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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 10:30

terre adelie

La Terre Adélie, le district le moins accessible puisque ouvert au transport seulement 4 mois par an. Photo Samuel Blanc - Taaf  JIR/Clicanoo 24 août 2010

 

Le Marion-Dufresne est parti samedi dernier vers la Terre Adélie. A bord, une certaine Soorie à qui nous allons souvent penser (as-tu emporté un appareil-photo mécanique ?)

Merci au JIR/Clicanoo de nous en dire un peu plus sur cette mission ci-dessous.

A bord aussi, une trentaine de cartes postales que j'ai portées aux TAAF à Saint-Pierre début août pour certain(e)s d'entre vous afin de ravir les philatélistes Mais n'attendez rien avant octobre ou novembre.

Je récidiverai l'an prochain avec les timbres des îles éparses ci-joint. Peut-être même sur place si j'ai réussi à économiser et à partir moi aussi.

 

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Clicanoo 24 août

"Sous-préfets" des antipodes
Trois des quatre nouveaux chefs de districts des Terres australes ont pris la mer hier après-midi à bord du Marion Dusfrene. A la fois maires, sous-préfets et policiers, ils veilleront une année durant sur ces possessions françaises des antipodes.

Fièvre des grands jours hier matin sur le quai n°8 du port ouest pour les derniers préparatifs avant la traditionnelle rotation hivernale du Marion Dusfrene. Chaque année au mois d’août, le bateau logistique et scientifique de l’Institut polaire achemine les nouvelles vigies de la France sur les îles et terres australes. Techniciens, administratifs, et surtout chefs de districts partent relever les équipes précédentes et prennent leurs quartiers pour une année. Pour l’exercice 2010-2011, deux hommes et deux femmes ont été sélectionnés pour prendre 12 mois durant la charge d’un territoire. Ainsi, Marianne-Frédérique Pussiau, cadre de l’administration centrale veillera sur le district de Crozet. Marc Bertrand, ancien militaire et chef d’entreprise prendra lui les commandes de Kerguelen. Gestionnaire hospitalier à la Réunion, Jean-Louis Carré s’occupera pour sa part d’Amsterdam. Tous trois sont déjà en route vers leurs affectation. Marion François, ingénieure dans le secteur de l’énergie, devra elle attendre le mois de novembre pour prendre le cap de la Terre Adélie, via la Tasmanie, hiver austral oblige.

Multifonctions

Une lourde tâche attend donc ces quatre "sous-préfets atypiques", selon l’expression de Rollon Mouchel-Blaisot, le préfet des Taaf. Chacun sera sur son district le chef de l’administration locale, garant de l’action de l’Etat et de la souveraineté française. Rien de moins. Une fonction officielle qui se traduira de multiples façons. Un chef de district est aussi bien responsable de l’exécution des programmes scientifiques que de l’entretien du matériel des bases. Officier de police judiciaire, il est également responsable de l’ordre public et signe en outre, en tant qu’officier de l’état civil, les éventuels actes de mariage ou de décès. Véritables chefs d’orchestre de la vie communautaire sur ces territoires isolés, les quatre candidats à l’aventure australe composeront avec quelques dizaines de résidents seulement, employés de bases, scientifiques et quelques rares touristes. Cette année, Rollon Mouchel-Blaisot a d’ailleurs considérablement alourdi la charge de travail de ses représentants. La formation de quelques semaines dispensée à la Réunion et à Paris a intégré pour la première fois une forte sensibilisation aux enjeux de la réserve naturelle nationale des Taaf. Le plan de gestion de ce plus grand territoire protégé d’Europe (voir par ailleurs) devrait être présenté en fin d’année au ministère de l’écologie. Mais les quatre chefs de district devront d’ores et déjà veiller à la protection de ces écosystèmes uniques au monde.

Joies et peines de l’isolement

Quelques heures avant le départ, l’heure était donc hier aux derniers conseils du préfet à ses représentants. Ses quatre recrues ne cachaient pas leur joie et leur impatience, balayant d’un revers de main l’angoisse de l’isolement et de la solitude. "Quand on est candidat, on a le temps de s’y préparer longuement. J’aurai peut être une appréhension en descendant du bateau, pour un an ferme... Mais c’est une expérience unique..." relativisait hier la nouvelle chef de Crozet. Appuyée par son homologue de Kerguelen. "Avec le téléphone, le mail, le fax, c’est un isolement relatif. Et puis l’insularité, c’est ce qu’on vient chercher". En fin connaisseur de ces rotations annuelles, Rollon Mouchel-Blaisot a tempéré l’enthousiasme de ses troupes. "J’ai le souvenir qu’en repartant de la Terre Adélie, on voyait ceux qui restaient fixer le bateau jusqu’à ce qu’ils disparaisse. Vous verrez, vous aussi, quand vous serez sur votre base, vous regardez le bateau jusqu’à ce qu’il passe la ligne d’horizon" leur a prédit le préfet. Ils auront brièvement le loisir d’en débattre avec leurs prédécesseurs, qui, eux, seront de retour à la Réunion dans 26 jours exactement.

Romain Latournerie

Bientôt des résidences d’artistes

A l’image de Jean-Paul Kauffman, auteur de L’Arche des Kerguelen, d’autres écrivains pourraient bientôt poser leurs valises dans les Taaf. Rollon Mouchel-Blaisot a dévoilé hier l’avancée de discussions avec son ministère de tutelle et la Drac de la Réunion pour mettre en place des résidences d’artistes dans les bases françaises australes. "Nous souhaitons développer des résidences littéraires, plastiques et visuelles. Je dois rencontrer prochainement les peintres et les écrivains de la marine" a expliqué le préfet. Son directeur de cabinet précisant qu’une forte demande provenait notamment des écrivains étrangers francophones.

 

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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 11:51
Né en 1729 à Saint-Malo, Nicolas Thomas Marion-Dufresne était un navigateur et explorateur français qui découvrit l'île Marion, l'île du Prince Édouard et les îles Crozet. Il fut tué en 1772 en Nouvelle Zélande.
Aujourdhui, de 9h à 16h, pour le navire qui fait les quatre rotations annuelles entre les TAAF et la Réunion depuis 1995, c'est Portes Ouvertes pour la première fois. J'en ai profité. Ce navire océanographique peut emporter 110 passagers. C'est à la fois un paquebot (personnel scientifique et technique), un cargo (ravitaillement et équipements lourds), un pétrolier (fonctionnement des bases) et un porte hélicoptère.




L'Albatros

 

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d'eux.

 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!

L'un agace son bec avec un brûle-gueule,

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

 

Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l'archer;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

 

La rosette, c'est ce panier d'une trentaines de bouteilles. On le descend à des profondeurs variables qui peuvent aller jusqu'à 3000 mètres. On note pour chaque bouteille la profondeur où elle s'est remplie d'eau et à la surface, on analyse le taux de salinité, la température, les gaz dissous, la structure chimique.






J'ai acheté ces timbres ce matin et je vais m'en servir. Mais je vais choisir des correspondants patients car une lettre affranchie ainsi met entre 2 et 3 mois pour arriver en métropole, du fait que le timbre est vraiment oblitéré dans une TAAF.

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9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 15:35

Les super nettoyeurs du canal du Mozambique

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=217822&page=article

CLICANOO.COM | Publié le 9 août 2009

éparses. Il aura fallu deux ans de travail et une mission en mer d’un mois aux services techniques des Taaf pour venir à bout des 600 tonnes de déchets métalliques ou dangereux accumulés dans les Éparses depuis près de 50 ans. Un travail de titan, qui n’aurait pu se faire sans l’implication totale des contractuels réunionnais embauchés pour l’occasion.

On a beau être classée réserve naturelle, 50 ans d’occupation humaine, même minime, mais quasiment ininterrompue, ça laisse des traces. C’est en tout cas ce qu’on pu constater les services techniques et responsables environnement des Terres australes et antarctiques françaises (Taaf) lorsqu’ils récupèrent en 2007 dans leur giron ce district des îles Éparses. Dans des décharges à ciel ouvert, une par île, on trouve pêle-mêle des matériaux usagés ou mis au rencart par les météorologues et détachements militaires qui les occcupent, mais aussi des restes “historiques” datant de l’exploitation par la SOFIM du phosphate des îles de Juan de Nova et Glorieuses. Beaucoup de ferrailles ( plaques PSP, structures d’habitations, 95 %), mais aussi une partie de déchets dangereux (bitûmes des pistes d’atterrissage, acides de batteries, acide-plomb, 5 %). 600 tonnes au total. De quoi remplir une centaine de transalls, ce qui est bien sûr hors de question en raison notamment du coût, à 80 000 euros un vol allez-retour au départ de la Réunion. “Depuis 99-2000, il y a eu des études sur cette problématique des déchets, mais en 2007, c’est la logistique des Taaf qui a repris le dossier en main : il a fallu réfléchir à une méthode, créer certains matériels et mobiliser des équipes”, rappelle Thierry Sabathier, directeur adjoint des services techniques. L’évacuation des déchets ne pourra se faire que par mer, avec chargement par hélicoptère. Ce qui suppose de diviser les charges en fardeaux transportables en “sling” par un Écureuil d’Hélilagon. Des “paquets” entre 650 et 700 kg, qui doivent occuper la surface d’une ou deux palettes afin d’être gerbables dans les cales d’un navire. Un premier test est effectué sur Europa courant 2007. Les Taaf profitent d’une rotation du Marion Dufresne vers les îles subantarctiques pour faire le détour par Europa. En une journée et demi d’escale, 300 m3 de déchets sont déjà embarqués en soute. “Pour nous, c’était positif. Il a alors été décidé d’étendre la manœuvre sur toutes les îles après avoir convaincu les Taaf de financer l’opération”, poursuit Thierry Sabathier. Décision est prise de supprimer l’une des quatre rotations du Marion Dufresne vers les îles subantarctiques pour assurer la toute première rotation des Éparses. Mais à travail particulier, main d’œuvre particulière. Il faut des gars capables de travailler vite, dans des conditions difficiles et un certain isolement. Les Taaf font donc appel aux contractuels qu’ils embauchent régulièrement sur les missions d’entretien et de logistique dans les îles Kerguelen, Crozet, Saint-Paul et Amsterdam. Des travailleurs réunionnais polyvalents et habitués des îles pratiquement désertes. “Il nous fallait des hommes autonomes, sachant travailler en équipe et surtout qui s’entendent bien et supportent de rester plusieurs semaines loin de chez eux”, souligne le directeur adjoint. Hormis sur Glorieuses, où les militaires vont mettre la main à la pâte, huit hommes vont se relayer sur des séjours de deux mois en moyenne pendant pratiquement un an à compter de 2008. Il faut débiter, conditionner, peser, cercler... “Du travail de pro. Ils ont fait un sacré boulot dans des conditions très dures : grosses châleurs, pas de confort le soir après la journée de travail, éloignement...”, salue encore Thierry Sabathier. La tournée du Marion-Dufresne dans les Éparses constituera le point d’orgue de cette vaste opération de nettoyage. Un Écureuil de la compagnie Hélilagon et deux pilotes, en contrat avec les Taaf, vont se charger des transferts entre la terre et le navire. Avec le renfort des deux militaires détachés au service logistique des Taaf, les charges sont accrochées sous l’hélicoptère. 230 fardeaux à Europa, 230 à Juan de Nova, 350 aux Glorieuses et 30 à Tromelin. La ronde de l’hélicoptère est incessante, le temps qui passe faisant tinter les cloches du tiroir-caisse. À 45 euros la minute de vol hors forfait, il n’y a pas une seconde à perdre. “Le plus difficile était sans doute à Juan de Nova, avec trois points d’évacuation différents, donc trois équipes et pas de pause”, note le responsable. À Glorieuses, le record de rotations sera battu avec 120 slings accrochés dans une journée. Mais au final, les objectifs en temps et en quantité auront été remplis comme prévus. Resteront encore à évacuer des futs de bitûme et de métal de l’ancienne piste d’atterrissage d’Europa, ainsi que des cuves à eau de Glorieuses. À Juan de Nova, on compte aussi encore de nombreux restes de l’époque de l’exploitation Patureau, dont il va falloir déterminer si ils ont une valeur patrimoniale ou s’ils sont à ranger au niveau des déchets. Coût total de l’opération autofinancée par les Taaf : 1,3 millions d’euros. Un gros morceau, quand le budget annuel alloué au fonctionnement de cette préfecture atypique n’est que de 24 millions d’euros. Et encore, l’implication sans borne des travailleurs ne se chiffre pas. “On a fait un gros boulot, avec pas beaucoup de moyen”, se félicite Thierry Sabathier. À l’arrivée à la Réunion, les déchets regagnent la filière habituelle. Pour le métal, un opérateur le récupère gratuitement pour envoi vers l’Inde. Un moindre mal, quand, avant la crise, les Taaf pouvait espérer faire un peu d’argent sur le cours du métal. Le reste des déchets dangeureux, qui ne peuvent être traités à la Réunion, hormis l’huile de vidange, suivront le chemin du retraitement en métropole. Là encore, cela a un coût. Exemple : 100 euros la tonne de batterries usagées. Une telle “remise à zéro” des déchets, bien que nécessaire, ne pourra être rééditée très souvent. Les Taaf, “petite institution à taille humaine”, n’en n’ont pas la vocation. Et Thierry Sabathier de conclure : “nous avons joué les super-éboueurs du canal du Mozambique. Mais maintenant, il faut que nous soyons exemplaire sur la gestion des déchets dans les îles Éparses.”

De notre envoyé spécial Sébastien Gignoux

 Le 14 mai dernier, le navire logistique des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), le Marion-Dufresne, rentrait d’une rotation exceptionnelle dans quatre des cinq îles qui forment le district des Éparses. À son bord, les techniciens en charge de l’évacuation des déchets accumulés lors des rares épisodes de peuplement de ces îles aujourd’hui classées réserves naturelles. Pour la première fois dans les Éparses, cette mission a également pris une tournure d’expédition scientifique, avec pas moins de 17 programmes et une quarantaine de chercheurs représentés à bord. Trente éco-touristes ont enfin eu le privilège de participer à ce voyage unique. Quatrième reportage, aux Glorieuses.

 Glorieuses
 Archipel situé à l’entrée nord du canal du Mozambique, à 253 km au nord-est de Mayotte, 222 km au nord-ouest de Nosy Be et 220 km du cap d’Ambre. L’ensemble est constitué de Grande Glorieuse, l’île du Lys, l’île aux Crabes et Roches Vertes.
 Zone économique exclusive (ZEE) : 48 350 km2 comprenant le banc coralien de Geyser.
 Surface : 7 km2 constitué d’un banc de sable et d’une plateforme coralienne de17 km de long.
 Grande Glorieuse est la plus importante des îles (2,3 km de long sur 1,7 km de large). Point culminant : 14 m. À 10 km au nord-est se trouve l’île du Lys (600 m de diamètre)

 Un peu d’histoire…
 Probable découverte dès les navigations vers les Indes au début du XVIe s. En 1879, Hippolyte Calteau accoste et prend possession, baptisant l’archipel en référence à la révolution de 1830.
 Avec l’autorisation du ministre de s’y installer “à ses risques et périls”, Calteaux implante une cocoteraie en 1885, tandis que les Anglais menacent d’annexer l’île.
 Réelle prise de possession par la France en 1892 par le commandant du “Primauguet” qui plante le drapeau, puis rattachement à la colonie de Mayotte en 1897. Calteaux exploite le coprah de la cocoteraie et le guano de l’île du Lys jusqu’en 1907.
 Début de la consession de la SOFIM (Société française des îles malgaches) dirigée par M. Lanier. 17 habitants seychellois exploitent quelques 6 000 cocotiers et une plantation de maïs. On compte environ 200 chèvres sur l’île du Lys en 1921.
 De 1939 à 1945, l’archipel est abandonné. Nouvelle concession de la SOFIM en 1945, confiée au Seychellois Jules Sauzier. Son frère Gaston prend la suite en 1952. On comtpe alors 15 000 pieds de coco. Fin de l’exploitation en 1958.
 1955, première station météo au nord de Grande Glorieuse, déplacée dans le sud dix ans plus tard.
 Depuis 1973, un gendarme et 14 militaires du Détachement de la léégion étrangère de Mayotte assurent la présence française sur l’île.

Les décharges vidées, et après ?

Depuis un an et demi, les Terres australes et antarctiques françaises (Taaf) tentent de rationnaliser le traitement des déchets sur les îles Éparses occupées par les détachements militaires ou, comme à Tromelin, par les météorologues. “Nous avons instauré une politique de traitement en continu”, explique le directeur adjoint des services techniques des Taaf. À chaque relève, un travail de sensibilisation est effectué auprès des détachements au départ. Désormais, les occupants des îles pratiquent le tri sélectif du verre, des cannettes métalliques, mais aussi des papiers, cartons et déchets alimentaires dans des fûts de plastique bleu. Chaque île a en outre été équipée d’un incinérateur pour détruire ces derniers types de déchets. Le reste, qui doit être soit recyclé soit mis en décharge est évacué progressivement, au rythme des relèves des détachements. Il faut à tout prix éviter l’accumulation et limiter les enfouissements sur place. Autre chantier sur lequel travaillent les services techniques et ceux de l’environnement : le traitement des eaux usées.

Le chantier “déchets dans les Éparses” en chiffres

 Coût de l’opération : 1,3 millions d’euros
 Plus de 1an et demi de travail. Conditionnement des déchets sur site : rapport de 40 hommes/mois
 600 tonnes de déchets évacués, l’équivalent de 1300 m3
 Environ 850 fardeaux de 650 à 700 kg, pour 1350 rotations hélicoptère. (230 Europa, 230 Juan de Nova, 350 Glorieuses, 30 Tromelin)
 8 personnels en séjour à terre pour le conditionnement, 10 à bord du Marion Dufresne pour l’évacuation, plus l’équipage du bateau pour la mise en cale.

 

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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 08:44

“Turtle jumping” à Juan de Nova

CLICANOO.COM | Publié le 2 août 2009

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=217313&page=article

éparses. Non, ce n’est pas le dernier sport extrême à la mode. Si attraper les tortues dans le lagon de Juan de Nova a tout d’une discipline olympique en puissance, c’est avant tout un travail essentiel au suivi et à l’étude de cette espèce protégée. Vertes ou imbriquées, les tortues des Éparses recèlent encore nombre de mystères que des scientifiques réunionnais tentent de percer.

La Réunion et les tortues, c’est une longue histoire. Depuis la création de la ferme Corail à Saint-Leu en 1975 jusqu’à sa toute récente transformation en observatoire des tortues marines sous le nom de Kelonia, l’île est devenue une base de recherches à la pointe en matière de connaissance de ces reptiles étonnants. À la fois proches et lointaines, les îles Éparses en sont le champ d’étude grandeur nature pour connaître le mode de vie et l’état de santé des deux espèces typiques du sud-ouest de l’océan Indien, la tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata) et la tortue verte (Chelonia mydas). Pour cette dernière espèce, Europa est d’ailleurs un des premiers sites au monde de reproduction avec 6 000 à 11 000 tortues en ponte par an. L’expédition Éparses 2009 ne pouvaient donc se faire sans deux des spécialistes péi de la tortue, Stéphane Ciccione, le directeur de Kelonia, et Jérôme Bourjea, responsable du programme tortue à l’Ifremer (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer), une bonne douzaine de voyages dans les Éparses à eux deux. Leur mission : l’étude des habitats de développement des tortues marines du sud ouest de l’océan Indien, la caractérisation et l’abondance de ces espèces. En clair, une collecte de données sur le terrain qui serviront notamment à enrichir la base régionale TORSOOI (TORtues du Sud Ouest de l’Océan Indien) qui a vocation à être élargie aux autres pays de la zone (Seychelles, Comores, Madagascar...).

Les tortues vertes en hausse

“Depuis 1983, les études ont permis de comprendre en grande partie le cycle reproductif de la tortue, l’influence des changement climatiques sur la détermination du sexe des juvéniles, ou de vérifier le phénomène de homing, c’est à dire la faculté des tortues à retourner pondre sur la plage qui les a vues naître. Mais c’est un animal très complexe, dont on mesure encore mal les rythmes de croissance, très variables selon les tortues. Leur maturité sexuelle est également très variable, pouvant aller de 10 à 50 ans selon l’individu”, explique Jérôme Bourjea. Établir une base de données la plus riche possible à l’échelle de la zone permettrait donc à terme de dégager des tendances plus précises et des indications précieuses sur l’état de santé de l’espèce, protégée depuis les années 80 par la convention de Washington. Aussi, avec le concours de la Région Réunion, les deux scientifiques ont tenté sur Europa et Juan de Nova de capturer un maximum de tortues des deux espèces. Et pour ce faire, la technique la plus efficace reste encore celle, venue d’Australie, du “turtle jumping.” À bord d’un zodiac, les “chasseurs” repèrent les jeunes tortues qui trouve dans les lagons à la fois le gite et le couvert, a savoir, la protection contre les prédateurs et de la nourriture en abondance pour grandir et atteindre la maturité sexuelle. Une poursuite s’engage alors avec le bateau, sollicitant les qualités du pilote, le temps de fatiguer un peu ces excellentes nageuses. Il faut ensuite toute l’habileté du plongeur pour sauter sur la tortue et immobiliser ses musculeuses nageoires avant. Embarquée, la tortue est ensuite ramenée sur la plage où l’on procède à toute une batterie de manipulations avant de la remettre à la mer : mesure de la carapace, pesée, baguage et photo d’identification. Un prélèvement de derme est également effectué à des fins d’analyse génétique. “C’est par ce biais qu’on a pu, à force de comparaison, constater que les tortues vertes du sud du canal du Mozambique ont des caractéristiques communes avec celles de l’Atlantique. Ce qui signifie que les tortues ont réussi à passer la barrière naturelle du cap de Bonne Espérance, réputée infranchissable pour cette espèce !”, rappelle Jérôme Bourjea. “Ces mélanges génétiques sont également facteurs d’une plus grande robustesse de l’espèce.” La bonne nouvelle en plus, c’est que la population de tortues vertes des îles Eparses est globalement en croissance de 1 à 3% par an depuis 20 ans. Même si à l’échelle de la planète, cette espèce est encore menacée, les îles du sud ouest de l’océan Indien apportent une note d’espoir pour sa préservation. Tout aussi important, le baguage a pour objectif de suivre la tortue en différentes étapes de sa vie. “Mais le taux de recapture est assez faible”, précise Stéphane Ciccione. “Comme nos missions dans les Éparses sont très espacées dans le temps, les quelques tortues qui sont recapturées sont celles qui ont le moins grandi et sont donc restées le plus longtemps dans le lagon. Celles dont la croissance a été plus importante et rapide ont déjà gagné d’autres zones d’alimentations plus riche en herbiers. Il faudra peut-être des dizaines d’années avant de voir une jeune tortue baguée venir pondre ensuite sur une plage, ce qui suppose aussi une surveillance constante et un suivi sur du très long terme.” Dans les Éparses, faute d’observateur permanent, ce sont les gendarmes, ou les agents météo sur Tromelin, qui mettent la main à la patte. Chaque matin, ces résidents temporaires comptent et notent les traces de tortues venues pondre sur la plage. Les captures en revanche, ne sont réalisées que par ces scientifiques dont la venue est plus rare. D’où l’importance des missions telles que celles qui viennent de s’achever. Sur Europa, Jérôme et Stéphane auront bagué 38 tortues vertes et 15 tortues imbriquées. Sur Juan, 37 vertes et 17 imbriquées. Sur plus d’une centaine de tortues ainsi capturées, six seulement avaient fait l’objet d’un précédent baguage. Outre ce travail précieux, les deux spécialistes auront goûté au plaisir de cotoyer les autres scientifiques de la mission du Marion-Dufresne. “Ce voyage nous a permis d’échanger avec des confrères d’autres disciplines sur des thèmes qui nous touchent. Les géomorphologues, par exemple, nous ont donné des idées sur des mouvements terrestres qui peuvent influencer le comportement de reproduction ou d’alimentation des populations de tortues”, se félicite Stéphane Ciccione. Espèce apparue il y a une centaine de millions d’années, la tortue est sans doute un témoin privilégié de l’évolution de la planète, qu’elle fréquente depuis bien plus longtemps que nous humains.

De notre envoyé spécial Sébastien Gignoux

Juan de Nova

 Située dans la partie étranglée du canal du Mozambique, à 600 km au sud de Mayotte, 280 km des côtes d’Afrique orientale et 175 km de Maintirano à l’est de Madagascar.

 Zone économique exclusive (ZEE) : 61 050 km2

 Ile en forme de croissant de 6 km de long au milieu d’un vaste récif corallien.

 Superficie : 5 km2. Point culminant : 12 m.

Mission Eparses 2009

Le 14 mai dernier, le navire logistique des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), le Marion-Dufresne, rentrait d’une rotation exceptionnelle dans quatre des cinq îles qui forment le district des Éparses. À son bord, les techniciens en charge de l’évacuation des déchets accumulés lors des rares épisodes de peuplement de ces îles aujourd’hui classées réserves naturelles. Pour la première fois dans les Éparses, cette mission a également pris une tournure d’expédition scientifique, avec pas moins de 17 programmes et une quarantaine de chercheurs représentés à bord. Trente éco-touristes ont enfin eu le privilège de participer à ce voyage unique. Cette semaine, poursuite de notre escale à Juan de Nova.

Dimanche prochain, opération nettoyage aux Glorieuses.

Des étudiants se jettent à l’eau

Ils s’appellent Julia, Anne, David et Kevin. Étudiants en deuxième année du master BEST (Biodiversité des écosystèmes tropicaux) de l’Université de la Réunion, ils sont les premiers acteurs du concept inédit d’ “Université flottante”. Un programme consistant à faire embarquer ces étudiants sur le Marion-Dufresne pour participer activement aux recherches des scientifiques dont les programmes ont été sélectionnés pour la mission, et profiter d’un véritable “laboratoire de travaux pratiques à ciel ouvert.” Une approche concrète du métier de chercheur ou d’enseignant auxquels ils se destinent, et une aide précieuse pour des scientifiques ne disposant que de peu de temps sur les îles Éparses pour réaliser leurs manipulations, parfois fastidieuses : comptage d’oiseaux, baguages de tortues, prélèvements de coraux ou d’invertébrés… Autant d’expériences pour lesquelles ces jeunes gens se sont portés volontaires et dont ils se sont acquittés avec application et bonne humeur.

Des navigatrices qui ne perdent pas le nord

CLICANOO.COM | Publié le 2 août 2009

Comment une tortue verte, 20 ans après sa naissance et des périgrinations de plusieurs milliers de kilomètres dans l’océan Indien pour se nourrir, parvient-elle à retrouver la plage qui l’a vu naître pour, à son tour, donner naissance à plusieurs dizaines de bébés tortues ? C’est le système de navigation exceptionnel de ces grandes migratrices que tente de décortiquer la composante tortue du programme SWIOFP (South West Indian Ocean Fishery Project) mis en route l’année dernière. Une centaine de tortues marines en phase de ponte et d’alimentation sur le secteur du canal du Mozambique vont être équipées de balises Argos afin d’étudier leurs trajets, et les phases de “homing” ou “post-homing” (retour sur la plage de naissance pour la ponte, puis long déplacement pour l’alimentation). “Il est communément admis que les tortues utilisent les champs magnétiques pour se diriger, mais pas seulement”, explique Jérôme Bourjea d’Ifremer. Les scientifiques du CNRS ont en effet pu constater, sur des tortues suivies par satellite, qu’en perturbant les champs magnétiques en période de homing, elles étaient dans leur quasi totalité capables néanmoins de retrouver leur chemin, même au prix de quelques petits détours, en shuntant leur système de navigation. “Il est très probable que les tortues utilisent un sens de l’odorat très développé. Ce qui expliquerait que dans la région elles se dirigent toujours vers des côtes sous le vent, et migrent systématiquement vers l’est en phase de post-homing. Dans le même ordre d’idée, une activité humaine trop forte sur un lieu induirait un changement de ces odeurs et donc une baisse des pontes en cet endroit”, poursuit le scientifique. Quid alors de ces tortues “colonisatrices”, c’est-à-dire celles qui font exception à la règle en allant pondre sur des plages où elles ne sont pas nées. Une perturbation, un épisode cyclonique ou un bouleversement de la gamme des odeurs pourraient expliquer ces déménagements. Mais ce ne sont que quelques-unes des hypothèses évoquées au sujet de ces reptiles jamais avares de surprises..

 
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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 20:56

"Aux îles Éparses, la France possède des territoires uniques au monde"

CLICANOO.COM | Publié le 19 juillet 2009

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=216136&page=article

Préfet et administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises depuis septembre 2008, Rollon Mouchel-Blaisot revient pour le Journal de l'Île sur la mission exceptionnelle du Marion-Dufresne dans les îles Éparses et livre les grandes lignes des projets les concernant : pêche, protection, prospection pétrolière, Grenelle de la mer, présence militaire... Entretien.

Le JIR : Monsieur le préfet, quel premier bilan tirez-vous de cette tournée exceptionnelle du Marion-Dufresne dans les îles Éparses ?

Rollon Mouchel-Blaisot : L'objectif était d'agir pour la protection des îles Éparses en retirant le maximum de déchets accumulés depuis plusieurs dizaines d'années et d'emmener des scientifiques afin d'évaluer le potentiel de recherche de ces îles. C'était un véritable défi. Au niveau de la dépollution, le travail a été réalisé en deux temps. Il a d'abord fallu envoyer pendant plusieurs mois des équipes techniques pour conditionner les déchets afin qu'ils puissent être évacués lors du passage du Marion-Dufresne. Le conditionnement de ces déchets en fardeaux de 700 kg pouvant être transportés par l'hélicoptère était un préalable au passage du Marion-Dufresne. Lors de la rotation exceptionnelle du Marion-Dufresne, l'ensemble des fardeaux ainsi préparés ont pu être évacués, soit plus de 600 tonnes de déchets. Je tiens à féliciter très sincèrement l'ensemble de l'équipe des Taaf qui a accompli un travail remarquable dans des conditions éprouvantes et ingrates, avec le concours apprécié des Fazsoi. Concernant les programmes scientifiques, nous avons en quelque sorte transformé le Marion-Dufresne en "plate-forme nautique de recherche". Au total, 16 programmes comprenant des thématiques des sciences de l'Univers ou des sciences de la vie ont pu être mis en place après une rigoureuse sélection. Par exemple, deux marégraphes permettant de mesurer le niveau de la mer ont été installés à Europa et Juan de Nova et des mesures de la chimie de l'atmosphère ont été enregistrées durant le transit. Concernant les programmes de biologie, quatre hydrophones permettant d'enregistrer les chants des baleines ont été mouillés dans le canal du Mozambique. Des centaines de prélèvements (sable, coraux) et d'échantillons de faune (notamment marine) ont été collectés (ils sont en cours d'analyse, pour certains au États-Unis) ainsi que des dizaines d'observations d'oiseaux, de mammifères marins, de requins, etc. Le bilan scientifique de cette expédition sera tiré prochainement par le CNRS par l'intermédiaire de ses deux éminents instituts (Institut national de l'écologie et de l'environnement, INEE, et Institut national des sciences de l'univers, INSU) particulièrement intéressés par ces îles.

L'expérience, notamment écotouristique, pourrait-elle être renouvelée ?

Il est trop tôt pour le dire car une telle expédition est, par définition, exceptionnelle. Nous avons voulu tester une forme d'écotourisme qui respecte totalement le milieu comme nous le faisons depuis plusieurs années dans les îles subantarctiques. C'est un tourisme à forte valeur ajoutée, qui doit conserver un caractère marginal et surtout ne rien abîmer. Avec un bon encadrement, et la présence "d'écogardes" que nous souhaitons développer, cela reste gérable. Nous étudions par exemple des demandes de la part de clubs de plongées responsables qui désirent faire connaître ces "spots" exceptionnels normalement interdits d'accès. Si une nouvelle expédition devait être renouvelée dans les années qui viennent, je suis ouvert, en fonction des places disponibles, à ce que des touristes soient acceptés à bord. Mais je souhaite les impliquer davantage à la conservation des milieux et à l'accompagnement des scientifiques pour les aider à mener à bien leurs opérations de terrain. Il faut passer d'un tourisme passif à un tourisme actif et engagé. Je suis d'ailleurs convaincu que cela répond à l'attente des citoyens qui souhaitent participer, même modestement, à la protection de la planète.

Quel est l'avenir envisagé par les Taaf pour les Éparses ?

L'intégration des îles Éparses au territoire des Taaf permet de donner un nouvel élan à la recherche scientifique tant dans le domaine de l'écologie que dans les sciences de l'univers. Fortes de leur expérience dans les îles subantarctiques et en Antarctique, les Taaf disposent du savoir faire nécessaire, notamment en terme de logistique, pour mener à bien ce projet ambitieux. En osmose avec le développement de la recherche scientifique, la biodiversité de ce territoire doit être absolument préservée, et nous agissons dans ce sens. J'ai, par exemple, signé une convention cadre avec le président de l'Agence des aires marines protégées afin que l'on réfléchisse ensemble à la mise en place d'un statut élevé de conservation de ce patrimoine naturel.

Ces îles présentent aussi un intérêt économique, avec 640 000 km2 de zones de pêche exclusives... Quels sont les projets dans ce domaine ?

Le Territoire des Taaf gère, pour notre pays, la 2e plus grande Zone Économique Exclusive (après la Polynésie), avec plus de 2, 3 millions de km2, ce qui est très peu connu. Sait-on, par exemple, que la pêcherie australe représente 250 emplois directs et près d'un millier d'emplois indirects à La Réunion ? Comme nous l'avons fait pour la légine dans les Australes, nous voulons développer une pêche durable pour le thon dans les Éparses. Les Taaf présentent déjà l'un des seuls exemples de pêche durable en introduisant les notions d'évaluation scientifique indépendante, de quota d'exploitation, de réglementation rigoureuse, de contrôle embarqué et de lutte sans merci contre la pêche illicite. On l'a bien vu avec l'exemple de la légine que, sans contrôle ou surveillance permanente, la ressource serait pillée comme cela a été le cas malheureusement dans certaines zones voisines. Pour la pêche au thon dans les Éparses, l'organisation est sensiblement différente, notamment pour les circuits de transformation et d'exportation. La pression de pêche dans cette région est néanmoins aussi forte. Il est donc important d'intervenir. En ce sens, les accords récemment signés avec la collectivité départementale de Mayotte sont stratégiques (jusqu'au 29 avril dernier, les Taaf percevaient la redevance des thoniers étrangers en campagne dans la ZEE de Mayotte, NDLR) car, non seulement, ils règlent un contentieux ancien mais, surtout, vont permettre une forte collaboration entre les deux collectivités pour un développement durable de toutes les pêches dans ce secteur. Nous sommes d'ailleurs très désireux de développer une véritable coopération avec Mayotte dans beaucoup de domaines.

Comment protéger ce précieux patrimoine environnemental que représentent les Éparses ? Y a-t-il de nouveaux classements envisagés ?

Leur classement en "zone protégée" par arrêté préfectoral en 1975 a favorisé la conservation de cette exceptionnelle biodiversité. La précieuse présence militaire permanente depuis 1973 a assuré le respect effectif de l'interdiction d'accès et a empêché toute atteinte à l'intégrité de ces îles. Les populations de poissons et de coraux sont importantes car la pêche est interdite dans les lagons et les eaux territoriales. De même, les colonies de sternes et de tortues sont parmi les plus importantes de l'océan Indien. Dans le cadre de la stratégie nationale du maintien de la biodiversité, les Taaf ont élaboré leur "plan d'action biodiversité" qui a été approuvé par le MEDADT (Ministère de l'écologie, du développement durable et de l'aménagement du territoire) et le SEOM (Secrétariat d'État à l'Outre-mer). Il vise à la mise en place d'actions concrètes pour conserver ce patrimoine : la lutte contre les espèces envahissantes, la gestion et le rapatriement des déchets, la protection d'espèces menacées ou la mise en place de bio-indicateurs permettant de suivre l'état de santé de ces îles sont parmi les actions phares de ce plan. Outre les actions de conservation, nous avons proposé, dans le cadre du Grenelle de la mer, le classement de l'île d'Europa en réserve naturelle nationale. Plus largement, le travail entrepris avec l'Agence des aires marines protégées devrait permettre dans les années à venir d'assurer la protection effective de ce patrimoine unique.

Quelles sont les prochaines échéances pour les Éparses ?

Nous avons beaucoup de dossiers ouverts sur tous les sujets souvent complexes dont nous avons parlé mais, à ce stade, je signalerai simplement deux événements à venir. Le premier, qui se tiendra au Sénat le 5 octobre prochain, sera un colloque pour tirer les enseignements de la rotation exceptionnelle du Marion-Dufresne et réfléchir sur les perspectives d'avenir de ces îles ; nous parlerons de leurs enjeux en termes de biodiversité, de recherche scientifique, de gestion durable de la mer, de coopération régionale sans oublier les histoires humaines qui ont marqué durablement l'histoire de ces îles comme celle des "esclaves oubliés de Tromelin" pour laquelle nous avons un grand projet d'exposition que nous présenterons prochainement. Le second concerne le carnet de voyages philatélique sur les Éparses, tourné pendant la rotation du Marion-Dufresne, que nous sortirons pour le salon du timbre de Paris en novembre prochain. Il sera préfacé par Mme Irène Frain dont le récent livre sur les "Naufragés de Tromelin" connaît un grand succès et qui nous honore de sa fidélité. Nous le dévoilerons d'ailleurs en avant-première à l'occasion d'une exposition sur les îles éparses au Palais du Luxembourg, en parallèle du colloque.

La présence militaire sur Europa, Juan de Nova et Glorieuses est-elle remise en question ? La France souhaite-t-elle maintenir sa présence dans ces îles ? Comment se portent les relations avec les pays voisins ?

L'intégration des îles Éparses à la collectivité d'outre-mer des Taaf par la loi du 21 février 2007 est la confirmation, si besoin était, de l'intérêt que notre pays accorde à ces îles. Même si la question de souveraineté a parfois été posée, cela ne nous a jamais empêché d'agir, pour le bien commun, avec les pays voisins et amis. Pour preuve, la négociation que j'ai eu l'honneur d'engager, en décembre 2008, avec les autorités mauriciennes pour mettre en place des outils de "cogestion" nous permettant de mener ensemble des actions ambitieuses sur Tromelin. Les détachements militaires, en provenance de La Réunion et de Mayotte, qui assurent une présence permanente sur les trois îles du canal de Mozambique, accomplissent une mission extraordinaire. Leur action exemplaire a permis, entre autres, de préserver les îles d'un pillage écologique et halieutique qui aurait été catastrophique et irréversible. Nous travaillons également avec les Fazsoi sur les questions incontournables de logistique. Les moyens militaires sont vraiment indispensables pour l'accès aux îles. Je n'oublie pas également les services rendus par les équipes de Météo France à Tromelin. Ils doivent tous être remerciés pour leur contribution importante à la conservation de ces îles. Connaissant les contraintes des forces armées, nous étudions actuellement avec le Ministère de la Défense et le SEOM comment nous pourrions mutualiser nos moyens, tant humains que logistiques, pour optimiser notre présence sur ces îles. Il s'agit d'une véritable mission interministérielle à laquelle les Taaf contribueront avec détermination, à la hauteur de leurs moyens. Nous travaillons aussi sur la question des énergies renouvelables ou de la production autonome d'eau, ce qui permettrait d'alléger les quantités de fret à transporter et de limiter ainsi encore plus l'impact de la présence humaine sur ces territoires fragiles.

Quelle est la position des Taaf vis-à-vis du Marion-Dufresne, dont les marins dénoncent leur remplacement par des marins étrangers ?

C'est un bateau auquel nous sommes très attachés et nous sommes aussi reconnaissants à l'équipage pour le concours précieux qu'il a toujours apporté à toutes nos missions. Mais ce navire hors normes nous coûte de plus en plus cher. Plus de la moitié de notre budget est consacrée à l'affrètement du Marion-Dufresne et de l'Astrolabe, ce qui n'est plus supportable. L'institut polaire Paul-Émile Victor (Ipev, dépendant du Ministère de la recherche, NDLR), qui co-affrète le Marion Dufresne, est dans la même situation que nous. C'est pourquoi nous avons demandé à la CMA-CGM, l'armateur du navire, de réduire significativement ses coûts de fonctionnement. En raison de nos difficultés financières, nous avons même été contraints de procéder au désarmement temporaire du navire et risquons d'y recourir à nouveau si une solution budgétairement supportable n'est pas rapidement trouvée. Les négociations sont bien engagées mais n'ont toujours pas été finalisées alors que nous avons accepté de nous conformer aux accords d'entreprise CMA-CGM actuellement en vigueur qui garantissent l'emploi d'un certain nombre d'officiers et de marins français. Il y a donc plus que jamais urgence de trouver un nouvel équilibre économique qui, seul, permettra la poursuite de la pleine exploitation du navire. Nous avons en parrallèle engagé une autre négociation avec les banques pour réduire le coût exorbitant de l'emprunt mis à la charge du Territoire pour la construction du navire en 1993.

Les Taaf connaissent donc des difficultés financières ?

Comme toutes les collectivités publiques, nous connaissons une stabilité, au mieux, des recettes et une progression continue des charges, notamment logistiques. Pour faire face à cette situation délicate, nous devons impérativement maîtriser les coûts logistiques et de fonctionnement tout en conservant une capacité d'investissement pour entretenir et rénover nos bases... Nous sommes très fortement aidés en cela par le plan de relance mis en oeuvre par le gouvernement, ce qui aura un impact à la Réunion en termes d'embauches ou d'activités pour les entreprises. Les Taaf s'efforcent également de développer leurs ressources propres à travers la philatélie, la pêche ou des partenariats avec des organismes publics (Météo France, CNES, CEA) ou privés. Ainsi, la société Véolia apporte une contribution significative pour le nettoyage de l'ex piste du Lion, en Terre Adélie. Les Taaf sont ouvertes à développer ce type de partenariat pour des véritables actions de long terme, au service exclusif de l'environnement et de la biodiversité. Que peuvent espérer les Éparses du Grenelle de la mer ? Des décisions ont-elles été prises les concernant ?

Les Taaf, de par leur immense zone maritime, se sont beaucoup impliquées dans le Grenelle de la mer, et cela concerne les éparses comme les australes. Nous avons été auditionnés au niveau national et avons également reçu, à Saint Pierre, la délégation du Grenelle qui est venue à la Réunion. S'appuyant sur leur expérience très spécifique, les Taaf ont fait 7 propositions dont voici les têtes de chapitre :

- faire des Taaf un espace d'expérimentation en matière de pratiques maritimes durables (pêche, logistique, technologies nouvelles...)

- valoriser les produits de la mer recueillis de manière soutenable dans nos ports de l'Océan Indien, c'est-à-dire à la Réunion et à Mayotte.

- favoriser les conditions d'un éco développement grâce à une coopération approfondie Taaf-Mayotte.

- valoriser les PTOM (pays et territoires d'Outre-mer) comme vecteurs de l'influence française dans les enceintes maritimes internationales.

- mettre en place une gestion intégrée des espaces maritimes

- certifier les pêcheries sous des labels écologiques internationaux. Ce sera le cas avec la pêcherie australe à la légine suite à la démarche engagée par les professionnels eux-mêmes, avec notre plein soutien. La première pêcherie française reconnue durable au niveau international sera donc dans les Taaf, pour le grand profit de la Réunion.

- classer les écosystèmes tropicaux, notamment l'île d'Europa comme je l'indiquais précédemment.

Elles ont été reprises, d'une manière ou d'une autre, par les différents groupes de travail nationaux du Grenelle de la mer. La synthèse des travaux est en cours et les plus hautes autorités de l'État en tireront les conclusions.

En conclusion, justement, quel intérêt y a-t-il pour la France à demeurer dans ces territoires ?

De l'antarctique aux îles Éparses, la France dispose d'un gradient de territoires unique au monde. Au moment où les recherches scientifiques s'intensifient pour mieux comprendre le changement global, les travaux menés dans les Taaf, pour certains depuis plusieurs décennies, participent à une meilleure connaissance des enjeux et défis de notre planète. En quelque sorte, nos îles, si lointaines, n'ont jamais été aussi proches de nos préoccupations...

Entretien : Sébastien Gignoux

Dimanche prochain, nouvelle escale aux Eparses sur l'île Juan de Nova.

A la recherche de l'or noir de Juan de Nova

Le 22 décembre 2008, le ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire ouvrait la porte à la prospection pétrolière dans la ZEE des Éparses. Un premier arrêté dit "Permis de Juan de Nova Profond" accorde aux sociétés Marex Petroleum Corporation et Roc Oil Company Ltd, conjointes et solidaires, un permis de recherches de mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux pour une durée de cinq ans, l'engagement financier souscrit s'élevant à près de 47 millions d'euros. Le périmètre défini est un polygone d'environ 50 000 km2 à la limite des ZEE des pays voisins (Mozambique et Madagascar), et dont son exclue la zone des 12 miles nautiques autour de Juan de Nova. Un second arrêté, dit "Permis de Juan de Nova Est" accorde aux sociétés Nighthawk Energy Plc, Jupiter Petroleum Juan de Nova Ltd et Osceola Hydrocarbons Ltd, conjointes et solidaires, un permis de recherche d'hydrocarbures liquides ou gazeux portant sur le sous-sol de la ZEE française au large des côtes de Juan de Nova. Ce permis également accordé pour cinq ans, l'engagement financier souscrit par les bénéficiaires s'élève à 28 millions d'euros environ. Il concerne une zone de 9 000 km en bordure de la ZEE malgache. "Un enjeu majeur", reconnaît le préfet des Taaf Rollon Mouchel Blaisot, bien que "nous ne sommes qu'au tout début du processus." Plusieurs demandes de permis de prospection avaient été formulées en 2006 et 2007 concernant la zone hauturière de Juan de Nova, aboutissant à ces deux autorisations concernant les cinq sociétés américaines, britanniques et australiennes mentionnées. "Nous entrons à présent dans une phase de recherche. L'objectif est d'obtenir une meilleure connaissance de la géomorphologie de la zone de Juan de Nova. Ces recherches seront d'abord sismiques (émission d'ondes à partir de sondeurs permettant de définir la nature du sous-sol) effectuées à partir de navires spécialement équipés. Plusieurs campagnes seront nécessaires. En fonction des résultats obtenus différents forages tests pourront être effectués la 4e ou 5e année", précise le préfet des Taaf. Une prospection qui devrait s'effectuer sous le contrôle strict des services de l'État : "Nous sommes, et serons, vigilants pour que tous les travaux qui seront menés dans ce secteur respectent les plus hautes exigences environnementales. Nous avons déjà tenu plusieurs réunions de travail sur ce sujet avec la société prospectrice pour que les modalités envisagées pour la recherche s'adaptent aux contraintes des milieux", assure Rollon Mouchel-Blaisot.

S. G.      

 

 

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Europa, le paradis perdu des oiseaux marins

CLICANOO.COM | Publié le 19 juillet 2009

Eparses. Régulièrement qualifiée de "sanctuaire écologique" du fait d'une occupation humaine très limitée dans le temps et l'espace, l'île d'Europa est restée l'un des sites les plus riches et les plus rares en terme de populations d'oiseaux marins de l'océan Indien. Une aubaine pour les ornithologues, qui défendent un site à préserver à tout prix.

photo aérienne Europa (Serge Gélabert/Taaf)

Europa. Ses plages de sable blanc, son lagon immense, sa mangrove foisonnante. Et surtout, ses oiseaux. Avec pas moins de huit espèces marines recensées, ce petit pentagone perdu au sud du canal du Mozambique reste une réserve ornithologique d'une valeur inestimable et un sujet d'étude passionnant pour les spécialistes du genre. Pas étonnant que Matthieu Le Corre s'y sente comme un poisson dans l'eau. Cet enseignant-chercheur du laboratoire d'écologie marine (ÉCOMAR) de l'université de la Réunion, récent lauréat de la prestigieuse bourse d'étude Pew pour la poursuite de ses travaux, en est à son 9ème voyage dans une île qui l'obsède depuis son premier séjour en 1993. Passionné et passionnant, il est sans doute le meilleur guide au monde dans ce refuge pour volatiles indo-océaniques. "Europa est le parfait exemple de ce que devaient être les autres îles de l'océan Indien avant les peuplement humains. Avec ces huit espèces dont certaines se raréfient, c'est un véritable bijou ornithologique", indique le scientifique. Pour le comprendre, il faut le suivre à travers les forêts d'euphorbes piquantes sous le regard curieux des fous à pieds rouges, ou dans les vastes steppes du sud recouvertes par le vacarme assourdissant d'une nuées de sternes fuligineuses, une vaste colonie d'un million de couples qui s'ébattent dans les airs.

Un tableau à plumes que complètent pailles-en-queue dorés ou à brins rouges, puffins d'Audubon, corbeaux-pie, sternes caspiennes ou encore frégates. Ce sont ces dernières, particulièrement menacées, qui font d'Europa un site rarissime. On ne compte plus que 1 300 couples de frégates Ariel et 700 couples de frégates du Pacifique sur Europa. Une des trois seules îles de l'ouest de l'océan Indien avec Aldabra et Cosmoledo (Seychelles) à héberger encore des colonies de cette dernière espèce. "La frégate du Pacifique est grandement menacée du fait de la raréfaction de son habitat. Très sensible à la présence humaine, elle a disparu progressivement d'îles comme les Glorieuses ou de Tromelin où elles étaient pourtant présentes il y a deux siècles", précise Matthieu Le Corre. Revenant à terre pour s'accoupler, couver et élever leurs oisillons, ces prédateurs très farouches nécessitent la plus grande tranquillité. La période des amours notamment, peut être facilement perturbée par une présence étrangère et faire se déplacer la colonie. Aussi, c'est dans la profondeur d'une dense forêt d'euphorbe au coeur de l'île que la colonie va élire domicile. Le mâle, qui gonfle la poche membraneuse rouge vif située sous son bec, est en concurrence avec ses collègues pour séduire les femelles qui planent au dessus du perchoir pour choisir l'heureux élu. D'une union, là aussi très rare, naîtra peut-être un seul poussin frégate, alors que l'adulte peut vivre plusieurs dizaines d'années sans produire d'autre rejeton. Spectacle saisissant que ces parades nuptiales, qui contrastent avec le caractère parfois « cruel » des frégates qui peuvent piller les nids d'autres oiseaux ou s'attaquent sans pitité aux petites tortues vertes à peine écloses sur la plage. Très friandes de ces proies sans défense, qu'elles ramèneront au nid, on peut les voir s'abattre en piqué sur les plages d'Europa au moment des émergences diurnes de tortues juvéniles. Scènes violentes, qui font presque oublier que la frégate est une espèce plus menacée que la tortue verte !

Quoi qu'il en soit, les rares voyages à Europa sont l'occasion pour les ornithologues de faire le point sur l'état de santé de ses populations d'oiseaux. Comptages, études comportementales, captures, mesures, pesages, baguages, autant de prises de données qui permettront de dresser un état des lieux plus précis sur l'évolution de ces drôles d'oiseaux. Certains, équipés de balises argos, vont être suivis dans leurs périgrinations depuis le laboratoire de la Réunion. C'est ainsi qu'on sait que les frégates sont capables de parcourir jusqu'à 600 km au-delà de leur colonie pour aller se nourrir, sur les côtes est-africaines ou malgaches. La dernière mission du Marion-Dufresne aura également permis de produire des transects d'observation en mer de ces oiseaux marin. Une possibilité beaucoup plus rare, l'essentiel des voyages de scientifiques à destination d'Europa se réalisant à bord d'un Transall des Fazsoi. "Suivre les oiseaux marins est aussi un bon indicateur de la ressource pêche. Les oiseaux, comme les poissons type thon, recherchent la même chose", conclut Matthieu Le Corre. L'écologie se défend mieux lorsqu'elle est aussi utile à l'économie.

De notre envoyé spécial, Sébastien Gignoux

Le 14 mai dernier, le navire logistique des Terres australes et antarctiques françaises (Taaf), le Marion-Dufresne, rentrait d'une rotation exceptionnelle dans quatre des cinq îles qui forment le district des Éparses. À son bord, les techniciens en charge de l'évacuation des déchets accumulés lors des rares épisodes de peuplement de ces îles aujourd'hui classées réserves naturelles. Pour la première fois dans les Éparses, cette mission a également pris une tournure d'expédition scientifique, avec pas moins de 17 programmes et une quarantaine de chercheurs représentés à bord. Trente éco-touristes ont enfin eu le privilège de participer à ce voyage unique. Première escale, Europa.

Europa

- Située à 550 km des côtes du Mozambique, 300 km au sud du cap de Saint-Vincent (Madagascar) et 600 km au sud de Juan de Nova.

- Zone économique exclusive (ZEE) : 127 300 km2.

- Atoll d'origine volcanique de 7 km de diamètre.

Un peu d'histoire...

- Découverte probable au XVIe siècle. Nommée en 1774 du nom du navire qui la reconnaît après plusieurs années de confusion avec Bassas da India.

- Courtes périodes de colonisation en 1860, 1903 et 1910. En 1923, l'île est déserte. Vestiges de l'occupation humaine, une plantation de sizal (chokas) utilisé pour la réalisation de cordages de marine. Quelques constructions, un petit cimetière.

- 1949, construction d'une première station météorologique. 1950, première piste d'atterrissage.

*                   1981, nouvelle station météo. Depuis la crise politique régionale de 1973, un détachement militaire d'une quinzaine de soldats du 2e RPIMa relevé tous les 45 jours assure la souveraineté de la France. Classée réserve naturelle depuis 1975

 

Espèces introduites, ces "Aliens" qui posent problème

CLICANOO.COM | Publié le 19 juillet 2009

Particulièrement préservées, les Éparses ont cependant fait l'objet de quelques introductions d'espèces au fil des rares épisodes de peuplement humain, bouleversant l'écosystème en place. Un casse-tête pour les scientifiques qui voudraient ramener ces îles au plus près de leur état originel. Chèvres à Europa, chats à Juan de Nova, poules à Glorieuses, rats et souris partout... Même si l'homme n'a peuplé qu'épisodiquement les îles Éparses, il a laissé derrière lui de bien encombrants témoins de son passage. À l'heure de la mise en valeur écologique de ces territoires, les scientifiques et les Taaf s'arrachent les cheveux pour trouver le moyen de rendre aux Éparses leur visage originel. Mais rien n'est moins simple. David Ringler, étudiant en master 2 Biodiversité des écosystèmes tropicaux à l'Université de la Réunion, vient de passer un mois entier sur Europa dans le cadre de son projet d'étude de l'impact des mammifères introduits dans les Éparses sur les populations d'oiseaux marins et autres espèces. Sa mission : compter et étudier les comportements de ces "aliens". Même si la plus australe des Éparses est aussi la mieux conservée, deux espèces introduites y font particulièrement désordre : un troupeau d'environ 300 têtes de chèvres noires revenues à l'état sauvage depuis le XIXe siècle, lorsque les navigateurs les déposaient là en vue d'assurer la pitance lors d'une prochaine escale. C'est à elles qu'on doit la taille, en forme de pommier, des forêts d'euphorbe qui poussent normalement en buisson. Autre indésirable, le rat noir, clandestin des cales de navire, dont la population fluctue entre 20 et 60 individus par hectare selon la saison. Ses proies de prédilection : les oiseaux qui nichent au sol comme les pailles-en-queue. "Notre travail consiste à évaluer l'impact de ces populations : jusqu'où peut-on parler de coexistence ? À quel moment parle-t-on de prédation ? Ces questions se posent, d'autant qu'on n'est pas à l'abri d'un basculement de comportement de certaines espèces. On a vu par exemple dans les îles subantarctiques des souris s'attaquer aux albatros, ce qui n'était pas le cas auparavant", note David Ringler. Le fait que les chèvres se nourrissent d'euphorbe par exemple menace-t-il la reproduction des frégates du Pacifique, dont cet arbre est le lieu préférentiel d'accouplement ? Mais l'erradication de la chèvre ne laisserait-elle pas champ libre à d'autres espèces végétales invasives ? Le calcul est subtil, et le débat fait rage entre diverses écoles scientifiques. Sans parler des questions d'éthique, quant à l'élimination d'une espèce animale introduite qui n'avait rien demandé à personne. Pour les rats, dont les relevés de contenus stomacaux montrent clairement la prédation sur certaines espèces rares d'oiseaux marins, c'est l'aspect technique qui pose problème : si les quelques zones dératisée montrent clairement un succès reproducteur plus important chez l'oiseau, une telle opération à l'échelle de l'île s'avèrerait complexe et onéreuse du fait de la présence de mangrove, refuge inextinguible pour le rat.

*                   Jeu du chat et de la souris...

*                   Autres îles, autres équations. À Juan de Nova, on a cru bien faire en voulant dératiser de manière "biologique". L'introduction, dans les années 50, de chats pour manger les rats s'est avéré être complètement à contre-emploi. "Les chats se sont vite rendus compte qu'il était plus facile pour eux de chasser les oiseaux que les rats. De plus, ils se comportent en vrai destructeurs : quand une demi-sterne suffit à le nourrir, le chat en tue six pour s'amuser..." explique l'étudiant dionysien. Du coup, depuis 2008, David Grangette, le "berger" des Taaf, s'est employé méthodiquement à éradiquer les chats : une cinquantaine ont été retirés, mais une dizaine subsisterait encore à Juan. Plus malins, ils se méfient désormais beaucoup plus de l'homme et sont de plus en plus difficile à capturer. À Glorieuses, le chantier est aussi vaste même s'il ne reste malheureusement plus beaucoup d'oiseaux à sauver. Une quinzaine de chats ont été retirés en 2008, mais bien malin qui connaît leur nombre. On constate également une prédation importante des tortues juvéniles, mais l'impact réelle sur cette population est encore à l'étude. Sur Tromelin enfin, une dératisation a été menée en 2005 avec succès. Ce que l'on étudie à présent, c'est l'impact de ces milliers de Bernards l'Hermite qui se régalent des bébés tortues... Bref, un chantier sans fin pour les scientifiques qui étudient et les Taaf qui décident et coordonnent les éventuelles actions à mener. "Si l'objectif est de restaurer l'écosystème original, il faut aussi bien mesurer les conséquences de cette restauration, que le remède ne soit pas pire que le mal. D'où l'intérêt d'accumuler un maximum de données", conclue David Ringler. Des études intégrées au programme "Ecosystèmes tropicaux" du Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable, et au bien nommé "Aliens" (Assessment and Limitation of the Impact of Exotic species in Nationwide insular Systems) de l'agence nationale de la recherche (ANR).

*                   S. G.

*                    

 

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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 18:49
voici comme promis la 3è partie du reportage sur les TAAF publié dans Le Quotidien de la Réunion le 7 juin
j'ai du retard mais quoi, il faut bien que le personnel médical vive ! Fleurant et Diafoirus doivent donner du clystère et de la lancette, saigner et purger pour manger
dans les jours qui viennent : créole 5, maurice 8, deux artistes : John L et Ka.Ty D etc.














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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 10:05
le Quotidien aujourd'hui
3è partie du reportage dimanche prochain












timbres et cartes en vente aux TAAF, Saint-Pierre, La Réunion, 97410
ci-dessus : le Marion-Dufresne et éléphants de mer à Kerguelen
ci-dessous : manchots royaux dans l'île aux cochons à Crozet et manchots empereurs sur la banquise en Terre-Adélie


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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 21:24






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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 12:38

Plus fort qu'Alexander Selkirk (4 ans 1/2 seul sur une île au large du Chili dans les années 1700, modèle de Daniel Defoe pour écrire Robinson Crusoe), plus fort que le radeau de La Méduse : les 60 esclaves abandonnés 15 ans sur une île de sable de 1 km² : Tromelin




le Quotidien de la Réunion du 9 décembre 2008

Pour rappeler les faits, je me sers de l'article Tromelin de wikipedia et du dossier de presse du GRAN. Comme l'un des archéologues de la campagne de fouilles 2008 du GRAN rencontre les élèves d'une des classes de seconde de mon lycée bientôt, on en saura sans doute davantage à ce moment-là. L'émoi suscité en France par le sauvetage de 1776 n'a sans doute pas été étranger (entre autres) à l'abolition de l'esclavage décrétée en 1793 (esclavage rétabli par Napoléon en 1802).
Le 31 juillet 1761, L'Utile, une flûte, navire négrier de la Compagnie française des Indes orientales commandée par le capitaine La Fargue fait naufrage sur les récifs de l'îlot (450 km à l'est de Madagascar et à 535 km au nord de la Réunion NDLR). Le bateau parti de l'île de France (actuelle île Maurice) avec 120 hommes d'équipage était allé chercher un nombre inconnu de Malgaches à Foulpointe sur la côte orientale de Madagascar pour les emmener en esclavage à Maurice. Une erreur de navigation fit échouer le navire sur les récifs de Tromelin.
Lors du naufrage, l'équipage et une soixantaine de Malgaches arrivent à rejoindre l'île mais les autres Malgaches, enfermés dans les cales, périrent noyés. L'équipage récupère différents équipements, vivres ainsi que du bois de l'épave. Ils creusent alors un puits, permettant d'obtenir de l'eau juste potable et se nourrissent des vivres récupérées, de tortues et d'oiseaux de mer. Le capitaine du navire fait construire 2 campements sommaires, un pour l'équipage et un autre pour les esclaves, une forge et avec le bois de l'épave, débute la construction d'une embarcation (par les esclaves ! NDLR). Deux mois après le naufrage, l'équipage de 122 hommes y prend place difficilement mais laisse les Malgaches sur l'île avec quelques vivres, le capitaine promettant de revenir les chercher. Promesse qui ne sera jamais tenue.
Les marins atteignent rapidement Madagascar puis embarquent sur un navire pour l'île de France et signalent les naufragés. Mais le gouverneur, furieux que La Fargue ait désobéi à ses ordres de ne pas importer des esclaves à Maurice (il craignait un blocus de l'île par les Anglais et donc d'avoir des bouches à nourrir supplémentaires), refuse de secourir les naufragés encore sur l'îlot. La nouvelle de cet abandon arrivera à Paris et agitera un temps le milieu intellectuel de la capitale avant que les naufragés ne soient oubliés avec le début de la guerre de Sept Ans et la faillite de la Compagnie des Indes.
En 1773, un navire passant à proximité de l'île les repère et les signale de nouveau aux autorités de l'île de France. Un bateau est envoyé mais ce premier sauvetage échoue, le navire n'arrivant pas à s'approcher de l'île. Un second navire, La Sauterelle un an plus tard ne connaît pas plus de réussite. Il met une chaloupe à la mer, un marin réussit à rejoindre les naufragés à la nage mais il doit être abandonné par ses camarades qui ne peuvent accoster à cause de l'état de la mer et le navire doit quitter les parages de l'île. Ce marin fait alors construire un radeau sur lequel il embarque avec les 3 seuls hommes et 3 femmes rescapés mais le radeau disparaîtra en mer. Ce n'est que le 29 novembre 1776, quinze ans après le naufrage, que le chevalier de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine récupérera les 8 esclaves survivants : 7 femmes et un enfant de huit mois. En arrivant sur place le chevalier de Tromelin avait découvert que les survivants étaient vêtus d'habits en plumes tressées et qu'ils avaient réussi pendant toutes ces années à maintenir un feu allumé alors que l'île ne possédait pas d'arbre. Les survivants ont été recueillis par le gouverneur Français de l'île Maurice qui les affranchit et décida de baptiser l'enfant... Moïse. Le chevalier de Tromelin fut le premier à décrire cet îlot qui porte désormais son nom.
Irène Frain vient de publier Les Naufragés de l'Ile Tromelin (Michel Lafon, 2009). Succès commercial garanti.



Archéologie : sur les traces des Robinson noirs
LE MONDE | 30.04.09 |

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/04/30/archeologie-sur-les-traces-des-robinson-noirs_1187426_3244.html

Valparaiso, un jour de 2003, Max Guérout recueillit "une bouteille à la mer". Le message était envoyé sur Internet, lancé au hasard des vents et des courants de ce monde infini. En plein océan Indien, un météorologue français suppliait quiconque lirait ces lignes de s'intéresser aux naufragés de l'île Tromelin.

A 450 km de Madagascar et 550 km de La Réunion, cette possession française revendiquée par l'Etat mauricien, stérile ovale de sable de 1 500 mètres sur 750, huit mètres d'altitude à son plus haut, fut le théâtre de poche d'un extraordinaire fait divers. En 1761, un navire négrier, l'Utile, s'était fracassé sur ce récif battu par la houle et frangé d'écume. Abandonnés par l'équipage, les esclaves avaient vécu là quinze ans, avant que les rescapés, sept femmes et un bébé de huit mois, ne soient secourus.
Dans le port chilien, Max Guérout est ferré. Sitôt rentré en France, le spécialiste en archéologie navale se lance dans le sillage de l'Utile. De Paris à Aix, de Lorient à Genève, avec une poignée de passionnés, il exhume des archives plusieurs témoignages dont l'un est attribué à l'écrivain du bord, ainsi que des comptes rendus de la Compagnie des Indes. Se reconstitue alors par lambeaux une aventure humaine hors normes.
Le 23 juillet 1761, l'Utile quitte le port malgache de Foulpointe pour l'île de France (l'actuelle île Maurice). Sur le pont, 140 hommes d'équipage. A fond de cale, 160 esclaves embarqués en contrebande. Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, le navire heurte un bout de terre mal consigné sur les cartes, qui hante les histoires de marin. L'équipage gagne la terre ferme à la nage. Vingt marins périssent. Nul ne songe à déclouer les panneaux de cale. Les esclaves sont promis à la noyade. Mais une lame éventre la coque et 88 hommes et femmes atteignent la plage. Une vingtaine d'entre eux mourra encore d'épuisement, de soif ou de blessures dans les heures qui suivront.
 
COMBLER LE VIDE
 
L'équipage est parvenu à récupérer des vivres, des armes et du matériel de première nécessité. Il creuse un puits et touche une nappe d'eau saumâtre, gage de survie. Deux campements s'improvisent sous les voiles récupérées : celui des Blancs et celui des Noirs. L'île étant à l'écart des grandes routes, nul salut n'est à espérer d'un navire de passage. Les marins construisent un esquif avec les débris de l'Utile. Ils improvisent une forge, un atelier de charpente, les esclaves les aident. Le chantier dure deux mois. "Dès le début, les officiers savaient que l'embarcation serait trop petite pour emmener tout le monde." Le grand jour, les marins abandonnent les Malgaches, avec la vague promesse de revenir. Ils arriveront sains et saufs à Foulpointe.
A Tromelin, les naufragés s'installent dans une terrible attente. On sait bien peu de chose sur leur séjour, hormis les témoignages très parcellaires des rescapées. En 2006 puis 2008, Max Guérout et une équipe de bénévoles ont entrepris deux campagnes de fouilles pour combler ce vide. Sous le patronage de l'Unesco, l'opération a été baptisée "Esclaves oubliés". "Il fallait savoir quel type de société avait bien pu s'organiser durant ces années, explique le responsable du projet. C'est là une forme d'archéologie de la détresse."
Une véritable expédition, également. Tromelin est difficilement accessible. Elle abrite depuis 1954 une station météo où cohabitent trois ou quatre employés en de longues vacations. Elle possède une piste d'urgence mais est approvisionnée par bateau, quand la mer l'autorise. Chaque déchargement est un exploit.
Les campagnes durent un mois chaque fois, par une chaleur écrasante, dans un confort spartiate. Les fouilles ont mis au jour les fondations d'un habitat très organisé, taillé dans le corail. Ont été retrouvés 400 objets dont "une cinquantaine particulièrement intéressants parce qu'ils sont la preuve de l'imagination et de l'industrie de ceux qui ont vécu là". Les habitants se nourrissaient d'oiseaux, des tortues et de leurs oeufs. Avec le bois échoué, ils ont couvé contre les intempéries le feu laissé par les marins. Des gamelles en cuivre ont été forgées, des vêtements confectionnés en plumes d'oiseaux. Les archéologues ont découvert des amulettes en coquillage et deux bracelets en cuivre, fabriqués sur place. "Ces gens avaient dépassé les nécessités de la survie, construit une micro-société", constate Max Guérout.
"Nous avons retrouvé seize cuillères et seize récipients en cuivre", poursuit-il. Baissant rapidement les premières années, la population semble s'être stabilisée à une quinzaine d'individus, cinq ans après le naufrage et être restée à ce niveau pendant la décennie suivante. Les femmes, "plus rustiques", ont mieux enduré la vie extrême.
Cette démographie s'ajustait-elle aux ressources de l'île ou faut-il trouver d'autres raisons ? On sait seulement qu'après deux ans de vains espoirs, dix-huit personnes ont tenté leur chance sur un radeau de fortune. Pour les autres, mystère. "Sont-ils morts de désespoir, de maladie ou dans des luttes fratricides ?" Y a-t-il eu combat pour la survie ou solidarité ? L'expédition a recherché en vain jusqu'à présent le cimetière signalé en 1851 par un navigateur anglais. "Les ossements, un crâne fracassé par exemple, nous donneraient de précieuses indications." Max Guérout aimerait monter une nouvelle campagne en ce sens.
Le calvaire des Robinson malgaches dure quinze ans. Leur histoire est pourtant connue des contemporains, jusqu'en France. Des feuilles à grand tirage racontent le destin de l'Utile. Condorcet et d'autres s'émeuvent. Mais les autorités se désintéressent du sort des infortunés.
En 1775 enfin, un navire de passage tente de secourir les naufragés. Un homme est débarqué mais doit être abandonné sur place, tant la mer est hostile. Le marin construit un radeau de fortune, embarque avec lui trois femmes et les trois derniers hommes. Ils disparaissent. En 1776, le chevalier de Tromelin parvient finalement à récupérer les huit derniers rescapés et donne son nom à cette terre maudite. Débarquées sur l'île de France, les femmes sont déclarées libres et baptisées. L'enfant est prénommé Moïse.
Benoît Hopquin
Article paru dans l'édition du 02.05.09.

 


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