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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 20:56

"Aux îles Éparses, la France possède des territoires uniques au monde"

CLICANOO.COM | Publié le 19 juillet 2009

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=216136&page=article

Préfet et administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises depuis septembre 2008, Rollon Mouchel-Blaisot revient pour le Journal de l'Île sur la mission exceptionnelle du Marion-Dufresne dans les îles Éparses et livre les grandes lignes des projets les concernant : pêche, protection, prospection pétrolière, Grenelle de la mer, présence militaire... Entretien.

Le JIR : Monsieur le préfet, quel premier bilan tirez-vous de cette tournée exceptionnelle du Marion-Dufresne dans les îles Éparses ?

Rollon Mouchel-Blaisot : L'objectif était d'agir pour la protection des îles Éparses en retirant le maximum de déchets accumulés depuis plusieurs dizaines d'années et d'emmener des scientifiques afin d'évaluer le potentiel de recherche de ces îles. C'était un véritable défi. Au niveau de la dépollution, le travail a été réalisé en deux temps. Il a d'abord fallu envoyer pendant plusieurs mois des équipes techniques pour conditionner les déchets afin qu'ils puissent être évacués lors du passage du Marion-Dufresne. Le conditionnement de ces déchets en fardeaux de 700 kg pouvant être transportés par l'hélicoptère était un préalable au passage du Marion-Dufresne. Lors de la rotation exceptionnelle du Marion-Dufresne, l'ensemble des fardeaux ainsi préparés ont pu être évacués, soit plus de 600 tonnes de déchets. Je tiens à féliciter très sincèrement l'ensemble de l'équipe des Taaf qui a accompli un travail remarquable dans des conditions éprouvantes et ingrates, avec le concours apprécié des Fazsoi. Concernant les programmes scientifiques, nous avons en quelque sorte transformé le Marion-Dufresne en "plate-forme nautique de recherche". Au total, 16 programmes comprenant des thématiques des sciences de l'Univers ou des sciences de la vie ont pu être mis en place après une rigoureuse sélection. Par exemple, deux marégraphes permettant de mesurer le niveau de la mer ont été installés à Europa et Juan de Nova et des mesures de la chimie de l'atmosphère ont été enregistrées durant le transit. Concernant les programmes de biologie, quatre hydrophones permettant d'enregistrer les chants des baleines ont été mouillés dans le canal du Mozambique. Des centaines de prélèvements (sable, coraux) et d'échantillons de faune (notamment marine) ont été collectés (ils sont en cours d'analyse, pour certains au États-Unis) ainsi que des dizaines d'observations d'oiseaux, de mammifères marins, de requins, etc. Le bilan scientifique de cette expédition sera tiré prochainement par le CNRS par l'intermédiaire de ses deux éminents instituts (Institut national de l'écologie et de l'environnement, INEE, et Institut national des sciences de l'univers, INSU) particulièrement intéressés par ces îles.

L'expérience, notamment écotouristique, pourrait-elle être renouvelée ?

Il est trop tôt pour le dire car une telle expédition est, par définition, exceptionnelle. Nous avons voulu tester une forme d'écotourisme qui respecte totalement le milieu comme nous le faisons depuis plusieurs années dans les îles subantarctiques. C'est un tourisme à forte valeur ajoutée, qui doit conserver un caractère marginal et surtout ne rien abîmer. Avec un bon encadrement, et la présence "d'écogardes" que nous souhaitons développer, cela reste gérable. Nous étudions par exemple des demandes de la part de clubs de plongées responsables qui désirent faire connaître ces "spots" exceptionnels normalement interdits d'accès. Si une nouvelle expédition devait être renouvelée dans les années qui viennent, je suis ouvert, en fonction des places disponibles, à ce que des touristes soient acceptés à bord. Mais je souhaite les impliquer davantage à la conservation des milieux et à l'accompagnement des scientifiques pour les aider à mener à bien leurs opérations de terrain. Il faut passer d'un tourisme passif à un tourisme actif et engagé. Je suis d'ailleurs convaincu que cela répond à l'attente des citoyens qui souhaitent participer, même modestement, à la protection de la planète.

Quel est l'avenir envisagé par les Taaf pour les Éparses ?

L'intégration des îles Éparses au territoire des Taaf permet de donner un nouvel élan à la recherche scientifique tant dans le domaine de l'écologie que dans les sciences de l'univers. Fortes de leur expérience dans les îles subantarctiques et en Antarctique, les Taaf disposent du savoir faire nécessaire, notamment en terme de logistique, pour mener à bien ce projet ambitieux. En osmose avec le développement de la recherche scientifique, la biodiversité de ce territoire doit être absolument préservée, et nous agissons dans ce sens. J'ai, par exemple, signé une convention cadre avec le président de l'Agence des aires marines protégées afin que l'on réfléchisse ensemble à la mise en place d'un statut élevé de conservation de ce patrimoine naturel.

Ces îles présentent aussi un intérêt économique, avec 640 000 km2 de zones de pêche exclusives... Quels sont les projets dans ce domaine ?

Le Territoire des Taaf gère, pour notre pays, la 2e plus grande Zone Économique Exclusive (après la Polynésie), avec plus de 2, 3 millions de km2, ce qui est très peu connu. Sait-on, par exemple, que la pêcherie australe représente 250 emplois directs et près d'un millier d'emplois indirects à La Réunion ? Comme nous l'avons fait pour la légine dans les Australes, nous voulons développer une pêche durable pour le thon dans les Éparses. Les Taaf présentent déjà l'un des seuls exemples de pêche durable en introduisant les notions d'évaluation scientifique indépendante, de quota d'exploitation, de réglementation rigoureuse, de contrôle embarqué et de lutte sans merci contre la pêche illicite. On l'a bien vu avec l'exemple de la légine que, sans contrôle ou surveillance permanente, la ressource serait pillée comme cela a été le cas malheureusement dans certaines zones voisines. Pour la pêche au thon dans les Éparses, l'organisation est sensiblement différente, notamment pour les circuits de transformation et d'exportation. La pression de pêche dans cette région est néanmoins aussi forte. Il est donc important d'intervenir. En ce sens, les accords récemment signés avec la collectivité départementale de Mayotte sont stratégiques (jusqu'au 29 avril dernier, les Taaf percevaient la redevance des thoniers étrangers en campagne dans la ZEE de Mayotte, NDLR) car, non seulement, ils règlent un contentieux ancien mais, surtout, vont permettre une forte collaboration entre les deux collectivités pour un développement durable de toutes les pêches dans ce secteur. Nous sommes d'ailleurs très désireux de développer une véritable coopération avec Mayotte dans beaucoup de domaines.

Comment protéger ce précieux patrimoine environnemental que représentent les Éparses ? Y a-t-il de nouveaux classements envisagés ?

Leur classement en "zone protégée" par arrêté préfectoral en 1975 a favorisé la conservation de cette exceptionnelle biodiversité. La précieuse présence militaire permanente depuis 1973 a assuré le respect effectif de l'interdiction d'accès et a empêché toute atteinte à l'intégrité de ces îles. Les populations de poissons et de coraux sont importantes car la pêche est interdite dans les lagons et les eaux territoriales. De même, les colonies de sternes et de tortues sont parmi les plus importantes de l'océan Indien. Dans le cadre de la stratégie nationale du maintien de la biodiversité, les Taaf ont élaboré leur "plan d'action biodiversité" qui a été approuvé par le MEDADT (Ministère de l'écologie, du développement durable et de l'aménagement du territoire) et le SEOM (Secrétariat d'État à l'Outre-mer). Il vise à la mise en place d'actions concrètes pour conserver ce patrimoine : la lutte contre les espèces envahissantes, la gestion et le rapatriement des déchets, la protection d'espèces menacées ou la mise en place de bio-indicateurs permettant de suivre l'état de santé de ces îles sont parmi les actions phares de ce plan. Outre les actions de conservation, nous avons proposé, dans le cadre du Grenelle de la mer, le classement de l'île d'Europa en réserve naturelle nationale. Plus largement, le travail entrepris avec l'Agence des aires marines protégées devrait permettre dans les années à venir d'assurer la protection effective de ce patrimoine unique.

Quelles sont les prochaines échéances pour les Éparses ?

Nous avons beaucoup de dossiers ouverts sur tous les sujets souvent complexes dont nous avons parlé mais, à ce stade, je signalerai simplement deux événements à venir. Le premier, qui se tiendra au Sénat le 5 octobre prochain, sera un colloque pour tirer les enseignements de la rotation exceptionnelle du Marion-Dufresne et réfléchir sur les perspectives d'avenir de ces îles ; nous parlerons de leurs enjeux en termes de biodiversité, de recherche scientifique, de gestion durable de la mer, de coopération régionale sans oublier les histoires humaines qui ont marqué durablement l'histoire de ces îles comme celle des "esclaves oubliés de Tromelin" pour laquelle nous avons un grand projet d'exposition que nous présenterons prochainement. Le second concerne le carnet de voyages philatélique sur les Éparses, tourné pendant la rotation du Marion-Dufresne, que nous sortirons pour le salon du timbre de Paris en novembre prochain. Il sera préfacé par Mme Irène Frain dont le récent livre sur les "Naufragés de Tromelin" connaît un grand succès et qui nous honore de sa fidélité. Nous le dévoilerons d'ailleurs en avant-première à l'occasion d'une exposition sur les îles éparses au Palais du Luxembourg, en parallèle du colloque.

La présence militaire sur Europa, Juan de Nova et Glorieuses est-elle remise en question ? La France souhaite-t-elle maintenir sa présence dans ces îles ? Comment se portent les relations avec les pays voisins ?

L'intégration des îles Éparses à la collectivité d'outre-mer des Taaf par la loi du 21 février 2007 est la confirmation, si besoin était, de l'intérêt que notre pays accorde à ces îles. Même si la question de souveraineté a parfois été posée, cela ne nous a jamais empêché d'agir, pour le bien commun, avec les pays voisins et amis. Pour preuve, la négociation que j'ai eu l'honneur d'engager, en décembre 2008, avec les autorités mauriciennes pour mettre en place des outils de "cogestion" nous permettant de mener ensemble des actions ambitieuses sur Tromelin. Les détachements militaires, en provenance de La Réunion et de Mayotte, qui assurent une présence permanente sur les trois îles du canal de Mozambique, accomplissent une mission extraordinaire. Leur action exemplaire a permis, entre autres, de préserver les îles d'un pillage écologique et halieutique qui aurait été catastrophique et irréversible. Nous travaillons également avec les Fazsoi sur les questions incontournables de logistique. Les moyens militaires sont vraiment indispensables pour l'accès aux îles. Je n'oublie pas également les services rendus par les équipes de Météo France à Tromelin. Ils doivent tous être remerciés pour leur contribution importante à la conservation de ces îles. Connaissant les contraintes des forces armées, nous étudions actuellement avec le Ministère de la Défense et le SEOM comment nous pourrions mutualiser nos moyens, tant humains que logistiques, pour optimiser notre présence sur ces îles. Il s'agit d'une véritable mission interministérielle à laquelle les Taaf contribueront avec détermination, à la hauteur de leurs moyens. Nous travaillons aussi sur la question des énergies renouvelables ou de la production autonome d'eau, ce qui permettrait d'alléger les quantités de fret à transporter et de limiter ainsi encore plus l'impact de la présence humaine sur ces territoires fragiles.

Quelle est la position des Taaf vis-à-vis du Marion-Dufresne, dont les marins dénoncent leur remplacement par des marins étrangers ?

C'est un bateau auquel nous sommes très attachés et nous sommes aussi reconnaissants à l'équipage pour le concours précieux qu'il a toujours apporté à toutes nos missions. Mais ce navire hors normes nous coûte de plus en plus cher. Plus de la moitié de notre budget est consacrée à l'affrètement du Marion-Dufresne et de l'Astrolabe, ce qui n'est plus supportable. L'institut polaire Paul-Émile Victor (Ipev, dépendant du Ministère de la recherche, NDLR), qui co-affrète le Marion Dufresne, est dans la même situation que nous. C'est pourquoi nous avons demandé à la CMA-CGM, l'armateur du navire, de réduire significativement ses coûts de fonctionnement. En raison de nos difficultés financières, nous avons même été contraints de procéder au désarmement temporaire du navire et risquons d'y recourir à nouveau si une solution budgétairement supportable n'est pas rapidement trouvée. Les négociations sont bien engagées mais n'ont toujours pas été finalisées alors que nous avons accepté de nous conformer aux accords d'entreprise CMA-CGM actuellement en vigueur qui garantissent l'emploi d'un certain nombre d'officiers et de marins français. Il y a donc plus que jamais urgence de trouver un nouvel équilibre économique qui, seul, permettra la poursuite de la pleine exploitation du navire. Nous avons en parrallèle engagé une autre négociation avec les banques pour réduire le coût exorbitant de l'emprunt mis à la charge du Territoire pour la construction du navire en 1993.

Les Taaf connaissent donc des difficultés financières ?

Comme toutes les collectivités publiques, nous connaissons une stabilité, au mieux, des recettes et une progression continue des charges, notamment logistiques. Pour faire face à cette situation délicate, nous devons impérativement maîtriser les coûts logistiques et de fonctionnement tout en conservant une capacité d'investissement pour entretenir et rénover nos bases... Nous sommes très fortement aidés en cela par le plan de relance mis en oeuvre par le gouvernement, ce qui aura un impact à la Réunion en termes d'embauches ou d'activités pour les entreprises. Les Taaf s'efforcent également de développer leurs ressources propres à travers la philatélie, la pêche ou des partenariats avec des organismes publics (Météo France, CNES, CEA) ou privés. Ainsi, la société Véolia apporte une contribution significative pour le nettoyage de l'ex piste du Lion, en Terre Adélie. Les Taaf sont ouvertes à développer ce type de partenariat pour des véritables actions de long terme, au service exclusif de l'environnement et de la biodiversité. Que peuvent espérer les Éparses du Grenelle de la mer ? Des décisions ont-elles été prises les concernant ?

Les Taaf, de par leur immense zone maritime, se sont beaucoup impliquées dans le Grenelle de la mer, et cela concerne les éparses comme les australes. Nous avons été auditionnés au niveau national et avons également reçu, à Saint Pierre, la délégation du Grenelle qui est venue à la Réunion. S'appuyant sur leur expérience très spécifique, les Taaf ont fait 7 propositions dont voici les têtes de chapitre :

- faire des Taaf un espace d'expérimentation en matière de pratiques maritimes durables (pêche, logistique, technologies nouvelles...)

- valoriser les produits de la mer recueillis de manière soutenable dans nos ports de l'Océan Indien, c'est-à-dire à la Réunion et à Mayotte.

- favoriser les conditions d'un éco développement grâce à une coopération approfondie Taaf-Mayotte.

- valoriser les PTOM (pays et territoires d'Outre-mer) comme vecteurs de l'influence française dans les enceintes maritimes internationales.

- mettre en place une gestion intégrée des espaces maritimes

- certifier les pêcheries sous des labels écologiques internationaux. Ce sera le cas avec la pêcherie australe à la légine suite à la démarche engagée par les professionnels eux-mêmes, avec notre plein soutien. La première pêcherie française reconnue durable au niveau international sera donc dans les Taaf, pour le grand profit de la Réunion.

- classer les écosystèmes tropicaux, notamment l'île d'Europa comme je l'indiquais précédemment.

Elles ont été reprises, d'une manière ou d'une autre, par les différents groupes de travail nationaux du Grenelle de la mer. La synthèse des travaux est en cours et les plus hautes autorités de l'État en tireront les conclusions.

En conclusion, justement, quel intérêt y a-t-il pour la France à demeurer dans ces territoires ?

De l'antarctique aux îles Éparses, la France dispose d'un gradient de territoires unique au monde. Au moment où les recherches scientifiques s'intensifient pour mieux comprendre le changement global, les travaux menés dans les Taaf, pour certains depuis plusieurs décennies, participent à une meilleure connaissance des enjeux et défis de notre planète. En quelque sorte, nos îles, si lointaines, n'ont jamais été aussi proches de nos préoccupations...

Entretien : Sébastien Gignoux

Dimanche prochain, nouvelle escale aux Eparses sur l'île Juan de Nova.

A la recherche de l'or noir de Juan de Nova

Le 22 décembre 2008, le ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire ouvrait la porte à la prospection pétrolière dans la ZEE des Éparses. Un premier arrêté dit "Permis de Juan de Nova Profond" accorde aux sociétés Marex Petroleum Corporation et Roc Oil Company Ltd, conjointes et solidaires, un permis de recherches de mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux pour une durée de cinq ans, l'engagement financier souscrit s'élevant à près de 47 millions d'euros. Le périmètre défini est un polygone d'environ 50 000 km2 à la limite des ZEE des pays voisins (Mozambique et Madagascar), et dont son exclue la zone des 12 miles nautiques autour de Juan de Nova. Un second arrêté, dit "Permis de Juan de Nova Est" accorde aux sociétés Nighthawk Energy Plc, Jupiter Petroleum Juan de Nova Ltd et Osceola Hydrocarbons Ltd, conjointes et solidaires, un permis de recherche d'hydrocarbures liquides ou gazeux portant sur le sous-sol de la ZEE française au large des côtes de Juan de Nova. Ce permis également accordé pour cinq ans, l'engagement financier souscrit par les bénéficiaires s'élève à 28 millions d'euros environ. Il concerne une zone de 9 000 km en bordure de la ZEE malgache. "Un enjeu majeur", reconnaît le préfet des Taaf Rollon Mouchel Blaisot, bien que "nous ne sommes qu'au tout début du processus." Plusieurs demandes de permis de prospection avaient été formulées en 2006 et 2007 concernant la zone hauturière de Juan de Nova, aboutissant à ces deux autorisations concernant les cinq sociétés américaines, britanniques et australiennes mentionnées. "Nous entrons à présent dans une phase de recherche. L'objectif est d'obtenir une meilleure connaissance de la géomorphologie de la zone de Juan de Nova. Ces recherches seront d'abord sismiques (émission d'ondes à partir de sondeurs permettant de définir la nature du sous-sol) effectuées à partir de navires spécialement équipés. Plusieurs campagnes seront nécessaires. En fonction des résultats obtenus différents forages tests pourront être effectués la 4e ou 5e année", précise le préfet des Taaf. Une prospection qui devrait s'effectuer sous le contrôle strict des services de l'État : "Nous sommes, et serons, vigilants pour que tous les travaux qui seront menés dans ce secteur respectent les plus hautes exigences environnementales. Nous avons déjà tenu plusieurs réunions de travail sur ce sujet avec la société prospectrice pour que les modalités envisagées pour la recherche s'adaptent aux contraintes des milieux", assure Rollon Mouchel-Blaisot.

S. G.      

 

 

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Europa, le paradis perdu des oiseaux marins

CLICANOO.COM | Publié le 19 juillet 2009

Eparses. Régulièrement qualifiée de "sanctuaire écologique" du fait d'une occupation humaine très limitée dans le temps et l'espace, l'île d'Europa est restée l'un des sites les plus riches et les plus rares en terme de populations d'oiseaux marins de l'océan Indien. Une aubaine pour les ornithologues, qui défendent un site à préserver à tout prix.

photo aérienne Europa (Serge Gélabert/Taaf)

Europa. Ses plages de sable blanc, son lagon immense, sa mangrove foisonnante. Et surtout, ses oiseaux. Avec pas moins de huit espèces marines recensées, ce petit pentagone perdu au sud du canal du Mozambique reste une réserve ornithologique d'une valeur inestimable et un sujet d'étude passionnant pour les spécialistes du genre. Pas étonnant que Matthieu Le Corre s'y sente comme un poisson dans l'eau. Cet enseignant-chercheur du laboratoire d'écologie marine (ÉCOMAR) de l'université de la Réunion, récent lauréat de la prestigieuse bourse d'étude Pew pour la poursuite de ses travaux, en est à son 9ème voyage dans une île qui l'obsède depuis son premier séjour en 1993. Passionné et passionnant, il est sans doute le meilleur guide au monde dans ce refuge pour volatiles indo-océaniques. "Europa est le parfait exemple de ce que devaient être les autres îles de l'océan Indien avant les peuplement humains. Avec ces huit espèces dont certaines se raréfient, c'est un véritable bijou ornithologique", indique le scientifique. Pour le comprendre, il faut le suivre à travers les forêts d'euphorbes piquantes sous le regard curieux des fous à pieds rouges, ou dans les vastes steppes du sud recouvertes par le vacarme assourdissant d'une nuées de sternes fuligineuses, une vaste colonie d'un million de couples qui s'ébattent dans les airs.

Un tableau à plumes que complètent pailles-en-queue dorés ou à brins rouges, puffins d'Audubon, corbeaux-pie, sternes caspiennes ou encore frégates. Ce sont ces dernières, particulièrement menacées, qui font d'Europa un site rarissime. On ne compte plus que 1 300 couples de frégates Ariel et 700 couples de frégates du Pacifique sur Europa. Une des trois seules îles de l'ouest de l'océan Indien avec Aldabra et Cosmoledo (Seychelles) à héberger encore des colonies de cette dernière espèce. "La frégate du Pacifique est grandement menacée du fait de la raréfaction de son habitat. Très sensible à la présence humaine, elle a disparu progressivement d'îles comme les Glorieuses ou de Tromelin où elles étaient pourtant présentes il y a deux siècles", précise Matthieu Le Corre. Revenant à terre pour s'accoupler, couver et élever leurs oisillons, ces prédateurs très farouches nécessitent la plus grande tranquillité. La période des amours notamment, peut être facilement perturbée par une présence étrangère et faire se déplacer la colonie. Aussi, c'est dans la profondeur d'une dense forêt d'euphorbe au coeur de l'île que la colonie va élire domicile. Le mâle, qui gonfle la poche membraneuse rouge vif située sous son bec, est en concurrence avec ses collègues pour séduire les femelles qui planent au dessus du perchoir pour choisir l'heureux élu. D'une union, là aussi très rare, naîtra peut-être un seul poussin frégate, alors que l'adulte peut vivre plusieurs dizaines d'années sans produire d'autre rejeton. Spectacle saisissant que ces parades nuptiales, qui contrastent avec le caractère parfois « cruel » des frégates qui peuvent piller les nids d'autres oiseaux ou s'attaquent sans pitité aux petites tortues vertes à peine écloses sur la plage. Très friandes de ces proies sans défense, qu'elles ramèneront au nid, on peut les voir s'abattre en piqué sur les plages d'Europa au moment des émergences diurnes de tortues juvéniles. Scènes violentes, qui font presque oublier que la frégate est une espèce plus menacée que la tortue verte !

Quoi qu'il en soit, les rares voyages à Europa sont l'occasion pour les ornithologues de faire le point sur l'état de santé de ses populations d'oiseaux. Comptages, études comportementales, captures, mesures, pesages, baguages, autant de prises de données qui permettront de dresser un état des lieux plus précis sur l'évolution de ces drôles d'oiseaux. Certains, équipés de balises argos, vont être suivis dans leurs périgrinations depuis le laboratoire de la Réunion. C'est ainsi qu'on sait que les frégates sont capables de parcourir jusqu'à 600 km au-delà de leur colonie pour aller se nourrir, sur les côtes est-africaines ou malgaches. La dernière mission du Marion-Dufresne aura également permis de produire des transects d'observation en mer de ces oiseaux marin. Une possibilité beaucoup plus rare, l'essentiel des voyages de scientifiques à destination d'Europa se réalisant à bord d'un Transall des Fazsoi. "Suivre les oiseaux marins est aussi un bon indicateur de la ressource pêche. Les oiseaux, comme les poissons type thon, recherchent la même chose", conclut Matthieu Le Corre. L'écologie se défend mieux lorsqu'elle est aussi utile à l'économie.

De notre envoyé spécial, Sébastien Gignoux

Le 14 mai dernier, le navire logistique des Terres australes et antarctiques françaises (Taaf), le Marion-Dufresne, rentrait d'une rotation exceptionnelle dans quatre des cinq îles qui forment le district des Éparses. À son bord, les techniciens en charge de l'évacuation des déchets accumulés lors des rares épisodes de peuplement de ces îles aujourd'hui classées réserves naturelles. Pour la première fois dans les Éparses, cette mission a également pris une tournure d'expédition scientifique, avec pas moins de 17 programmes et une quarantaine de chercheurs représentés à bord. Trente éco-touristes ont enfin eu le privilège de participer à ce voyage unique. Première escale, Europa.

Europa

- Située à 550 km des côtes du Mozambique, 300 km au sud du cap de Saint-Vincent (Madagascar) et 600 km au sud de Juan de Nova.

- Zone économique exclusive (ZEE) : 127 300 km2.

- Atoll d'origine volcanique de 7 km de diamètre.

Un peu d'histoire...

- Découverte probable au XVIe siècle. Nommée en 1774 du nom du navire qui la reconnaît après plusieurs années de confusion avec Bassas da India.

- Courtes périodes de colonisation en 1860, 1903 et 1910. En 1923, l'île est déserte. Vestiges de l'occupation humaine, une plantation de sizal (chokas) utilisé pour la réalisation de cordages de marine. Quelques constructions, un petit cimetière.

- 1949, construction d'une première station météorologique. 1950, première piste d'atterrissage.

*                   1981, nouvelle station météo. Depuis la crise politique régionale de 1973, un détachement militaire d'une quinzaine de soldats du 2e RPIMa relevé tous les 45 jours assure la souveraineté de la France. Classée réserve naturelle depuis 1975

 

Espèces introduites, ces "Aliens" qui posent problème

CLICANOO.COM | Publié le 19 juillet 2009

Particulièrement préservées, les Éparses ont cependant fait l'objet de quelques introductions d'espèces au fil des rares épisodes de peuplement humain, bouleversant l'écosystème en place. Un casse-tête pour les scientifiques qui voudraient ramener ces îles au plus près de leur état originel. Chèvres à Europa, chats à Juan de Nova, poules à Glorieuses, rats et souris partout... Même si l'homme n'a peuplé qu'épisodiquement les îles Éparses, il a laissé derrière lui de bien encombrants témoins de son passage. À l'heure de la mise en valeur écologique de ces territoires, les scientifiques et les Taaf s'arrachent les cheveux pour trouver le moyen de rendre aux Éparses leur visage originel. Mais rien n'est moins simple. David Ringler, étudiant en master 2 Biodiversité des écosystèmes tropicaux à l'Université de la Réunion, vient de passer un mois entier sur Europa dans le cadre de son projet d'étude de l'impact des mammifères introduits dans les Éparses sur les populations d'oiseaux marins et autres espèces. Sa mission : compter et étudier les comportements de ces "aliens". Même si la plus australe des Éparses est aussi la mieux conservée, deux espèces introduites y font particulièrement désordre : un troupeau d'environ 300 têtes de chèvres noires revenues à l'état sauvage depuis le XIXe siècle, lorsque les navigateurs les déposaient là en vue d'assurer la pitance lors d'une prochaine escale. C'est à elles qu'on doit la taille, en forme de pommier, des forêts d'euphorbe qui poussent normalement en buisson. Autre indésirable, le rat noir, clandestin des cales de navire, dont la population fluctue entre 20 et 60 individus par hectare selon la saison. Ses proies de prédilection : les oiseaux qui nichent au sol comme les pailles-en-queue. "Notre travail consiste à évaluer l'impact de ces populations : jusqu'où peut-on parler de coexistence ? À quel moment parle-t-on de prédation ? Ces questions se posent, d'autant qu'on n'est pas à l'abri d'un basculement de comportement de certaines espèces. On a vu par exemple dans les îles subantarctiques des souris s'attaquer aux albatros, ce qui n'était pas le cas auparavant", note David Ringler. Le fait que les chèvres se nourrissent d'euphorbe par exemple menace-t-il la reproduction des frégates du Pacifique, dont cet arbre est le lieu préférentiel d'accouplement ? Mais l'erradication de la chèvre ne laisserait-elle pas champ libre à d'autres espèces végétales invasives ? Le calcul est subtil, et le débat fait rage entre diverses écoles scientifiques. Sans parler des questions d'éthique, quant à l'élimination d'une espèce animale introduite qui n'avait rien demandé à personne. Pour les rats, dont les relevés de contenus stomacaux montrent clairement la prédation sur certaines espèces rares d'oiseaux marins, c'est l'aspect technique qui pose problème : si les quelques zones dératisée montrent clairement un succès reproducteur plus important chez l'oiseau, une telle opération à l'échelle de l'île s'avèrerait complexe et onéreuse du fait de la présence de mangrove, refuge inextinguible pour le rat.

*                   Jeu du chat et de la souris...

*                   Autres îles, autres équations. À Juan de Nova, on a cru bien faire en voulant dératiser de manière "biologique". L'introduction, dans les années 50, de chats pour manger les rats s'est avéré être complètement à contre-emploi. "Les chats se sont vite rendus compte qu'il était plus facile pour eux de chasser les oiseaux que les rats. De plus, ils se comportent en vrai destructeurs : quand une demi-sterne suffit à le nourrir, le chat en tue six pour s'amuser..." explique l'étudiant dionysien. Du coup, depuis 2008, David Grangette, le "berger" des Taaf, s'est employé méthodiquement à éradiquer les chats : une cinquantaine ont été retirés, mais une dizaine subsisterait encore à Juan. Plus malins, ils se méfient désormais beaucoup plus de l'homme et sont de plus en plus difficile à capturer. À Glorieuses, le chantier est aussi vaste même s'il ne reste malheureusement plus beaucoup d'oiseaux à sauver. Une quinzaine de chats ont été retirés en 2008, mais bien malin qui connaît leur nombre. On constate également une prédation importante des tortues juvéniles, mais l'impact réelle sur cette population est encore à l'étude. Sur Tromelin enfin, une dératisation a été menée en 2005 avec succès. Ce que l'on étudie à présent, c'est l'impact de ces milliers de Bernards l'Hermite qui se régalent des bébés tortues... Bref, un chantier sans fin pour les scientifiques qui étudient et les Taaf qui décident et coordonnent les éventuelles actions à mener. "Si l'objectif est de restaurer l'écosystème original, il faut aussi bien mesurer les conséquences de cette restauration, que le remède ne soit pas pire que le mal. D'où l'intérêt d'accumuler un maximum de données", conclue David Ringler. Des études intégrées au programme "Ecosystèmes tropicaux" du Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable, et au bien nommé "Aliens" (Assessment and Limitation of the Impact of Exotic species in Nationwide insular Systems) de l'agence nationale de la recherche (ANR).

*                   S. G.

*                    

 

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