Libellule au bord de la Vienne (Bonneuil-Matours 23 juillet 2012)
Bison futé voyait rouge le week-end dernier, mais Hélène avait eu la bonne idée de m'inviter dès le vendredi dans un coin de paradis : à Bonneuil-Matours, loin des 4 voies, des péages, des portables, des tablettes androïd et du CAC 40.
Forêts, rivières, moulins, papillons, martin-pêcheurs, hérons, castors, roses trémières, citrouilles, mirabelles, figuiers, noyers. Cette simplicité fonde un temps immobile, comme une idée de sagesse. Parfois ce sont les choses les plus surannées qui apaisent.
Comme à Bonneuil, Maurice Fombeure (1906-1981) est l'enfant du pays, nous avons commencé par une visite du musée qui lui est consacré. On peut ne pas aimer tout dans son oeuvre poétique qui a des accents proches de ceux de René-Guy Cadou, mais je m'accommode très bien de certains poèmes, comme celui que je recopie à la fin de cet article.
ce modeste musée gratuit tire son attachement du fait qu'il est composé de ce que les gens de la commune ont apporté : photos, souvenirs, articles de presse, recueils de poèmes etc.
Hector Malot, Anatole France, André Theuriet, Pierre Loti, Erckmann-Chatrian, Ernest Perochon. Je ne suis pas sûr que les jeunes d'aujourd'hui connaissent ces noms. Et pourtant, tous ceux de ma génération, ceux qui ont fait leur primaire dans les années 50, reconnaissent là les écrivains préférés des maîtres d'école pour y puiser des dictées ...
Maurice Carême, Maurice Rollinat, Albert Samain, Maurice Fombeure : idem mais pour les récitations.
La Haumuche
(Le vin du poète)
"Le roulier suit cette route où
L'attend le pichet de vin frais"
Maurice Fombeure
Un autre lieu qui ne vieillit pas : l'église
Guides et sites Internet disent tout sur cette église du XIIè siècle qui a gardé son chœur et son clocher romans, des chapiteaux, des voutes, des colonnes et des vitraux très beaux. Mais rien sur
le Christ Pantocrator du chevet (entouré des 4 évangélistes).
la porte du château est classée
(des acacias poussent dans le fronton pour souligner cette dignité)
à l'intérieur du château, cette oeuvre de Jean Penot où l'on peut reconnaître des people (mais on n'est pas obligé)
et aussi ces grandes africaines de tissus qui assument leurs métissages
le passé n'est le passé que s'il accueille le contemporain, et alors, on touche à la distinction, parfois au sublime
ce paon dort dans l'un des grands arbres du château
nous l'appellerons Léon
bergeronnette (dans le jardin d'Hélène)
couple de rouge queue (idem)
verdier
le soleil tape, rien de tel que de pagayer sur la Gartempe (affluent de la Creuse depuis des temps immémoriaux)
Sir Henry (4 ans) s'apprête à franchir l'un des obstacles du parcours
lors d'une pause, on a le temps d'admirer des jeunesses qui tâtent du 5C, mais on n'a plus l'âge (j'ai dû passer du 5 + une ou 2 fois dans ma vie j'en avais bavé, c'était vers ... 1979 ? bon passons)
après plusieurs châteaux de diverses époques, on sent que Angles sur l'Anglin se rapproche
devant des lieux comme ça, presque millénaires, on reste coi, on se recueille, on sait que de grands chevaliers ont été adoubés là
Chinon et Loches ne sont pas loin (Louis XI, Charles VII)
et puis on se rappelle que Yzeures sur Creuse (Indre-et-Loire) est à 9 kms à vol d'oiseau, et que c'est là qu'arrivèrent d'Espagne, en 1932, mon père (11 ans) et mon grand-père qui ne savaient pas un mot de français.
et ce moulin nous rappelle que la roue tourne
(merci Guy Lux)
Forêts
Les forêts ocellées constellées et chantantes
Aux sources vertes dans le grès
Ailées d’écureuils fous fusant en flammes rousses,
Parcourues de cerfs aux ramures persillées,
De biches aux yeux vagues évasés de velours
De sangliers rugueux fouisseurs et sanguinaires,
Les forêts éclatées crépitant de tonnerres
Les forêts dénudées, vibrantes, de l’hiver,
La forêt du printemps aux bourgeons frais vert tendre
Aérée et gracile en dessin japonais.
Forêts des faux saulniers, des braconniers terribles
Marchant à pas de loup au fond des années mortes,
Forêts des révoltés des bandits et des Jacques,
Les forêts où tintaient les colliers des chevaux
Grelottant de grelots chevaux de diligences,
Et les forêts aussi des porteurs d’escopette.
Les compagnons de la grand’route
Y fumaient leur pipe de plâtre
Près de la mare rousse envahie de roseaux
Au lieu dit « Sauvez-moi », « Les Ecuries du Roi »,
Ou « La Tombe à l’Enfant » ou « Le Chêne au Pendu »,
Forêts mugissantes, forêts du passé
Croassant de corneilles, éclairées des lumières pudiques
Adorables de primevères. O forêt
Dans ton mystère bruissant c’est là que je me sens à l’aise
Dans cette solitude mouvante vivant de bêtes délivrées
Lourde d’yeux peureux et de souffles secrets
Au son des sources délirantes au toc-toc du pic-vert léger
Au soleil glauque des clairières
Dans les sous-bois noirs épais dans cette humidité rampent les salamandres
A peine trouve-t-on le feu d’un bûcheron
Noir de soute et de vent, de sommeil et de poudre
Près de ses femmes aux dents blanches.
Apaise le délire ordonné des étoiles,
Des nuages ailés filant entre les cimes,
Forêt. Apaise-moi de ton silence amer
Et de tes grondements soupirs et tes rumeurs,
Forêt terrestre, maternelle,
Forêt de mes ancêtres et forêt de mes vœux
Qui ne t’auraient jamais imaginée plus belle.
Forêt de mes enfances, O forêt batracienne
O forêt palmipède, ô forêt de plumiers,
Toi, roucoulante de ramiers,
Déchirée de drames intimes
Je te porte en mes yeux, je t’écoute en mon cœur,
Forêt inapaisée, tourment qui n’a de cesse
Mélodieux martyre éternité du vent
Forêt sacrée mourant et renaissant
Sous ses caresses déchirantes…
Bloc d’ombre et de sommeil et de mélancolie,
Pèse sous un ciel lourd bousculé d’embellies.
Maurice Fombeure

Si vous êtes dans le centre de Rouen et
que vous n'avez que très peu de temps, alors le choix est simple : vous devez voir le Gros-Horloge, la cathédrale et le Palais de Justice.
on trouve même un mouton sur l'aiguille
sur l'arche Renaissance, sont sculptés le Bon
Pasteur et ses brebis
le Gros-Horloge est adossé à un beffroi gothique
au pied duquel est une fontaine qui a les honneurs
d'Arethuse, Alphée et Cupidon
deuxième monument incontournable : la
cathédrale
dans le tympan du portail nord, la célèbre scène
de la décapitation de Jean-Baptiste et de la danse de Salomé. La restauration du tympan est pour très bientôt. En attendant, on peut voir le moulage du tympan tel qu'il était au XIXè siècle dans la
salle des moulages de la Cité de l'architecture et du Patrimoine : http://www.citechaillot.fr/musee/les_galeries/galerie_des_moulages.php (merci Bénédicte pour l'info).
L'un des vitraux raconte la légende de
Saint-Julien l'hospitalier (l'un des Trois Contes de Flaubert).
Enfin, difficile de ne pas admirer le Palais de
Justice dont la restauration vient de se terminer.
Siège de l'Echiquier de Normandie, puis du
Parlement de Normandie au XVIè, il combine le style gothique, le gothique flamboyant, le style Renaissance et le néo-gothique. Très abîmé pendant la Deuxième Guerre mondiale, il garde ses blessures
apparentes, conformément au voeu des restaurateurs.

A la Bouille, il n'y a pas que le souvenir
d'Hector Malot, il y a une lumière spéciale qui a attiré des peintres.

Rien d'étonnant à ce que La Bouille fasse partie
du 4è circuit impressionniste : "le fleuve à La Bouille, à Sahurs et à Saint-Nicolas de Bliquetuit". Au moment où Sisley tente de saisir les nuances changeantes du ciel, Monet réalise une deuxième
série de cathédrales de Rouen.
La Seine à La Bouille, Edward William Cooke
(1811-1880). Tableau de l'exposition "Normandie romantique" au Musée des Beaux-Arts de Rouen (du 16 mai au 16 août 2009)
Pour rentrer à Canteleu, Danielle et moi passons
devant le château d'Hautot qui nous rappelle que l'auteur de Bel-ami hante lui aussi la région. Restaurants, hôtels, arrêts de bus, collèges et ponts s'appellent Bel-ami, Flaubert, Maupassant ou
Bovary.
Et c'est justement dans l'église de Canteleu que
furent célébrées les funérailles du "Vieux" en mai 1880. Y assistaient Goncourt, Maupassant, Daudet et Zola qui nous a laissé un compte rendu bouleversant de l'enterrement :

Au centre de Rouen, à deux pas de l'emplacement
du bûcher de Jeanne d'Arc (brulée vive en 1431), Place du Vieux Marché, se visite la maison natale de Pierre Corneille (né en 1606).
Dix ans plus tôt, le poète baroque Pierre de
Marbeuf (1596-1645) est né à 7 ou 8 kms de Rouen, à Sahurs, dans cette maison. Le poème suivant est célébrissime :



C'était samedi dernier. Mon amie D. G. venait de
me faire découvrir la maison de Pierre de Marbeuf et me dit : "La Seine est tout près, prenons le bac pour aller sur la rive gauche, j'ai une surprise pour toi". La surprise, c'était la maison
natale d'Hector Malot, l'enfant de La Bouille (1830-1907). On réduit son oeuvre à Sans Famille (Vitalis et Rémi !) et En famille alors qu'il a écrit une bonne soixantaine de
romans. Trois viennent d'être réédités : Un curé de province, Complices et Baccara. Comme Vallès et Hugo, il a défendu toute sa vie les Droits des enfants. Un combat
qu'il faut poursuivre dans les pays pauvres !

Dans un billet du 14 janvier consacré au musée
Jules Verne de Nantes, j'avais annoncé que j'irais à Amiens, histoire d'associer les deux villes entre lesquelles s'est partagée la vie de l'écrivain. Contrairement à ce qu'on entend souvent, Jules
Verne a beaucoup voyagé : Lisbonne, Alger, Ecosse, Norvège, Irlande, tour de la Méditerranée, Etats-Unis (1867) etc.


l'horloge Dewailly, réalisée par Ricquier et Roze
en 1896
les clés des voutes sont à 42,30 mètres, la
flèche de la croisée du transept culmine à 112,70 mètres
portail du Sauveur
les médaillons quadrilobes des soubassements
sont très nombreux, bien conservés, et constituent une vraie bande dessinée : épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testaments, signes du Zodiaque et travaux des champs correspondants etc.
pays d'oiseaux, de plages, de
belles demeures
de 1907 à 1914, Marcel
Proust est venu passer l'été dans le Grand Hôtel de Cabourg


en famille sur la
Vivonne




On trouve beaucoup de sculptures et de
bustes d'artistes ou d'écrivains dans le parc : Gounod, Chopin, Musset... Celle de Maupassant est de Verlet (1857-1923). Une des raisons de cet hommage peut tenir à ces lignes de Fort comme la
mort (1888) :
le logis du prieur
le coche du dernier voyage