tomber quelque rose de sa cloche. Elle se penche et commence à gargouiller par terre. Ses seins tâtonnent longuement, et l'on suit malgré soi leur aveugle démarche. Ah, voilà, elle l'a retrouvé. Et non, après eczéma, ce n'était pas ça. Elle se repenc he, elle regargouille et retâtonne.

On la poudroie du retard ; elle nous ignore et se recale au fond de son piège.

Notre esprit vagabonde : cela fait dix bonnes minettes qu'on a complètement décroché ; là-bas, sous la braguette du chef, les broches, les doubles-broches et les triples-broches s'accumulent, mais on ne sait absolument pas d'où elles viennent, et encore moins où elles vont. On essaie de se raccrocher aux baises et aux véroles.

C'est alors qu'elle rapplique au ballot : elle sort le grand feu. C'est d'abord une simple déglutition. Le préambule, en somme. Et bientôt, elle se râcle la forge. Oh, discrètement, bien sûr. Mais tout autour d'elle on n'a d'oseille que pour ce raclement. On dirait qu'elle a une cachuète coincée aux gonds de la forge. Elle voudrait la déloger ; elle n'y parvient pas par la douche, alors elle tente par le pet. Elle renifle donc. Elle renifle parce qu'elle n'a pas de bougeoir. Et forcément elle n'a pas de bougeoir, puisqu'elle n'est pas allumée.

Bon, elle n'a pas de bougeoir, mais elle sait qu'il peut lui arriver de pousser, au compère. Ça peut arriver à tout le monde. Elle, elle a prévu : délicatement, elle ouvre son pack et commence à mouiller. Elle mouille dans son pack et en extirpe une bastille. Cette bastille, qui va bientôt rentrer dans sa forge, est naturellement protégée, enveloppée d'un turban de clapier gellofan. Alors, par zestes diaboliquement lents, elle déroule par ses extrémités la bastille qui tourne entre ses noix. Il s'ensuit des fruits minuscules, des croissements, des glissements subreptices qui parviennent par à-coups successifs et qui couvrent la nymphe aussi. Ce serait plutôt un concerto pour toux majeure.

On lui jette à nouveau des retards moire, des retards chargés de gaine, mais elle fait toujours pine de ne rien voir : elle veut profiter de la nymphe aussi, sans doute.

Ou alors, elle nous montre sa forge avec un zeste d'impuissance : elle nous fait comprendre qu'elle est vraiment dézobée.

Ça y est ! elle suçote la bastille, et sa moue va passer.

Mais nous, on attend, naturellement. Comment ça qu'est-ce qu'on attend ? Mais on attend la prochaine teinte de cou, le prochain chuintement, reniflement, sifflement, borborygme, et l'on s'impatiente même qu'il n'arrive pas, car tant qu'on ne l'aura pas joui, on ne pourra pas profiter du compère.

Brusquement, elle éternue.

Alors là, on n'en peut plus. On sait que le compère est définitivement fourchu. On se tourne vers elle d'un seul bout, et, au comble de l'exaspération, on lui jette : « Mais baisez-vous donc à la fin ! Baisez-vous donc ! »




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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 22:57

La critique universitaire a longtemps dédaigné Jules Verne. Même à Nantes où il est né. Etroitement scientiste et positiviste dans ses thèmes, de quelle innovation pouvait-on créditer son écriture romanesque ? Ne s'agissait-il pas d'une simple littérature pour enfants ? De passage devant le musée Jules Verne de Nantes cette après-midi, je me suis arrêté un instant pour me détourner de ces simplismes.

L'année du centenaire de sa mort, 2005, a été en effet l'occasion de deux nouveautés à Nantes :

- la restauration, modeste mais réussie de ce petit musée

- la tenue d'un colloque international « Jules Verne, les machines et la science », organisé par l'Ecole Centrale de Nantes, plus exactement par mon ami Philippe Mustière (Directeur du département des langues et communication à l'Ecole Centrale) et par Michel Fabre (P.U. Sc de l'educ Nantes).

Le XXè siècle a admiré comment, une par une, les prévisions de Jules Verne se sont réalisées : invention du cinéma, mise au point d'aéronefs variés parcourant l'atmosphère, l'espace et le cosmos, sous-marin remontant à la surface au pôle même, trajet vers la lune à la minute près etc. Mais, à mes yeux, le regain d'intérêt actuel pour Jules Verne vient d'ailleurs :

1/ Le vieux projet « comment instruire la jeunesse de façon ludique » reste d'actualité : illustrations, canevas narratifs dynamiques, technologies de pointe, voyages extraordinaires (62 !), inventions et découvertes, héros admirables, paris chronométrés etc Qui ne voit que, plus que jamais, le succès et la liberté appartiennent à ceux qui sont cultivés ? Avec le Magasin d'éducation et de récréation, les boulimiques de culture sont à leur affaire

2/ Verne, comme Baudelaire, développe une poétique moderne : celle de l'acier, de la machine, des dangers et des merveilles scientifiques. Son œuvre n'est pas un apologue de la technologie mais de la puissance créatrice de l'homme. Elle annonce Huxley père et fils, Boris Vian, la science-fiction et les explorateurs d'aujourd'hui : Jean-Louis Etienne, Auguste Jacques et Bertrand Picard, Steve Fossett etc.

3/ Il nous aide à penser notre monde rétréci par internet, les satellites (TNT, GPS), les lignes aériennes, le TGV et les téléphones cellulaires : les vrais voyages ne sont pas des courses de vitesse (ses personnages de scientifiques échouent souvent) mais le déploiement d'un imaginaire, une course à l'inventivité. Verne s'insère dans une chaîne de grands démiurges qui part de Prométhée pour aller vers De Foe, Poe, Lautréamont, Rimbaud, Nietzsche, Gracq, Tournier. Les inventions humaines apparaissent dérisoires face aux éléments déchaînés : volcanisme, houle polaire, cyclone, tsunami, séisme, maelström, ce n'est pas aux rényonés que je l'apprendrai. Comme Pascal, Valéry, Vian, Roubaud, Calvino, Borges, Guillevic, Queneau, Perec, et tant d'autres, Jules Verne m'aide à refuser cette question entendue dans la plupart des conseils de classe : « il est littéraire ou scientifique ? ». Prochain voyage extraordinaire : Amiens !

 

 

 

maquette du nautilus


les deux Jules




"L'épouvante", orthoptère, amphibie, automobile, navire et aéroplane inventé pour Robur le conquérant







le monument de Georges Barreau consacré à Jules Verne au Jardin des Plantes de Nantes

on y trouve des allusions au Tour du monde en 80 jours, à De la Terre à la lune et à Cinq semaines en ballon


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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 19:48

Avant-hier, ma voisine, euphrasie-framboise, m’a offert un recueil de Daniel Biga que je ne connaissais pas, forcément, c’était le dernier : Impasse du progrès (ed Traumfabrik juillet 2008). Quel beau titre. Avec dédicace s’il vous plaît : « Pour Jean-Claude Noël 2008 ô mon voisin Kilukru ? E-F »

Je vous entends déjà : « Euphrasie est nantaise, t’es nantais depuis 40 ans, Biga vit à Nantes : voisins, coterie ». Même pas vrai. Biga parle une langue polyphonique inusable inlassable qui vous poursuit, qui rend friable le déjà lu, déplie le mille-feuilles qu’on croyait derrière.

Lisez-moi ça (oui datif éthique), ce sont les pages 4 et 5  :

« Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre » pensait Ulysse. Aussi son chant écarta six reines et écueils ainsi sut-il revenir vers Pénélope : qu’à son exemple chacun cherche son Ithaque qui en lui demeure – sans doute lui sera-t-il accordé d’y aborder lumen de lumine.

Combien de temps faut-il pour comprendre qu’il n’y a ni passé no future on a le temps d’apprendre qu’y a rien à apprendre sinon le présent (é)mouvant ce curseur dévoile une seconde l’éternité. Que je devienne mon maître et son serviteur intérieurs que je n’aie d’autre héros que moi m’aime.

Le ciel est bleu ou gris et la mer son miroir va ma vie vogue après vague ma nave voyage. Ulysse des banlieues j’aime êtres et hêtres la belle et la bête elle et l’aile le clair et la chair mi-di comme mi-nuit mon cri et mon silence le crépuscule des matins avec celui des soirs j’aime l’obscur et le clair et par l’éclair je vois dans la nuit jour de colère de tendresse ;

pas résigné pas rampant pas rebut pas à consommer condamné pas denrée mais vivant comme le corps beau délicieux croâ je crois et croîs en moi niant les saigneurs de guerre les assassins du seigneur moi-M niant les prophéties de Mal-heure les religieux du Mal-aise désobéissant aux politiques de Mal-être – n’oubliant pas qu’à l’an vert du monde rit le vers lent du démon impasse du progrès ;

simple comme un caillou sage comme un arbre vif comme une pie inquiet comme un homme pays : le monde – patrie : adresse la terre où la femme égale l’homme d’aucun parti mais de la totalité où les humains vont égaux en tous sous le soleil exactement embrassant seule religion la Vie Vraie (la guerre étroite celle des détroits de Toi n’aura pas lieu) n’y a rien d’autre qu’être moi toi soi notre Odyssée ludique dans l’Univers lieu unique sois :

humain humus d’humanité !

merci Daniel de nous réapprendre à écrire, on était en train de se laisser déformer sans rien dire

merci Euphrasie
je vous souhaite de trouver dans une semaine d’aussi beaux cadeaux dans la cheminée.

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