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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 13:24
Concupiscence, cucurbitacées, conchyliculture, il y a ainsi dans la langue française, des mots qui semblent annoncer de la laideur alors qu'ils cachent du plaisir. On en fera l'épreuve aujourd'hui pour le dernier des trois, qui vient du grec κογχύλιον  (coquille calcaire dure). On ne voit souvent que la coquille car elle nous permet d'offrir des bijoux d'autant plus beaux à celle qu'on aime, qu'on a beaucoup de choses à se reprocher et on oublie trop la bèbète qu'elle contenait. Le nautile nous a aidés à inventer le sous-marin. Beaucoup ont servi de monnaie. Le murex nous a donné la pourpre. Photos prises près de Saint-Paul par Dominique pour la plupart.







la coquille  odilon redon  1912




Les cathédrales les plus énormes ne laissent sortir qu'une foule informe de fourmis, et même la villa, le château le plus somptueux faits pour un seul homme sont encore plutôt comparables à une ruche ou à une fourmilière à compartiments nombreux, qu'à un coquillage. Quand le seigneur sort de sa demeure il fait certes moins d'impression que lorsque le bernard-l'hermite laisse apercevoir sa monstrueuse pince à l'embouchure du superbe cornet qui l'héberge.
Notes pour un coquillage
Le Parti des choses, 1942, Francis Ponge








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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 19:17
pour compléter le billet du 2 février

Un cinquième des récifs coralliens a déjà disparu, le reste est en grand danger
LE MONDE | 18.02.09 |

Les perspectives sont sombres pour les récifs coralliens, qui figurent parmi les écosystèmes les plus riches, mais aussi les plus fragiles de la planète. L'Initiative internationale pour les récifs coralliens (ICRI) et l'Initiative française pour les récifs coralliens (Ifrecor) ont rendu public, mercredi 18 février, le bilan mondial de leur état. Ce travail, réalisé tous les quatre ans, mobilise quelque 400 chercheurs de 96 nationalités.
http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/02/18/un-cinquieme-des-recifs-coralliens-a-deja-disparu-le-reste-est-en-grand-danger_1157017_3244.html
Selon leurs observations, le monde a définitivement perdu 19 % de ses récifs, 15 % risquent de disparaître dans les dix ou vingt prochaines années, et 20 % supplémentaires sont menacés de disparition dans les vingt à quarante ans si rien ne change. Et ceci sans même tenir compte des effets du réchauffement climatique, qui constitue une menace pour la totalité de ces écosystèmes.
Les coraux abritent une vie foisonnante : un tiers des espèces marines décrites en dépendent. Leur survie est donc un enjeu pour la préservation de la biodiversité mondiale. Elle est aussi cruciale pour les 500 millions d'êtres humains qui en tirent leur alimentation. "Ils rendent d'autres services aux hommes, en protégeant les côtes contre les assauts de la mer, et en permettant le développement du tourisme", explique Bernard Salvat, le spécialiste des récifs coralliens qui représente la France à l'ICRI. Selon une estimation du Programme des Nations unis pour l'environnement (PNUE), chaque kilomètre carré génère entre 81 000 et 488 000 euros de revenus.
Ces récifs subissent plusieurs types de pressions liées aux activités humaines et à l'augmentation de la population. La principale cause de leur dégradation est la destruction du couvert végétal à terre, qui, générant un afflux de particules dans les eaux, étouffe les coraux. Les polluants chimiques ou bactériologiques y aboutissent également.
 
BLANCHISSEMENT
 
La surpêche et l'utilisation de méthodes destructrices, comme la pêche au cyanure ou à l'explosif, contribuent également largement à leur mauvais état. Les récifs sont aussi détruits par la construction de ports ou de marinas, les prélèvements de sable pour le bâtiment, le piétinement des touristes...
Le réchauffement climatique, qui provoque leur blanchissement, constitue l'autre grande menace. Quand la température de l'eau augmente, les coraux expulsent des algues microscopiques qui leur fournissent leur nourriture et leur donnent leurs couleurs. Cependant, après 1998, année marquée par un important blanchissement, certains récifs ont "bien récupéré", note le rapport. Mais ce gain a été anéanti par les pertes consécutives au tsunami de 2004 et au blanchissement de 2005, qui a surtout touché les Caraïbes. Les coraux ne survivraient pas à des épisodes répétés comparables à celui de 1998.
Si la situation est alarmante, l'engagement des autorités progresse partout dans le monde, notent les experts. Les pays développés touchés par ce problème (Etats-Unis, Australie, Japon) établissent des aires marines protégées. La France, qui possède un dixième des récifs mondiaux, a obtenu le classement des récifs calédoniens au Patrimoine mondial de l'humanité. Dans le Sud-Est asiatique, particulièrement concerné, l'Indonésie anime une initiative baptisée "Triangle de corail". "La prise de conscience est importante dans les pays en développement, mais ils manquent dramatiquement de moyens financiers et de ressources humaines", constate M. Salvat. Et, partout, le respect et le contrôle des mesures de protection restent problématiques.
Gaëlle Dupont
Article paru dans l'édition du 19.02.09.


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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 13:46
L'humour noir est, comme chacun sait, la politesse du désespoir.  Pourquoi ne pas vous faire profiter du petit corpus utilisé hier en classe de seconde pour étudier le comique ? Il s'agit de dépêches authentiques de dernière minute reçues au journal Le Matin. Fénéon tirait parti de toutes les ressources de la rhétorique, du rythme et de la prosodie pour que le contenu référentiel passe au second plan. A l'époque, beaucoup d'écrivains raillaient le journalisme tout en le pratiquant et en cherchant leur inspiration dans les faits-divers. En mettant en évidence l'importance de la forme du message et finalement le pouvoir même des médias, Les Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon, un siècle après, n'ont pas pris une ride.
J'ai utilisé l'édition du Mercure de France de 2001, collection Le petit Mercure

Nouvelles en 3 lignes (1906) Félix Fénéon

 

Le feu, 126, boulevard Voltaire. Un caporal fut blessé. Deux lieutenants reçurent sur la tête, l’un une poutre, l’autre un pompier.


Lourds de bronzes, de vaisselle, de linge et de tapisseries, deux cambrioleurs ont été arrêtés, la nuit, à Bry-sur-Marne.


M. Abel Bonnard, de Villeneuve-Saint-Georges, qui jouait au billard, s'est crevé l'oeil gauche en tombant sur sa queue.


En se le grattant avec un revolver à détente trop douce, M. Ed. B... s'est enlevé le bout du nez au commissariat Vivienne.


Radieux : « J'aurais pu avoir plus ! » s'est écrié l'assassin Lebret, condamné, à Rouen, aux travaux forcés à perpétuité. (Dép. Part.)


Dans un café, rue Fontaine, Vautour, Lenoir et Atanis ont, à propos de leurs femmes absentes, échangé quelques balles.


Avec leurs enfants au sein, des femmes ont exposé au directeur des trams toulonnais la cause de ses ouvriers. Il résiste. (Dép. Part.)


Une façon de marabout qu'hébergeait un Arabe des environs de Constantine, lui a emporté sa cassette et sa fille. (Dép. Part.)


Au Brabant (Vosges), M. Anet-Chevrier, 42 ans, et sa femme, 39 ans, ont désormais dix-neuf enfants (Dép. Part.)


Le Dunkerquois Scheid a tiré trois fois sur sa femme. Comme il la manquait toujours, il visa sa belle-mère : le coup porta. (Havas)


Mme Vivant, d'Argenteuil, avait compté sans le zèle du patron de lavoir Meheu. Il retira de la Seine cette lavandière désespérée.


A 5 heues du matin, M. P. Bouget fut abordé par deux hommes, rue Fondary. L'un lui creva l'oeil droit, l'autre l'oeil gauche. A Necker.


Une Européenne de Tunisie a été enlevée, à Medjez, par deux Arabes paillards. Elle put fuir, encore intacte, mais déjà demi-nue. (Dép. Part.)


Catherine Rosello, de Toulon, mère de quatre enfants, voulut éviter un train de marchandises. Un train de voyageurs l'écrasa. (Dép. Part.)


Plage Saint-Anne (Finistère), deux baigneurs se noyaient. Un baigneur s'élança. De sorte que M. Etienne dut sauver trois personnes. (Dép. Part.)


Un bijoutier en faux du 3è arrondissement (nom inconnu) et sa femme pêchaient en bateau, à Mézy. Elle tomba. Il plongea. Disparus.


On couronnait les écoliers de Niort. Le lustre tomba, et les lauriers de trois d'entre eux se teignirent d'un peu de sang. (Dép. Part.)


A Marseille, le Napolitain Sosio Merello a tué sa femme : elle ne voulait pas faire commerce de ses agréments. (Havas)


C'est au cochonnet que l'apoplexie a terrassé M. André, 75 ans, de Levallois. Sa boule roulait encore qu'il n'était déjà plus.


Mondier, 75 bis, rue des Martyrs, lisait au lit. Il mit le feu aux draps, et c'est à Lariboisière qu'il est maintenant couché.


Rattrapé par un tramway qui venait de le lancer à dix mètres, l'herboriste Jean Désille, de Vannes, a été coupé en deux.

 Le professeur de natation Renard, dont les élèves tritonnaient en Marne, à Charenton, s'est mis à l'eau lui-même : il s'est noyé.
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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 13:27
Dans la baie de Saint-Paul, il y a des bancs de dauphins sédentaires. Un catamaran ancré à Saint-Gilles, le Dauphin Safari, propose des balades pour les observer.
Intelligence, grâce, émotion






knossos








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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 04:35
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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 03:46
rien de tel pour bien démarrer la journée, que de vous offrir une photo prise par Jacques L, un homme en blanc, bourré de talents, qui exerce le doux métier de gypsothérapeute

photo prise le 15 février à Saint-Cyr / Loire (37)
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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 18:08

Dans son billet d'aujourd'hui, Pierre Assouline invite la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche à renoncer à ne voir la Recherche que sous le seul angle du profit et de l'entreprise, et à méditer ces paroles de Pierre Joliot, professeur honoraire au Collège de France et ancien titulaire de la chaire de Bioénergétique cellulaire. Etant donné la surdité ministérielle, les recopier ici ne peut pas nuire.

Extrait de L'avenir de la recherche, la recherche pour l'avenir (CD A voix haute, Gallimard/Collège de France) :

 "[...] Il est bien évident que la recherche appliquée se nourrit des découvertes de la recherche fondamentale, et que la recherche fondamentale ne pourrait pas progresser s'il n'y avait pas les progrès de la recherche appliquée. Donc, ces deux activités sont indissociables, mais sur le plan de la méthode de travail, ce sont deux activités radicalement différentes. Et ceci est très difficile à expliquer, tout particulièrement aux politiques. C'est une notion qui est totalement refusée par les politiques, qui veulent savoir pourquoi ils donnent de l'argent à un certain domaine de recherche. Et néanmoins, si l'on regarde l'histoire des civilisations, on s'aperçoit que les découvertes qui ont eu le plus de conséquences sur le plan des applications sont les découvertes de recherche fondamentale dont les auteurs n'avaient pas la moindre idée des conséquences que pouvaient avoir leurs découvertes [...]

  "Il faut savoir qu'il faut maintenir un effort de recherche dans toutes les directions. On ne sait pas quelles sont les disciplines qui portent en elles des espoirs d'application et, parallèlement, il faut pratiquer une recherche appliquée et là, la démarche est totalement différente dans la mesure où on s'appuie sur des connaissances bien établies, sur des concepts bien établies, sur des concepts bien connus, et là, la notion de programmation est tout à fait défendable et justifiable. Je terminerai en disant que j'oppose totalement la pratique de la recherche fondamentale et la pratique de la recherche appliquée, mais je pense qu'il est bon, dans la mesure du possible, que les mêmes chercheurs pratiquent les deux types de recherche. J'ai pratiqué dans ma vie ces deux types de recherche, eh bien, c'était, sur le plan de mon équilibre mental, un facteur de stabilisation [...]

   "L'alternance de ces deux formes d'activité m'ont été à la fois très utiles sur le plan de l'efficacité de ma recherche [...] et un facteur de stabilité mentale. Parce que, l'on recherche la créativité, on doit accepter l'échec. On doit accepter de faire beaucoup d'erreurs, et ces erreurs, ces échecs, sont souvent très difficiles à supporter. Donc, d'avoir parallèlement des programmes de recherche appliquée qui sont menés d'une manière plus continue, d'une manière plus contrôlée, m'ont beaucoup aidé, même pour ma recherche fondamentale".

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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 13:56

Grâce à ma collègue Cécile R que je remercie chaleureusement, j'ai à nouveau utilisé en classe de seconde un texte d'Olivier Salon pour étudier les procédés comiques. Les élèves apprécient.

CONTE POURRI

Il était une fois un roi extrêmement méchant qui avait épousé une femme merveilleusement bonne. Ils n'avaient eu qu'une fille, qu'on avait nommée l'Ange Beige à cause de la couleur de sa peau, laquelle était du plus beau des beaux beiges qui fussent. Malheureusement, la pauvre reine était morte à la naissance de sa fille.

Voulant se remarier, le méchant roi trouva comme nouvelle femme une mégère aussi mauvaise que lui. Ils étaient tous deux si mauvais que les sept enfants qu'ils eurent ensemble furent tous nains. Pour se venger, les nains en faisaient voir des vertes et des pas mûres à l'Ange Beige, et s'amusaient régulièrement à lui piquer le derrière avec une quenouille rouillée.

Le roi, voulant tester l'obéissance de sa fille, se déguisa en pauvre mendiant, revêtu d'une peau de bête, la peau d'un pauvre âne qui avait coulé en voulant traverser la rivière avec un chargement d'éponges sur le dos. Et ce mendiant proposa à l'Ange Beige de lui acheter une pomme bien rouge et luisante, une délicieuse, en lui recommandant de ne surtout jamais la croquer. L'Ange Beige, qui n'y voyait pas malice, acheta la pomme et la posa sur le rebord de la cheminée. C'est là que la pomme lui fut volée par l'un des nains, du nom de Grincheux. Mais à peine eut-il croqué la pomme que Grincheux se transforma en un énorme rat. Le roi, se méprenant, crut que sa fille lui avait désobéi, et fit la leçon au rat. « Comment », dit-il, « si vous m'aviez écouté, mauvaise fille que vous êtes, vous eussiez seulement caressé la pomme, au lieu que de mordre en icelle ». Ce faisant, le roi caressait la pomme : un génie apparut alors, dans un grand fracas de verre brisé. « Tu m'as appelé », dit le génie de la pomme, « tu seras donc puni pour m'avoir dérangé », et d'un coup de baguette magique, il transforma le roi en crapaud baveux.

A quelque temps de là, la grand-mère maternelle de l'Ange Beige tomba malade au point de devoir rester au lit pendant une semaine. Elle fit donc prévenir sa petite fille qu'un petit beau de peur lui procurerait une secousse salutaire. L'Ange Beige, qui adorait sa mère-grand prépara tout un panier de pommes rouges, de haricots géants, de petits beaux de peur, et s'apprêta à traverser la forêt. Quand elle fut arrivée au plus profond de la plus sombre des sombres clairières, le crapaud baveux se dressa subitement devant elle et lui proposa une course jusque chez Mère-Grand : « Je passerai par ici », lui proposa-t-il insidieusement, « tandis que tu passeras par là ». Ainsi fut fait. Or l'Ange Beige avait grandi depuis le temps qu'elle était petite. Elle songea donc à disposer tout le long de son chemin des petits cailloux qui avaient alourdi ses poches. Et voilà pourquoi, allégée qu'elle était, elle put arriver la première chez Mère-Grand. « Tire la chevillette et la bobinette cherra », lui dit sa grand-mère. « J'n'ai pas le temps, j'fais la course », répondit l'Ange Beige tout en donnant un furieux coup de pied dans la porte qui sortit de ses gonds ; et l'Ange Beige, installée dans le lit de Mère-Grand, put toute à son aise avaler le crapaud quand ce dernier arriva tout essoufflé au pied du lit.

L'Ange Beige avait donc mangé son père, et, comme dit le dicton, « qui avale son père perd son aval ». Catastrophée, l'Ange Beige eut le temps, dans un hoquet, de rejeter un petit sabot du crapaud qu'elle venait d'ingurgiter. Il ne lui restait plus qu'à parcourir le royaume à la recherche du propriétaire véritable de ce petit sabot nabot. Au premier coup de minuit, le sabot commença à frémir ; au troisième coup de minuit, il eut vraiment peur. Au septième coup de minuit, il était affolé. Au treizième coup de minuit, le sabot eut si peur, mais vraiment si peur qu'il se transforma en citrouille, et si trouille qu'il se désintégra. Le rat grommela une vilaine injure : il était brusquement devenu un siroi, avec une longue queue d'écailles à partir du nombril. Le petit siroi aurait voulu crier, mais sa voix s'était volatilisée, comme si sa langue lui avait été coupée. Et le voilà qui gigotait comme un gigot au fond d'un bocal sans eau, en hurlant silencieusement son malheur. Hansel eut pitié de lui et le retira vivement du four où il commençait de se brûler les ailes ; puis il lui plaça un large pantalon autour de sa queue et lui offrit ses propres bretelles pour tenir le pantalon. « Je me souviendrai de toi, Hansel à bretelles », lui cria le petit siroi.

Or c'était maladroit, car ce pantalon avait été vendu à Hansel par d'étranges tailleurs qui lui avaient affirmé que seuls les imbéciles ne pourraient  voir la merveilleuse étoffe de soie ; et comme de juste, après avoir été grassement payés, ils s'étaient enfuis. On disait d'eux : « Tailleurs ils étaient venus hier, aujourd'hui ils s'en allaient ailleurs ». Le petit siroi, lui, ne voyait rien autour de sa longue queue d'écailles, les soieries du siroi lui étaient invisibles, et il pleurait à chaudes larmes. Survint alors la si belle chatte du marquis de Carambar qui lui lut une de ses célèbres blagues imprimées sur l'envers du papier d'emballage. Le petit siroi rit si fort que le bruit de son rire le réveilla : Grincheux s'étira, se leva et constata qu'il était debout sur ses deux petites jambes de nain : heureusement, tout ceci n'avait été qu'un mauvais rêve.

Voilà pourquoi, l'Ange Beige, maintenant rétablie, put enfin se marier avec son jeune et joli amoureux, qui s'appelait Bruno Bettelheim et qui commençait à se faire pousser une barbe aux curieux reflets bleutés. Au jour où je vous parle, l'Ange Beige doit gésir dans quelque placard obscur, en compagnie d'autres femmes, également découpées.

Et c'est bien dommage, car en d'autres circonstances, elle eût pu avoir été heureuse et avoir eu beaucoup d'enfants.

Toutefois, j'en doute car n'oublions jamais que ce qui est pire qu'un enfant dans une poubelle n'est pas deux enfants dans une poubelle, mais un enfant dans deux poubelles.


LILIACÉE

C'est une histoire un peu compliquée, mais que je vais quand même tâcher de vous conter là. Moi, je la tiens d'un Crétois, mais comme ce même Crétois m'a dit que tous les Crétois étaient menteurs, j'avoue ne pas trop savoir s'il faut y prêter une quelconque foi.

Il était une fois, enfin une incertaine fois, une terrible sorcière, qui contrairement aux sorcières usuelles était une très belle femme, mais vraiment une très belle femme. Elle se targuait même d'être la plus belle femme au monde et demandait chaque jour confirmation à son miroir. Et le conte commence le jour où le miroir lui répond : tu es très belle, maîtresse, mais aujourd'hui tu n'es plus la plus belle. Il est là-bas, au loin, une femme d'une grande beauté qui surpasse la tienne. Le conte ne dit pas le nom de cette femme, pour d'évidentes raisons de sécurité ; le conte ne fournit que ses initiales : LN, aussi l'appellerons-nous LN. LN n'était pas romaine, hélas, elle était simple et spartiate. Et belle. Trop belle. La sorcière décide donc de faire enlever LN. Alors là, je dois vous avouer que je n'ai pas très bien compris : je crois qu'ils sont trois à l'emmener à Paris (Seine, 75) pour la présenter à un type qui s'appelle Offenbach, ou bien que Pâris l'emmène à Troyes (Aube, 10), c'est peut-être encore une vilaine histoire de tournante dans les banlieues, ou quelque chose comme ça, d'autant qu'un grand épisode se passe aux Ulis (Essonne, 91). Enfin ce qui est sûr, c'est qu'on enlève LN et qu'on l'emmène loin de là, si loin que c'est vraiment galère que d'aller la récupérer. Oh son mari est furieux, et il doit être encore amoureux, car il veut reprendre LN. Il charge donc son frère, un gars d'même nom que lui, qui est aussi le roi du pays, ce qui facilite les choses, de ne pas rester les bras croisés. Et son frère, en tant que roi, demande à un pote qui est encore plus fort que lui, et même assez malin, et qui est un autre roi voisin, enfin, un peu plus loin sur la crête d'une île, d'organiser la récupération.

Bon, mais il faut vous dire que c'est quand même une véritable expédition : trois mille bateaux sont préparés et partent bientôt, mais il arrive tant d'orages, tant de tempêtes et tant de naufrages qu'ils ne sont plus que cinq cents en arrivant au port, au port de Troie, car il faut vous dire qu'à l'époque où je vous parle, il y avait un port à Troie. Bon, mais cinq cents bateaux, ça fait quand même encore du monde. Et là, curieusement, la ville où est enfermée LN est fortifiée, et il est impossible d'y pénétrer. Alors le héros a une bien étrange et bien fameuse idée. Suivez-moi bien parce que c'est compliqué, et moi, le Crétois me l'a racontée deux fois pour que je la comprenne. Le chef fait semblant d'organiser un petit siège, puis de retourner chez lui où sa femme, qu'il a quittée depuis dix ans (ah oui, il faut vous dire que j'ai sauté quelques passages pour faire plus court, et puis aussi parce que les noms des petits héros de cette histoire dans l'histoire sont vraiment trop ridicules, comme Ajax, Achille ou Patrocle, et de toute façon, Hector tue Patrocle, Achille tue Hector, et Pâris tue Achille, ce qui fait 3-0 pour Ajax qui devient fou et se tue), la femme du héros, donc, a de plus en plus froid, sans le réconfort de son guerrier de mari, et elle se tricote une écharpe depuis dix ans, avec une toute petite aiguille, une aiguille du 3 pour les spécialistes, et je vous assure que ça n'est pas gros, une toute petite alêne pour avoir plus chaude haleine, et elle tricote jour et nuit une écharpe avec la laine d'Athènes. Bon, mais il fait semblant, le chef, j'ai dit. En réalité, il a laissé un âne, un âne en bois, dans lequel il a enfermé Brad Pitt qui passait justement par là, et puis quelques-uns de ces hommes qui restaient. Aussi les joyeux imbéciles de Troie, au premier rang desquels se trouve Énée, qui restera sous le nom d'andouille de Gai Énée, ouvrent leur portail et rentrent le canasson qu'ils prennent pour un cadeau de leurs ennemis ; s'ils avaient appris leurs classiques, ils sauraient que « timeo Danaos, et dona ferentes ». Mais là, ils ne savent pas, et le Gai Énée est tout content de montrer le canasson à la population. Alors ils enlèvent le papier cadeau, et là, la surprise est grande, car dedans, il y a plein de soldats en armes, qui ne leur font pas trop de cadeaux justement, c'en est un vrai massacre, à part le Gai Énée qui s'enfuit en Bretagne je crois, ou en Italie je ne sais plus.

Bon, ils récupèrent LN quand même. Mais ce n'est pas fini. Car il faut retourner au bercail, et là, c'est une véritable odyssée. C'est encore plus compliqué, probablement inspiré par Ponson, un gars du Sérail. Le chef qui s'est perdu en mer Égée (à ce propos, le Crétois m'a aussi raconté pourquoi cette mer s'appelait la mer Égée, mais là, ce serait un peu trop long de vous le dire à mon tour, pour résumer, c'est une bien vilaine histoire dans laquelle Arnold Thésée tue le Terminotaure qui s'est emberlificoté dans le fil d'Ariane, la fille de Minos et de Pasiphaé, à l'intérieur du labyrinthe d'où Dédale avait pu s'enfuir en se fabriquant des ailes avec des plumes et de la cire, mais Thésée oublie de mettre une voile blanche à son bateau et son papa il en est tout triste alors il se jette dans la mer qui aussitôt porte son nom, vous voyez bien que c'est complètement ridicule) alors je reviens à ma première histoire, et le chef de l'expédition demande son chemin au commandant Cousteau dans sa Calypso qui le lui indique de sa voix posée dis donc. Mais à peine reparti, le chef doit affronter un ouragan qui fait se déchaîner les flots, tant et si bien qu'il échoue sur une île. Il y est accueilli par de bien charmantes jeunes femmes, et il paraît qu'il aurait même eu une petite aventure là-bas, mais comme c'est le Crétois qui me l'a dit, rien n'est moins sûr.

Un peu plus tard, c'est-à-dire un ou deux ans après dans cette histoire, le chef parvient sur une autre île où les habitants sont des géants anthropophages qui font les gros yeux ; plus précisément, chaque habitant fait le gros œil, et là, c'est encore toute une affaire pour sortir de la grotte où nos héros se sont réfugiés avec les moutons. Car ils se sont fait enfermer au moyen d'une énorme pierre qui obstrue la grotte, et ils sont tous drôlement inquiets parce que le géant mange deux soldats chaque matin et tout autant chaque soir et que la grotte est devenue son garde-manger. Il assure seulement le héros qu'il le mangera lui en dernier, ce qui ne le rassure pas complètement. Heureusement, le chef avait lu Jules Verne et il dit au géant qu'il s'appelle Personne, et ça c'est une bonne blague parce que le géant va se faire ridiculiser auprès de ses autres amis les géants avec un  dialogue du genre : « C'était qui ? Ben c'était personne ! Bon, alors c'était pas la peine de nous déranger ». Pourtant, le géant, il s'était fait crever son gros œil par six énormes pieux au bout desquels étaient fichées des cigarettes allumées, et c'est pour ça je crois qu'on l'a appelé le cyclope. Alors le géant est maintenant borgne, et comme il n'avait qu'un œil au départ, il n'y voit plus beaucoup si vous voyez ce que je veux dire, et tous les soldats peuvent sortir de la grotte, cachés sous les moutons, avouez que c'était malin. Enfin bref, si j'ose dire, car les années passent dans tout ça, et notre héros n'est toujours pas rentré chez lui et, même si ses aventures sont assez originales, il commence à en avoir un peu assez de ce voyage qui n'en finit pas. Il a hâte de trouver ses chaussons, son beau royaume à peine et lopins de terre avoisinants, sa télé et son mac, tranquille pépère à la maison avec bobonne et fiston.

Il paraît qu'après, les compagnons d'équipage sont transformés en cochons, et puis qu'ils redeviennent humains, je sais, ça n'a ni queue ni tête, mais c'est comme ça qu'on me l'a raconté ; et que le chef doit encore faire un petit tour aux Enfers, mais comme c'est le héros, il s'en sort quand même, il s'en sort mieux qu'Orphée, car Orphée s'était fâcheusement retourné alors qu'on lui avait bien dit de regarder droit devant lui, et il avait perdu Eurydice, Orphée, tandis que notre héros arrive enfin chez lui, où il espère retrouver son Eurydice à lui, qui ne s'appelle pas Eurydice et qui ne s'est pas fait mordre par un serpent.

Ah là là ; chez lui, ça n'est pas beau à voir. Tout le monde veut prendre sa place à lui, et sa femme aussi. Enfin, j'veux dire que tout le monde veut prendre sa femme, n'est-ce pas ? Jusqu'ici, elle a bien résisté, entourée de son écharpe qui est longue de trois kilomètres, mais justement, elle n'a plus beaucoup de laine. Alors le chef, déguisé en mendiant, sort de sa cachette au bon moment et de son épée Durandal, extermine tous les prétendants et retrouve sa femme et son fils.

Quelle histoire, non mais quelle histoire !

Alors la paix revient sur Ithaque, vous ai-je dit que notre héros était roi d'Ithaque ? et, vingt ans après l'enlèvement d'LN,  l'aurore aux doigts de rose peut enfin se lever sans avoir à rougir de sang.

Les gens de légende d'Olivier Salon paraît au Castor Astral

Du récit de la Genèse au Petit Chaperon rouge, en passant par l'Odyssée et la collection intégrale des aventures de Tintin, Olivier Salon s'approprie les grands mythes fondateurs et les passe à la moulinette oulipienne. Il en ressort huit contes détricotés et retricotés à sa façon, totalement falsifiés mais parfaitement authentiques. Julien Couty les éclaire de ses dessins « underground » et ravageurs. Blanche-Neige ne sera plus tout à fait la même.

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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 15:22

Aujourd'hui, pour illustrer les ravages des passions, nous prendrons 3 exemples :

 

1/ La route du littoral a été réparée en un temps record et j'ai pu aller à Saint-Denis mercredi dernier en 1h 45. A l'aller seulement. J'ai dû passer par la route de La Montagne pour revenir le soir, ce fut beaucoup plus long. Cette ancienne route construite au milieu du XIXè siècle a été le seul lien entre Saint-Denis et le reste de l'île jusqu'en 1963. Jacques le fataliste dirait : « sans Gael, vous n'auriez pas eu les 3 photos suivantes ». Un cyclone peut avoir du bon.

 

 

 

Le même jour, je suis allé au Jardin de l'Etat comme vous l'avez vu, je suis aussi allé au Petit Marché où j'ai pris ces quelques photos.

 

cocos péi

 

pipangaille

 

margoze

 

grains

 

citrouilles

à noter que ce que nous appelons melons ici s'appelle pastèques en métropole

 

fruits de la passion

 

2/ Avant-hier, 13h, voulant quitter le lycée, je constate que l'humidité a eu raison du démarreur de ma Focus d'occasion : cloc-cloc. Ni une, ni 2, un peu de poussette, je monte en marche, je « choke », et le moteur démarre devant le portail. Mon collègue d'histoire-géo est là aussi, avec sa belle Peugeot coupé toute belle toute neuve. Pas pour longtemps. Voilà tipa que par pure distraction, il ne voit pas le plot métallique installé près de l'entrée et il l'encastre dans sa belle auto, tout seul comme un grand. Radiateur crevé, beaucoup de dégât. A pied pour plusieurs jours. De mon côté, je ne perds pas de temps, je file à Saint-Pierre chez mon garagiste, à 50 kms, sans caler. Il m'annonce qu'il n'a pas la pièce, qu'il faut laisser la voiture, mais qu'il n'a aucun véhicule de remplacement et que par téléphone il n'a pu trouver aucun véhicule de location sur Saint-Pierre. Il faut pourtant que je fasse 6h de cours le lendemain à Saint-Paul. Devant nous, beaucoup d'épaves. A force de prières intérieures, le miracle a lieu : je reconnais là-bas la Pony Hyundai prêtée début août une semaine. « Mi veu la Pony ». « La pas batri ». « donne a moing la Pony, mi paie le batri, c'est moins cher que 5 jours de location ». « La pas essuie-glace ». « Mais il ne pleuvra pas ». « Manu, va chercher un batri pour la Pony pour le monsieur ».

Bien sûr, pas de serrures, pas d'amortisseurs, pas beaucoup de frein, tout flotte, tout vibre, une trajectoire à 50cm près, mais ça roule.

Si mon collègue d'histoire-géo savait : c'est vraiment injuste.

 

 

 

3è exemple

Et puis je me suis rappelé, il y a une semaine, les 1S et les 1ES m'ont dit avec un grand sourire : « monsieur, monsieur, La Belle Personne passe à Saint-Paul !, on va aller le voir ! ». Ils s'étaient souvenu que je leur avais signalé en décembre la sortie prochaine du film de Christophe Honoré, inspiré de La Princesse de Clèves ! En 2006-07, en 2007-08 et à présent en 2008-09, les lycéens m'ont donc donné la preuve qu'ils aiment ce roman qui parle si bien d'amour. Savent-ils que ces derniers jours, ont eu lieu des lectures publiques du roman en non-stop devant le Panthéon et dans plusieurs grandes villes ? Je ne sais pas. Mais traiter d'imbéciles et de sadiques les concepteurs d'un sujet de concours d'Attaché parce qu'ils ont mis l'un des plus beaux romans de langue française au programme de ce concours explique qu'il figure dans un aussi grand nombre de listes de bac de français aujourd'hui. Les ventes du roman explosent. Déjà, en son temps, Diderot se réjouissait des mesures de censure qui frappaient ses ouvrages, elles assuraient immanquablement leur promotion. 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 15:24


Le Jardin de l'Etat (nommé d'abord Jardin du Roy) à Saint-Denis est planté d'arbres et d'épices ramenés de l'extérieur de l'île par Pierre Poivre (1719-1786), administrateur colonial et agronome français. Intendant des Mascareignes, il a créé sur l'île de France (île Maurice) un des plus beaux jardins botaniques : le jardin de Pamplemousses.

Il s'est particulièrement passionné pour acclimater des muscadiers et des girofliers à l'île de France et à Bourbon. Il est à l'origine du développement et du peuplement des Seychelles. Dans les Mascareignes et jusqu'en Guyane française, il a acclimaté des épices : girofle, muscade, poivre, cannelle, quatre-épices, et des dizaines d'espèces végétales. Il y a favorisé la culture d'arbres fruitiers qu'il a introduits ou réintroduits : fruit à pain, letchi, manguier, badamier, mangoustan, cacaoyer, longanier. Il a aussi dénoncé l'esclavage.

Le lycée de Saint-Joseph porte son nom. Les élèves ont écrit une page consacrée au grand botaniste dans le site de leur lycée.




les noms des essences, des cactées et des plantes de ce jardin ont une grande puissance d'évocation, jugez plutôt : pin colonnaise, jacquier, carambolier, bambou, palmiste, queue de poisson, cocotier, teck d'indochine, tamarinier, arjunier, badamier, grain de bouchon, yucca pied d'éléphant, santal, cognassier de Chine, ficus-banyan, arbre caca, palmier royal, arbre papillon, sang dragon, vacoa, manguier, latanier de Chine, arbre à saucisses, acajou du Sénégal, arbre à miel, toto Margot, eucalyptus citronnelle, oreille cafre, bois rouge, palmier à huile, palmiste blanc, arbre à calebasses, boulet de canon etc








Malgré la fermeture du Museum et d'une partie du parc pour cause de travaux, le Jardin de l'Etat est un havre de paix et de fraîcheur dans la capitale administrative de l'île où il fait très chaud en été. On y trouve des bassins que Monet aurait adoré peindre.











Près du Jardin de l'Etat, les rues Evariste de Parny et Bertin se croisent pour mieux associer les deux amis dans les mémoires.





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