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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 10:05
A Madagascar, une mutinerie témoigne de tensions dans l'armée
Le Monde 09 03 09

La traditionnelle loyauté de l'armée malgache à l'égard du pouvoir en place est-elle en train de voler en éclats ? Dimanche 8 mars, des soldats se sont révoltés dans un camp militaire situé dans la banlieue de la capitale, Antananarivo. Les mutins protesteraient contre les ordres donnés depuis plusieurs jours par le régime de Marc Ravalomanana visant à réprimer les manifestations de l'opposition.


La base, dont l'accès a été bloqué, est un point névralgique dans le dispositif militaire malgache. Plusieurs centaines de soldats y sont installés et d'importants stocks d'armes y sont entreposés.

Sur le même sujet
Lundi matin, une éventuelle contagion de la révolte dans d'autres casernes militaires demeurait incertaine. Cette mutinerie est survenue alors que le pouvoir en place s'efforce depuis le 3 mars de faire cesser les manifestations de l'opposition.


Le maire destitué d'Antananarivo, Andry Rajoelina, conteste depuis trois mois le pouvoir du président Ravalomanana dans un des pays les plus pauvres de la planète. Porté par une frange excédée de la population, il reproche au chef de l'Etat son autoritarisme et son penchant à confondre l'intérêt général avec ses intérêts personnels.

Agé de 34 ans, il était parvenu à réunir régulièrement plusieurs milliers de personnes sur la place du 13-Mai, au cœur d'Antananarivo. Mais, depuis mercredi, les forces de l'ordre en empêchent l'accès aux manifestants. Des échauffourées ont régulièrement éclaté, les gaz lacrymogènes répondant aux jets de pierre. Deux personnes ont été tuées par balles, alourdissant ainsi le bilan d'un conflit qui a déjà fait plus d'une centaine de morts.

Les bureaux de la télévision Viva d'Andry Rajoelina auraient également été saccagés, samedi, par des forces de sécurité. Surnommé "TGV" en raison de sa rapide ascension politique, l'opposant a annoncé, ce même jour, qu'il entrait en clandestinité et assuré qu'il était caché en lieu sûr. Deux jours plus tôt, l'opposant, protégé en permanence par plus d'une centaine de gardes, aurait échappé à une tentative d'arrestation.

VŒU DE NEUTRALITÉ

Malgré les appels de la communauté internationale et des églises locales, les discussions sont au point mort entre les deux parties qui campent sur leurs positions. M. Rajoelina, qui s'est autoproclamé président d'une "Haute autorité de transition", exige le départ de Marc Ravalomanana. Elu en 2002, puis réélu en 2006, celui-ci fait valoir sa légalité. Face à l'impasse du dialogue, M. Rajoelina a proposé, samedi, un élargissement de la table des discussions à d'autres personnalités malgaches.

Sur le terrain, le postulant au pouvoir compte sur la province pour redonner du souffle à son mouvement. Des manifestations ont eu lieu ces derniers jours dans quelques capitales régionales. Mais c'est bien l'attitude de l'armée qui pourrait décider de l'avenir du conflit. Jusqu'à présent, les généraux ont fait vœu de neutralité, malgré une méfiance grandissante à l'égard du chef de l'Etat. Les sans-grade pourraient prendre une décision à leur place.

Sébastien Hervieu

Fil info du 9 mars (Sobika)
12H00 : Pillage en série de la galerie Smart à Tanjombato. Aucune force de l'ordre en vue.
11H44 : Pillage de Courts Tanjombato. Les gens courent avec du matériel sous les mains
11H37 : Une manifestation pro tim est attendue à Mahamasina ce jour à l'appel de radio Mada
11H27 : Dans son communiqué, la gendarmerie nationale annonce faire une distinction claire entre la protection de la vie de la population et des actions contre les pillages.Elle appelle tous les politiciens à se donner la main dans la recherche de solutions.
11H25 : Les forces de l'Emmonat sont consignées dans leurs casernes actuellement
11H09 : On signale : un barrage de pierre à Soanierana et la présence d'émeutiers sur le pont de Tanjombato
11H08 : Le Capsat est toujours barricadé de l'intérieur
11H04 : Pas de forces de l'ordre présentes.
11H00 : Les partisans de Andry Rajoelina ont investi la place du 13 Mai Analakely
03H15 : Selon Midi Madagasikara, une conférence de presse du colonel Colonel Rakotonandrasana qui dirige dorénavant le Capsat sera donnée ce jour
03H10 : Le général Pily de la police nationale appelle à une solution politique.
03H05 : Viva appelait hier sur sa tv à une manifestation place du 13 mai pour lundi
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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 17:31


Affrontement (L'Express de Madagascar le 7 mars)

Un troisième mort à Ambositra


 http://www.lexpressmada.com/index.php?p=display&id=24922

Après les deux victimes, suite aux tirs des forces de l'ordre à Antamponivinany mardi, une autre personne est tombée sur le champ de bataille hier à Ambositra. Il s'agit d'un garçon de 18 ans tué par balle dans le ventre lors de l'affrontement entre les éléments armés et les manifestants contre le régime de Marc Ravalomanana. Deux manifestants sont aussi blessés.
Une trentaine d'éléments venant de Fianarantsoa, selon une source sur place, ont ainsi réussi à franchir le barrage installé à Amoron'Isaha hier à 9 heures trente. Ils se sont livrés tout de suite à la dispersion des manifestants en lançant des grenades lacrymogènes et en procédant à des tirs en l'air.
Une opération qui s'est poursuivie jusqu'au quartier peuplé. Le face-à-face entre les deux camps est devenu musclé en pleine ville. « Ce jeune homme a été atteint par une balle des militaires à une distance de 600 mètres », a soulevé Mamy Josoa, co-dirigeant du Comité de soutien pour la démocratie d'Amoron'i Mania (KMDA).
La même source a révélé qu'un groupe de personnes s'est vengé sur un militaire, ainsi pris en otage. Ces gens, sous le coup de la colère, ont coupé l'oreille de cet élément des forces de l'ordre avant de le libérer.
Compte tenu de cet état de chose, le KMDA a décidé de jouer l'apaisement en ordonnant pour le moment l'ouverture des barrages.
Mamy Josoa a confié pour ce samedi que le meeting qui se tiendra à Antamponivinany, normalement en présence de la délégation dirigée par l'ancien président de la République Albert Zafy, se déroulera pendant l'hommage à la victime.
  Fano Rakotondrazaka
Date : 07-03-2009



Assaut à Ambatobe (L'Express de Madagascar le 7 mars)

Les forces de l'ordre ont dû intervenir hier pour libérer plusieurs centaines d'élèves du lycée français d'Ambatobe bloqués par la population. La délivrance a eu lieu après quelques heures d'affrontement.
 http://www.lexpressmada.com/index.php?p=display&id=24918

Les forces de l'ordre ont lancé une offensive à Ambatobe, quartier où réside Andry Rajoelina, « président de la Haute autorité de la transition (HAT) ». Avec le bouclage des périmètres autour du domicile du fondateur du Tanora malaGasy vonona (TGV), le gouvernement lance un sérieux avertissement à l'ancien maire d'Antananarivo.
Des colonnes de fumée noire sont visibles des quartiers voisins d'Ambatobe jusqu'à Ankorondrano, témoignant de l'intensité de l'opération. Et les coups de feu, qui ont retenti jusqu'à Ampasampito, ont été entendus pendant des heures en fin d'après-midi.
Et pour cause, l'opération menée par les forces de l'ordre était d'envergure. Vers 16 h 30, un convoi militaire composé de quatre voitures 4x4, deux minibus et autant de camions transportant des troupes, ont arpenté Analamahitsy. Bénéficiant d'un renfort d'éléments à bord de quatre camions supplémentaires, ils ont commencé à démanteler les barrages de fortune érigés par les partisans de Andry Rajoelina tout au long de la route menant vers Ambatobe.
Les éléments de l'état-major mixte opérationnel (Emmo/nat) ont dû faire face à la résistance des partisans de Andry Rajoelina. Ceux-ci leur jettent des pierres, et parfois des cocktails Molotov. L'Emmo/nat a riposté par des tirs en l'air et en lançant des bombes lacrymogènes pour disperser la foule, grapillant du terrain pouce par pouce. De telles scènes se sont répétées pendant les deux heures d'affrontement. Le face-à-face a baissé d'intensité et presque cessé vers 18 h 30, le temps pour les forces de l'ordre d'évacuer les élèves du lycée français.
Un officier, présent sur les lieux, a fourni des explications officielles sur les objectifs de l'opération. « Nous avons pour mission d'enlever les barrages et d'évacuer les élèves du lycée français », a-t-il soutenu. Il n'a pas touché mot sur l'éventualité d'une arrestation de Andry Rajoelina, qui, semble-t-il, était absent de son domicile au moment de l'attaque. Or, la résidence de l'ancien maire d'Antananarivo se trouve à une centaine de mètres à
vol d'oiseau de la « zone d'opération ».
L'assaut du vendredi est quand même le deuxième des forces de l'ordre à Ambatobe, en moins de 24 heures. Une première intervention a eu lieu jeudi vers 22 heures. Trois camions, suivis d'autres voitures, stationnaient momentanément au rond point d'Ambatobe. Mais les militaires ont vite quitté les lieux après l'échec de la tentative d'enlèvement des bacs à ordures érigés à l'entrée du portail par un camion de la commune urbaine d'Antananarivo.
Arrestation du « président de la HAT » ou pas, les deux attaques des forces de l'ordre font passer la crise politique à un autre stade.

Encadré
Les élèves du lycée français bloqués

Les élèves du lycée français ont connu une journée chaude hier. Ils ont subi d'une manière indirecte, malgré eux, l'assaut donné par les forces de l'ordre à Ambatobe.
Une première chance d'évacuation des lycéens s'est présentée vers 14 heures. Des négociations sont engagées entre les responsables de l'établissement et les partisans de Andry Rajoelina, qui gardent les barrages. Mais le survol d'un hélicoptère, pendant un quart d'heure, suspecté par les pro-TGV de procéder à une reconnaissance des lieux, a tout fait capoter.
Une deuxième tentative d'évacuation est prévue à
16 h 30. Les voitures sont déjà prêtes et les élèves ont commencé à sortir des édifices scolaires comme si tout est réglé. Mais le début de l'assaut, par l'enlèvement des barrages du côté d'Analamahitsy par les forces
de l'ordre, a obligé les lycéens à rebrousser chemin.
Il a fallu attendre deux heures de plus pour que les
barrages soient dégagés.
  Iloniaina Alain
Date : 07-03-2009



Fil info de la journée du Samedi 07 Mars (Sobika)

16H31: Andry Rajoelina a dit qu'il ne peut plus s'exposer au 13 mai mais que sa "lutte continue"

16H20: Sareraka a lancé des accusations contre le colonel Faly Randriamampiadana responsable de la "violence de l'armée" selon lui

16H12 : Dans un communiqué, Haja André Resampa, négociateur pour Andry Rajoelina affirme que les négociations sont rompues à cause de deux points non acceptés par le camp Ravalomanana : le départ du président et la mise en place de la Haute Autorité de Transition demandée par Andry Rajoelina

16H10: Andry Rajoelina dit sur Viva avoir été victime d'une attaque avec des mercenaires étrangers . Il dit que son arrestation n'est pas une solution

16H06 : Andry Rajoelina dit être en lieu sûr, mais pas chez lui. Il dit que l'Etat est ok pour un gouvernement avec lui mais il est contre et demande le départ de Marc Ravalomanana

16H00 : Andry Rajoelina s'est exprimé par téléphone sur Radio Viva

15H25 : Behoririka: va et vient des manifestants

15H20 : Sur Viva, démenti de la volonté de prendre en otage les élèves du lycée francais. Ils étaient bloqués "pour leur sécurité" annonce la chaine de Andry Rajoelina

15H10 : 67ha : face a face Emmonat - Manifestant : un journaliste pris par les manifestants. "Des gros bras" se sont joints a l'Emmonat
14H10 : Place du 13 mai vide
14H00 : l'Emmonat a repoussé les manifestant venus par Antsahabe devant Mascotte depuis 30 minutes
12H35 : Du coté d'Ambatobe, rien à signaler. Reste les débris d'hier sur la chaussée.
12H15 : Rassemblement pacifique à Antsahabe Mascotte, depuis 11h. A midi, ils sont entrés dans le tunnel, direction Analakely
12H12 : Situation calme depuis ce matin à Tana. Juste un barrage signalé le matin à Ambohipo. Les automobilistes passaient par l'ancienne route
12H06 : Dans une interview, Monja Roindefo a déclaré "toute l'amérique nous regarde" depuis une interview donné à Voice Of America
12H00 : Pas de nouvelles pour le moment de la part de Andry Rajoelina concernant la marche prévue.
12H00 : des manifestants se dirigent vers le centre ville . La place du 13 mai est bouclée par l'Emmonat.



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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 16:12



Fil du 6 mars (Sobika)

18H00 : 3 camions Emmonat sont sur la route d'Analamahitsy

17H55 : Des habitants de la résidence dans laquelle se trouve celle de Andry Rajoelina signale des coups de feu vers le rond point du lycée francais.
17H54 : Selon des parents d'élèves, les Tgvistes recherchent les enfants malagasy de personalités politiques au lycée francais. Tous les élèves restants sont confinés dans le lycée.
17H45 : 2ème front d'affrontement vers Nanisana.
17H40 : Affrontements sérieux a Analamahisty entre les forces de l'ordre et les partisans de Andry Rajoelina
17H38 : Ordre à été donné par les autorités consulaires de confiner les élèves dans l'établissement, dans les salles. Les élèves reçoivent actuellement des rafraichissements, ils sont encadrés par les enseignants dans les salles ( source LFT )
17H35: Ce sont les partisants de Andry Rajoelina qui bloque la sortie des élèves du Lycée Francais et non une mesure prise par le lycée lui même
17H32 : Pour information, la résidence de Andry rajoelina se trouve à une centaine de metres du Lycée Français
17H30 : c'est l'inquiétude au Lycée Francais de Tana. Bus des élèves caillassés. Les élèves toujours pas autorisés à sortir du lycée. Manifestants aux portes du lycéé francais. Certains élèves ont pu sortir par les rizières.
14H40 : L'Hélicoptère n'appartient pas à l'armée malgache.
14H20 : L'hélicoptère aperçu est de type commercial . Il s'agirait d'un hélicoptère Bell 206 ou Bell 407.
14H00 : Les élèves du Lycée Francais sont enfermés dans le lycée.
13H50 : Il n'y a pas de forces de l'ordre sur place a Ambatobe à part un hélicoptère dont on ne sait pas s'il est militaire ou non.
13H40 : Correction : Le représentant du FMI Pierre van den Boogaerde ne faisait pas parti de la délégation recue par Andry Rajoelina ce matin.
13H30 : des détonations sont entendues à Ambatobe à proximité de la résidence de Andry Rajoelina
13H10 : Un hélicoptère tournoi a ambatobe
12H30 : Fianarantsoa : fin de la manifestation. Dispersion dans le calme.
12H19 : Manifestation de l'opposition prévue à 14h à Antalaha.
12H10 : On nous signale du brouillage sur la station Tv Plus.
11H30 : Fianarantsoa : Zafy Albert est arrivé sur la place de la démocratie en compagnie Betiana Bruno, Tabera, Mara Niarisy.
10H36 : Andry Rajoelina a recu des ambassadeurs et représentant Fmi à son domicile d'ambatobe.
10H35 : le SEFAFI ( Observatoire de la vie publique et politique " interpelle l'Etat.
08H15 : Rappel info: Andry Rajoelina s'est exprimé hier par téléphone. Il appelle à une grande marche samedi, habillée de blancs.
06H15 : Barrage dans la montée vers la cité Ambohipo
02H00 : Haja André Resampa est l'un des négociateurs représentant Andry Rajoelina
01H50 : Les représentants de Andry Rajoelina ont boycotté la journée de négociation d'hier.
00H31 : La personne décédée à Ambohipo ( fil info du 4 mars 18h46 ) est une étudiante, sans rapport avec les émeutiers. Elle a été victime d'une balle perdue tirée par l'Emmonat.


 


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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 15:34
Situation toujours aussi tendue, surtout à Antananarivo. Voici quelques articles de la presse malgache glanés ce soir. Photos : sobika.com


L'Express Madagascar :

Meeting interdit

Un mort par balle

La Place du 13-Mai a été investie hier par les forces de l'ordre. Des courses-poursuites ont eu lieu dans les rues de Tana. Un homme a été tué par balle à Isotry.
 

Le sang a coulé hier dans la capitale. L'intervention des éléments de l'Etat-major mixte opérationnel pour empêcher les partisans de l'ancien maire de la ville d'Antananarivo de tenir un sit-in sur la Place du 13-Mai a dégénéré hier en affrontement mortel. Vers 17 heures, les militaires ont ouvert le feu pour disperser des manifestations dans le quartier d'Isotry.
Un homme a été tué sur le coup. Il s'agit d'un marchand de pistaches de la localité. L'homme était sur le bord de la rue quand une balle a traversé son avant-bras gauche avant de pénétrer dans son abdomen. « Cette fois, les militaires n'ont pas hésité à se servir de balles réelles alors qu'auparavant, ils se contentaient de lancer du gaz lacrymogène et de tirer en l'air », déclare un témoin.
Panique générale
La capitale était en effervescence hier. Dès 8 heures du matin, toutes les rues menant vers Analakely ont été barricadées par les forces de l'ordre. Malgré tout, des partisants de Andry Rajoelina ont tenté d'investir les lieux. Pour les empêcher, les militaires se sont servi de leurs armes.
La foule paniquée a pris la fuite, ce qui a provoqué des bousculades comme celle qui s'est produite à Ambohijatovo. Blessé au ventre, un homme a dû subir une intervention chirurgicale dès son admission à l'hôpital Joseph Ravoahangy-Andrianavalona d'Ampefiloha.
A Analakely, deux autres individus ont été blessés au visage. Plus au sud, une autre personne a également subi le même sort dans une chute. L'entrée en scène des étudiants et des jeunes en provenance d'Ankatso et d'Ambohipo a aggravé la situation.
Vers 11 heures, ils ont débarqué au barrage monté par les forces de l'ordre au niveau du camp du Régiment militaire n°1 à Andohanalakely. Pour les faire évacuer les lieux, les militaires ont intensifié leur action.
Les forces de l'ordre les ont pourchassés jusqu'à Antanimbarinandriana où un homme a été blessé par un éclat de grenade. Il a été aussitôt évacué à l'Hopital Joseph Ravoahangy Andrianavalona, à quelques mètres du lieu.
Ce n'est pas le cas d'un colonel de l'armée de l'air à Ambatonakanga. Une foule rendue furieuse par l'intervention des militaires s'en est pris à cet officier supérieur qui ne faisait pas partie de l'Emmo-nat en mission. La foule l'a attaqué alors qu'il passait par hasard dans le quartier avec sa voiture. Des individus lui ont lancé des pierres. Blessé à la tête, il a été évacué à l'hôpital.
La sixième blessée est une femme qui a reçu une balle dans le bras à Anosibe-Angarangarana. Selon son mari, elle se trouvait dans la cour de sa maison quand elle a été touchée par le projectile. Pour le moment, l'origine du tir reste inconnue, étant donné qu'aucun élément de l'Emmo-nat n'est intervenu dans le quartier.
  Teholy Martin
Date : 05-03-2009



Ambositra

Deux morts dans les manifestations

Les tirs des forces de l'ordre ont fait tomber deux manifestants hier à Ambositra. L'un d'entre eux, un garçon de 12 ans, est mort sur le coup tandis que l'autre a rendu l'âme au Centre hospitalier de Volafotsy, toujours dans la ville d'Ambositra. Six blessés sont aussi enregistrés. L'affrontement n'était plus évitable à la troisième journée de la manifestation menée par le Comité de soutien pour la démocratie d'Amoron'i Mania (KMDA).
L'incident était survenu hier après-midi, au moment où les partisans du mouvement de contestation ont effectué une marche vers la résidence à Antamponivinany. Les manifestants qui revendiquent la démission du chef de région, René Rasolofoarimanana, ont cherché d'autres voies menant à la même destination, suite à l'interdiction faite par les forces de l'ordre.
Certains d'entre eux ont intensifié les jets de pierres sur les forces de l'ordre qui ont, par la suite, ouvert le feu afin de les empêcher d'avancer.
Des témoins oculaires ont évoqué la présence de militaires venant de Fianarantsoa dans le rang des tireurs hier, lors de l'affrontement. Les têtes pensantes du KMDA n'ont pas tardé à réagir sur la situation après une brève réunion d'urgence. Elles ont condamné la tuerie tout en ordonnant de nouvelles mesures de sécurité dont la mise en place des barrages tous les 100 mètres à Ambositra depuis hier soir.
  Fano Rakotondrazaka
Date : 05-03-2009



Le Fil du 5 mars sur SOBIKA

16H17 : l'Etat met en vente du riz à 700 ar le kilo pour les plus démunis.
16H16 : La course aux casseurs continuent à Ampefiloha, alarobia, mascotte ankadivato, isotry, tsiadana, ankatso.
14H58 : Les lieux chauds de la capital en ce moment sont: Soarano, Escalier Ambondrona, Ankazomanga, Ambohimananara, Andravohangy
14H30 : Alain Rajaonarivony a rencontré Jean Faure, le président du groupe France Madagascar au l'assemblée nationale sénat en France, au nom de la société civile malgache en france.
12H45 : controle général dans les rues des passants "défavorisés" : personnes sans chaussures, 4mis...
12H30 : L'Emnonat est sorti du tunnel, encore quelques grenades , du tunnel à mascotte tout est vide, rassemblement des manifestants 100 m plus haut que l'ex alliance francaise
12H15 : nouvel attroupement à Antsahabe, la foule sort du tunnel en courant, bombe lacrimogène, barrage de fortune devant l'ex alliance francaise.
09H15 : barrage de cette nuit enlevé a Ambohipo .
09H02 : Force de l'ordre présentes Place du 13 mai
08H50 : Analakely est dégagé de circulation. Avenue vide ( photos a venir )
09H00 : Barrages à 7H30 aux 67ha

° Radio Antsiva a reçu une lettre de mise en demeurre du Ministère des Télécommunications
° Couvre feu depuis mardi à Mahajanga. Les forces de l'ordre ont procédé à 31 arrestations pour pillages depuis lundi ( source express )
° 1 mort et plusieurs blessés dans les confrontations hier avec les forces de l'ordre à Tana
° Des négociations ont toujours lieu entre les deux camps malgré les évènements.
° Le Premier Ministre a annoncé 17 000 bénéficiaires du plan HIMO à Madagascar. Himo est un programme de travail pour les couches sociales les plus défavorisées



Gros coup de massue

Beaucoup se demandaient " mais que fait Marc Ravalomanana ". Son inaction a jeté beaucoup d'interrogation, mais en une journée elles ont été balayées. La journée d'action entreprise par l'Etat hier, à savoir le quadrillage d' Analakely et la poursuite des manifestants / casseurs dans les rues de Tana, est un coup dur pour Andry Rajoelina ( voir fil infos du 4 mars ).

Cela le coupe de ses partisants qui faisaient sa légitimité d'opposant, et cela lui coupe toute action populaire sur le terrain. Marc Ravalomanana qui avait annoncé le matin même qu'il n'y aurait pas de place pour l'anarchie, a frappé fort et à pris l'initiative pour la première fois depuis le début de la crise. La venue des émissaires de l'Union Africaine n'est sans doute pas étrangère à cette réaction. Dorénavant tous les yeux se tournent vers Andry Rajoelina. Que va t il faire...ou plutôt que peut il faire et où est il ?

Son mouvement qui s'enlisait déjà depuis quelques jours semble maintenant à l'arrêt . Il sera très difficile pour lui de remettre le train en marche surtout que l'armée à définitivement choisi son camp : la fidélité au président élu. L'action du président a été plus qu'un coup dur pour Andry Rajoelina. Dans l'opinion publique et internationale, il a réaffirmé son autorité, ce qui va être difficilement contestable pour les Tgvistes.

L'avenir du mouvement et de son leader semblent plus qu'incertain. Peut être qu'une page s'est définitivement tournée hier dans cette crise.




LE  PARI  DIFFICILE  DE LA VICTOIRE DU  « FIHAVANANA »

Par Pascal Razafindramboa Membre de la Société Civile de Fianarantso

Scénario A : Le Président  Marc Ravalomanana continue de diriger le pays avec son équipe et sa manière habituelles, sans avoir accordé aucune concession à l'opposition


Scenario B : Mr Andry Rajoelina  accède au pouvoir, et gouverne avec son équipe, éventuellement avec l'appui des partis de l'opposition

Scenario C : Président Marc Ravalomanana et Mr Andry Rajoelina  se partagent le pouvoir, et acceptent de diriger ensemble le pays

Si on est déjà dans le scénario A, on risque d'y rester, faute d'évolution vers le scénario B ou C. Le scénario B semble cependant le moins plausible. Le scénario C semble être par contre le plus probable, le plus judicieux, le plus apte à répondre au fameux « fihavanana » malgache. Sa réussite va beaucoup dépendre des humeurs et des fortes personnalités des deux leaders actuels. Mais ce scénario C est sans doute aussi le plus explosif, et le plus fragile. Il est donc important que tout le monde se mobilise, contribue à la reflexion et aux débats en cours. Il est tout aussi fondamental que toutes les régions manifestent leur identité et leur sensibilité respectives. Pour que le « fihavanana » réussisse à la fois au sommet, et à la base.


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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 06:44
Travailler et bloguer, c'est pas toujours évident. Je compte sur votre indulgence lorsque je suis silencieux plusieurs jours. J'ai bien peu dormi depuis mercredi à cause des paquets de copies corrigés la nuit. Le conseil de classe d'hier soir m'a empêché de vous photographier le croissant de lune cendré. Ce sera peut-être pour ce soir. Dans 8 jours, les vacances. Je pourrai plus facilement mettre en ligne documents, photos, infos et éculubrations et je pourrai enfin répondre un peu aux questions posées en commentaires. Merci à ceux qui en font !
Je rappelle que je n'ai jamais su qui visite le blog (je sais seulement le nombre de visiteurs uniques par jour, environ 40), ni qui écrit un commentaire si vous prenez un pseudo.
Chaque jour, je me tiens au courant de la situation à Mada, car j'y serai du 13 au 20 mars (blog arrêté ou au ralenti) et je constate que depuis la rupture des négociations entre le Président Ravalomanana et le maire de Tana Rajoelina, tout est possible d'un jour à l'autre, et pas seulement à Tana. Avant-hier 2 morts et une douzaine de blessés très graves à Fianarantsa (300 kms au sud de Tana sur la RN7). Les vols Paris/Tana sont très perturbés (beaucoup ont été annulés récemment). Apparemment les vols St-Denis/Diego sont maintenus, je touche du bois. Une amie va me prêter le fameux bouquin de Nicolas Fargues Rade Terminus.
Je vous colle 3 articles récents sur les derniers développements.
http://www.office-tourisme-diego-suarez.com/
http://www.lexpressmada.com/
http://www.sobika.com/
www.mada-on-earth.skyblog.com

LE MONDE (hier)
Deux personnes sont mortes, vendredi 27 février, lors de la dispersion par les forces de l'ordre d'un rassemblement de l'opposition à Fianarantsoa, dans le sud de Madagascar, à environ 410 km au sud d'Antananarivo, a déclaré à l'AFP depuis Antananarivo le chargé de la communication de la gendarmerie nationale.

Il n'a pas précisé dans quelles conditions étaient intervenus ces morts, mais a ajouté qu'il y avait aussi eu "plusieurs blessés". L'épouse de l'opposant politique Pety Rakotoniana actuellement emprisonné, Ialy Rakotoniana, qui figurait parmi les organisatrices du rassemblement, a fait état de "treize blessés graves [qui se trouvent] à l'hôpital".

Au total, une centaine de personnes sont mortes à Madagascar depuis le 26 janvier dans les violences qui ont émaillé la crise politique née du conflit entre le président Marc Ravalomanana et le maire d'Antananarivo, Andry Rajoelina, qui a depuis été destitué par les autorités. Le camp de l'opposant Rajoelina a appelé à un grand rassemblement samedi à Antananarivo.
M. Rajoelina, 34 ans, avait annoncé mercredi soir la rupture des discussions avec le chef de l'Etat, absent mercredi d'un quatrième rendez-vous prévu entre les deux adversaires. Jeudi, les forces de l'ordre avaient dispersé, sans faire de blessés, environ 3 000 partisans de M. Rajoelina qui manifestaient à Antananarivo.

SOBIKA (ce matin)

COALITION POLITIQUE AUTOUR DE ANDRY RAJOELINA A MADAGASCAR

Andry Rajoelina ne jouera plus perso désormais dans son mouvement contre l'Etat. Il est désormais le chef d'une structure appellé comité national de coordination et qui regroupe les principaux partis des leaders de l'opposition : Rolland Ratsiraka, Alain Ramaroson, Jean Lahaniriko, André Ramaromisy, Jean Max Rakotomamonjy ainsi que l'ancien ministre de l'AVI, Jean-Jacques Rabenirina.

Le premier acte de cette nouvelle plateforme de l'opposition est de mettre une structure dans chaque fonkontany jusqu'aux districts. Le CNC National, sera présidé par Andry Rajoelina et devrait être présenté ce jour aux partisans Tgv , place du 13 pour la manifestation prévue depuis Jeudi.

Quel sera l'impact et le poids de cette coalition, sur l'opinion et sur le terrain politique ? Bonne question mon cher Watson. Ce qu'on peut dire, c'est que cela devrait mettre un terme à un retour des négociations

L'EXPRESS MADA (ce matin)

Plus de trente entités politiques se sont réunies hier à Antsahabe. La coordination des manifestations sur tout le territoire a été étudiée.

L'équipe d'Andry Rajoelina et la grande famille de l'opposition forment un bloc presque deux mois après le début du mouvement de contestation. Des représentants de plus de trente entités alliées ont tenu une séance de travail à Antsahabe hier matin, en vue de manifestations d'envergure nationale. La rencontre a eu lieu le lendemain de la création du Comité national de coordination des actions (CNC) présidé par l'ancien maire de la capitale à son domicile à Ambatobe.
Antennes régionales
Monja Roindefo, « Premier ministre de la Transition » a ainsi dirigé la délégation composée essentiellement de ses « ministres » à ce rendez-vous avec les politiciens. Parmi ces derniers figuraient le président du PSDUM, Jean Lahiniriko, celui du MTS, Roland Ratsiraka, Jean Clément et Joseph Yoland de l'association Matsilo, Alain Ramaroson de la Force de changement pour la démocratie (FCD), le Leader Fanilo Jean Max Rakotomamonjy ainsi que l'ancien ministre de l'AVI, Jean-Jacques Rabenirina.
A l'issue de la réunion, Jean Lahiniriko a annoncé à la presse la prochaine mise en place des antennes du CNC au niveau des districts, des communes, voire même des fokontany. « Il n'est plus question d'attente. Nous devons agir le plus tôt possible », a ajouté Hary Naivo Rasamoelina, président du DHD Madagascar.
La grande réunion publique sur la Place du 13 Mai ce jour accueillera la nouvelle structure du CNC. Mais les manifestations sous sa coordination s'effectueront dans les différentes circonscriptions à partir du lundi.
L'ancien sénateur Bruno Betiana a précisé à ce sujet que « ces manifestations auront lieu en même temps sur tout le territoire national ». Cela exige une sérieuse coordination.
De son côté, une délégation de la Plate-forme des partis et associations politiques de l'opposition (SPAP) n'avait pas attendu la mise en place du CNC pour se rendre en province. Elle a été présentée à la foule lors du meeting hier sur la Place de la démocratie près du Magro, à Fianarantsoa.
Fano Rakotondrazaka
Date : 28-02-2009

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 14:21
l'éditorial du Monde daté d'hier, le fil info de Sobika au moment où j'écris et des articles parus aujourd'hui

photo : sobika (le samedi rouge)

Editorial

Cynisme mortel

LE MONDE | 09.02.09 | 14h00  •  Mis à jour le 09.02.09 | 14h00


L'un des pays les plus pauvres du monde est dans la tourmente : Madagascar. La Grande Ile n'en avait pas besoin. Lancé à l'assaut d'un pouvoir impopulaire mais élu, confronté à une baisse d'intensité de son mouvement, Andry Rajoelina, le maire de la capitale, Antananarivo, n'a trouvé qu'une issue : envoyer la foule de ses partisans à la mort. Vingt-huit d'entre eux ont payé de leur vie, samedi 7 février, le cynisme de cette stratégie du "casse-pipe". En incitant les manifestants, rassemblés pacifiquement le matin, à marcher ensuite sur le palais présidentiel, M. Rajoelina, autoproclamé "responsable suprême", a pratiqué une fuite en avant qui risque de rendre tout à fait incontrôlable une situation malgache déjà délétère.

Le maire, qui s'est gardé de participer au défilé, ne pouvait ignorer ce qui allait se passer lorsque la foule franchirait la "zone rouge" bordant le bâtiment présidentiel. Il savait que l'armée et la police étaient restées fidèles au président Marc Ravalomanana, et se souvenait que l'histoire malgache a été jalonnée de répressions aveugles. En 1991, le président Didier Ratsiraka avait fait tirer sur les "marcheurs de la liberté", causant des dizaines de morts dans des circonstances analogues.

Tirer sans sommation sur une foule désarmée pour protéger un bâtiment où le président n'était, semble-t-il, pas présent est évidemment inacceptable. Les innombrables chaussures et casquettes orange, la couleur des partisans du maire d'Antananarivo, qui jonchaient le parvis du palais présidentiel après la fusillade témoignent de la soudaineté de la répression et de la terrible panique qui a suivi. La décision du maire de forcer le destin est d'autant plus cynique qu'elle est intervenue à un moment où semblait s'ébaucher un dialogue. Le drame risque de rendre difficile toute discussion entre un pouvoir crispé et une opposition révoltée par le bain de sang. Il risque d'entraver l'ouverture d'un véritable débat sur les dérives d'un président-businessman qui confond le pays qu'il dirige avec les entreprises qu'il possède.

Alors que le maire parie sur un crescendo de violence, c'est une stratégie inverse qu'il faudrait s'attacher à défendre. La France, ancienne puissance coloniale, marche sur des œufs à Madagascar, mais elle a raison de prôner un "dialogue pacifique" qui pourrait s'amorcer avec l'arrivée sur la Grande Ile d'un représentant des Nations unies. Ces événements tragiques l'ont montré : Madagascar ne sortira pas de la crise sans une médiation internationale.

Fil Info 10 Février

12H35 : Michèle Ratsivalaka va autoriser la contre manifestation de Mercredi ( 11h à Mahamasina ). Pas de déclaration du PDS Guy Randrianarisoa
12H30 : 4 ministres annoncés par Monja Roindefo : - Ministre securité interieur General Rakotoharimihantaharizaka qui vient du corps de la police nationale -
- Ministre Decentralisation Amenagement et territoire, Mme Andrianiana Harivelo -
- Ministre Interieur et reforme administrative Mr Masimana Manantsoa qui est l'actuel Dir Cab du Ministere
Ministre Finance et Budget - Benja Razafimahaleo (frere de Herizo Razafimahaleo)
10H12 : Une contre Manifestation est prévue pour Samedi Mercredi 11 février à Mahamasina
10H11 : Monja Roindefo devrait annoncer les noms de son gouvernement Tgv ce jour
10H10 : L'Ile Maurice appelé à une action concertée de la communauté internationale pour résoudre la crise politique qui secoue Madagascar
10H00 : Le ministre des affaires étrangères de l'Ile Maurice à déclaré hier être contre une prise de pouvoir par des moyens antidémocratiques"

Fil info 09 Fev 2009 19H45 : les conditions d'un dialogue pour andry TGV sont un gouvernement de transition, une éléction anticipée et la poursuite en justice de Marc Ravalomanana.
19H35 : Une des victimes de samedi a été rapatriée à Tuléar et "exposé" lors d'un rassemblement de l'opposition
18H30 : Le Ministre de la coopération Alain Joyandet sera a Madagascar Mercredi accompagné d'une délégation de "haut niveau" de la commission de l'océan indien
18H20 : Andry Tgv proclame une grève générale a partir de demain.
18H00 : grève des transports jeudi à Tana selon le président des coopératives
17H50 : Le président a rencontrer le FFKM cet après midi.
16H30: L'Union Africaine va envoyer un émissaire Amarra Essy, à Madagascar
13H27 : M. Haile Mekeiros rencontrera Andry Rajoelina cet après midi
13H26 : Marc Ravalomanana accepte le role de facilitateur de l'émissaire de Nations Unies
13H20 : Marc Ravalomanana a recu l'émissaire de l'Onu ce matin à 10H30
13H04 : Avant sa nomination, le vice-amiral Ranaivoniarivo était le directeur de cabinet militaire auprès de la présidence malgache:
13h00 : Nouveau ministre de la Défense : le Vice amiral Mamy Ranaivoniarivo
11H47 : Les écoles francaises sont fermées jusqu'au 2 mars. Activité normale à Tana en dehors des zones à risque
11H30 : Le cortège se dirige vers la place du 13 mai
10H50 : La Ministre de la Défense a démissioné ce matin


Les Malgaches ne voient pas d'issue à la crise
LEMONDE.FR | 10.02.09 | 13h41  
  • Mis à jour le 10.02.09 |La fin de Tikoland ?
Le maire Rajoelina, fin communicateur, a su surfer grâce à son empire médiatique sur le mécontentement général de la population qui vit dans des conditions épouvantables. Ce n'était pas bien compliqué, au vue de la gestion du pays par le président,qui possède le quasi-monopole sur tous les produits alimentaires de base, entre autres. Il a pu s'exprimer alors que l'opposition avait été fermement muselée. Son objectif : prendre le pouvoir. Ses méthodes manquent certes de maturité mais il est prêt à tout. Il faut savoir que le régime en place a la main mise sur beaucoup de secteurs économiques : transports, BTP, médias, etc. Les Malgaches ne se font aucune illusion sur les desseins du maire mais veulent tout de même la fin du régime en place.

Quant au président, on a vu hier sa ferme intention de mater le peuple. Sa situation devient délicate. Les instances internationales le lâchent doucement et depuis hier il est devenu indésirable. Il y avait tout de même la volonté de tuer. Pas de tir d'avertissement, au moins quarante morts, pour la plupart des gamins déshérités. Sans commentaire. Depuis c'est censure, zéro nouvelles de province, mais les vieux relents de l'histoire risquent de ressortir : les provinciaux n'aiment pas les dirigeants des hauts plateaux qui massacrent la foule. La population a été traumatisée par les images diffusées sur les quelques médias independants, moi aussi. C'était un carnage.


  • Des sacrifices pour rien par Kaila

Tout d'abord je tiens à faire une remarque sur la tenue de mes propos. Il y a quelques semaines j'étais une fervante partisane de TGV. Cependant, depuis quelques jours je désapprouve totalement sa conduite et ses actes face à la dégénération de la situation actuelle dans la capitale. Exemple le plus proche, l'envoi au suicide de plusieurs personnes probablement payées pour investir le pseudo PM de son pseudo gouvernement. Je tiens aussi à confirmer par des faits dont je ne vais pas vous faire part qu'il est fortement soutenu par les anciens membres du régime de Didier Ratsiraka, ancien président. Preuve d'un total mépris de la démocratie mais seulement utilisation de la population pour arriver à ses fins. De plus, j'ai fortement peur que tout cela n'ait été fait que dans le seul but de détruire la capitale qui actuellement est la plus affectée. Il ne faut pas non plus exagérer sur le fait que la population malgache soit derrière ce dernier. Seul un nombre peu important de partisans le suive. Car si la population de Tana avait voulu vraiment prendre le palais samedi, elle y serait arrivée et sans effusion de sang. Mais que faut-il faire maintenant pour redresser la situation : établir un directoire militaire peut être ou encore éliminer le problème directement à la racine en faisant taire les fous. Merci.

  • On attend

Il y a une semaine, "pour le moment on attend" était la réponse aux interrogations de mon entourage. Depuis, la foule a marché sur le palais présidentiel d'Ambotsirohitra. Bilan : des morts par dizaines, des blessés par centaines. Et pourtant la réponse est la même : on attend !
En mission à Fianarantsoa, je n'ai pas vécu les événéments de samedi dans la capitale. 400 km au sud, un rassemblement devant le Magro détruit, une estrade, des musiciens. Les manifestants ne sont ni pour Ravalomanana, ni pour TGV. Ils sont d'ailleurs prompts à dire qu'ils "s'occuperont de l'autre après". Reste à savoir dans quel ordre... Pour le moment, la rue annonce l'arrestation et le passage à tabac du leader TIM local (le parti du président).
Retour à Tana hier. Les barrages se sont multipliés sur la route, qui n'est pourtant pas bloquée. A Tana, chauffeurs de taxi,classe supérieure, collègues de travail : tous craignent que l'on s'enfonce dans la crise. Les jours précédents, l'affaire Daewoo, l'avion présidentiel, la fermeture de Viva étaient les critiques du pouvoir les plus souvent citées. Aujourd'hui, l'on se demande comment Ravalomanana peut s'en sortir après les morts de samedi. Dans le même temps, les critiques contre TGV fusent parfois : il aurait "envoyé des gamins à la mort". Au final, les gens sont contre Ravalomanana sans oser soutenir TGV, bref, on attend !

  • Tananarive sous tension

Depuis à peine un mois, je travaille en tant qu'infirmière auprès des enfants de la rue de Tana ; les premieres manifestations étaient joyeuses. Lle peuple malgache était plein d'espoir, confiant dans son jeune leader le maire de Tananarive. Il est descendu dans la rue pour dire stop aux dépenses provocatrices de leur présiden, stop à la trop grande misère. Peu à peu avec les premiers affrontements et les pillages qui ont fait de nombreuses victimes l'inquiétude peut se lire sur les visages, on craint que les réserves de riz diminuent, l'huile et l'essence augmentent, etc. Samedi dernier, ce fut un massacre ; le maire a envoyé le peuple à la boucherie ; les gardes du gouvernement ont tiré sans sommation sur des jeunes gens aux mains nues qui disaient juste leur désespoir de ne jamais voir un jour leur pays sortir de la misère ; la liste des morts est longue... ils ont tous moins de trente ans, le plus jeune avait 8 ans.
Hier journée de deuil sans heurt dans le recueillement et le chagrin ; depuis rien ne va plus... les rues se sont vidées. Les bureaux ferment très tôt. Le couvre-feu débute à 20 heures jusqu'à 6 heures du matin ; les négociasions ont l'air de piétiner... Il semble que le bras de fer entre ces deux hommes de même classe sociale na pas d'issue ; et pourtant ici chacun voudrait sortir de l'impasse qui ralentit les activités et accentue la misère ; les Malgaches malgré toutes ces injustices restent souriants et gardent leur légendaire gentillesse.

7 et 8 février 2009 - Tana par Mic


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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 14:59

Photo 2/07/09. (c) tv5 fusillade au palais 14H50

Photo 7/02/09 la foule à 13H30 ( sobika )

La destitution du maire de Tana n'a évidemment rien réglé. La violence reprend. Je copie-colle le fil des événements à 18h heure rényonaise + 2 photos pris dans le site Sobika (pour l'instant, rien dans le site de L'Express), un article du JIR/Clicanoo d'aujourd'hui et un article de Rue89 d'avant-hier.
http://www.sobika.com/
http://www.lexpressmada.com/

17H08 : Un camion militaire brule sur l'avenue de l'indépendance
17H00 : Benjamin Andriamparany Radavidson demande sur Radio Antsiva au parlement de destituer Marc Ravalomanana
16H57 : Toujours des rafales de tirs entendus a Antaninarenina. Pas d'infos sur qui sont les auteurs et les cibles de ces tirs
16H55 : Selon des témoignages, une explosion de mines a Antaninarenina est ce qui a fait le plus de victimes ( matv )
16H30 : Des gendarmes blessés par balle arrivent à l'hopital HJRA.
16H28 : Selon nos journalistes sur place, plus de 40 morts par balle .
15H55 : Selon radio Antsiva, les forces de l'ordre qui étaient dans le palais sont sorties et seraient les auteurs de coups de feu actuels ( radio antsiva )
15H50 : coups de feu a Antaninarenina
15H48: Selon les journalistes regroupés à xxxx, il y aurait 31 morts dont un cameraman de la RTA. Bilan provisoire à confirmer
15H47 : Selon RFI, les tirs venaient de l'intérieur du palais
15H40 : Il y a des victimes, mais pas encore de bilans officiels.
15H15 : Situation toujours tendue
15H13 : Andry Rajoelina demande sur sa radio a l'Emonat de prendre des dispositions
15H12 : Sur sa radio, Andry TGV dit que c'est la garde présidentielle qui a tiré. Information non confirmée.
15H10 : Impossible de savoir quels sont les militaires qui ont tiré car trop de témoignages contradictoires.
15H00 : Les secours pompiers et ambulances convergent vers Antaninarenina
14H50 : Les tirs proviendraient des militaires a l'exterieur du palais (en Attente de confirmation)
14H48 : Les militaires continuent de tirer.
14H47 : Des corps par terre. Des blessés. des cris.
14H46 : Les militaires ont tiré sur la foule !
14H44 : Le général Dolin est resorti. la foule se dirige vers le palais.
14H38 : Andry TGV attend au niveau du trésor, les militaires sont toujours là aussi.
14H35 : La délégation conduite par le Général Dolin est dans le palais présidentiel. Interdiction faite aux journalistes d'entrer.
14H31 : La foule marche sur le palais sans contrainte Général Dollin, des députés, TGV, Monja en tête de cortège.
14H30 : Les forces de l'ordre rebroussent chemin .
14H20 : Le président n'est pas dans le palais
14H12 : Les forces de l'ordre ont dit " qu'ils ont toute liberté de tirer" car les manifestants sont en zone rouge
14H02 : Hiram-pivahana en dehors du Palais...Général Dolin en négociation avec les militaires
13H58 : TGV et Monja sont devant Ambotsirohitra
13H56 : Déploiement des forces armées de Mahazoarivo ( palais 1er ministre ) sur Antaninarenina
13H55 : Consignes ont été données à la foule de rester calme et de suivre les directives.
13H53 : Discussion avec l'EMONAT sur place.
13H52 : la garde présidentielle se trouve a l'intérieur du palais
13H45 : TGV et Monja, passent en voiture devant la BNI Analakely direction Ambotsirohitra
13H44 : Personne ne sait si Marc Ravalomanana est au palais ou non
13H43 : Les Forces de l'ordre devant le palais annoncent qu'elles ne feront rien !
13H38 : Le convoi se dirige lentement vers Antaninarenina. Foules très impressionnante !
13H26 : Antaninarenina : les forces de l'ordre sont au niveau de ex-shoprite prisunic et ONE.
13H25 : TGV, Monja et les manifestants sont en direction du Palais d'Ambotsirohitra !!!!
13H20 : " Ambotsirohitra" appartient au peuple déclare Andry tgv
13H15 : Andry TGV annonce qu'ils vont aller à Ambotsirohitra ce jour !
13H05 : Monja Roindefo fait un discours dans les 3 langues officielles : malgache, francais, anglais.
12H56 : Monja Roindefo 43 ans est le fils de Monja Jaona et président du parti Monima Ka.
12H49 : Andry TGV sera président de la "Haute autorité pour la transition"
12H47 : Monja Roindefo, premier ministre du gvt annoncé de Andry TGV
12H30 : Des "casseurs" sont présents à proximité de la gare de soarana
12H20 : Andry Rajoelina commence son kabary place du 13 mai
04H12 : Rossy ne sera pas à Tana ce samedi. Il n'a pas ou pu embarquer.
Madagascar : la police tire sur des manifestants, au moins 5 morts
CLICANOO.COM | Publié le 7 février 2009
Au moins cinq personnes ont été tuées samedi à Madagascar par la police qui a ouvert le feu sur une manifestation de l'opposition dans la capitale Antananarivo, a rapporté un photographe de l'AFP.

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=201609&page=article

Un groupe de partisans du maire déchu de la capitale Andry Rajoelina, devenu le principal opposant au pouvoir malgache, a commencé à marcher vers un des bureaux du président Marc Ravalomanana, après un face-à-face de près d'une heure avec les forces de l'ordre. Un premier cordon de policiers anti-émeutes s'est replié face à l'avancée des manifestants, mais un second cordon, plus proche du palais présidentiel, a tiré à balles réelles. Peu auparavant, le maire de la capitale, 34 ans, avait, devant quelque 20.000 partisans réunis sur la place du 13-Mai, pris la tête d'une "Haute Autorité de transition" qu'il venait de créer, franchissant une nouvelle étape dans son opposition au régime. Il avait ensuite appelé ses partisans à se rendre vers ce palais présidentiel pour y installer le "Premier ministre" qu'il venait de nommer. Andry Rajoelina, qui a engagé des procédures pour destituer le président Ravalomanana, a lui-même été destitué par les autorités.

© 2009 AFP



Madagascar, victime de ses politiques et des multinationales

Par Michel Koutouzis | Consultant | 05/02/2009 | 14H49

http://www.rue89.com/2009/02/05/madagascar-victime-de-ses-politiques-et-des-multinationales

Dans les statistiques des organisations internationales, Madagascar est à peine visible: infrastructures rudimentaires (pas de réseau routier et ferroviaire conséquent), administration disparate et très mal payée, maillage territorial très centralisé, milliers de côtes sans aucune surveillance... Ce pays est une tête de pont idéale pour le crime organisé.

Madagascar est, comme le Congo ou l'Angola, un blasphème géologique: le pays est pauvre, mais son sous-sol est extrêmement riche en gemmes de toutes sortes. Et du côté du canal du Mozambique, on y découvre, de manière accélérée, d'importants gisements d'hydrocarbures.

Le long règne du président Ratsiraka, qui dirigea d'une main de fer le pays pendant un tiers de siècle (1975-2002, avec une interruption de quatre ans au milieu des années 90), a transformé Madagascar.

Ce joyau de l'empire colonial français est devenu une immense entreprise de prédation des ressources naturelles, grâce à un système de gestion basé sur la corruption et des baronnies claniques et familiales, qui, toutes, déclaraient allégeance au président déchu.

Une double administration: un Etat faible, des clans prédateurs forts

Une double administration s'est mise en place: d'une part, celle de l'Etat aux moyens vétustes et d'autre part celle du Président et des clans prédateurs.

Toute entreprise engrenant des bénéfices substantiels (ilang-ilang, cannelle, poivre, pierres industrielles, pierres précieuses et semi-précieuses, café, bois tropical, tourisme, etc.), fonctionna au sein d'un système dit "informel", échappant aux contrôles de l'Etat.

Même les produits de première nécessité, comme le riz, par des mécanismes sophistiqués, et du fait que la terre appartient à plus de 80% à l'Etat, étaient contrôlés par la famille présidentielle et ses acolytes.

Si la gestion interne était le "fait du prince", les exportations -surtout l'or, les pierres précieuses et semi-précieuses- passèrent rapidement aux mains des clans asiatiques et africains agissant souvent pour le crime organisé.

Certains hommes d'affaires véreux, américains et européens, ayant passé des contrats d'exportation avec l'entourage présidentiel, en font de même.

Après 2002, des espoirs déçus par Ravalomanana

La chute du clan Ratsiraka et l'affaiblissement des baronnies pouvait faire espérer l'avènement d'une nouvelle ère.

En 2002, le Président Marc Ravalomanana a conquis le pouvoir en dirigeant une insurrection populaire contre la corruption et l'isolement de l'île. Il a ensuite gagné les élections sur un discours d'homme d'affaires (qu'il est), libéral, ouvert à la coopération internationale, au libre échange et la modernisation du pays.

Mais il est très vite devenu clair, malgré certaines reformes et la création d'un pôle anticorruption (Bianco), que rien ne changeait vraiment. Les nouveaux investisseurs étaient purement et simplement rackettés, le Président multipliait les pôles de ses activités et de ses domaines réservés.

Une liste existe à Madagascar qui vous indique dans quoi vous ne pouvez pas investir. Chaque année, cette liste s'allonge.

La Banque mondiale, l'Union européenne, la Chine, l'Allemagne, la France, pour ne citer que les plus gros bailleurs de la communauté internationale ont vu, année après année, la transformation d'un pays éclaté en une entreprise présidentielle qui taillait en lots l'ensemble du pays faisant espérer des concessions minières et sous-marines. Elles aboutissaient rarement, mais tenaient les investisseurs en laisse.

Au coeur du système: le ministère des Mines

Au centre de ce système de prédation, le ministère des Mines et la politique minière menée à Madagascar depuis des décennies.

Le concept de "mine sauvage" veut qu'à la place d'une exploitation rationnelle, on a privilégie une exploitation de masse par une centaine de milliers de "creuseurs". Issus de la partie la plus déshéritée de la population malgache, ils trouvent là un moyen de subsistance.

Deux autres raisons invoquées pour le maintien de ce système de mine sauvage sont des contrevérités: l'éparpillement des mines et leur faible rendement d'une part, et le fait que les pierres semi-précieuses (pierres fines) n'intéressent pas le secteur minier international.

Le résultat de cette ingénierie trafiquante est que les pierres précieuses et pierres fines à Madagascar ne représentent annuellement qu'autour de 1% des exportations enregistrées. Le reste s'évapore.

Par ailleurs, le ministère des Mines et de l'Energie, est toujours déficitaire et la police minière, qui n'a toujours pas de véhicule, emploient en tout et pour tout une dizaine d'agents...

La terre appartenant dans sa grande majorité à l'Etat (les paysans sont simplement tolérés), le ministère de l'Aménagement du territoire a distribué des concessions énormes (un dixième du territoire) à des entreprises étrangères.

C'est ce qui a mis le feux aux poudres: en brandissant la carte tamponnée du droit de prospection de la société coréenne Daewoo à sa propre télévision, le jeune maire d'Antananarivo (qui avait appuyé Ravalomanana dans sa conquête du pouvoir mais se sent exclu du gâteau de la prédation), mène aujourd'hui la dissidence à la tête de son propre parti dont le nom est un tout un programme: le TGV.

Car Madagascar vit dans le domaine de l'imagerie et de la mythologie du progrès. En attendant, ce pays qui est loin de manquer de ressources -ou à cause de cela?- subsiste dans une pauvreté absolue.



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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 21:55
Les raisons de la colère contre le président de Madagascar
Cet article de J-L Raharimanana publié aujourd'hui dans Rue89 vaut mieux que de longs discours

Par Jean-Luc Raharimanana | Ecrivain | 31/01/2009 | 16H50


Suspendu aux nouvelles, voici qu'un ami résident aux Etats-Unis m'envoie un message: "Qu'est-ce qui se passe à Madagascar? Je croyais Marc Ravalomanana très populaire, et je ne comprends pas trop ce qui se passe." Cet étonnement résume parfaitement la situation, au moment où le maire de la capitale, Andry Rajoelina, se proclame nouveau dirigeant du pays.

Les médias avaient laissé Madagascar en 2002 à l'aube d'une ère nouvelle, démocrate bien évidemment, bien décidéà sortir la tête de sous l'eau du sous-développement. En 2002 donc, un peuple s'était levé pour renverser l'amiral sans flotte Didier Ratsiraka (vingt-trois ans au pouvoir en tout) et l'envoyer sans façon dans la banlieue misérable de Neuilly-sur-Seine.

L'histoire était belle, un petit laitier, pratiquement illettré, fils de pauvres paysans, avait bâti sa propre fabrique de yaourts, et, à force de travail et d'acharnement forgé un empire agroalimentaire, Tiko, avant de gagner, par les élections s'il vous plait, la Mairie d'Antananarivo, la "Ville des milles".

Un an après la mairie, il avait ravi la présidence de la République, et ce, grâce toujours à la force de sa volonté, à sa soif de réussite et de liberté. Il lui avait fallu pour cela entraîner tout le peuple malgache dans la révolte, contre des élections truquées et un deuxième tour joué d'avance en faveur de son adversaire, tenir des meetings contre la dictature, entretenir une révolution pacifique sur la place hautement symbolique du 13 mai, là où la première République néocoloniale était tombée en 1972, là où en 1991, Didier Ratsiraka était tombé pour la première fois avant de revenir en 1997.

Il lui avait fallu prendre les armes -une première dans l'histoire malgache-, pour conquérir complètement toute l'île. Le monde pensait qu'enfin, après tant de sang versé, 1947, 1972, 1991, Madagascar allait enfin connaître la paix et la prospérité. On ferma le ban.

L'île ne sera plus dorénavant qu'un dessin animé produit par Disney. "Madagascar 1". "Madagascar 2". Les enfants pensent même que les girafes, lions et autres hippopotames, personnages emblématiques du film, viennent de là, de cette île merveilleuse tenue par de joyeux macaques et lémuriens excentriques.

Même Amnesty International, très présent lors des troubles de 2002, la retirait des pays à observer prioritairement. Ravalomanana allait s'y engouffrer avec délectation.

Une justice aux ordres

Si les récentes images de pillages et d'émeutes ont surpris à l'étranger, il n'en va pas de même pour les Malgaches. Le feu couvait depuis la réélection de Ravalomanana en 2006, après une panne d'électricité bienvenue dans les locaux du ministère de l'Intérieur en plein décompte des voix...

Les émeutes étaient latentes, la situation était tendue: qui ne se souvient de la situation loufoque où un candidat à la présidentielle, Pierrot Rajaonarivelo, n'eut pas le droit de fouler le sol malgache? Mais également la constitution remaniée de manière à rendre impossible la candidature des métis.

On parla beaucoup de l'ivoirité de Bédié, mais le pur jus malgache est également disponible dans les rayons constitutionnels de nos tristes tropiques.

Car ce qui arrive aujourd'hui est bien le fait de Ravalomanana, l'homme en qui une très grande majorité de malgaches avaient placé leurs espoirs, l'homme qui, ayant su bâtir son empire commercial, ne pouvait que réussir à la tête du pays. Mais Ravalomanana a raté l'occasion de devenir un grand homme.

Une complicité des bailleurs

La France, comme les autres bailleurs de fonds, ne sont pas dupes de la nature dictatoriale du régime de Ravalomanana, mais le cynisme économique n'a que faire de ces questions, le FMI comme la Banque Mondiale misent sur lui pour garantir un pouvoir "stable" et "cohérent", afin que le commerce et les investissements se déroulent dans un "climat et un environnement favorables".

Ces pays, institutions et entreprises internationaux en sont pour leurs frais ces derniers jours...

Si les émeutiers de ces derniers jours s'en sont pris en premier lieu aux biens et entreprises liés à Ravalomanana, ce n'est guère étonnant. Si les zones franches et centres commerciaux sont pris pour cibles, ce n'est guère étonnant.

Un nombre important d'internautes crient au suicide économique par ces pillages systématiques, il est vrai que Madagascar y va tout droit maintenant. Mais est-ce bien surprenant quand les politiques présentent la pauvreté comme un atout économique à préserver, le moindre coût de la main d'œuvre, l'absence de protection sociale qui rend la vie facile aux zones franches (qu'on appelle vu d'Europe les entreprises délocalisées)?

Est-ce bien surprenant quand ces mêmes politiques arguant d'un investissement à long terme promet à la location 1.300.000 ha, la moitié des terres cultivables du pays, pour une entreprise privée, le sud-coréen Daewoo, pour une culture de maïs transgénique, toute destinée à la population coréenne?

Est-ce bien surprenant quant les pillages des ressources minières se font au grand jour?

Le partenariat privé/public, un empire économique

Populaire avant son accession au pouvoir par sa réussite économique, Ravalomanana n'a pas mis longtemps à confondre ses affaires avec celles de l'Etat. L'innocence des Malgaches n'a d'égal que leur soif de liberté et de vie meilleure, à tel point que lorsque Ravalomanana leur a lancé son slogan "minoa fotsiny" -"croyez seulement"-, ils n'y ont vu qu'une parole messianique qui allait les sortir de cet enfer de la pauvreté, un peu comme le "travailler plus pour gagner plus"...

Dès les premiers mois de son mandat, Ravalomanana a mis en place son pouvoir autocratique afin d'étendre son empire économique. Neutralisation de ses amis politiques et diabolisation systématique de ses adversaires.

La terreur instaurée au sein même du gouvernement permet d'écarter toute fuite d'information et toute rébellion contre le système mis en place. Ainsi de la politique du partenariat privé/public, inspiré que du nom du Blairisme, le discours tenu se résumant au fait que le privé et le public doivent travailler la main dans la main pour développer ensemble le pays, toutes les ressources vives de la nation devant contribuer à cet objectif louable de lutte contre la pauvreté.

Il s'agit en réalité d'une fusion du privé et du public, le privé étant dans ce sens les entreprises du Président, de sa famille et de ses amis. Le groupe TIKO se diversifie alors d'une manière impressionnante, ne se cantonnant plus à l'agro-alimentaire. Pratiquement tous les appels d'offre passés par l'Etat Malgache tombent dans l'escarcelle de TIKO Group qui s'étend maintenant dans tous les domaines économiques, de la cimenterie à la riziculture, de la construction au tourisme, de l'abattoir à la limonaderie...

Ainsi, faute d'atteindre Iavoloha, le palais présidentiel, les émeutiers ont rendu cendre l'auditorium de MAGRO (Madagascar Grossiste), entreprise capitale de Ravalomanana qui distribue les denrées alimentaires dans pratiquement tous les coins de l'île.

L'affaire Daewoo

Le coup de force d'Andry Rajoelina d'inaugurer une "place du la démocratie", le 17 janvier 2009, répond à une interdiction de fait. Le défi de la population d'Antananarivo à Ravalomanana est là, celui d'avoir élu un "gamin" de 34 ans à la Mairie de la ville, celui d'avoir répondu à son appel à manifester Place du 13 mai la semaine d'après, le 24 janvier, début de l'escalade.

Car la folie de Ravalomanana est montée d'un cran depuis juillet 2008, période où il a signé la cession des terres malgaches aux coréens de Daewoo. Ce qu'il faut savoir, c'est que Ravalomanana a modifié en profondeur le rapport aux propriétés foncières de l'île.

La location du million trois cent mille hectares à Daewoo intervient ainsi dans un contexte tendu que la création du ministère de la Réforme foncière, des Domaines et de l'Aménagement du Territoire n'a fait qu'aviver...

Pour les Malgaches tenant à la "terre des ancêtres", cette cession aux Coréens est une trahison irréversible du sacré, d'autant plus que Ravalomanana a caché l'affaire à la population, et il aura fallu que le Financial Times vende la mèche. Malgré le démenti gouvernemental et de Daewoo, l'affaire ne passe pas auprès de l'opinion publique, d'autant plus que de grandes quantités de terrain sont déjà cédées dans les régions concernées.

Dans ce climat de confrontation, le 17 janvier donc, le maire inaugure la place de la Démocratie, appelle la population à entamer une grève générale dès le 24 janvier. Il pense refaire le coup de 2002, mais n'a pas assez pesé la situation. Les symboles de l'injustice sont trop nombreuses dans la rue, les étiquettes Tiko sont partout. La population n'attendait qu'un signe pour casser ces symboles et pour se servir enfin...

Lundi et mardi noirs

L'armée refusant d'obéir à Ravalomanana laissa les pilleurs faire leurs boulots pendant deux jours et une nuit. Ce n'est que la nuit du mardi qu'en accord avec le Maire Andry Rajoelina dépassé par les événements qu'elle accepta d'intervenir. Est-ce le signe que Ravalomanana ne dispose plus de la confiance de toute l'armée ? Les deux camps revendiquent en tout cas le mérite d'avoir fait « agir » l'armée.

Se posant comme un potentiel président de la République, Andry Rajoelina réclame aujourd'hui un gouvernement de transition et exige d'être à sa tête, démocratie? Sans programme, sans proposition, sans véritable parti politique, n'est-il seulement porté par une ambition personnelle en accord avec son parcours étrangement semblable à celui de son adversaire Ravalomanana?

Et qu'en pense la majorité de la population? Ces derniers jours terribles ressemblent plus à une émeute de la faim d'une population poussée à bout et à un refus de la politique dictatoriale de Ravalomanana qu'à un plébiscite franc à un programme politique précise.

Entre un ultralibéralisme sans contrôle et un désir exacerbé de sortir de la misère, Madagascar se trouve à un tournant - encore une fois de son histoire. Tenu sans scrupule par un réel autocrate, l'île a cette tentation de confier une fois encore son destin à un homme providentiel, Andry Rajoelina s'efforçant d'endosser cette tenue.

Ce drame se déroulant dans le silence coupable de la communauté internationale me semble pourtant être un miroir terrible de notre époque, entre crise alimentaire des peuples et voracité des spéculateurs, entre crise idéologique et collusion du politique et du patronat, l'exemple malgache ne peut que faire réfléchir, même dans ces pays de l'opulence et du progrès, ces pays du chômage et du licenciement, ces pays de la crise financière et de la relance...

Vivant en France depuis plus de quinze ans, exilé me qualifie-t-on souvent comme écrivain, immigré à coup sûr, sans papiers au faciès, originaire d'un pays pauvre, je ne me suis jamais senti autant chez moi que ces derniers temps de casse sociale et de surenchère politique...



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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 14:19

Après les morts et les milliers de sans abri des cyclones Eric et Fanele lundi 19 et mercredi 21, ce sont les morts de l'insurrection populaire depuis lundi. Beaucoup de rényonés ont de la famille à Mada ou y travaillent, d'où une grande inquiétude ici. Si vous faites www.lexpressmada.com : rien ne se passe (L'Express de Madagascar est le principal quotidien et il est assez indépendant par rapport au pouvoir). Apparemment les serveurs sont tombés. Ci-dessous, les derniers articles de Clicanoo/JIR

Un bilan encore plus lourd : 102 morts

CLICANOO.COM | Publié le 29 janvier 2009

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=200726&page=article

Le bilan des morts à Antananarivo s'est encore alourdi hier. Les sapeurs-pompiers de la capitale ont découvert de nouveaux corps carbonisés dans les décombres du magasin Trading Center d'Anakely qui a pris feu. Au total, 35 personnes auraient péri dans cet incendie. Selon les secouristes, l'incendie a été déclenché par les allumettes qui ont servi à éclairer tous ceux venus dévaliser le commerce. « En entendant la police intervenir, des profiteurs se sont enfuis, raconte un journaliste malgache. Ils ont laissé la grille tomber. D'autres ont été enfermés à l'intérieur et n'ont pu s'échapper alors que le feu avait démarré ».' Lundi, six autres cadavres avaient été découverts dans la centrale Magro de Tanjambato. Ces victimes avaient succombé « à des piétinements et à cause de piles de sacs de riz qui se sont effondrées ». Mardi, un prisonnier a été tué et dix autres blessés lorsque les forces de l'ordre ont réprimé par balles un début de mutinerie dans la prison Antanimora. Il faut également ajouter deux civils tués lors des émeutes lundi. Dans les régions, le nombre de morts reste difficile à évaluer. On sait que 24 personnes ont été tuées à Tuléar électrocutées et que 16 personnes ont été étouffées dans des bousculades à Mahajanga. Selon les estimations de nos confrères de l'Express de Madagascar, le pays comptait hier au moins 102 morts liés à la crise depuis lundi

"Il y a un risque d'entêtement du président et du maire"

CLICANOO.COM | Publié le 29 janvier 2009
Rédacteur en chef de "La Lettre de l'océan Indien", Francis Soler estime que la crise à Madagascar était inévitable. Le risque est maintenant que le président Ravalomanana ne tienne pas compte de ce qui s'est passé ces derniers jours. Et que son opposant cherche à tout prix à le pousser dehors.

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=200727&page=article

Tout le monde considère que cette crise était prévisible. Est-ce votre avis ?

Absolument. Il existait un sentiment montant de mécontentement vis-à-vis du président Ravalomanana qui est même antérieur à l'élection d'Andry Rajoelina à la mairie de Tana fin 2007. Les gens ont alors voté pour quelqu'un qui s'affichait clairement comme un concurrent et un opposant à Marc Ravalomanana. La question que tout le monde se posait, c'était de savoir quel serait le déclic qui mettrait le feu aux poudres. Les habitants de la capitale sont las de la situation qu'ils ont connue dans les années 90. Les Tananariviens se sont fortement mobilisés en 2001 et ils ont été déçus. Tana a été la ville qui a porté au pouvoir Ravalomanana. Les gens ont un sentiment personnel d'être responsables de ce qui s'est passé. Rappelons qu'il y avait déjà eu une alerte avec une mini-émeute lors d'un match de foot. Contrairement à ce que les autorités ont fait croire, il ne s'agissait pas d'actes de délinquance. Le déclic a donc été la montée de l'opposition entre le maire de Tana et le président de la République. C'est devenu une affaire politique, commerciale et personnelle. Le président n'a eu de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. Et d'empêcher Andry Rajoelina de devenir un opposant politique. C'est le remake du cheminement politique de Marc Ravolomanana. La goutte qui a fait déborder le vase a été la saisie des émetteurs de la télé Viva appartenant au maire, sachant que le président est lui-même propriétaire d'un groupe de presse. D'ailleurs, les premières cibles des émeutiers ont été les sociétés qui appartenaient au président. Et les médias qui étaient la voix de Ravolomanana.

On connaît le parcours d'Andry Rajoelina mais on cerne mal son entourage. Qui le soutient ? Des partis sont-ils derrière lui ? Est-il vraiment nouveau en politique.

Le maire de Tana est un homme politique extrêmement jeune. Il a 34 ans. Ses affaires ont été florissantes. Il est arrivé en politique de façon un peu forcée. L'entrepreneur qu'il était a connu tellement de conflits commerciaux avec l'État et avec Marc Ravalomanana qu'il a été poussé sur la scène politique. D'autres personnalités auraient pu se lancer mais elles ont été commercialement laminées par le président de la République. Andry Rajoelina s'est, lui, jeté dans la bataille avec un soutien très hétéroclite. Petit à petit, il a catalysé l'opposition. Il a vu venir vers lui des soutiens. Y compris des gens de l'ancien Arema, le parti de Didier Ratsiraka, ou encore le neveu de celui Rolland Ratsiraka. Des gens qui ont été marginalisés politiquement et réprimés. Andry Rajoelina est finalement devenu le seul opposant face au président et au parti présidentiel hégémonique au Sénat, à l'Assemblée. Ravalomanana a fait modifier la loi sur les partis pour éviter que des candidats indépendants se présentent aux élections. Il ne voulait pas que le mouvement de TGV se développe en province. L'opposition étant muselée, les gens se retrouvent derrière Andry Rajoelina. Son élection à la mairie en 2007 montre aussi que beaucoup de Malgaches sont fatigués des vieux politiciens. Son élection, c'est aussi le reflet de l'américanisation de la vie politique malgache. Il faut de l'argent pour se présenter. Ce n'est pas un hasard si TGV est un peu un clone de Ravalomana. Le problème pour Andry Rajoelina est qu'il ne pourra pas se présenter aux présidentielles de 2011 puisqu'il n'aura pas 40 ans. Cette limite a été fixée volontairement pour que lui ou des gens de sa génération se présente.

Comment voyez-vous la suite des événements ?

Dès le début de la crise, des gens ont fait la navette entre les deux hommes ou entre leur entourage afin d'essayer de trouver un terrain d'entente et de faire en sorte qu'ils se rencontrent. Dans la haute hiérarchie de l'ethnie merina, l'une des craintes est un embrasement du pays. L'hégémonie politique merina pourrait être mise en cause. Madagascar possède aujourd'hui un président merina et premier Ministre merina. La tradition est d'avoir un président côtier et un premier Ministre merina pour représenter l'ensemble des composantes du pays. La peur est donc que la crise aille trop loin. Les églises, les hommes d'affaires, les bailleurs de fonds ont fait pression pour que la situation s'apaise. Pour l'instant, c'est le maire de Tana qui a refusé une rencontre avec le président. Il souhaitait profiter d'un rapport de force lui permettant d'imposer un gouvernement de transition dont il prendrait pris la tête. Mais il n'est pas sûr d'avoir ce rapport de force. Andry Rajoelina ne veut pas non plus se faire enfermer dans une relation avec un président qui l'a reçu à plusieurs reprises et lui a tenu des propos paternalistes. Dès que le maire a eu le dos tourné, le président a pris des mesures répressives contre la municipalité ou le business d'Andry Rajoelina. Pour retarder toute rencontre avec Marc Ravalomanana, le maire a pris comme prétexte qu'un manifestant avait été tué par un soldat.

Les deux hommes vont bien être contraints de discuter un jour.

Dans les deux camps, il existe des forces qui poussent à la réconciliation. Mais il y a aussi un risque d'entêtement des deux leaders. Ravalomanana sait ce qu'il fait. Il a poussé Andry Rajoelina à la faute. À prendre des initiatives politiques qui vont au-delà de ce qu'il imaginait au début. L'idée du président est aujourd'hui de mettre en prison Andry Rajoelina et de l'isoler politiquement comme il l'a fait avec Roland Ratsiraka qui était le leader politique de Tamatave. En jouant ce jeu, les deux dirigeants risquent de mettre le feu aux poudres dans tout le pays. La solution à la crise serait alors encore plus difficile à trouver. D'ores et déjà, on voit mal comment le président Ravalomanana va sortir grandi de cette crise. On voit mal comment il pourra avoir la crédibilité nécessaire pour se représenter aux élections. Toutefois, il y a une contradiction. Il est à la fois président et homme d'affaires. Partir brutalement revient à abandonner ses intérêts économiques. Sa richesse est en jeu. Il n'a pas d'autres solutions que de s'agripper au pouvoir. C'est cet élément qui rend la chose complexe et dangereuse.

Comme dans beaucoup de crises de ce type, il semble que l'armée détienne en partie les clés du problème.

L'armée malgache n'est pas une armée africaine, si l'on peut dire. Cette armée ne s'est jamais battue contre un ennemi intérieur. Elle a très souvent une attitude mesurée. Lors des événements dans les années 90, ce n'est pas l'armée qui a tiré sur la foule mais la garde présidentielle de Didier Ratsiraka. Ce n'est pas pareil. L'armée ne veut pas non plus un remake de la crise 2001-2002 lorsque l'institution s'était cassée. Il y avait eu des affrontements intermilitaires. L'armée fait donc généralement preuve de retenue. Lors de cette crise, les forces de l'ordre ne sont pas intervenues dans un premier temps. Mis à part ce qui s'est passé devant la MBS. Elles ont changé d'attitude quand aussi bien Marc Ravalomanana qu'Andry Rajoelina ont appelé au calme dans la matinée de mardi. Les militaires ont alors considéré qu'il s'agissait d'une mission nationale. En revanche, si la crise est sans solution et s'aggrave, il ne faut pas exclure que le recours à l'armée ait lieu. Ce qui n'est pas le cas actuellement. Et il y a des militaires au gouvernement, ils sont bien placés dans les institutions

Entretien : Jérôme Talpin



Le pouvoir en sursis

CLICANOO.COM | Publié le 29 janvier 2009
Un calme précaire est revenu hier à Antananarivo avec une présence plus soutenue de l'armée. Plus de 10 000 partisans d'Andry Rajoelina ont rendu hommage au jeune tué lundi par un soldat. Le maire a annoncé une journée morte pour aujourd'hui et une grande manifestation samedi. Marc Ravalomanana a, lui, voulu montrer qu'il dirigeait bien le pays en accusant TGV d'être le responsable des émeutes.

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=200724&page=article

Invisible depuis dimanche, Marc Ravalomanana est réapparu en public dans la journée d'hier. Le chef de l'État a visité les locaux de la radio et de la télévision nationale malgache détruits lundi. Il était accompagné du Premier ministre, du ministre des Affaires étrangères, du ministre de la Défense nationale, et son épouse. Une façon de montrer que l'ordre était revenu et qu'il tenait toujours solidement les rênes du pays. Pour affirmer son autorité, Marc Ravalomana a accusé le maire d'Antananarivo d'être "l'initiateur des troubles" qui aurait fait au moins 102 morts dans tout le pays. Il a également reproché à Andry Rajoelina de n'avoir pas répondu à son appel au dialogue. Le chef de l'État a ajouté que le gouvernement avait lancé un mandat d'arrêt à l'encontre de l'ex-maire de Tamatave, Roland Ratsiraka et du général Dolin, directeur de cabinet d'Andry Rajoelina. Tous les deux sont considérés comme les responsables "des opérations de destructions".

"J'ai donné l'ordre de ne pas intervenir"

Le président malgache a cru bon de préciser qu'il allait demander le soutien de la France pour effectuer ses arrestations. Du coup, l'ambassade de France a aussitôt réagi en précisant que Paris ne soutenait aucune personnalité mais que le gouvernement français allait aider l'État malgache dans les opérations de reconstruction. Les diplomates français auront sans doute apprécié la façon de Marc Ravalomanana de vouloir instrumentaliser ses bonnes relations avec Paris après avoir tant critiqué Paris ces derniers mois. Interrogé sur l'absence d'intervention des forces de l'ordre lundi contre les émeutiers, Marc Ravalomanana a, là aussi, voulu montrer qu'il était maître du jeu tout en dissipant les idées selon lesquelles l'armée serait restée attentiste ou n'aurait pas obéi aux ordres : "C'est moi qui ai donné l'ordre aux militaires de ne pas intervenir. Il faut bien gérer la crise, sinon cela aurait été un bain de sang".Le président a une nouvelle fois appelé la population au calme et lui a demandé de "collaborer avec les forces de l'ordre pour rétablir le calme. Tous les moyens seront mis en œuvre pour redresser la situation". La journée d'hier a également été marquée par le rassemblement de plus de 10 000 partisans d'Andry Rajoelina sur la place du 13-Mai. Voulant rendre hommage au jeune homme tué par un militaire lundi devant la chaîne de télé MBS, la foule a observé une minute de silence. Après s'être recueilli devant la dépouille de l'adolescent, le maire a affirmé à la foule lancer "un ultimatum à l'État pour que d'ici demain (ndlr aujourd'hui) il condamne aux travaux forcés celui qui a donné l'ordre et celui qui a exécuté" la victime. Andry TGV Rajoelina a lancé que les commanditaires des émeutes sont les responsables de l'Etat, sans toutefois les nommer, dans le but de décrédibiliser son mouvement. "Demain (ndlr aujourd'hui), nous allons attendre chez nous pour voir si la demande a été acceptée", a ajouté le maire, selon qui "dans l'attente de la réponse de l'État, on va faire d'Antananarivo une ville morte : pas d'école, bureaux et magasins fermés. Samedi, on sera tous ici, sur la Place du 13 mai", a-t-il affirmé, sans faire mention de rassemblement vendredi, avant que la foule ne disperse dans le calme. L'adjoint du maire, Andriamahazo Nirhy-Lanto, a déclaré qu'il n'y avait pour le moment pas de discussions directes avec M. Ravalomanana, estimant que ce dernier était "désavoué nationalement".

"La revendication du peuple"

Andry TGV Rajoelina estime toujours qu'il ne peut discuter avec le président Ravalomanana tant que le gouvernement n'a pas démissionné. "La revendication du peuple", répète-t-il. Celui qui est devenu le principal opposant au chef se dit prêt à prendre la tête d'un gouvernement de transition. Par ailleurs, de plus en plus de commentateurs politiques évoquent l'hypothèse d'un troisième homme. Dans la capitale, on parle en effet beaucoup du rôle actif que jouerait dans cette crise l'Amiral Rouge Didier Ratsiraka depuis son exil de Neuilly

Jérôme Talpin, Pana Reeve et AFP

Encore des pillages à Tamatave

Si un calme précaire était revenu, hier, à Antananarivo, où le maire Andry Rajoelina avait décrété avec le soutien de l'armée un couvre-feu mardi soir, la situation était encore particulièrement tendue à Tamatave. Selon différentes sources, la ville portuaire de la côte Est a encore été le théâtre de pillages de magasins. Des manifestants ont tenté de prendre d'assaut le camp Galiéni de la gendarmerie pour s'y procurer des armes. Mais les gendarmes auraient riposté en ouvrant le feu. Plusieurs victimes seraient à déplorer. La journée a également été tendue à Mahajanga, sur la côte Ouest, où il ne reste plus guère de commerces qui n'ont pas été mis sac. Selon un journaliste, plus de 80% des magasins ont en effet été dévalisés depuis mardi. D'abord ceux appartenant au groupe Tiko, ensuite ceux de la communauté karana. Au moins 16 personnes auraient trouvé la mort dans des bousculades dans la journée de mardi. De nouveaux pillages ont également été signalés à Nosy Be, à Antalaha et à Fianarantsoa. À Diego-Suarez, l'opposition a organisé une manifestation.

Les voyageurs et ressortissants français fuient le pays

CLICANOO.COM | Publié le 29 janvier 2009
Si les compagnies réunionnaises qui desservent la Grande-Ile disent ne pas avoir beaucoup d'incidence sur leurs réservations, les voyageurs qui arrivent de Tananarive ne dissimulent pas les raisons de leur retour.

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=200731&page=article

Le drapeau vert blanc rouge flotte au vent, mais le consulat général de Madagascar est vide. Herivelona Andriamiaranjato, vice-consul à la Réunion se refuse à tout commentaire officiel. Dépendant directement du ministère des affaires étrangères malgache, il explique : "Forcément, il y a une baisse des demandes de visas mais il y a des gens qui viennent malgré tout. Nous leur demandons de reporter leur voyage comme le préconise le Quai d'Orsay mais ils restent libres de choisir." Du côté des compagnies aériennes, les agences ne désemplissent pas. "En ce moment, nous avons surtout des organisations de départ pour les vacances de mars", explique Régis Técher, chef de vente à l'agence Air Madagascar à Saint-Denis, "Ceux qui partent maintenant s'informent et s'interrogent. Si il y a des demandes d'annulation ou de report, nous traitons les dossiers au cas par cas. Mais nous sommes assez souples compte tenu des circonstances. De toute façon, nous sommes actuellement en période creuse. Il n'y a donc pas vraiment d'incidence. Par contre, il y a pas mal de retour anticipé de Madagascar." Pour Air Austral qui commercialise également des billets vers la Grande-Ile, aucun vol ne sera annulé tant que l'aéroport de Tananarive restera ouvert. Les pleins de kérosène se font à la Réunion afin d'assurer l'aller-retour sans problème, la compagnie aérienne confie n'avoir "pas particulièrement enregistré d'annulation".

"J'ai craint pour ma vie"

Si les compagnies aériennes se veulent rassurantes, le son de cloche est différent sur place où les touristes fuient le pays. "Tout le monde a vu les images à la télévision lundi et mardi. Alors les voyageurs écourtent leurs séjours et partent", relate un ressortissant français basé dans la capitale. Hier, à l'aéroport de Gillot, la tension était palpable pour les Réunionnais qui attendaient famille et amis de retour de la Grande-Ile. "Ma petite amie est en vacances depuis un mois là-bas, elle a eu le temps de voir les choses se durcir. Elle devait rentrer lundi mais a été retardée par les événements. Les opposants au président ont barricadé l'accès à l'aéroport.", explique Christophe, 27 ans, le regard embué. Il poursuit : "Elle a vu l'horreur. Je serais soulagée lorsque je la verrais en chair et en os." Au sortir de l'avion, parmi les 120 passagers, certains visages sont graves. Des voyageurs refusent de parler : "C'est trop dur ce que j'ai vu", lâche l'un d'eux avant de s'éclipser. Des employés de la société Orange ont été rapatriés avec femmes et enfants. "C'est plus par précaution" confie un père de famille. Géraldine, 39 ans, est consultante à Tananarive depuis deux ans. Elle a choisi de venir passer quelques jours à la Réunion chez une amie le temps que les choses se calment : "Depuis un mois, il y avait des grèves permanentes, la tension était palpable et de plus en plus forte. L'ambassade de France donne la consigne de rester chez soi car il est dangereux de sortir. On n'a pas la possibilité d'aller à la banque pour retirer de l'argent et tous les magasins sont pillés. Donc c'est très compliqué pour acheter à manger. Alors si l'on n'a pas fait de provision... Ce n'est pas une situation très rassurante. J'ai craint pour ma vie. En face de chez moi, hier, il y a eu des tirs de l'armée qui ont fait cinq morts. On n'est pas visés. Mais une balle perdue, c'est vite fait."



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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 17:33

47

Grâce à remue.net, un billet du Journal de la Réunion et à un article de Libération hier, on apprend qu'une pièce de Jean-Luc Raharimanana est interdite par le ministère des Affaires étrangères dans les centres culturels français de l'océan indien.
Plutôt que de m'indigner, je vous laisse lire des extraits du dossier de remue.net constitué à partir des documents transmis par JL R, le billet clicanoo et l'article de Libé.

Présentation de Remue :
Composé « à la mémoire des insurgés du 29 mars 1947, Madagascar », 47 a été créé les 19 et 20 septembre 2008 au centre culturel Albert-Camus d’Antananarivo, Madagascar. Interprété par Romain Lagarde et Sylvian Tilahimena, 47 a été ensuite représenté les 26 et 27 septembre 2008 au festival Les Francophonies en Limousin, Limoges, le 14 octobre à la Halle aux Grains, scène nationale, Blois, le 21 octobre au Théâtre de Cavaillon, scène nationale, Cavaillon, les 5 et 6 novembre à Bonlieu scène nationale, Annecy. Des spectateurs l’ont donc vu, applaudi. La presse en a parlé. Une tournée devait le conduire, en 2009, dans les centres culturels de l’océan Indien et de l’Afrique australe. Il n’en sera rien. Cette pièce autorisée sur le territoire français se voit interdite de représentation dans les centres culturels français de cet espace géographique.

Libé hier :
Le cas 47 RENÉ SOLIS et MARIE-CHRISTINE VERNAY 47 est tiré d’un texte de l’auteur malgache Jean-Luc Raharimanana, qui traite de la répression par l’armée française du soulèvement nationaliste de mars 1947. Mis en scène par Thierry Bedard, créé le 19 septembre dernier au Centre culturel Albert- Camus à Antananarivo, ce spectacle ne tournera pas dans la zone de l’Afrique australe orientale et de l’océan Indien. C’est pourtant là que cette pièce, déjà présentée en France (Limoges, Annecy, lire ci-contre), aurait pris tout son sens. Mais il semblerait que le ministère français des Affaires étrangères en a décidé autrement. Dans une lettre à Bernard Kouchner, datée du 15 novembre, les créateurs parlent de «censure d’Etat» et expliquent : «A la demande de la Direction générale de la coopération internationale et du développement (DGCID), le spectacle soutenu pourtant et coproduit par Culturesfrance, a été retiré des propositions de programmation.» Ce qui veut dire que la tournée prévue au printemps et en septembre 2009 s’écroule, puisque, bien qu’il ne s’agisse pas d’une interdiction officielle avec lettre ou circulaire à l’appui, aucun centre culturel ou alliance française ne se risquerait à présenter un spectacle «déconseillé», évacué de la liste des productions diffusables. Aucun argument artistique ou politique n’a été avancé quant à la raison de cette interdiction de fait. Trouille. Que s’est-il passé ? Les autorités malgaches seraient-elles montées au créneau ? Il semblerait que non. La première du spectacle à Antananarivo n’a pas provoqué de polémique et le gouvernement malgache a plutôt intérêt à ce que ce pan douloureux de l’histoire, souvent passé sous silence, revienne sur le devant de la scène. De nombreux historiens malgaches ont participé à l’élaboration de 47 et ils devraient se réunir pour un colloque en mars 2009. Qui a pu redouter que ce spectacle fasse des vagues au point de créer des incidents diplomatiques ? Sans doute pas l’ancien ambassadeur Gilles Le Lidec, en froid avec les autorités locales, qui a quitté son poste en août, un mois avant la première du spectacle. Et pas non plus son successeur, qui n’est pas encore en poste. Alors ? L’initiative d’un chargé d’affaires trop zélé ou d’un haut responsable du ministère tétanisé d’avance par la peur de l’incident ? Un connaisseur des habitudes du Quai d’Orsay émet l’hypothèse d’«une réaction de panique en chaîne qui remonte jusqu’à Paris, comme une trouille que la diplomatie s’impose à elle-même». «Points de blocage».Dans leur lettre à Bernard Kouchner, les intéressés interrogent : «Est-il impossible de présenter notre travail, exemplaire, sous la responsabilité "morale" du ministère des Affaires étrangères ?» L’écrivain et le metteur en scène ajoutent : «Nous ressentons donc évidemment l’interdit de présenter notre travail comme une "censure d’Etat" rare et incompréhensible.» Une «censure» vigoureusement démentie par le cabinet de Kouchner. «Lors de la réunion d’évaluation des projets pour la région tenue début novembre à Addis-Abeba, celui-ci n’a pas été retenu. C’est une procédure parfaitement normale.» En attente de signature, la réponse du ministre devrait par ailleurs être rendue publique très prochainement. Salvador Garcia, directeur de Bonlieu, scène nationale d’Annecy, où Thierry Bedard est artiste associé, déplore la situation. «Même si je ne sais pas où sont les points de blocage, ce spectacle, explique-t-il, pose le problème de la représentation française à l’étranger et c’est particulièrement sensible à Madagascar qui est une poudrière. Ce n’est pas un spectacle français puisqu’il est cocréé avec un auteur malgache. C’est absolument dommage qu’il ne soit pas vu dans l’océan Indien car il pose la question du traitement de la mémoire pour les Français, mais aussi pour les Malgaches. Il est juste sur tous les plans, y compris artistiquement.» Thierry Bedard se souvient des représentations à Antananarivo :«C’était un moment très intense, il y avait beaucoup d’étudiants dans le public. Le sujet est sensible parce que c’est un Français et un Malgache qui traitent ensemble de l’effroi.» 

extrait du texte de JL Raharimanana :
 On appela cela coopération. Mutisme et complicité. Dictature. Corruption. Silence toujours. L’oubli a succédé. Les générations furent autant de couches de linceuls naturelles. C’est ce qu’on a cru.  La parole insoumise  Silence pèse sur la mémoire. Les langues se délient. Des hommes et des femmes voudront comprendre. Dans ce désir, réel cette fois-ci, de vivre ensemble. Des hommes et des femmes, au-delà des frontières de l’histoire et des rapports de force, voudront savoir. Pourquoi en 47, deux ans après le carnage, deux ans après le « plus jamais ça », pourquoi à Madagascar s’est-il perpétré l’un des plus grands massacres coloniaux ? Un massacre commis par les vainqueurs du nazisme ? Par ceux qui ont vu de près les horreurs de la guerre ?  C’est ce silence qu’explore le spectacle 47, créé en septembre 2008 au centre culturel français d’Antananarivo, de concert avec Thierry Bedard, metteur en scène, de concert avec Sylvian Tilahimena et Romain Lagarde, comédiens malgache et français. Une histoire commune. Violente. Sensible. Un théâtre qui nous ramène dans ce désir de vivre ensemble, de comprendre ce qui a déchiré, les corps malmenés et torturés, les paroles étouffées et les non-dit qui corrompent les âmes. Pour un langage du présent, un langage partagé. Enfin.  Mais ainsi en a décidé le « bureau politique » de la DGCID [Direction générale de la Coopération internationale et du Développement au ministère français des Affaires étrangères.]]. Coopération et développement ? Silence sur 47. Censure sur le spectacle. Interdiction d’emmener cette parole dans les centres culturels africains et alliances françaises. Étouffer les mémoires pour perpétuer quelle tradition ? Quelle domination ? La France grande et rayonnante ? Mère du progrès et de la civilisation ?  Ainsi, le spectacle ne peut tourner dans ces centres culturels vitrines de la France et de sa capacité de dialoguer avec le monde, vitrines de sa culture, vitrines des cultures. Une vitrine, selon la DGCID, ne saurait comporter la moindre trace de salissure - ces pages sombres de l’histoire coloniale… Il est vrai qu’accorder vitrine à l’histoire coloniale française, c’est plonger dans un puits de vérité vertigineux, c’est plonger dans une saleté sans mesure et inavouable. La mission des centres culturels serait-elle politique, idéologique, partisane ? La culture a-t-elle réellement sa place quand s’exprime une certaine tendance politique du ministère des Affaires étrangères qui a droit de veto sur la programmation des centres en question ? « Bureau politique » de la DGCID ? Quel est ce bureau qui n’apparaît dans aucun organigramme officiel ?  Et dans cette affaire, le devoir de réserve imposé à ces responsables culturels ne vire-t-il pas à l’obligation de collaborer à une politique discriminatoire, un déni de l’histoire des colonies, un déni de l’histoire de France ?  Alors que la politique africaine de la France est déjà un désastre, obligerait-on les hommes et femmes de culture français à trahir leurs éthiques et convictions ? Faut-il qu’ils s’alignent sur le même plan que ceux qui ont terni pour longtemps l’image de la France : ces aventuriers politiques qui n’ont jamais considéré les Africains, ces barbouzes et autres prédateurs économiques du continent ?  Mais la mémoire se moque bien de la censure même si c’est une censure d’État. Le désir est profond de comprendre d’autant plus que nous avons maintenant le recul nécessaire pour tout entendre, pour enfin échanger.  Auteur, ancré dans les deux cultures - malgache, française -, j’ai la conviction que ces actes et discours stigmatisant la légitime revendication des mémoires ne sont que les sursauts d’une certaine France imbue encore de culture coloniale. Le monde d’aujourd’hui a aboli les frontières, le monde d’aujourd’hui est un monde où la parole peut être infiniment plus libre si on se donne la peine d’utiliser tous les moyens à notre disposition, le monde d’aujourd’hui est un monde où la parole se multiplie, se diversifie, un monde excitant où l’Autre se trouve au bout d’un clic, au bout d’un fil, au bout d’une lettre. Oui, j’ai cette conviction… À moins qu’une période totalitaire ne se prépare et que je ne m’illusionne, à moins que cette période ne fasse table rase de toutes ces paroles incontrôlables, insoumises, à moins que ces régimes –politiques, économiques - qui ont déjà le sort du monde en main, ne deviennent réellement fous et ne viennent à effacer toute velléité de culture, de mémoire, de résistance, à moins que…  Mais le 29 mars 1947, les rebelles ne sont pas tombés pour ça… Raharimanana, Antananarivo, le 30 novembre 2008.

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=197804&page=article
Le billet

1947 censuré en 2008 !

CLICANOO.COM | Publié le 12 décembre 2008

Comment ne pas être d’accord avec ceux qui pensent qu’en matière de mémoire, comme de justice, il y a deux poids deux mesures ? Vous voulez parler de Shoah ? Non seulement c’est permis mais c’est même devenu obligatoire. Vous voulez parlez d’esclavage, de mémoire coloniale ? C’est beaucoup plus difficile. Et il n’est pas besoin d’utiliser une censure officielle pour cela, la censure de fait étant plus efficace encore. Ainsi le spectacle « 47 » tiré d’un texte de Jean-Luc Raharimanana, qui devait tourner en Afrique australe orientale et dans l’océan Indien, n’ira pas plus loin que Tananarive où il a été créé le 19 septembre dernier au centre culturel Albert-Camus. A la demande de la Direction générale de la coopération internationale et du développement (DGCID), le spectacle a été retiré de la programmation. Conséquence, aucun centre culturel ou Alliance française ne devrait l’accueillir. Pourquoi ce spectacle, pourtant produit par Culturesfrance, n’a-t-il pas été choisi ? Faute de réponse de la part du ministère des Affaires étrangères, j’en suis réduit à émettre des suppositions. De quoi parle le spectacle de Jean-Luc Raharimanana, auteur malgache dont on a eu l’occasion de parler en septembre dernier quand le recteur de La Réunion avait cru bon de faire du zèle (déjà !) en sanctionnant un professeur qui avait lu un de ses textes en classe ? Il parle, documents d’époque et photos à l’appui, de l’insurrection nationaliste du 29 mars 1947 à Madagascar durement réprimée par l’armée française au prix de milliers de morts. On conçoit que le gouvernement Sarkozy et la majorité UMP, adeptes de la « colonisation positive », ait des hauts le cœur rien qu’à l’idée que l’on puisse voir des militaires français à l’œuvre dans leur mission civilisatrice ! Pour une fois, le poids des mots et le choc des photos (rien à voir avec Paris-Match, le torche-cul du président !) auront été fatals à la distribution d’une création et à la connaissance de notre passé. On dit merci à qui ?

Bruno Testa

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